L’es­prit est tou­jours là...

À LA RE­CHERCHE D’UN ÉQUI­LIBRE ENTRE LA LI­BER­TÉ ORI­GI­NELLE DE CE CLUB ATY­PIQUE ET LA PER­FOR­MANCE SPOR­TIVE, LA JEU­NESSE A RÉ­PON­DU SUR LE TER­RAIN.

Midi Olympique - - La Une - Par Ni­co­las AUGOT, en­voyé spé­cial ni­co­las.augot@mi­di-olym­pique.fr

De jeunes rap­peurs tou­lou­sains, big­flo et Oli, der­rière le comp­toir, les Mao­ris All Blacks mon­tant au bal­con pour ef­fec­tuer le Ha­ka, la soi­rée bor­de­laise des Bar­ba­rians a été aus­si sur­réa­liste que la ren­contre dis­pu­tée quelques heures plus tôt sur la pe­louse de Cha­ban-Del­mas. les jeunes hé­ros du jour, cra­vates en­core presque toutes au­tour du cou, ont pro­lon­gé en­core pen­dant quelques heures la ma­gie des Bar­ba­rians, celle qui per­met de créer un col­lec­tif, une en­vie com­mune, en seule­ment quelques jours. Les condi­tions cli­ma­tiques ont certes frei­né la jeune garde tri­co­lore à don­ner plus d’am­pleur au jeu, marque de fa­brique des Bar­ba­rians, cher­cheurs d’es­paces et de li­ber­tés de­puis leur créa­tion. « On s’est bat­tu avec nos armes en nous adap­tant aux condi­tions, re­con­nais­sait Franck Azé­ma, guide com­blé après le coup de sif­flet fi­nal, Avec des por­tés, du jeu au pied, et de la dé­fense pour mettre les Mao­ris sous pres­sion. J’ai en­vie de re­te­nir la construc­tion de notre se­maine, à la fois en de­hors et sur le ter­rain. Nous n’avons gal­vau­dé ni l’une ni l’autre. Nous avons été ca­pables de pas­ser des bons mo­ments en­semble le soir en man­geant un mor­ceau et en bu­vant un verre tout en étant pré­sents sur le ter­rain le ma­tin en étant très à l’écoute et concen­trés sur ce que l’on fai­sait. On a re­trou­vé ce mé­lange sur le ter­rain. Avec l’en­vie et du plai­sir, c’est fa­cile. » Pas­ser sous pa­villon fé­dé­ral n’est donc pas ve­nu brouiller l’âme d’un club aty­pique comme cer­tains pou­vaient le re­dou­ter, ar­guant que rien ne se­rait plus comme avant si le Bar­ba­rians Rugby Club de­ve­nait l’an­ti­chambre of­fi­cielle du XV de France. « Nous ne sommes ni France A, ni France B » avait pour­tant cla­mé De­nis Char­vet pen­dant la préparation sur le bas­sin d’Ar­ca­chon. Il en était en­core plus convain­cu après cette vic­toire : « C’est à chaque fois un émer­veille­ment car rien n’est im­pos­sible. C’est une ques­tion d’hommes. Si on le dé­cide en­semble, si on le construit en­semble, si on le veut en­semble tout est pos­sible. Les joueurs sont res­pon­sables et ils doivent res­ter libres. Il n’y a pas d’in­ter­dit chez nous, c’est une aven­ture. Cette li­ber­té, tu la prends ou tu ne la prends pas. Mais c’est un vrai bon­heur, car on sort des codes du rugby pro­fes­sion­nel où l’on t’im­pose des choses. Nous, on n’im­pose rien et c’est ça qui est ma­gique. Ça marche tou­jours, le plai­sir par­ta­gé. L’al­chi­mie se crée en quatre jours car je pense que le joueur d’au­jourd’hui et le même que ce­lui d’avant. Quand il n’y a pas d’in­ter­dits, les jeunes se ré­vèlent, ils se su­bliment, et ils re­trouvent l’en­fant qui est en eux. »

UN AC­CORD GA­GNANT-GA­GNANT

La seule chose qui a chan­gé entre cette vic­toire face aux Mao­ris et celle un an plus tôt ac­quise face à l’Aus­tra­lie sur cette même pe­louse de Cha­ban-Del­mas, c’est la vi­site du pré­sident de la Fé­dé­ra­tion Ber­nard La­porte ve­nu fé­li­ci­ter Au­ré­lien Rou­ge­rie et ses co­équi­piers dans les ves­tiaires, tout heu­reux de com­men­cer ce pre­mier week-end in­ter­na­tio­nal du mois de no­vembre par un triomphe au­tant spor­tif que fi­nan­cier, puis­qu’ils étaient en­core plus de 30 000 à être ve­nus sou­te­nir cette équipe bé­né­vole et des joueurs ve­nus sur leurs jours de va­cances, soit une re­cette de 500 000 eu­ros, ce qui peut lais­ser pen­ser que ce rap­pro­che­ment est un ac­cord ga­gnant-ga­gnant, ca­pable d’as­su­rer la sur­vie d’une telle équipe à l’heure d’un pro­fes­sion­na­lisme om­ni­po­tent et des ca­dences tou­jours plus in­fer­nales. Tho­mas Lom­bard ne pou­vait que s’en fé­li­ci­ter : « Cha­ban-Del­mas nous porte chance, avec un pu­blic for­mi­dable qui a pous­sé les joueurs. La fé­dé­ra­tion a la va­li­da­tion du choix qu’elle a fait en ve­nant nous épau­ler. On leur donne sa­tis­fac­tion. Nous avons aus­si dé­ci­dé de lan­cer plus de jeunes et la ré­ponse sur le ter­rain est par­faite. Le rugby, ça reste un jeu mais la di­men­sion de plai­sir sous-en­tend la concen­tra­tion, l’ab­né­ga­tion et la dé­ter­mi­na­tion. Je crois que les joueurs se sont bien amu­sés. » Ils ont aus­si beau­coup rê­vé à d’autres Mar­seillaises, à ce fris­son et cette ivresse des grands soirs in­ter­na­tio­naux.

Au­ré­lien Rou­ge­rie (à gauche) li­vrait son der­nier match in­ter­na­tio­nal. Il fut le lea­der d’une jeune gé­né­ra­tion pleine de pro­messes, à l’image de Louis Du­pi­chot, qui par­tage sa joie avec Jean-Bap­tiste Du­bié se je­tant dans ses bras (à droite).

Pho­tos Mi­di Olym­pique - Ber­nard Gar­cia

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