Le Ne­va­da Trai­ning and Test Range à la loupe

L’État du Ne­va­da se ré­sume pour beau­coup de monde à la ca­pi­tale du jeu Las Ve­gas. Pour­tant cette éten­due es­sen­tiel­le­ment dé­ser­tique com­porte de nom­breuses cu­rio­si­tés, que les dé­ve­lop­peurs de DCS World ont in­té­grées à leur dé­cor. Sui­vez notre guide !

Micro Simulateur - - PRATIQUE - par Em­ma­nuel Blan­chard

Lorsque l’équipe d’Eagle Dy­na­mics a pu­blié son ter­rain de jeu Ne­va­da pour DCS 2.0, les cri­tiques ont fu­sé (y com­pris les nôtres) sur les la­cunes ren­con­trées. Au fil des mises à jour, le dé­cor s’est amé­lio­ré et a ga­gné en réa­lisme. Sur­tout elle s’est en­ri­chie de nom­breuses cu­rio­si­tés, cer­taines in­dis­pen­sables (les aé­ro­ports sup­plé­men­taires), d’autres qui re­lèvent plus du dé­lire des dé­ve­lop­peurs. On se rend alors compte que ce dé­sert qu’on croyait vide et sans in­té­rêt de­vient le théâtre d’une chasse au tré­sor vir­tuel.

Reste que pour ex­plo­rer le Ne­va­da de DCS, il faut rem­plir quelques condi­tions. Tout d’abord pos­sé­der la carte Ne­va­da Test and Trai­ning Range, payante (alors que le mo­dule DCS 2.0 est gra­tuit, mais sans dé­cor - au­tant vendre di­rec­te­ment ce mo­dule en stan­dard avec la carte…). Ensuite ac­qué­rir quelques mo­dules pour ef­fec­tuer une vi­site dans de bonnes condi­tions. Nous vous lais­sons le choix des armes, nous avons op­té pour di­verses mon­tures de la gamme des ex­ten­sions DCS. Un hé­li­co­ptère se­ra tou­jours bien­ve­nu pour re­mon­ter le Strip (l’ave­nue prin­ci­pale) de Las Ve­gas ou ex­plo­rer à basse al­ti­tude les re­coins les plus ca­chés du Ne­va­da ; le mo­dule Com­bi­ned Arms, qui per­met de contrô­ler les vé­hi­cules ter­restres (voir MS 275) est ap­pré­ciable éga­le­ment. Et si vous ai­mez l’exo­tisme et l’ex­clu­si­vi­té, je­tez un oeil sur l’UFO dé­cou­vert dans notre nu­mé­ro 273, il cadre as­sez bien avec cer­tains des sites à vi­si­ter.

Vi­va Las Ve­gas !

La vi­site du Ne­va­da com­mence évi­dem­ment par la ca­pi­tale du jeu Las Ve­gas (et non la ca­pi­tale de l’État, Car­son Ci­ty) et son aé­ro­port in­ter­na­tio­nal McCar­ran. Il n’y a tou­jours pas de tra­fic IA aé­rien dans DCS World 2.0, mais au moins quelques

li­ners sta­tiques pa­tientent de­vant les ter­mi­naux. Les vols mi­li­taires n’y ont nor­ma­le­ment pas droit de ci­ter, mais la si­mu­la­tion per­met de s’af­fran­chir de cer­taines contraintes réelles. Et il faut avouer que re­mon­ter le strip entre hô­tels et ca­si­nos à bord d’une voi­lure tour­nante est un dé­fi au­quel tout pi­lote de ven­ti­lo ne peut ré­sis­ter. Vous vou­lez pa­rier ?

Au nord de la ville se trouve l’im­por­tante base de Nel­lis, qui a don­né son nom à toute la zone dé­diée à l’avia­tion mi­li­taire au-des­sus du Ne­va­da. Car le Ne­va­da Test Range n’est pas qu’un po­ly­gone de tir pour l’en­traî­ne­ment. Sur une sur­face com­pa­rable à celle de la Suisse, plu­sieurs es­paces aé­riens en font l’un des plus grands com­plexes d’en­traî­ne­ment au monde. Écoles de com­bat aé­rien y cô­toient les sites d’es­sais en vol les plus se­crets, les centres d’ex­pé­ri­men­ta­tion à risque, les dé­pôts de mu­ni­tions, les ali­gne­ments de cibles… L’en­semble est très ré­gle­men­té et le pe­tit avion ci­vil qui s’y éga­re­rait pren­drait de gros risques ! Les si­mu­la­teurs ci­vils FS X, X-Plane ou Ae­ro­fly FS2 au­to­risent l’ex­plo­ra­tion de ces contrées, mais de ma­nière to­ta­le­ment pa­ci­fique. En re­vanche, dans DCS World, on peut par­fai­te­ment se li­vrer à toutes sortes de com­bats créés sur me­sure sans peur d’in­ter­fé­rer avec un tra­fic IA. Que ce soit pour re­pro­duire les exer­cices in­ter­armes Red Flag (qui peuvent ras­sem­bler plu­sieurs nationalités) ou pour pous­ser un aé­ro­nef dans ses li­mites, le Ne­va­da est un bien meilleur ter­rain de jeu que le Cau­case de DCS 1.5.6. De sur­croît, l’en­vi­ron­ne­ment dé­ser­tique peut ser­vir à évo­quer des in­ter­ven­tions réelles au sein d’un cadre réa­liste. Ce ne sont mal­heu­reu­se­ment pas les oc­ca­sions qui manquent dans l’ac­tua­li­té ré­cente pour don­ner des idées de mis­sions air-sol.

Si vous pos­sé­dez Com­bi­ned Arms, vous pour­rez aus­si vous li­vrer à un exer­cice très par­ti­cu­lier : au nord de Nel­lis AFB se trouve le cir­cuit ovale de Las Ve­gas, ex­ploi­té pour les courses de NASCAR. Rien n’em­pêche de cir­cu­ler sur le bi­tume en blin­dé et se me­su­rer aux voi­tures de stock-car. On va moins vite en T-90 certes, mais en cas de choc, on ne par­ti­ra pas en tête-à-queue. Et le ca­non de 125 mm de­vrait dé­cou­ra­ger les ad­ver­saires de dou­bler à l’as­pi­ra­tion…

Groom Lake et la Zone 51

Voi­ci l’un des en­droits les mieux gar­dés au monde, et pro­ba­ble­ment l’un des meilleurs su­jets de dé­bat pour tous les ama­teurs d’his­toires de conspi­ra­tion. La Zone 51 ( Area 51 en VO) est une en­ceinte mi­li­taire sise dans le dé­sert, à en­vi­ron 150 ki­lo­mètres au nord de Las Ve­gas. Tout son pour­tour est agré­men­té de pan­cartes in­ter­di­sant non seule­ment l’ac­cès, mais aus­si les prises de pho­to­gra­phies ou films. Des pa­trouilles ré­gu­lières veillent au strict res-

pect de ces in­jonc­tions ; la vi­déo­sur­veillance per­met même de faire sur­gir de nulle part des 4x4 mi­li­taires qui fondent sur les im­pru­dents qui au­raient eu la mal­chance de s’éga­rer… ou la té­mé­ri­té de dé­fier l’au­to­ri­té. On ra­conte même que les as­tro­nautes en or­bite dans la Sta­tion Spa­tiale In­ter­na­tio­nale ont in­ter­dic­tion de pho­to­gra­phier la Zone 51 de­puis l’es­pace. Pour­quoi tant de pré­cau­tions ?

Dans les an­nées cin­quante, en pleine Guerre Froide, les of­fi­ciels de l’ar­mée amé­ri­caine s’in­té­res­sèrent à ce bout de dé­sert loin de toute ac­ti­vi­té hu­maine. Du­rant la Se­conde Guerre mon­diale, le site avait été uti­li­sé pour l’en­traî­ne­ment au bom­bar­de­ment. Mais la pré­sence d’une vaste sur­face plane et d’un lac sa­lé en fai­sait un em­pla­ce­ment pro­pice à l’ins­tal­la­tion d’un aé­ro­port par­ti­cu­lier. La base de Groom Lake fut inau­gu­rée en se­cret en 1955, avec pour ob­jec­tif de me­ner toutes sortes de mis­sions confi­den­tielles. C’est à Groom Lake que furent tes­tés les pro­to­types des avions es­pions U-2 et SR-71, du bom­bar­dier fur­tif F-117 et de bien d’autres pro­grammes ex­pé­ri­men­taux. On com­prend dans ces condi­tions le be­soin de se­cret ex­pri­mé par les au­to­ri­tés. Au fond d’une cu­vette na­tu­relle, Groom Lake pou­vait fa­ci­le­ment échap­per aux re­gards in­dis­crets. Quant aux re­gards vo­lon­taires, ils étaient pour­chas­sés sans ré­pit par les pa­trouilles de sé­cu­ri­té. Ac­ces­soi­re­ment, la piste en dur est ac­com­pa­gnée de deux pistes sur le lac sa­lé joux­tant la base. Nous avons tes­té l’at­ter­ris­sage en ap­pa­reil lé­ger (L-39), c’est tout à fait pos­sible ! En re­vanche, nous dé­cli­nons toute res­pon­sa­bi­li­té pour des avions plus lourds !

D’autres ap­pa­reils bien moins se­crets furent aus­si in­ten­si­ve­ment tes­tés dans la Zone 51 : des avions d’ori­gine so­vié­tique qui n’étaient pas cen­sés se trou­ver là. C’étaient es­sen­tiel­le­ment des prises de guerre, des avions dont les pi­lotes étaient pas­sés à l’Ouest (se­lon une for­mule que les moins de 30 ans ont du mal à com­prendre la por­tée !). Les ma­chines avaient été ache­mi­nées dans le plus grand se­cret au coeur du Ne­va­da. Presque toute la fa­mille MiG dé­fi­la ain­si à Groom Lake, du 15 au 27 (sauf le 25, trop se­cret pour que les So­vié­tiques puissent prendre le risque d’en li­vrer à l’en­ne­mi !), en pro­ve­nance de Co­rée du Nord, de Sy­rie, d’Égypte, par­fois même par l’en­tre­mise d’Is­raël. Les avions purent de cette fa­çon faire l’ob­jet de toutes sortes d’éva­lua­tion, voire être confron­tés à leurs ho­mo­logues de l’U.S. Air Force. Les vols s’ef­fec­tuaient au dé­part de Groom Lake, les es­sais au-des­sus du Ne­va­da Air Force Range, loin de tous les ob­ser­va­teurs po­ten­tiels. Il faut no­ter qu’une se­conde ins­tal­la­tion fut uti­li­sée pour les mêmes mis-

sions d’es­sais se­crets et d’éva­lua­tion : la piste de To­no­pah Test Range (à ne pas confondre avec l’aérodrome ci­vil de la ville de To­no­pah, à une qua­ran­taine de ki­lo­mètres au nord-ouest).

Le se­cret en­tou­rant l a Zone 51 don­na na­tu­rel­le­ment nais­sance à toutes sortes de théo­ries plus ou moins fu­meuses. Les plus te­naces ont un lien avec les aé­ro­nefs étranges aper­çus par cer­tains ob­ser­va­teurs : il n’en fal­lait pas moins pour pro­pa­ger la ru­meur se­lon la­quelle la Zone 51 abri­te­rait des en­gins d’ori­gine extraterrestre (dont ce­lui échoué à Ros­well en 1948 - tout le monde sait bien qu’il ne s’agis­sait pas du tout d’un bal­lon­sonde équi­pé de ré­cep­teurs ra­dio des­ti­nés à es­pion­ner l’URSS ; dans un cadre de Guerre Froide, il vaut par­fois mieux ca­mou­fler une vé­ri­té prag­ma­tique par un nuage de sur­na­tu­rel !). On ra­conte même que des sou­coupes vo­lantes se posent à Groom Lake pour main­te­nir une am­bas­sade sur notre pla­nète. Les quelques sites ha­bi­tés au­tour de la zone té­moignent de ces croyances… Et ont été re­pro­duits dans la carte de DCS. Faites donc une vi­rée à Ra­chel, pe­tit vil­lage au nord de la zone, sur la route 375 (zone Coyote Char­lie). À la sor­tie du vil­lage, au nord-ouest, se trouve l’Alien Inn, un mo­tel des­ti­né aux chas­seurs d’OVNI qui ne désem­plit pas.

Mais est-on sûr qu’il ne s’agit là que de ru­meurs ? Il faut ex­plo­rer un peu la base de Groom Lake pour le dé­cou­vrir. Par exemple en­trer dans le grand han­gar en toile verte, au sud des ins­tal­la­tions. Bien ca­chés der­rière des pa­lettes et des équi­pe­ments de piste, on de­vine deux na­vettes échap­pées de Star Trek. Et si tout ça était vrai ?

Dé­sert ra­dio­ac­tif

Dans les an­nées soixante se dé­ve­lop­pa une ac­ti­vi­té très par­ti­cu­lière dans le Ne­va­da : le tou­risme nu­cléaire. Car c’est dans ce dé­sert que l’ar­mée amé­ri­caine ef­fec­tua ses es­sais at­mo­sphé­riques et sou­ter­rains après l’aban­don du site de Bi­ki­ni. Cer­tains tirs étaient se­crets ; d’autres, ren­dus pu­blics, at­ti­raient des cu­rieux, ama­teurs de sen­sa­tions fortes et dé­si­reux d’aper­ce­voir (à dis­tance de sé­cu­ri­té, l’ar­mée y veillait) les fa­meux cham­pi­gnons ato­miques… De­puis cette époque les es­sais ont été in­ter­dits par un mora­toire in­ter­na­tio­nal, mais les sé­quelles de­meurent. La zone d’es­sais a été bap­ti­sée Plu­to­nium Val­ley (zone 4808B sur la carte, à l’est de Pa­hute Me­sa), en la sur­vo­lant on constate l’éten­due des dé­gâts. Les cra­tères constellent le sol, et on est ra­vi d’ad­mi­rer le spec­tacle de­puis un ni­veau de vol sé­cu­ri­sé - on ima­gine la ra­dio­ac­ti­vi­té au sol.

À la même époque que les tirs d’es­sais, les scé­na­ristes d’Hol­ly­wood s’en don­nèrent à coeur joie en ima­gi­nant toute une galerie de monstres mu­tants et géants, ré­sul­tat d’une ex­po­si­tion à une haute dose de ma­té­riaux ra­dio­ac­tifs. Les au­teurs de la scène s’en sont sou­ve­nus : au nord-est de Groom Lake (co­or­don­nées 37°30’02’’N 115°37’34’’W, zone Coyote Al­pha), une trace étrange au sol ne cesse d’in­tri­guer les pi­lotes - on ne voit rien au ni­veau du sol. Ombre ré­si­duelle d’un phé­no­mène pa­ra­nor­mal ? Monstre ta­pi sous la sur­face du dé­sert et prêt à sur­gir ? Ou simple ca­nu­lar de pe­tits plai­san­tins d’Eagle Dy­na­mics ? Cha­cun se fe­ra son opi­nion, mais les plus arach­no­phobes d’entre nous pré­fé­re­ront vo­ler dans d’autres sec­teurs du Ne­va­da !

Un MiG égyp­tien au Ne­va­da ? Rien d’anor­mal pour les ini­tiés ! Ar­ri­vée au To­no­pah Test Range, 40 km au sud-est de son ho­mo­logue ci­vil.

Dé­li­mi­ta­tion ap­proxi­ma­tive (en rouge) de la zone « Nel­lis Air Force Range », au coeur du Ne­va­da. La Zone 51 est au­tour de Groom Lake.

L’édi­teur de mis­sions de DCS 2.0 est encore le meilleur moyen de choi­sir un point de dé­part pour les ex­plo­ra­tions.

L’Alien Inn de Ra­chel, un mo­tel pour les ama­teurs d’OVNI qui existe vrai­ment et a été re­pro­duit dans DCS.

Plu­to­nium Val­ley : chaque cra­tère évoque un es­sai nu­cléaire.

Dans la vie il y a des cac­tus, dans le Ne­va­da aus­si…

Dé­part du pe­tit aérodrome ci­vil de To­no­pah.

Un étrange signe sur le sol : mu­ta­tion nu­cléaire ou ca­nu­lar ?

Bien ca­chés dans un han­gar de Groom Lake, deux étranges vais­seaux at­tendent leurs équi­pages.

At­ter­ris­sage sur le lac sa­lé de Groom Lake, ça passe tout juste.

Un peu de NASCAR en T-90 ?

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