« Je suis en pre­mière ligne »

À PEINE SOR­TI DU CO­MI­TÉ DI­REC­TEUR, LE PRÉ­SIDENT DE LA FFR A CHOI­SI DE ZAPPER LE DÉ­JEU­NER POUR NOUS AC­COR­DER UN LONG EN­TRE­TIEN. À 48 HEURES DU VOTE DÉ­CI­SIF POUR LE MON­DIAL 2023, IL FAIT LE POINT SUR LES CHANCES FRAN­ÇAISES, MAIS AUS­SI SUR TOUS LES DOS­SIERS

Midi Olympique - - La Une - Pro­pos re­cueillis par Pierre-Laurent GOU pierre-laurent.gou@mi­di-olym­pique.fr

À deux jours de l’an­nonce de la dé­si­gna­tion du pays hôte pour le Mon­dial 2023, dans quel état d’es­prit êtes-vous ?

Je suis un peu im­pa­tient de connaître la dé­ci­sion. C’est une se­maine dense en termes d’ac­tua­li­té rug­bys­tique avec la double confron­ta­tion face aux Blacks, l’an­nonce de mer­cre­di et le match face aux Boks. Le Mon­dial 2023, c’est un chal­lenge que l’on a re­le­vé avec pas mal de re­tard sur les autres concur­rents, mais qui a été ter­ri­ble­ment ex­ci­tant. Nous avons dé­pen­sé beau­coup d’éner­gie ces six der­niers mois mais con­trai­re­ment à ce que j’ai pu lire, pas beau­coup d’ar­gent. On nous cri­tique avec notre bud­get à 700 000 eu­ros, mais on omet d’in­di­quer que les Ir­lan­dais sont eux à 6,5 mil­lions d’eu­ros…

Quel est votre pro­gramme sur les der­nières heures ? En­core du lob­bying ?

C’est ter­mi­né. Du­rant deux jours, je suis pris par le co­mi­té exé­cu­tif de World Rugby. Au­jourd’hui, nous avons fait le tour des vo­tants plu­sieurs fois, en­voyé des cour­riers. On sait à peu de choses près qui va vo­ter pour qui. Les pré­si­dents de fé­dé­ra­tion ne vont pas at­tendre le der­nier jour pour se dé­ter­mi­ner. Très sou­vent, la dé­ci­sion a été vo­tée en « board » et ils vont la res­pec­ter.

Et alors, êtes-vous op­ti­miste pour l’is­sue du vote ?

Je suis tou­jours confiant de na­ture !

Est-ce que, fi­na­le­ment, le plus dur n’est pas d’ar­ri­ver à se qua­li­fier pour le se­cond tour, ou em­pê­cher une vic­toire de l’Afrique du Sud au pre­mier ?

Bien sûr que ce genre de comptes, on les a faits et re­faits, mais dans ma tête je me dis sur­tout qu’il faut ga­gner au pre­mier tour. Après, quand tu re­gardes les forces en pré­sence, tu te dis ef­fec­ti­ve­ment que si la France ou l’Ir­lande ar­rive en deuxième po­si­tion, la na­tion eu­ro­péenne a une vraie chance de re­port de voix des pays du Nord et donc de l’em­por­ter.

Avec du re­cul, com­pre­nez-vous les conclu­sions de la re­com­man­da­tion tech­nique de World Rugby qui place l’Afrique du Sud en tête ?

Il n’y a pas eu de mau­vaise foi, mais, après coup, je pense que nous au­rions dû avoir les cri­tères de no­ta­tion avant. Que ce soit sur le do­page, ou la qualité de nos stades, on ne peut pas ac­cep­ter leur compte ren­du. Que les en­ceintes de l’Eu­ro 2016 de foot­ball n’ar­rivent pas en tête, je ne peux tou­jours pas l’en­tendre. Alors que nous avons les plus beaux stades, nous ar­ri­vons der­rière l’Afrique du Sud. Ils au­raient dû nous mettre au moins à éga­li­té. C’est sur­pre­nant. Comme les points per­dus sur le manque pos­sible de dis­po­ni­bi­li­té de nos stades. Nous ne nous se­rions pas lan­cés dans l’or­ga­ni­sa­tion d’une Coupe du monde, si nous n’étions pas cer­tains de pou­voir uti­li­ser les stades sé­lec­tion­nés !

Ne fau­dra-t-il pas à l’ave­nir sup­pri­mer ce sys­tème d’at­tri­bu­tion en deux temps avec une re­com­man­da­tion, puis un vote ?

Sur le prin­cipe je suis d’ac­cord avec vous. D’au­tant que de nom­breux pays n’y étaient pas fa­vo­rables. Mais il a été mis en place par la man­da­ture pré­cé­dente. Pour­tant, World Rugby avait bien pré­ci­sé que ce­la ne se­rait qu’une re­com­man­da­tion et non un ordre de vote. Et j’es­time que c’est aux élus de choi­sir où doit se dis­pu­ter une Coupe du monde.

Crai­gnez-vous que les affaires qui se­couent la FFR ac­tuel­le­ment, plombent un pos­sible vote en fa­veur de la France ?

Les pré­si­dents de fé­dé­ra­tions ne sont, soit pas au cou­rant, soit ce­la ne les in­té­resse pas. Pas un ne m’en a par­lé ! Ils veulent sa­voir quelles se­ront les re­tom­bées éco­no­miques et po­pu­laires pour leur pays et World Rugby.

Au­riez-vous sou­hai­té que le rap­port d’ins­pec­tion du mi­nis­tère à pro­pos de l’af­faire Al­trad, soit ren­du pu­blic avant l’an­nonce de l’at­tri­bu­tion ?

Je ne me pose pas ce genre de ques­tions. Qu’il soit ren­du avant ou après ne change rien sur les deux ver­dicts. Ce n’est pas lié.

Est-ce que les at­taques que vous avez su­bies vous ont pol­lué dans votre mis­sion au quo­ti­dien ?

Ab­so­lu­ment pas. Ce n’est pas dans ma na­ture. Je ne vais pas dire que ce­la m’a fait plai­sir mais je me de­vais de mon­trer à mon équipe force et dé­ter­mi­na­tion. Je suis de­vant et en pre­mière ligne ! Si je baisse pa­villon, je ne suis pas un chef. Or, je suis le pré­sident et j’en­tends le res­ter !

Au­riez-vous ai­mé avoir eu plus de temps pour pré­pa­rer votre dos­sier ?

Oui, mais mal­heu­reu­se­ment nous n’en avions pas. Quand je suis élu, nous n’avons plus que cinq mois pour pré­sen­ter notre dos­sier. Et je tiens à rendre hom­mage à Claude At­cher et à son équipe qui ont réus­si des mi­racles en très peu de temps. S’il n’avait pas été là, il n’y au­rait pas eu de dos­sier ! Et si on a pu pré­sen­ter le meilleur, c’est grâce à lui.

Pour­quoi ce­la se­rait im­por­tant pour la France d’ob­te­nir le Mon­dial ?

Pour deux choses prin­ci­pales, qui se sont vé­ri­fiées en 2007. Ce­la ap­porte à ton sport une no­to­rié­té qu’au­cun autre évè­ne­ment ne t’amène. + 20 % de li­cen­ciés ! Et au­jourd’hui, nous en avons be­soin. Il faut re­créer un élan. Et la deuxième des choses, fi­nan­ciè­re­ment par­lant, ce­la te lais­se­ra entre 50 et 60 mil­lions d’eu­ros dans les caisses de la FFR, pour le monde ama­teur ! C’est énorme et t’amène les moyens de tes am­bi­tions. La FFR va faire cette an­née 900 000 eu­ros de bé­né­fices. C’est donc au mi­ni­mum 50 an­nées d’un coup qui t’ar­rivent !

Com­ment pou­vez-vous as­su­rer que France 2023 se­ra for­cé­ment bé­né­fi­ciaire ?

Parce que nous avons construit notre bud­get en nous inspirant for­te­ment de l’ex­pé­rience de 2007 qui a lais­sé 34 mil­lions d’eu­ros à la FFR. Les pré­vi­sion­nels sont réa­listes et va­li­dés par des so­cié­tés d’au­dit re­con­nues.

Et com­ment faites-vous alors en cas de dé­faite ?

On pour­suit sur notre lan­cée. Dé­jà, dé­but dé­cembre, il y a les élec­tions pour les treize Ligues ré­gio­nales. Les ré­formes que je sou­haite mettre en place pour le monde ama­teur se fe­ront. Je tien­drai mes en­ga­ge­ments. Un suc­cès nous fa­ci­li­te­rait gran­de­ment la tâche. Et puis je me re­fuse à en­vi­sa­ger l’échec. Je dis ce­la parce qu’avant tout nous avons un ex­cellent dos­sier. Nous sommes sûrs de nos forces.

Au­riez-vous sou­hai­té, no­tam­ment dans la der­nière ligne droite, plus de sou­tien po­li­tique, no­tam­ment de la part de la ma­jo­ri­té ac­tuelle au pou­voir ?

Quand un pré­sident de la ré­pu­blique fait en sorte que nous puis­sions bé­né­fi­cier pour ce dos­sier d’une cau­tion ban­caire de 171 mil­lions d’eu­ros, don­nés par la caisse des dé­pôts et consi­gna­tion, c’est fort. L’Etat a fait son tra­vail.

Qui est, se­lon vous, votre prin­ci­pal ad­ver­saire mer­cre­di ? L’Afrique du Sud qui est res­sor­tie pre­mière de la re­com­man­da­tion tech­nique, ou l’Ir­lande ré­pu­tée pour son ha­bi­le­té po­li­tique ?

Il faut se mé­fier de l’Ir­lande, jus­qu’au bout et ne pas la més­es­ti­mer. Quel est le prin­ci­pal en­sei­gne­ment de la pré­co­ni­sa­tion de World Rugby ? Que les trois pays, Afrique du Sud, France et Ir­lande sont ca­pables d’or­ga­ni­ser une belle Coupe du monde. Les re­com­man­da­tions ont sur­tout mis tout le monde dans l’em­bar­ras, même s’il n’y a pas eu de fi­celle ou de ma­ni­pu­la­tion po­li­tique.

Même s’il se mur­mure que l’Ar­gen­tin Agus­tin Pi­chot, vice-pré­sident de World Rugby, dé­tient la clef de ce scru­tin en cou­lisses ?

Dé­jà, à ma connais­sance, Pi­chot n’est pas ins­crit par­mi les vo­tants, mer­cre­di pro­chain. S’il est ca­pable de dé­ci­der et d’im­po­ser ses vues, alors il ne fal­lait pas lan­cer ce pro­ces­sus. Mais je ne le crois pas et ne le pense pas une se­conde. Je ne veux pas en­trer dans ce genre de consi­dé­ra­tions.

Et si vous pou­viez vo­ter, pour qui ? Et pour­quoi ?

J’au­rais vo­té pour la France pour deux rai­sons. D’abord une rai­son éco­no­mique car la Coupe du monde, c’est 90 % des re­ve­nus de la fé­dé­ra­tion in­ter­na­tio­nale. C’est de la com­pé­ti­tion qu’elle tire les moyens de ses ac­tions. France 2023 est le pro­jet qui amène le plus de re­cettes et de loin. Sur ce plan-là, il n’y a pas de match. Deuxiè­me­ment, la France est le pays le plus vi­si­té au monde. Un pays dont on connaît l’ex­cel­lence en termes d’or­ga­ni­sa­tion pla­né­taire d’évè­ne­ments spor­tifs.

Avoir dé­jà or­ga­ni­sé le Mon­dial il y a dix ans, n’estce pas trop han­di­ca­pant par rap­port à l’Ir­lande qui ne l’a ja­mais eu ?

L’Ir­lande doit jouer là-des­sus, c’est une évi­dence ! Mais France 2007 n’est pas un han­di­cap. Ce­la a été une telle réus­site pour notre sport ! Le rugby fran­çais a be­soin d’une nou­velle Coupe du monde sur son ter­ri­toire.

La dé­faite de la France, sa­me­di soir, peut-elle in­fluen­cer les votes de mer­cre­di, dans le sens où, en ce mo­ment, les mau­vaises nou­velles s’ac­cu­mulent dans le rugby fran­çais ?

Non, c’est com­plè­te­ment in­dé­pen­dant ! Et heu­reu­se­ment d’ailleurs. Si­non avec le très beau ré­sul­tat de l’Ir­lande sur l’Afrique du Sud…

Et quel est votre sen­ti­ment après ce nou­veau cui­sant re­vers ?

Je ne veux pas m’ex­pri­mer là-des­sus. Ce n’est ab­so­lu­ment pas le mo­ment. On fe­ra le point à l’is­sue des matchs de no­vembre.

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