Les Sei­gneurs et les hommes

Midi Olympique - - Horizons Opinions - Par Mar­cel RUFO

« Dans nos es­prits s’im­pose l’idée que l’on n’y ar­ri­ve­ra pas, que notre ni­veau est fi­na­le­ment bien moyen, à l’image de nos ré­sul­tats mé­diocres. En somme, on souffre. Du­pont est re­mar­quable mais pa­raît jouer seul… »

Brive la Gaillarde. Chez « Fran­çis », avec Vincent Bar­bare, le pa­tron des Édi­tions « Plon » nous ac­cé­lé­rons le re­pas, pour­tant ex­cellent. Il faut que l’on re­joigne le Ca­fé de Pa­ris pour le test match. Dé­buts in­té­res­sants, quelques pe­tites mi­nutes ! Puis, ré­ci­tal des maîtres du jeu : jus­tesse des passes sous la pluie, op­por­tu­nisme, ta­lent et Bar­rett « aus­si beau

que mon chien pré­fé­ré » (cu­rieuse ex­cla­ma­tion de bis­trot !). On va vivre une mi­temps où nous sommes par­ta­gés entre l’ad­mi­ra­tion et l’exas­pé­ra­tion. Dans nos es­prits s’im­pose l’idée que l’on y ar­ri­ve­ra ja­mais, que notre ni­veau est fi­na­le­ment bien moyen à l’image de nos ré­sul­tats mé­diocres. En somme, on souffre. Du­pont est re­mar­quable mais pa­raît jouer seul. Une crainte nous sai­sit à la mi-temps : et si on re­pre­nait une rouste comme lors de la der­nière Coupe du monde ? Leur jeu est si hui­lé, si co­hé­rent. En deuxième mi­temps, voi­là que les dieux re­de­viennent des hommes. So­ny Bill Williams com­met même une faute de ju­nior non ta­len­tueux. Es­sai de pé­na­li­té. En sui­vant, Tho­mas marque mais il met un pied en touche. Re­fu­sé. Du­pont, lui, mul­ti­plie les ex­ploits mais on manque de conti­nui­té, on ven­dange un 3 contre 1, et c’est cuit. C’est mieux quand on com­prend qu’il ne faut sur­tout pas les re­gar­der jouer mais qu’il faut les agres­ser. C’est pas du grand jeu, c’est de l’éner­gie. C’est pas pal­pi­tant, mais c’est ho­no­rable. Com­ment ex­pli­quer cette grande dif­fé­rence de ni­veau ? On peut s’ap­puyer sur le re­mar­quable dia­logue mis en scène par Léo Faure dans le der­nier Mi­dol Mag « Tout Black » : Ja­son Ea­ton et Vic­tor Vi­to nous ex­pliquent cette culture dès l’en­fance, de la ma­gie de por­ter le maillot noir frap­pé de la fou­gère. Ce­la im­plique des obli­ga­tions mo­rales, éthiques avec l’idée que cette gloire se par­tage avec la fa­mille et toute la Nou­velle-Zé­lande. Ce peuple vit pour le Rugby ; être All Black est la preuve de la réus­site so­ciale et per­son­nelle. Voi­là la dif­fé­rence : une sé­lec­tion en équipe de France n’est pas vé­cue aus­si in­ten­sé­ment. Alors, on se doit d’ap­plau­dir les ar­tistes por­tés par ce sup­plé­ment d’âme. Leur der­nier es­sai va nous re­plon­ger dans nos doutes. Que peut-on rai­son­na­ble­ment es­pé­rer pour le deuxième test ? On peut écrire : un ex­ploit ! Mais peut-on on vé­ri­ta­ble­ment le pen­ser ? Croire à un pé­ché d’or­gueil, à un peu de suf­fi­sance ? Peuvent-ils perdre leur sens du jeu ? Même leur mê­lée peut in­tel­li­gem­ment être vic­to­rieuse quand il le faut. Est-ce que nous ne sommes pas tous All Blacks ? Leur jeu est la quin­tes­sence de la réa­li­sa­tion de soi au ser­vice des autres. Mais les dieux ont été bous­cu­lés en deuxième mi­temps. On peut, à mi­ni­ma, les faire dé­jouer. Alors, ren­dez-vous au 14 no­vembre pour peut être…

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