L’IVRESSE DE LA PRO­FON­DEUR

ALORS QUE LA TEN­DANCE DES DER­NIÈRES AN­NÉES AL­LAIT VERS UN JEU TRÈS À PLAT, DE NOM­BREUSES FOR­MA­TIONS TROUVENT DE NOU­VEAU LA SO­LU­TION FACE AUX DÉ­FENSES TRÈS AGRES­SIVES EN ACCENTUANT LEUR PRISE, ET SUR­TOUT LEUR RE­PRISE DE PRO­FON­DEUR.

Midi Olympique - - Horizons Technique - Par Ni­co­las ZANARDI ni­co­las.zanardi@mi­di-olym­pique.fr

On ne peut plus at­ta­quer, qu’ils di­saient ! C’était en tout cas le dis­cours en vogue au dé­but des an­nées 2010, lorsque le jeu de toutes les équipes du monde ou presque, consti­pé par la lutte abs­conce de deux ri­deaux pour le gain de la ligne d’avan­tage, se ré­su­mait plus ou moins à un com­bat fron­tal. Les dé­fenses in­ver­sées sem­blaient alors un piège in­évi­table et l’on com­men­çait, bon an mal an, à se de­man­der si la so­lu­tion al­lait ré­si­der en un élar­gis­se­ment du ter­rain ou une di­mi­nu­tion du nombre de joueurs, his­toire de re­trou­ver quelques es­paces…

Et puis, une ré­vo­lu­tion est ar­ri­vée. On veut bien en­ten­du par­ler de ces or­ga­ni­sa­tions qui ne se ré­su­maient plus à des cel­lules de joueurs sur la lar­geur, mais bien à deux vagues d’at­taque. Or­ga­ni­sa­tions qui, à force d’amé­lio­ra­tions, par­viennent de nou­veau à dé­pla­cer le bal­lon et les hommes as­sez in­tel­li­gem­ment pour trouver des es­paces sur les ex­té­rieurs, même face à des dé­fenses hy­per agres­sives…

LE DÉFI DE L’ÉCO­NO­MIE D’ÉNER­GIE

Cette or­ga­ni­sa­tion ? Elle peut se ré­su­mer en un mot, la prise de pro­fon­deur. Ou plu­tôt la re­prise de pro­fon­deur après plu­sieurs temps de jeu, prin­ci­pal écueil sur le­quel ont long­temps bu­té les en­traî­neurs des at­taques. « Le constat était simple, nous confiait voi­là quelques se­maines l’an­cien en­traî­neur de Gre­noble Ber­nard Ja­ck­man. Face à des dé­fenses qui mon­taient tou­jours plus loin pour vous cou­per les ex­té­rieurs, l’unique so­lu­tion était de prendre plus de pro­fon­deur, afin de re­trou­ver l’es­pace-temps suf­fi­sant pour ma­ni­pu­ler le bal­lon de­vant cette dé­fense. Sauf que ce n’était pas si simple à mettre en place : au bout de plu­sieurs temps de jeu, lorsque les avants et les trois-quarts se mé­langent, les joueurs ont tou­jours na­tu­rel­le­ment ten­dance à faire moins d’ef­forts pour re­prendre la pro­fon­deur. Sur­tout si on n’est pas par­ve­nu à trouver ra­pi­de­ment de l’avan­cée… Les or­ga­ni­sa­tions avec des cel­lules d’avans ont per­mis de fran­chir un cap au mo­ment de trouver des sys­tèmes plus ef­fi­caces, mais ce n’était pas suf­fi­sant. »

IDÉAL POUR LES CONDI­TIONS HI­VER­NALES

Voi­là com­ment, à force de tâ­ton­ne­ments, les théo­ri­ciens de l’at­taque en sont ve­nus à ef­fec­tuer un nou­veau pla­giat sur ce qi était de­ve­nu mon­naie com­mune à XIII, à sa­voir le plus sys­té­ma­ti­que­ment pos­sible dis­po­ser d’un joueur ra­pide (soit un trois-quarts dans 99 % des cas de fi­gure) dans l’axe non pas de l’ou­vreur, mais du deuxième joueur de la ligne of­fen­sive, ou du bloc de joueurs lents (soit des avants dans 99 % des cas de fi­gure…) au mi­lieu du ter­rain. Une pro­fon­deur new-look, qui offre à la fois à l’ou­vreur la pos­si­bi­li­té d’user du jeu au pied of­fen­sif (gé­né­ra­le­ment pour l’ai­lier po­si­tion­né à plat) aus­si bien que du jeu à la main, sa ligne d’at­taque bé­né­fi­ciant de l’es­pace-temps né­ces­saire pour ma­noeu­vrer face à des dé­fenses in­ver­sées. « Les Sa­ra­cens font ce­la à la per­fec­tion, Cler­mont est éga­le­ment très per­for­mant, pro­longe Ja­ck­man. En pro­cé­dant de la sorte, on éco­no­mise de l’éner­gie pour toute l’équipe, à com­men­cer par les avants, tout en se don­nant la pos­si­bi­li­té d’être dan­ge­reux dans les trois ri­deaux. » Une stra­té­gie d’au­tant plus re­dou­table qu’avec l’hi­ver et les mau­vaises cod­ni­tions mé­téo­ro­lo­giques, cette (re)prise de pro­fon­deur of­frant un temps de ma­ni­pu­la­tion su­pé­rieur in­dis­pen­sable...

Un autre bon exemple de prise de pro­fon­deur peut se trouver en je­tant un oeil à ce match de ga­la qui avait op­po­sé les Sud-afri­cains des Sharks au Stade toulousain à Er­nest-Wal­lon. Sur l’image, on voit bien la pro­fon­deur prise par les at­ta­quants des Sharks, dans le sillage de l’ar­rière Willie le Roux, ici en po­si­tion de pre­mier at­ta­quant. La si­tua­tion est ex­trê­me­ment fa­vo­rable pour les Sud-afri­cains: Gillian Ga­lan, en haut de la photo, semble en mau­vaise pos­ture pour rat­tra­per l’ar­rière, tan­dis que le Toulousain Jar­rod Poi doit dé­fendre en re­cu­lant. Grâce à cette pro­fon­deur, les Sharks se laissent suf­fi­sam­ment de temps pour gar­der le des­sus sur la dé­fense.

Mont­pel­lier- Cler­mont, le week-end der­nier. Après plu­sieurs temps de jeu, les Au­ver­gnats n’ont pas en­core des­ta­bi­li­sé la dé­fense du MHR, qui se re­trouve avec un de­mi-ter­rain à dé­fendre, à éga­li­té nu­mé­rique (7 contre 7). Pour­tant, la bonne ré­par­ti­tion des Cler­mon­tois sur deux ri­deaux of­fen­sifs entre joueurs « lents » (cercle rouge) et « ra­pides » (cercles bleus) va leur per­mettre de faire la dif­fé­rence. 1

Cru­den ayant été na­tu­rel­le­ment ef­fa­cé après sa ten­ta­tive d’in­ter­cep­tion (cercle rouge) Be­tham n’a au­cun mal à pas­ser Na­do­lo, sur ses ta­lons et pris à son in­té­rieur (cercle bleu). La dif­fé­rence est ain­si créée, et les Cler­mon­tois n’ont plus qu’à ter­mi­ner le coup, Be­tham bé­né­fi­ciant de deux sou­tiens à son ex­té­rieur (flèches bleues) qui n’ont plus qu’à se por­ter à sa hau­teur. 4

Sur­pris par l’ar­ri­vée de ce joueur qui était jus­qu’alors par­fai­te­ment ca­ché dans le dos de Rou­ge­rie, Aa­ron Cru­den cherche à fer­mer l’ex­té­rieur par le biais d’une mon­tée en in­ver­sée sur Be­tham, afin de l’em­pê­cher de jouer le sur­nombre (flèche rouge). Sauf que la prise de pro­fon­deur ini­tiale de ce der­nier, dans l’axe de son par­te­naire, offre à Be­tham le mètre né­ces­saire pour évi­ter cette mon­tée en pointe. 3

Po­si­tion­né en re­trait pour pa­rer l’éven­tua­li­té d’un jeu au pied, l’ai­lier Na­do­lo crée na­tu­rel­le­ment un es­pace au large, qu’il vient com­bler dans le bon ti­ming, une fois la passe de l’ou­vreur au­ver­gnat ef­fec­tuée (flèche rouge). Tou­te­fois, la bonne re­prise de pro­fon­deur des Cler­mon­tois (cercle bleu) et sur­tout le po­si­tion­ne­ment de l’ai­lier Be­tham dans l’axe de Rou­ge­rie va per­mettre d’ex­ploi­ter cette mi­nus­cule faille à la per­fec­tion. 2

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