EST-IL SOUS-CO­TÉ ?

EX­CELLENT FACE À DES JOUEURS CONFIR­MÉS DU SU­PER RUGBY, IR­RÉ­PRO­CHABLE DANS L’AT­TI­TUDE ET RÉ­SO­LU­MENT TOUR­NÉ VERS LES AUTRES, LE RO­CHE­LAIS NE MÉ­RI­TE­RAIT-IL PAS SA CHANCE AVEC LE XV DE FRANCE ? POUR NOUS, OUI. MAIS PAS FOR­CÉ­MENT POUR LUI...

Midi Olympique - - Tournée d’automne Barbarians - Par Si­mon VALZER, en­voyé spé­cial si­mon.valzer@mi­di-olym­pique.fr

Son nom n’est cer­tai­ne­ment pas aus­si « ban­kable » que ce­lui de Son­ny Bill Williams ou même ce­lui de Wes­ley Fo­fa­na, pour choi­sir l’un de ses concur­rents di­rects. Ses vi­déos ne comptent sû­re­ment pas au­tant de vues que celles de Ma’a No­nu ou de Ma­thieu Bas­ta­reaud. Mais est-ce que ces atours su­per­fi­ciels font un ex­cellent rug­by­man ? Non. Un simple coup d’oeil à la riche car­rière de Pierre Aguillon, 30 ans, suf­fit de choi­sir l’ad­jec­tif qui lui convient le mieux : in­con­tour­nable. C’est bien simple, de­puis la sai­son 2008 où il s’est ré­vé­lé (c’était sa qua­trième à Auch), il a été in­dis­pen­sable par­tout où il est al­lé. À Auch donc (Top 16, Pro D2, puis Top 14), à Gre­noble (Pro D2), à Car­cas­sonne (Pro D2), puis à Oyon­nax en Top 14 et au­jourd’hui à La Ro­chelle. Une « mon­tée en gamme » sur le stan­ding des clubs qui n’a pas en­ta­mé l’im­mense temps de jeu que le Ger­sois a dé­sor­mais l’ha­bi­tude de di­gé­rer chaque an­née.

Ces deux der­nières an­nées, Pierre Aguillon s’est en­core im­po­sé dans une nou­velle équipe, celle des Bar­ba­rians fran­çais, dé­sor­mais re­con­nus pour être l’an­ti­chambre du XV de France. Dé­jà re­te­nu une pre­mière fois, Aguillon a pour­tant cru que son aven­ture avec la sé­lec­tion était fi­nie : « Je l’es­pé­rais tel­le­ment cette deuxième convo­ca­tion… La sai­son der­nière, mon car­ton rouge (contre Tou­lon en de­mi-fi­nale) m’avait pri­vé de la tour­née d’été… cette pri­va­tion avait été une grosse bles­sure pour moi. Je vou­lais ab­so­lu­ment re­ve­nir, sur­tout pour af­fron­ter les Blacks et… re­trou­ver Ro­ro au centre ! Ce­la s’était tel­le­ment bien pas­sé avec lui… »

L’UN DES GAR­DIENS DU TEMPLE

« Ro­ro », c’est Au­ré­lien Rou­ge­rie, admirable dans son rôle de ca­pi­taine. Et les mots de l’em­blé­ma­tique Cler­mon­tois suf­fisent à dire son ad­mi­ra­tion : « Avec Pierre, les choses sont très fa­ciles. On s’est trou­vés dès lun­di soir : à 18 heures pé­tantes, à l’apé­ro ! J’étais ra­vi de pou­voir m’ap­puyer sur lui et sur Alexandre Flan­quart cette se­maine. Ce sont des gar­çons qui ont un peu plus de bou­teille que les autres et qui m’ont ai­dé à ame­ner les jeunes. Je ne ta­ris pas d’éloges sur lui parce que c’est vrai­ment un bon mec. Il a l’es­prit Baa­baas mais il au­rait les ca­pa­ci­tés pour al­ler plus haut. » Com­pre­nez-là que pour son co­équi­pier aux 76 sé­lec­tions, il mé­ri­te­rait que Guy No­vès lui offre une vraie chance, et pas qu’une simple convo­ca­tion à un stage de préparation en juin der­nier. N’im­porte quelle ligne d’at­taque du monde a be­soin d’un joueur de son pro­fil : un type râ­blé, dense, sur qui on peut tou­jours comp­ter pour pu­nir les at­ta­quants ad­verses à chaque fois qu’ils s’ap­prochent un peu trop. Un pro­fil à la Florian Fritz, Da­vid Mar­ty ou en­core Ri­chard Dourthe. Rou­ge­rie en­core : « Il faut le re­con­naître… Pier­rot est un peu sous­co­té. Au-de­là de ses qua­li­tés rug­bys­tiques, c’est un très bon mec que j’ap­pré­cie énor­mé­ment. À lui de le prou­ver, même si l’on sait qu’une car­rière se joue par­fois à peu de chose. »

La car­rière, jus­te­ment. On ap­proche de la ré­ponse à notre ques­tion en titre, et l’on avance une hy­po­thèse : si Aguillon est sous-co­té, c’est parce qu’il n’est pas car­rié­riste. Pour lui, l’équipe des Baa­baas n’est pas un moyen à sa réus­site per­son­nelle : « Tout le monde dit que cette équipe est de­ve­nue l’an­ti­chambre du XV de France… mais nous, en tant qu’an­ciens, on a vrai­ment pen­sé à pré­ser­ver l’es­prit de cette équipe, à par­ler de plai­sir sur le ter­rain. Ici, on crée une équipe en quatre jours. Et dans ces condi­tions, l’apé­ro compte ! Il faut gar­der ce­la. Les Bar­ba­rians, c’est une bulle d’air dans une sai­son de Top 14 où l’on est constam­ment sous pres­sion. C’est pré­cieux. » Plus pré­cieux que son am­bi­tion per­son­nelle, en tout cas.

Alors quand on l’in­ter­roge sur le XV de France, Pierre Aguillon botte pour une fois en touche : « Non, je ne pen­sais pas à l’autre équipe de France. J’en suis loin… il y a tel­le­ment de bons centres en France… » Ce qui nous ra­mène à notre ques­tion ini­tiale : « Suisje sous-co­té ? » Le Ro­che­lais pousse un éclat de rire gê­né et se frotte la nuque pour bais­ser le re­gard : « Je n’en sais rien… Comme je vous l’ai dé­jà dit, il y a de très bons centres en France. Si un jour ce­la vient, j’irai avec grand plai­sir. En at­ten­dant, cette vic­toire vaut toutes les vic­toires du monde. On a bat­tu les Blacks, point. Cer­tains di­ront que c’est leur équipe 3. Nous, on est peut-être l’équipe 4 de l’équipe de France puis­qu’il y a eu 50 000 bles­sés et qu’on n’a pas été ap­pe­lé mais on s’en fout, c’est un match in­ter­na­tio­nal. »

Mi­di Olym­pique - Ber­nard Gar­cia Photo Pierre Aguillon fut étin­ce­lant ven­dre­di soir. Ce­la n’a sur­pris per­sonne tant le trois-quarts centre de La Ro­chelle est cons­tant dans la per­for­mance de­puis ses dé­buts chez les pro­fes­sion­nels. ■

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