Un rêve qui fré­mit

Midi Olympique - - Événement - Léo FAURE leo.faure@mi­di-olym­pique.fr

Un coup d’oeil ra­pide, cette se­maine, sur ce qui se fait ailleurs. À l’étran­ger, pour ce qui oc­cupe notre af­faire. Entre la pre­mière salve pré­coce de tests-matchs, la se­maine der­nière, et l’ou­ver­ture of­fi­cielle de la sai­son in­ter­na­tio­nale d’au­tomne le week-end qui vient, la thé­ma­tique du pro­chain Mon­dial au Ja­pon est ré­cur­rente. Dans la presse par de­çà la Manche, dans le dis­cours des joueurs, ce­lui des en­traî­neurs et dans l’es­prit des sup­por­ters. « La Coupe du monde com­mence de­main » lan­cé le Dai­ly Mail ven­dre­di der­nier, avant le match entre l’An­gle­terre et l’Afrique du sud. Il y a un peu de ça.

Les Spring­boks ont jus­te­ment tra­ver­sé le Chan­nel pour ve­nir goû­ter aux joyeu­se­tés de Pa­ris. En­core que, per­sonne ne les a vus, re­tran­chés dans leur hô­tel là où les All Blacks en­chaînent, ha­bi­tuel­le­ment et même en se­maine de match, les opé­ra­tions pro­mo­tion­nelles aux trois bandes. L’ad­ver­si­té Bok s’en an­nonce plus que sé­rieuse. Pour les Bleus aus­si, pour­tant, il se­ra ques­tion de Coupe du monde. Dé­jà. Dans un coin de la tête, pas fran­che­ment as­su­mé et ne ré­sis­tant pas aux ful­gu­rants « match après match » que les spor­tifs pro­fes­sion­nels peinent tant à gom­mer de leur lan­gage. Pour­tant, per­sonne ne l’ignore. En point de mire, dé­sor­mais suf­fi­sam­ment proche pour en dé­ce­ler les contours avec pré­ci­sion, il y a le Ja­pon.

Chaque joueur qui en­tre­ra sur la pe­louse du Stade de France y joue­ra un peu de sa place dans l’avion. Tous, ex­cep­tion seule­ment faite du ca­pi­taine Guil­hem Gui­ra­do, dont le sta­tut de ca­pi­taine ira au terme du man­dat. Rien de dé­fi­ni­tif, en­core. Ni rédhi­bi­toire, ni im­mu­ni­sant. Mais chaque per­for­mance, chaque geste dé­ci­sif pè­se­ra dans la ba­lance au mo­ment des choix, en mai pro­chain.

Naï­ve­ment, on vou­drait pour­tant croire que l’en­jeu vé­ri­table se­ra ailleurs. Qu’au-de­là du des­tin que cha­cun se tra­ce­ra, in­di­vi­duel­le­ment, l’im­por­tant se­ra au­tour du ter­rain. Au Stade de France, on an­nonce une pe­tite cham­brée. His­to­ri­que­ment faible, pour une af­fiche de ce ca­libre. Le grand pu­blic se dé­tache af­fec­ti­ve­ment de cette équipe, qui n’est autre que son équipe. C’est grave et d’au­tant plus in­quié­tant que ce­la se ré­per­cute à chaque étage de la fu­sée « rug­by ».

Sa­me­di, le rêve bleu se­rait une per­for­mance abou­tie, gi­ronde sur la forme et bé­ton­née sur le fond. Dans l’état ac­tuel du chan­tier, cha­cun se conten­te­ra pour­tant d’une vic­toire simple, sans étin­celle. Cette équipe en a un be­soin vi­tal, ce sport un be­soin af­fec­tif, à l’heure où les chiffres des li­cen­ciés s’an­noncent mau­vais. Cha­cun si­gne­rait pour une vic­toire « à l’an­glaise », il y a six jours de­vant ces mêmes Spring­boks : d’un point, en ayant souf­fert mille morts avant de s’ex­tir­per, dans un élan re­haus­sé d’un rien de morgue, de cette rai­deur du contexte. Pour ga­gner, en­fin, à leur tour.

On ne sau­rait sou­hai­ter mieux à ces Bleus. Pour faire bruire un en­thou­siasme chez ceux qui les raillent au­jourd’hui mais qui, au fond, les aiment tou­jours. Pour voir fré­mir un rêve, à un an de ce Mon­dial dont on ne sait plus quoi at­tendre. Il est l’heure.

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