« Né­ces­saire à la vi­tesse »

Midi Olympique - - Horizons Technique - Pro­pos re­cueillis par Si­mon VALZER si­mon.valzer@mi­di-olym­pique.fr

Quel re­gard por­tez-vous sur ce re­tour de la prise de pro­fon­deur ?

Le rugby est un éter­nel re­com­men­ce­ment. Cette prise de pro­fon­deur a été dé­mo­dée, et au­jourd’hui elle re­vient. Il y a deux ans, alors que je com­men­tais la Coupe du monde avec Fran­çois Trillo, je m’éver­tuais à dire que le Mon­dial se­rait ce­lui du cou­loir des 15 mètres, la zone où la ma­jo­ri­té des es­sais se­raient mar­qués. A l’époque, les dé­fenses étaient res­ser­rées et pra­ti­quaient la fa­meuse rush dé­fense, qui vi­sait à cou­per les ex­té­rieurs. Mais même en dis­po­sant 13 ou 14 joueurs sur le pre­mier ri­deau, il fal­lait dé­lais­ser en­vi­ron quinze mètres, soit ce fa­meux cou­loir. Com­ment al­ler le cher­cher ? Pour y ar­ri­ver, il faut du temps de passe. Et face à un dé­fense ser­rée et agres­sive, il faut du re­cul. On s’est donc ins­pi­ré du XIII, en créant les at­taques sur deux vagues avec des avants qui passent à vide, puis on a uti­li­sé des avants en pi­vot.

Avez-vous un exemple d’équipe spé­cia­liste de cette prise de pro­fon­deur ?

Les meilleurs sont les Sud-afri­cains. Tout leur jeu s’or­ga­nise au­tour de l’ou­vreur, le centre et l’ar­rière. L’ou­vreur passe gé­né­ra­le­ment dans le dos de Mta­wa­ri­ra et Et­ze­beth, à moins que ces deux là ne fassent des passes en pi­vot pour ser­vir, der­rière eux, des trois-quarts très ra­pides qui ar­rivent de loin. Les Blacks uti­lisent aus­si les deux vagues, mais prennent moins de pro­fon­deur.

Pour­quoi ?

Parce que leur qualité phy­sique et tech­nique leur per­met d’en prendre moins, tout en res­tant ef­fi­caces. Il pro­cèdent da­van­tage avec des passes sur un pas, avec les poi­gnets, ou des courses qui visent le mi­lieu du ter­rain où leurs qua­li­tés leur per­met de ga­gner leurs duels et de jouer der­rière eux.

La prise de pro­fon­deur peut éga­le­ment être utile dans le cas d’un jeu au pied...

Bien sûr, c’est de cette fa­çon que le bot­teur échap­pe­ra à la pres­sion ad­verse. De leurs cô­tés, les ai­liers pla­cés en pro­fon­deur de­vront se mon­trer très vi­gi­lants pour re­mon­ter le ter­rain afin d’être à la ré­cep­tion d’un coup de pied en dia­go­nale, comme Beau­den Bar­rett a l’ha­bi­tude de le faire. De toute fa­çon, même une dé­fense très agres­sive au­ra tou­jours un point faible. La prise de pro­fon­deur donne le temps suf­fi­sant pour re­pé­rer ce­lui-ci.

La prise de pro­fon­deur peut être utile en cas de pluie ?

Di­sons que les joueurs de­vront se rap­pro­cher, mais les nou­veaux ma­té­riaux des bal­lons les rendent tout de même beau­coup moins glis­sants qu’avant, même si c’est une autre his­toire dans la boue. Il reste que la pro­fon­deur est né­ces­saire à la vi­tesse, et une ligne de trois-quarts doit tou­jours ar­ri­ver avec de la vi­tesse. Cer­tains joueurs ex­cep­tion­nels n’ont pas be­soin de 20 mètres pour se lan­cer, mais ils sont rares. C’est l’exemple même de Ma’a No­nu. Pour les autres, il leur faut de la vi­tesse, et donc de l’élan.

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