Ma­dei­ra X Evo­lu­tion

Son aé­ro­port clas­sé par­mi les dix plus dan­ge­reux au monde de­vrait suf­fire à sé­duire les sim­mers : Ma­dère ac­cueille les pi­lotes vir­tuels dans une scène adap­tée aux nou­velles ma­chines, avec une foi­son de dé­tails.

Micro Simulateur - - SOMMAIRE - par Em­ma­nuel Blan­chard

On prend les mêmes et on re­com­mence, mais en mieux : c’est un peu la de­vise de cette scène Ma­dei­ra X Evo­lu­tion, pu­bliée par Ae­ro­soft. L’édi­teur al­le­mand nous avait dé­jà gra­ti­fiés d’un dé­cor de l’ar­chi­pel por­tu­gais, au large des côtes du Ma­roc. C’était en j an­vier 2009 (Mi­cro Si­mu­la­teur 180 pour les plus fi­dèles de nos lec­teurs), huit ans dé­jà, une éter­ni­té en si­mu­la­tion. Et il y a huit ans, FS X n’en était pas en­core à son rythme de croi­sière. Le logiciel était en­core lourd à faire tour­ner sur la plu­part des PC, et les amé­lio­ra­tions ap­por­tées par le SP2 (ou l’Ac­ce­le­ra­tion Ex­pan­sion Pack, pa­ru un an au­pa­ra­vant) ne pou­vaient ma­té­riel­le­ment être to­ta­le­ment ex­ploi­tées. Or en 2017, entre les nou­veaux sys­tèmes d’ex­ploi­ta­tion, l’aug­men­ta­tion de la mé­moire vive, les ca­pa­ci­tés des pro­ces­seurs et les cartes gra­phiques plus puis­santes, on peut par­fai­te­ment pro­fi­ter d’un maxi­mum de dé­tails dans FS X. Voi­là ce qui a pro­ba­ble­ment mo­ti­vé Ae­ro­soft à ef­fec­tuer une mise à jour de son dé­cor. Le re­lief a été amé­lio­ré et af­fi­né, les tex­tures re­vues pour plus de pré­ci­sion et les ob­jets 3D re­vus à la hausse, ne se­rait-ce que pour prendre en compte les nou­velles construc­tions ache­vées de­puis la pa­ru­tion du pre­mier opus.

La scène est donc dis­po­nible pour les nou­veaux sup­ports : FS X évi­dem­ment, mais aus­si sa dé­cli­nai­son Steam Edi­tion et P3D V.3 (ces deux der­niers n’exis­taient pas au­pa­ra­vant) ; elle fonc­tionne sous Win­dows 7, 8 et 10. Elle est pro­po­sée en té­lé­char­ge­ment au ta­rif de 25,16 eu­ros (et bien­tôt dis­po­nible en boîte DVD). Les pos­ses­seurs de la pre­mière évo­ca­tion de Ma­dère pour FS X peuvent bé­né­fi­cier d’un ta­rif pré­fé­ren­tiel de 17,96 eu­ros, sous ré­serve d’avoir conser­vé les codes d’ac­ti­va­tion de la pre­mière ver­sion. Pour mé­moire, cette der­nière coû­tait 29 eu­ros lors de sa

pa­ru­tion ini­tiale, on au­ra éco­no­mi­sé au moins 4 eu­ros à at­tendre cette mou­ture re­ma­niée.

Des­ti­na­tion tou­ris­tique

L’ar­chi­pel de Ma­dei­ra a une ori­gine vol­ca­nique ré­cente, il est com­po­sé de cinq îles dont deux seu­le­ment sont ha­bi­tées. La prin­ci­pale, Ma­dère, me­sure en­vi­ron 50 km sur 21 et pré­sente un re­lief im­pres­sion­nant, culmi­nant à 1 851 mètres (soit un mille ma­rin pile si on s’y tient de­bout !). Les pentes es­car­pées ont été éro­dées par le temps (et par les ali­zés) ce qui donne d’éton­nants pe­tits pla­teaux per­chés en al­ti­tude, une au­baine pour pla­cer des éo­liennes ou des sta­tions ra­dar. Ma­dère hé­berge 270 000 ha­bi­tants mais peut voir sa po­pu­la­tion tri­pler grâce au tou­risme, prin­ci­pale ac­ti­vi­té éco­no­mique de­vant l’agri­cul­ture et les ser­vices fi­nan­ciers – la fis­ca­li­té à Ma­dère a été ar­ran­gée par l’Union Eu­ro­péenne, qui en a fait une zone franche. La deuxième île ha­bi­tée, Por­to San­to, à 40 km au nord-ouest, est beau­coup plus mo­deste et moins es­car­pée. Le tou­risme y joue un rôle pré­pon­dé­rant, no­tam­ment de­puis l’ou­ver­ture d’un aé­ro­port in­ter­na­tio­nal que nous évo­que­rons plus loin. En­fin les trois autres îles prin­ci­pales sont dé­nom­mées Il­has De­ser­tas (nul be­soin de tra­duire), elles s’étendent sur une quin­zaine de ki­lo­mètres du nord au sud et forment une ré­serve na­tu­relle pro­té­gée.

Dé­cou­vert au dé­but du XIVe siècle, l’ar­chi­pel a d’abord consti­tué une étape pour les grands dé­cou­vreurs à l’as­saut de l’At­lan­tique. Jus­qu’aux an­nées 1920, l’es­sen­tiel de l’ac­ti­vi­té y était agri­cole. Mais l’ar­ri­vée de l’avia­tion – d’abord hy­dra­vions, puis à par­tir de 1964 des appareils plus conven­tion­nels sur le pre­mier aé­ro­port en dur – chan­gea la donne pour faire du tou­risme une ac­ti­vi­té lu­cra­tive pour les ha­bi­tants. Ran­don­nées dans les re­liefs, plon­gée sous-ma­rine, ob­ser­va­tion des ba­leines ou juste far­niente sont au pro­gramme.

Le dé­cor

La scène re­couvre la to­ta­li­té de l’ar­chi­pel. Le pe­tit ma­nuel four­ni, en PDF an­glais (et al­le­mand) ne pré­cise mal­heu­reu­se­ment pas de ré­glages re­com­man­dés, il faut tâ­ton­ner pour trou­ver le bon com­pro­mis. De ce que nous avons pu ju­ger, le re­lief est pré­cis à un mètre, et les tex­tures gagnent à avoir un cur­seur pla­cé sur 60 cm/pixel (ou moins). La den­si­té d’ob­jets 3D est im­por­tante, et on ga­gne­ra éga­le­ment en réa­lisme en ajou­tant un peu de tra­fic ma­ri­time. Un seul jeu de tex­tures sol est four­ni, mais les va­ria­tions sai­son­nières sous ces la­ti­tudes sont peu no­tables.

Avec ces pa­ra­mètres, les re­liefs de l’île prin­ci­pale de­viennent splen­dides, im­pres­sion­nants sur­tout sur la côte nord de Ma­dère – la moins éro­dée semble-t-il. Le mesh semble avoir plus jus­ti­fié la men­tion Evo­lu­tion que les tex­tures, celles de la pre­mière ver­sion étaient dé­jà an­non­cées en 50 cm/pixel (pour les ma­chines d’époque ca­pables d’af­fi­cher cette ré­so­lu­tion, et elles n’étaient pas nom­breuses !). Quoi qu’il en soit, Ma­dère ré­vèle ses dé­tails (ain­si que Por­to San­to) et

ses nom­breuses cu­rio­si­tés. Les ports et ma­ri­nas se peuplent d’em­bar­ca­tions, du pe­tit voi­lier au gros pa­que­bot de croi­sière. Les bâ­ti­ments au sol sont dis­po­sés sans for­cé­ment res­pec­ter les em­pla­ce­ments sur les tex­tures, mais ce­la ne porte pas vrai­ment pré­ju­dice à l’en­semble. Sur les hau­teurs ou les pointes de l’île, on re­père de nom­breuses éo­liennes : iso­lée dans l’At­lan­tique, Ma­dère gé­nère plus d’un quart de son élec­tri­ci­té de­puis des éner­gies re­nou­ve­lables. Es­pé­rons que cette pro­por­tion aug­mente en­core pour pré­ser­ver un en­vi­ron­ne­ment mis à mal par la pol­lu­tion (ef­fet né­faste du tou­risme) et d’im­por­tants in­cen­dies de fo­rêt en 2010. L’en­semble se vi­site en avion lé­ger ou en hé­li­co­ptère pour bien pro­fi­ter du ni­veau de dé­tails. Pour ce qui est des li­ners, toute l’at­ten­tion se porte sur les deux aé­ro­ports de la ré­gion, dont le prin­ci­pal re­pré­sente un dé­fi aux sim­mers.

L’aé­ro­port in­ter­na­tio­nal de Fun­chal/Ma­dère (code LPMA) a été re­bap­ti­sé en 2016 Cris­tia­no Ro­nal­do, en hom­mage au foot­bal- leur na­tif de l’île. Ou­vert ini­tia­le­ment en 1964, il s’est vite ré­vé­lé trop mo­deste pour un tra­fic aé­rien de plus en plus dense et pour des avions à ré­ac­tion qui s’ac­com­mo­daient mal de ses deux pe­tites pistes pa­ral­lèles longues de 1 600 m. Re­ma­nié en 1972 (une seule piste ral­lon­gée et ter­mi­nal in­ter­na­tio­nal), il a connu une grande cam­pagne de tra­vaux pour prendre sa forme ac­tuelle en 2002.

Piste sus­pen­due

Ca­rac­té­ris­tique prin­ci­pale : la piste unique 05/23 re­pose sur un tiers de sa lon­gueur sur des pi­lo­tis, afin d’of­frir une lon­gueur utile de 2 700 mètres. Elle pa­raît ain­si sus­pen­due dans les airs et consti­tue dé­jà une dif­fi­cul­té pour les mou­ve­ments aé­riens. Mais ce n’est pas tout : les re­liefs en­vi­ron­nants, aus­si bien au sud-est qu’au nord-ouest em­pêchent les ap­proches ou dé­parts di­rects. Chaque ar­ri­vée im­pose une tra­jec­toire pré­cise avec vi­rage au der­nier mo­ment pour se re­trou­ver dans l’axe, un peu comme dans l’an­cien aé­ro­port Kai Tak à Hong Kong. De plus, il n’y a pas d’ILS ici, les ap­proches se font aux ins­tru­ments (NDB, VOR/DME) et par condi­tions de vi­si­bi­li­té com­pa­tibles. Dans un ar­chi­pel sou­mis aux vents océa­niques et à des né­bu­lo­si­tés fré­quentes, on com­prend que LPMA fasse par­tie des dix aé­ro­ports ju­gés comme les plus ris­qués au monde. S’il est re­la­ti­ve­ment ai­sé d’y opé­rer à bord d’un pe­tit ap­pa­reil de tou­risme, il en va au­tre­ment sur un li­ner plus am­bi­tieux. En théo­rie, les 747 peuvent y at­ter­rir, mais dans les faits le plus gros mo­dèle à fré­quen­ter le tar­mac de Ma­dère est un A330 de l’opé­ra­teur TAP qui y fait une es­cale pour les liai­sons Lis­bonne-Ca­ra­cas. Le reste du tra­fic est consti­tué de moyens cour­riers (A319 et 320,

B737, MD80…) des­ser­vant toute l’Eu­rope. La liste des des­ti­na­tions, sur­tout si on y ajoute les vols char­ters sai­son­niers, prouve la vo­ca­tion tou­ris­tique de l’île : Lis­bonne bien sûr, mais aus­si Pa­ris, Londres, Ber­lin, Mi­lan, Prague, Am­ster­dam, un vé­ri­table an­nuaire des ca­pi­tales du vieux conti­nent. La liai­son la plus loin­taine re­lie Ma­dère à Kiev, une bonne idée de tra­jet en li­ner à la belle sai­son.

L’aé­ro­port en lui-même est très bien re­pro­duit, de­puis ses bâ­ti­ments mo­dé­li­sés avec soin – des pas­sa­gers at­tendent sur les pas­se­relles, on peut vi­si­ter les salles d’at­tente en mode trans­po­si­tion – jusque dans mes mar­quages au sol qui font men­tion des types d’appareils et des co­or­don­nées géo­gra­phiques pour les ré­glages des cen­trales iner­tielles. Outre les vé­hi­cules de ser­vice, on note la pré­sence de deux pe­tits appareils sta­tiques, preuve que l’on peut s’amu­ser à vo­ler au­tour de l’île ou ten­ter de re­joindre Por­to San­to. Si les ef­fets spé­ciaux ont été ac­ti­vés dans FS X, on de­vra su­bir d’im­pres­sion­nants vols d’oi­seaux au­tour des ins­tal­la­tions, le pé­ril aviaire est bien réel ici – comme si les ap­proches com­plexes ne suf­fi­saient pas ! Com­pa­rée à LPMA, l’ins­tal­la­tion de Por­to San­to LPPS pa­raît très fa­cile à ex­ploi­ter. Elle est bien plus mo­deste dans ses ins­tal­la­tions, elle ne dis­pose pas non plus d’ILS ou de sys­tème de gui­dage so­phis­ti­qué, mais au moins sa piste est dé­ga­gée. Ses ins­tal­la­tions au sol sont re­pro­duites en dé­tail, même si son par­king est très calme – juste deux ou trois vols quo­ti­diens sur ce ro­cher bat­tu par les vents.

Comme sou­vent chez Ae­ro­soft, la scène est four­nie avec un jeu de cartes pour une ex­ploi­ta­tion réa­liste. Le fi­chier en PDF dé­crit les SID et STAR ain­si que les pro­cé­dures VOR/DME et NDB pour LPMA, on en au­ra bien be­soin pour po­ser son li­ner. Dom­mage que Por­to San­to ne pro­fite d’au­cune do­cu­men­ta­tion de ce type, ce­la au­rait été ap­pré­ciable, même si on se doute que l’aé­ro­port se­con­daire de l’ar­chi­pel est moins pro­blé­ma­tique.

Pe­tites at­tentes ?

Du­rant nos tests, nous avons pu ap­pré­cier l’en­semble des dé­cors, de jour comme de nuit. Il sem­blait ce­pen­dant per­sis­ter un pe­tit bug, les feux de pistes s’af­fi­chaient sous la forme de car­rés à moyenne dis­tance, pour re­de­ve­nir des points lu­mi­neux en se rap­pro­chant. Il ne nous a pas été pos­sible de dé­ter­mi­ner s’il s’agis­sait d’un bug propre à la scène, ou si ce­la était cau­sé par un add-on tiers (FTX, FS Labs ?). Rien de rédhi­bi­toire tou­te­fois. Ma­dei­ra X Evo­lu­tion vaut le coup d’aile, sur­tout si vous n’aviez pas cra­qué pour le pre­mier vo­lume. Les ap­proches ori­gi­nales as­so­ciées aux re­liefs im­pres­sion­nants jus­ti­fient le dé­tour dans cet ar­chi­pel por­tu­gais. Pour ceux qui pos­sé­daient dé­jà la pre­mière mou­ture, l’amé­lio­ra­tion de la nou­velle scène ap­porte un peu plus de dé­tails et per­met de res­ter à jour dans ses don­nées de na­vi­ga­tion. Un bon cru… de Ma­dère, for­cé­ment !

Sur le point culmi­nant de Ma­dère se trouve une ins­tal­la­tion ra­dar.

L’île de Por­to San­to est presque tra­ver­sée par son aé­ro­port. Ma­dère, l’île prin­ci­pale de l’ar­chi­pel, est vi­sible à l’ho­ri­zon. L’ap­proche en 05 sur LPMA : pas beau­coup de marge de ma­noeuvre ! Un tiers de la piste re­pose sur des pi­liers de béton. Les re­liefs à droite ne sont guère ras­su­rants !

L’aé­ro­port ac­cueille sur­tout des moyen-cour­riers et des vols char­ter de­puis toute l’Eu­rope. Ap­proche de nuit en A320, c’est en­core plus im­pres­sion­nant ! Les dé­tails sont nom­breux sur l’aé­ro­port, comme cette borne de car­bu­rant pour chaque em­pla­ce­ment de par­king.

Des re­liefs im­pres­sion­nants, très abrupts sur la côte nord. En fi­nale sur la 23 en B737NGX, tout en ma­nuel…

De nom­breuses éo­liennes four­nissent de l’éner­gie à toute l’île.

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