MIL­LION DOL­LAR BA­BY

BRILLANT PUIS RISIBLE, TOUT À LA FOIS ADMIRABLE ET AB­SURDE, SON­NY BILL WILLIAMS FUT UNE NOU­VELLE FOIS LE CA­TA­LY­SEUR DE TOUTES LES ÉMO­TIONS, AU STADE DE FRANCE. AP­PRO­CHÉ PAR SALE, QUI VIENT DE LUI DRES­SER UN PONT D’OR, SBW EST TOU­JOURS LE CENTRE DU MONDE…

Midi Olympique - - Tournée d’automne L’adversaire - Par Marc DUZAN marc.duzan@mi­di-olym­pique.fr

Quel que soit le contexte, quels que soit l’époque ou le match, Son­ny Bill Williams est in­va­ria­ble­ment le centre de toutes les conver­sa­tions, le car­re­four de tous les re­gards. Sou­vent parce qu’il ex­celle. Par­fois parce que l’un de ses pla­quages mé­rite une sanc­tion exem­plaire. En juin der­nier et une se­maine après avoir sur­clas­sé la bête hu­maine du XV de la Rose (Ben Te’o), « Mo­ney Bill » de­ve­nait donc le pre­mier All Black à être ex­pul­sé d’un Test Match de­puis 1967, la faute à une im­monde agres­sion sur An­tho­ny Wat­son, l’ai­lier des Lions bri­tan­niques… Sa­me­di soir ? Son­ny Bill Williams fut sim­ple­ment fi­dèle à sa lé­gende. Au­teur d’une passe dé­ci­sive, au pied, à des­ti­na­tion de son com­père du mi­lieu du ter­rain Ryan Crot­ty (36e), il com­met­tait dix mi­nutes plus tard l’ir­ré­pa­rable : à la re­tom­bée d’une chan­delle à suivre d’An­tho­ny Bel­leau, Son­ny Bill Williams de­van­çait Yo­han Hu­get dans l’en-but néo-zé­lan­dais ; au lieu de ten­ter de s’em­pa­rer du bal­lon, comme l’au­rait fait n’im­porte qui, le trois-quarts centre des Blues vol­leyait la balle hors des li­mites du ter­rain, à la ma­nière d’un vol­leyeur, d’une cla­quette im­pro­bable. Dans la fou­lée, l’ar­bitre aus­tra­lien An­gus Gard­ner ac­cor­dait un es­sai de pé­na­li­té des plus lo­giques aux Tri­co­lores, re­lan­çant mal­gré lui un match dont l’is­sue, pas­sé qua­rante mi­nutes, sem­blait pour­tant iné­luc­table… En confé­rence de presse, le sé­lec­tion­neur Steve Han­sen te­nait pour­tant à dé­fendre la plus grande star de son ef­fec­tif : « Je vais être franc : Son­ny a long­temps joué au rugby à XIII, où ce genre de geste est au­to­ri­sé. Il ne connais­sait pas la règle, voi­là tout. Quand j’ai vu les images, en tri­bunes, j’ai im­mé­dia­te­ment pen­sé à l’es­sai de pé­na­li­té. Dans les ves­tiaires, Son­ny m’a juste dit avoir eu peur que l’ai­lier fran­çais (Yo­han Hu­get) ne s’em­pare du bal­lon. Je suis en­clin à le croire. » En Nou­velle-Zé­lande, où la per­son­na­li­té hors-norme de Williams est sou­vent dé­criée, Han­sen reste le plus fervent dé­fen­seur de l’an­cien Tou­lon­nais. His­toire de blin­der le contrat de Son­ny Bill et s’as­su­rer que le boxeur reste au pays jus­qu’au Mon­dial 2019, le sé­lec­tion­neur ki­wi est même mon­té seul au front l’an pas­sé, exi­geant de ses di­ri­geants qu’ils élar­gissent sen­si­ble­ment la bourse oc­troyée, là-bas, au maître des off-loads. « Dans l’es­prit de Steve Han­sen, nous confiait ven­dre­di soir l’an­cien ar­rière des All Blacks Jeff Wil­son, il y a quatre intouchables : Re­tal­lick, Coles, Read et Williams. Avec Son­ny Bill, le coach néo-zé­lan­dais sait que le champ des pos­si­bi­li­tés est in­fi­ni… »

L’OBJECTEUR DE CONSCIENCE

Ju­ché sur un phy­sique ir­réel (1,98 m et 112 kg), ar­mé de bras té­les­co­piques et mu­ni d’un goût cer­tain pour l’en­ga­ge­ment phy­sique, Son­ny Bill Williams s’est ré­cem­ment do­té, sous les ordres de Ta­na Uma­ga à Au­ck­land, d’un jeu au pied dé­cent, à dé­faut d’être par­fait. « Aus­si in­croyable que ce­la puisse pa­raître, pour­suit Wil­son au su­jet de son com­pa­triote, Son­ny Bill Williams est pro­ba­ble­ment plus fort qu’il ne l’a ja­mais été. » Du coup, le pro­té­gé de Steve Han­sen at­tire les convoi­tises au-de­là de ses fron­tières na­tu­relles, jus­qu’ici com­prises entre la Nou­velle-Zé­lande et l’Aus­tra­lie. Ré­cem­ment, le nou­veau pro­prié­taire de Sale (le mil­liar­daire Si­mon Orange) a ain­si contac­té Kho­der Nas­ser, l’agent de SBW, afin de sa­voir quelles étaient les in­ten­tions du joueur. Une fois mis au par­fum du contrat bé­ton liant Son­ny Bill Williams à la Fé­dé­ra­tion néo-zé­lan­daise, le pro­prié­taire de Sale pro­po­sa alors une somme as­tro­no­mique (on parle de 2, 5 mil­lions d’eu­ros…) afin de ra­che­ter l’acte en ques­tion… Que fe­ra SBW ? À 32 ans, l’an­cien trei­ziste de­vrait en toute lo­gique al­ler au bout de son en­ga­ge­ment vis-à-vis de la NZRU, avec la­quelle il en­tre­tient pour­tant de­puis deux ans des re­la­tions as­sez conflic­tuelles. En avril der­nier, alors qu’il ve­nait à bout d’une bles­sure au ten­don d’Achille l’ayant te­nu éloi­gné des ter­rains dix mois du­rant, Son­ny Bill dé­ci­dait de pla­cer un mor­ceau de spa­ra­drap sur le lo­go de BNZ (Bank of New Zea­land), l’un des spon­sors maillot des Blues : « Il y avait très long­temps que je rê­vais de faire ça, nous confiait-il en juin. C’est mon droit, vous sa­vez : il est ins­crit dans mon contrat avec la NZRU que je suis libre de m’op­po­ser au fait que mon image soit as­so­ciée à une banque ou une marque d’al­cool. Je ne bois plus de­puis plus de dix ans. Et je ne crois pas aux bien­faits de la spé­cu­la­tion. Avec le temps, je suis de­ve­nu quel­qu’un de très simple. » À ce point ? « Chez moi, il n’y a rien sur les murs : ni mé­dailles, ni maillots, ni tro­phées. Le pro­phète dit que lorsque tu contemples trop tes murs, les anges ne s’y ar­rêtent plus. » Son­ny Bill Williams au­ra 34 ans lorsque son contrat avec la Fé­dé­ra­tion néo-zé­lan­daise pren­dra fin. Nas­ser étant per­sua­dé que l’el­do­ra­do du trans­fert se trouve dé­sor­mais en An­gle­terre, il est plus que pro­bable que son bien-ai­mé se paye alors un der­nier shoot d’adré­na­line outre Manche.

Pho­tos Mi­di Olym­pique - Pa­trick De­re­wia­ny 47e mi­nute : Son­ny Bill Williams de­vance Yoann Hu­get dans l’en-but néo-zé­lan­dais et vol­leye la balle hors du ter­rain en­traî­nant un es­sai de pé­na­li­té en fa­veur du XV de France.

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