Nor­man­dy1944

Un nou­veau théâtre pour DCS

Micro Simulateur - - SOMMAIRE - par Em­ma­nuel Blanc hard

Lors­qu’Eagle Dy­na­mics pu­blia il y a quelques an­nées ses pre­mières ex­ten­sions de war­birds - le P-51D et le Fw 190D9 - nombre de sim­mers (dont l’équipe de Mi­cro Sim) avaient poin­té l’ex­cel­lence de la mo­dé­li­sa­tion tout en re­gret­tant que le Cau­case na­tif de DCS World ne four­nisse pas un écrin his­to­rique à la hau­teur de ces ex­ten­sions. Et dé­jà l es dé­ve­lop­peurs avaient an­non­cé tra­vailler sur une nou­velle carte plus apte à faire évo­luer les ap­pa­reils de la Se­conde Guerre mon­diale. La sor­tie de DCS World 2.0 avec sa re­pro­duc­tion du Ne­va­da n’a pas par­ti­cu­liè­re­ment amé­lio­ré la si­tua­tion, mais il y a un an en­vi­ron les pre­mières images du pro­jet Nor­man­dy 1944 furent pu­bliées. Soixante-treize ans après le dé­bar­que­ment des al­liés entre l’Orne et la Vire, cette ex­ten­sion per­met de se re­plon­ger dans un contexte his­to­rique réa­liste, et de faire en­fin évo­luer la col­lec­tion d’ap­pa­reils d’époque du hangar de DCS dans un en­vi­ron­ne­ment plus con­vain­cant que le dé­sert amé­ri­cain ou les mon­tagnes de Géor­gie.

Le 26 mai der­nier, l’équipe de DCS pu­bliait de ma­nière of­fi­cielle la carte Nor­man­dy pour son si­mu­la­teur, soit quelques jours avant l’an­ni­ver­saire du dé­bar­que­ment. La réa­li­sa­tion est im­pec­cable, mais ce nou­veau théâtre trou­ve­ra-t-il son pu­blic ?

Deux ex­ten­sions

En fait ce sont deux ex­ten­sions qui ont été pu­bliées si­mul­ta­né­ment, les deux for­mant un en­semble co­hé­rent (mais qui peuvent néan­moins fonc­tion­ner in­dé­pen­dam­ment). Les deux sont pré­vues pour DCS World 2.0, même si au mo­ment où nous ré­di­geons ces lignes l’équipe d’Eagle Dy­na­mics an­nonce qu’un por­tage sur DCS World 1.5.7 est en­vi­sa­gé très sé­rieu­se­ment. Mais quelles sont ces ex­ten­sions ?

En pre­mier lieu, Nor­man­dy 1944 Map est un théâtre d’opé­ra­tions en­tiè­re­ment nou­veau, qui rem­place (ou s’ajoute à) la carte Ne­va­da de DCS World 2.0. Elle re­pro­duit le sud de l’An­gle­terre, la Manche et les côtes fran­çaises. Celles-ci s’étendent de la Bre­tagne jus­qu’au Pasde-Ca­lais, mais c’est sur­tout la

zone in­ter­mé­diaire qui est trai­tée avec plus de dé­tails (du Co­ten­tin au Havre). Avouons d’em­blée que ce n’est pas le re­lief qui marque le plus dans la ré­gion, sur­tout si on vient du Cau­case ou de la Zone 51… Même si les ri­vages sont fort bien dé­cou­pés et que quelques fleuves ou rivières tracent leurs sillons dans le paysage, la Nor­man­die est re­la­ti­ve­ment plate… Mais les au­teurs se sont at­ta­chés à re­pro­duire l’am­biance exacte de ce coin de France des an­nées qua­rante. On est d’abord sur­pris par la mul­ti­pli­ca­tion des pe­tits champs et prés, ty­pique de cette ré­gion de bo­cage, et qui ont dis­pa­ru après­guerre au pro­fit des grandes ex­ploi­ta­tions ra­tio­na­li­sées. Vue du ciel, la Nor­man­die de 1944 est une mo­saïque de pe­tites ex­ploi­ta­tions bor­dées de haies, qui his­to­rique-

ment se ré­vé­la un en­fer pour les dé­pla­ce­ments de blin­dés et une au­baine pour en­tre­prendre des em­bus­cades. La carte rend par­fai­te­ment cette im­pres­sion. En­suite les villes ont été mo­dé­li­sées à par­tir de cartes d’époque, et peu­plés de construc­tions 3D ori­gi­nales. N’at­ten­dez donc pas des bâ­ti­ments gé­né­riques im­por­tés des autres cartes pour DCS, mais une mul­ti­tude de pe­tits vil­lages avec mai­sons à co­lom­bages, pe­tites usines dis­sé­mi­nées, ports de pêche mo­destes… Les routes et voies fer­rées d’époque ont été in­té­grées à l’en­semble. En­fin on n’ou­blie pas qu’on est ici dans un si­mu­la­teur de vol, et les ins­tal­la­tions de chaque camp - Axe et Al­liés - sont re­pro­duites, avec re­vê­te­ments de pistes, tours et han­gars là en­core d’époque.

L’autre ex­ten­sion va per­mettre de peu­pler ce dé­cor con­for­mé­ment à ce qu’on pour­rait at­tendre des com­bats de l’été 1944. Car si par dé­faut les élé­ments propres à DCS World sont com­pa­tibles, il n’existe pas dans la vaste li­brai­rie du lo­gi­ciel de vé­hi­cules, d’avions IA ou de struc­tures spé­ci­fiques à cette époque. C’est ici qu’entre en jeu WWII As­sets Pack, une col­lec­tion d’ob­jets sta­tiques et/ou mo­biles qui vont par­ti­ci­per ac­ti­ve­ment à re­pro­duire le contexte du Jour J. On y trouve des bun­kers à po­si­tion­ner sur la carte, des blin­dés (M4 Sher­man, Crom­well, sept types de Pan­zer dont les Tigre 1 et 2), des pièces d’ar­tille­rie an­ti­aé­rienne, des vé­hi­cules ter­restres, de l’in­fan­te­rie, des pé­niches de dé­bar­que­ment, des bâ­ti­ments ty­piques et même un B-17G vir­tuel qu’on pour­ra ac­com­pa­gner en mis­sion d’es- corte. Ac­ces­soi­re­ment, dans la liste des na­tions de DCS World, les groupes Troi­sième Reich et Ré­pu­blique So­ciale ita­lienne font leur ap­pa­ri­tion, avec leurs uni­tés propres. Bref, WWII As­sets contient tout ce qu’il faut pour peu­pler la carte de la Nor­man­die.

Évi­dem­ment tout ce­ci a un coût : la carte seule est pro­po­sée à 44,99 US$, le pack WWII As­sets à 29,99 et une offre pro­mo­tion­nelle per­met d’ac­qué­rir les deux pour 59,99 US$. Même si le pack n’est pas es­sen­tiel (nous y re­vien­drons), il faut re­con­naître qu’il ap­porte son lot d’in­té­rêt si on sou­haite évo­luer en war­bird entre Cher­bourg et Le Havre…

Le Jour J vu d’en haut…

L’ins­tal­la­tion de cha­cun des deux mo­dules n’ap­pelle pas spé­cia­le­ment de re­marque, les conte­nus du pack sont au­to­ma­ti­que­ment in­té­grés à la base de don­nées d’ob­jets de DCS World 2.0 alors que la carte est ac­ces­sible lors des choix de théâtre d’opé­ra­tion dans les dif­fé­rents me­nus du lo­gi­ciel.

La zone la mieux trai­tée est com­prise entre la pres­qu’île du Co­ten­tin et Le Havre (du moins pour la Nor­man­die, mais l’An­gle­terre du sud n’a pas grand in­té­rêt ici). Chaque vil­lage, chaque voie fer­rée, chaque aé­ro­drome de la Luft­waffe y est re­pro­duit. C’est très beau, on se sur­prend même à dé­cou­vrir un paysage co­lo­ré qu’on est plus ha­bi­tué à voir en noir et blanc sur les images d’ar­chives ! On dé­couvre ain­si les quatre plages du dé­bar­que­ment (Utah, Oma­ha, Gold, Ju­no, Sword), les grandes villes de Caen, Cher­bourg ou Le Havre… Néan­moins, le ra­vis­se­ment de la dé­cou­verte du paysage laisse vite place à une forme de cir­cons­pec­tion : qu’est-ce qu’on fait ici ? En

pre­mier lieu il est presque in­dis­pen­sable d’ajou­ter des élé­ments à la carte par dé­faut : bat­te­ries an­ti­aé­riennes - la « flak » al­le­mande pré­le­va un lourd tri­but à l’avia­tion al­liée - mais aus­si des bun­kers et for­ti­fi­ca­tions sur les plages, des con­vois de vé­hi­cules… Sans quoi la Nor­man­die pa­raî­tra bien vide ! Et même avec ces conte­nus, il ne se passe fi­na­le­ment pas grand-chose dans les airs… La faute prin­ci­pa­le­ment à l’offre d’ap­pa­reils. Si le B17G four­nis per­met de pi­lon­ner les em­pla­ce­ments d’ar­tille­rie au sol, il n’y a pas beau­coup d’op­por­tu­ni­tés pour les chas­seurs pré­sents à l’heure ac­tuelle dans DCS 2.0 (aus­si bien en IA qu’en pi­lo­tables). Cô­té Luft­waffe, les Bf 109K et Fw 190D9 sont en­trés en ser­vice après la li­bé­ra­tion de la France ; pour les Al­liés, la maî­trise de l’air était dé­jà ac­quise pour le Jour J et l’es­sen­tiel des mis­sions consis­tait en l’ap­pui au sol. Or il manque des ap­pa­reils pour ce­la : les Ty­phoon ou Thun­der­bolt au­raient plus leur place ici que les in­ter­cep­teurs Spit­fire ou le P-51D.

… ou vu d’en bas !

Alors, condam­né à ef­fec­tuer des passes de mi­traillage au sol sur des cartes lon­gue­ment amé­lio­rées par des ajouts d’élé­ments au sol ? Pas for­cé­ment. Car si on pos­sède l’ex­ten­sion Com­bi­ned Arms, on peut s’es­sayer au com­bat au sol. Cer­tains des blin­dés four­nis dans le WWII As­sets sont pi­lo­tables, même s’ils souffrent en­core de nom­breux bugs se­lon les mo­dèles (vi­seurs de tou­relle ab­sents, poste de conduite sans vision ex­té­rieure, af­fi­chage en sur­im­pres­sion dis­pa­ru…). À terme ces pro­blèmes de­vraient être ré­so­lus, mais dé­jà on se prend à ad­mi­rer la Nor­man­die au ni­veau du sol. Le paysage four­mille de dé­tails au­then­tiques im­pos­sibles à dé­cou­vrir de­puis un avion en vol. Le ter­rain est moins plat que vu du ciel, les haies four­nissent au­tant d’abris que d’oc­ca­sions d’em­bus­cades. On vi­site même les sites his­to­riques de Sainte-Mère-Église, le pont de Bé­nou­ville, Ouis­tre­ham…

Une der­nière pré­ci­sion im­por­tante : la carte Nor­man­die et son pack com­plé­men­taire sont en­tiè­re­ment com­pa­tibles avec les autres conte­nus pour DCS World 2.0. On peut donc y vo­ler avec les ap­pa­reils par dé­faut (le Su-25T et le TF51D d’en­traî­ne­ment), mais aus­si créer des si­tua­tions uchro­niques qui fer­mentent dans l’es­prit de tout sim­mer. Comment se com­por­te­rait un A-10C dans les nuages de flak des bat­te­ries de 20 mm ? Une Ga­zelle an­ti­char pour­rait-elle stop­per une co­lonne de chars Tigre ? Il est pos­sible de re­créer toutes sortes de si­tua­tions dé­li­rantes (du moins dans l’édi­teur de mis­sions), en pro­fi­tant du mo­teur propre à DCS World, voire ima­gi­ner un conflit mo­derne dans un théâtre d’opé­ra­tions tout neuf (mais dé­pour­vu de ba­lises de na­vi­ga­tions, contexte his­to­rique oblige).

Le bi­lan des vols ac­com­plis en Nor­man­die est fi­na­le­ment mi­ti­gé. La réa­li­sa­tion est im­pec­cable, on n’en at­ten­dait pas moins de l’équipe de DCS. Gra­phi­que­ment ir­ré­pro­chables, la Nor­man­die et l’As­sets Pack souffrent es­sen­tiel­le­ment de li­mi­ta­tions dues aux ap­pa­reils dis­po­nibles. On se console en se di­sant que l’en­semble n’est en­core pro­po­sé qu’en « ear­ly ac­cess », c’est-à-dire que les mises à jour sont dé­jà pré­vues, et que des aé­ro­nefs plus adap­tés à cette pé­riode par­ti­cu­lière pour­ront voir le jour. En l’état, l’en­semble fait plu­tôt l’im­pres­sion d’une cu­rio­si­té qu’un concur­rent sé­rieux aux si­mu­la­tions orien­tées Se­conde Guerre mon­diale. Croi­sons les doigts pour que des ap­pa­reils d’at­taque soient pu­bliés, qu’un ca­len­drier de sor­ties soit éta­bli et que plus de vé­hi­cules au sol soient vrai­ment contrô­lables par l’in­ter­mé­diaire de Com­bi­ned Arms. Des mises à jour en vue ?

Le Spit­fire au-des­sus de la cam­pagne an­glaise.

Les LST ( Lan­ding Ships, Tank) ap­prochent d’Oma­ha Beach.

La re­dou­table bat­te­rie flak­vier­ling 38 avec quatre ca­nons de 20 mm. Quelques-uns des ob­jets spé­ci­fiques à la carte et au pack d’ex­ten­sion : jeep, bun­ker, obs­tacles au sol… Sur­vol de Caen en Bf 109K ; l’aé­ro­drome de Car­pi­quet est vi­sible à droite de l’avion. La carte vue dans l’édi­teur : la zone vrai­ment dé­taillée est celle cou­verte par le qua­drillage.

Passe d’at­taque à la ro­quette contre les dé­fenses de Cher­bourg. Une co­lonne blin­dée fonce vers les plages pour re­pous­ser les « en­va­his­seurs ».

Le B-17G de l’As­sets Pack est contrô­lé par l’IA – bi­zar­re­ment l’équi­page n’est pas mo­dé­li­sé !

À bord d’un Tigre à Sainte-Mère-Église : les dé­tails au sol sont sur­pre­nants.

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