LA HORDE DE 87 A REJOUÉ LE MON­DIAL

MAR­DI DER­NIER, MI­DI OLYM­PIQUE A RÉUNI À PA­RIS LES FI­NA­LISTES DE LA COUPE DU MONDE 1987. UNE SOI­RÉE SUR LA­QUELLE NOUS REVIENDRONS DANS NOTRE PRO­CHAIN MA­GA­ZINE. LES BLANCO, LAGISQUET, SELLA, CHAMP ET COMPAGNNIE ONT DONC REJOUÉ L’ÉPO­PÉE DE LEUR JEU­NESSE. NOU

Midi Olympique - - 64e cérémonie des Oscars - Par Marc DUZAN marc.duzan@mi­di-olym­pique.fr 30 ans après, la pre­mière ligne du XV de France 1987, bon pied bon oeil. On re­con­naît, de gauche à droite, Jean-Pierre Ga­ruet, Da­niel Du­bros­ca et Pas­cal On­darts.

Dans l’un des sa­lons du Fou­quet’s, c’est Pa­trice Lagisquet qui se charge du pré­am­bule : « Nous ve­nions de po­ser le pied à Au­ck­land lorsque Jacques (Fou­roux) de­man­da aus­si­tôt un en­traî­ne­ment en op­po­si­tion. Mais il y avait tel­le­ment de ten­sion et d’en­vie dans nos rangs que la séance a un peu dé­gé­né­ré… » A l’évo­ca­tion de ce sou­ve­nir, l’éclat de rire d’Éric Champ est élo­quent : « L’op­po­si­tion ? Mais c’est la meilleure fa­çon de pré­pa­rer un match de rugby ! Com­ment al­ler à la guerre le jour J sans y avoir été pré­pa­ré ? Ce n’est pas le monde des bi­sou­nours, le rugby ! Quand les jour­na­listes de l’époque de­man­daient à Jacques (Fou­roux) com­ment il fai­sait ses com­pos d’équipe, il leur ré­pon­dait tou­jours : « Je place les maillots dans une pièce, j’éteins la lu­mière et les mecs qui res­sortent avec la cocotte (sic) jouent le wee­kend ». Pas mal, hein ? »

Pour le XV de France de Fou­roux et Du­bro­ca, la phase pré­li­mi­naire du Mon­dial 87 n’eut rien d’une si­né­cure. Pous­sés dans leurs der­niers re­tran­che­ments par l’Ecosse de John Jef­frey (20-20), les Tri­co­lores pro­fi­tèrent néan­moins de leurs af­fron­te­ments sui­vants (face à la Rou­ma­nie et le Zim­babwe) pour res­ser­rer les liens et se his­ser en quarts de fi­nale. Lagisquet se sou­vient : « Contre les Fid­ji, Jacques (Fou­roux) avait mi­sé sur une ligne de trois-quarts ex­pé­ri­men­tale. De­nis Char­vet jouait à l’aile, Guy La­porte à l’ou­ver­ture et Franck Mes­nel au centre. Ré­sul­tat ? Nous avions pris des cou­rants d’air ter­ribles. Les Fid­jiens nous pro­me­naient. Je m’étais re­trou­vé en dé­but de match à dé­fendre sur des quatre contre un. C’était chaud ! » Mal­gré l’am­pleur du score fi­nal (31-16), cette ren­contre ne se joua fi­na­le­ment à rien. « Si leur nu­mé­ro 10 ne dé­gueule pas le bal­lon au mo­ment d’apla­tir, as­sure Er­ba­ni, ce sont les Fid­jiens qui jouent les Wallabies en de­mi-fi­nale ! »

« DES JOUEURS ÉTAIENT EN LARMES… »

Le piège fid­jien ré­duit à néant par un pa­quet d’avants aux mé­thodes par­fois ico­no­clastes, les co­équi­piers de Da­niel Du­bro­ca s’en­vo­laient alors pour Syd­ney, où ils af­fron­te­raient quelques jours plus tard les grands fa­vo­ris de la com­pé­ti­tion. Face à l’une des plus belles équipes de tous les temps (les Aus­tra­liens ali­gnaient ce jour-là Mi­chael Ly­nagh, Nick Farr-Jones ou en­core Da­vid Cam­pese…), le XV de France réa­li­sa un match épous­tou­flant et conclu à la 85e mi­nute par un in­ou­bliable es­sai de Serge Blanco. Do­mi­nique Er­ba­ni rap­pelle : « Rien n’avait été pré­vu pour que ça se passe ain­si. Je vais vous dire une chose : les Aus­tra­liens étaient tel­le­ment sûrs de leur coup qu’ils avaient dé­jà ré­ser­vé leur hô­tel pour la grande fi­nale, à Au­ck­land. Ça nous était re­ve­nu aux oreilles, vous pen­sez bien… Et on était tous as­sez re­mon­tés… » Six se­maines après avoir po­sé le pied à l’aé­ro­port d’Au­ck­land, les hommes du Pe­tit Ca­po­ral se re­trou­vaient donc à l’Eden Park pour y dis­pu­ter la fi­nale de la pre­mière coupe du Monde. « J’ai au­jourd’hui l’im­pres­sion que nous avons joué ce match avant l’heure, dit Pa­trice Lagisquet. Il y eut trop d’af­fec­tif dans les ves­tiaires. Beau­coup trop. En clair, ce­la fai­sait un mois et de­mi que nous étions par­tis… Ma femme était en­ceinte de notre se­cond en­fant… Émo­tion­nel­le­ment, nous étions tous à flux ten­du. Avant match, je me sou­viens que cer­tains joueurs étaient en larmes… » La ren­contre en elle-même ? Trente ans plus tard, la bande à Fou­roux n’en a pas ou­blié une miette : « Après un bon dé­but de match, conclut Lagisquet, on craque lorsque John Kir­wan apla­tit leur troi­sième es­sai après une per­cée de son ca­pi­taine, Da­vid Kirk. Mais le score (29-9) est plu­tôt lo­gique. Je crois juste que les All Blacks étaient cette an­née-là pro­gram­més pour être cham­pions du monde. Pas nous… »

Grande fer­veur et des émo­tions rares qui le seul des Os­cars pour les re­trou­vailles de la grande équipe de 1987. On re­con­naît, de­bout, de gauche à droite, Bon­ne­val, Char­vet, Blanco, Er­ba­ni, Lagisquet, Champ, Du­bro­ca, Lo­rieux. Ac­crou­pis, Sella, Mes­nel, On­da

Re­por­tage photographique Jean Bi­bard

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