As­su­rance vie : que valent les contrats haut de gamme?

La plu­part des éta­blis­se­ments fi­nan­ciers pro­posent une offre en as­su­rance vie dé­diée aux avoirs im­por­tants. Ap­pât mar­ke­ting ou vé­ri­table avan­tage pour l’épar­gnant ? Le tour de la ques­tion.

Mieux Vivre Votre Argent - - EDITO - En­quête : Frédéric Gi­quel

La plu­part des éta­blis­se­ments fi­nan­ciers pro­posent une offre dé­diée aux avoirs im­por­tants. App­pât mar­ke­ting ou vé­ri­table avan­tage pour l’épar­gnant?

Bienvenue dans l’uni­vers feu­tré de la ges­tion de fortune. Grosse suc­ces­sion, vente de son en­tre­prise, d’un bien im­mo­bi­lier, re­ve­nus très éle­vés… au­tant de si­tua­tions pour les­quelles les éta­blis­se­ments fi­nan­ciers vous dé­rou­le­ront le ta­pis rouge. Avec à la clé, très sou­vent, la sous­crip­tion d’une as­su­rance vie pour pla­cer votre pac­tole. Et pas n’im­porte la­quelle ! Il s’agi­ra d’un contrat qua­li­fié de « haut de gamme », ac­ces­sible avec un pre­mier ver­se­ment au­tour de 100 000 eu­ros mi­ni­mum. La pro­messe de cette offre ? Vous en don­ner da­van­tage qu’un pro­duit des­ti­né au grand pu­blic, tant sur le fonds en eu­ros et sur les autres vé­hi­cules fi­nan­ciers, qu’en ma­tière de con­seil,

de ni­veau de frais ou en­core de ser­vice. Faut-il y voir un mar­ke­ting bien hui­lé ? Sans doute, les ges­tion­naires aux ma­nettes des contrats pa­tri­mo­niaux, en l’oc­cur­rence les as­su­reurs vie, sont les mêmes que ceux qui com­mer­cia­lisent l’offre grand pu­blic. Mais que valent vrai­ment ces pro­duits ? Un exa­men à me­ner at­ten­ti­ve­ment, d’au­tant plus qu’il s’agit d’in­ves­tir des ca­pi­taux im­por­tants. Seul un contrat de bonne qua­li­té vous ap­por­te­ra sa­tis­fac­tion sur la du­rée. Nous avons ana­ly­sé l’offre du mar­ché à l’aune des cinq cri­tères pré­ci­tés, avec un fo­cus sur dix contrats com­mer­cia­li­sés par de grandes en­seignes (voir

ta­bleau p. 44). Ré­sul­tat : un ver­dict mi-figue mi-rai­sin.

Le fonds en eu­ros

Il est le coeur de tout contrat d’as­su­rance vie. Rap­pel : ce type de fonds ga­ran­tit le ca­pi­tal in­ves­ti à tout ins­tant – net de frais sur ver­se­ments, mais brut de frais de ges­tion sur quelques contrats – et est par­fai­te­ment li­quide. Son ren­de­ment est en baisse de­puis dix ans, y com­pris pour les contrats haut de gamme. Mais ces der­niers s’en sortent un peu mieux. Se­lon le Ba­ro­mètre 2017 de l’épargne vie pu­blié par le ca­bi­net Facts & Fi­gures, le ren­de­ment du fonds en eu­ros fut en moyenne de « 1,67 % en épargne stan­dard, 1,96 % en épargne pa­tri­mo­niale, 2,00 % en épargne de ges­tion pri­vée ».

Bi­lan : ban­quiers et as­su­reurs tra­di­tion­nels ré­mu­nèrent mieux les fonds en eu­ros de leurs contrats haut de gamme, 30 à 40 cen­times de plus que pour ceux des­ti­nés au grand pu­blic. Et ce, chaque an­née. At­ten­tion, le choix est sou­vent li­mi­té à un seul fonds en eu­ros et il est de plus en plus dif­fi­cile de pou­voir y pla­cer 100 % de sa mise pour des mon­tants éle­vés.

Notre avis : les meilleurs fonds en eu­ros sont ailleurs, dans des contrats ac­ces­sibles avec quelques cen­taines d’eu­ros. Vous les trou­ve­rez sur In­ter­net, mais aus­si au­près de mu­tuelles (MASCF, MIF, etc.) et as­so­cia­tions d’épar­gnants (Afer, Asac, Gai­pare).

L’offre fi­nan­cière

« Une offre fi­nan­cière large et un en­semble de ser­vices d’aide à la ges­tion du

ca­pi­tal », pro­clame le site de la So­cié­té Gé­né­rale à propos de son seg­ment haut de gamme. Le ta­bleau est par­tout le même. L’offre fi­nan­cière ? Mul­ti­ges­tion, fonds stars ou de niche, pierre papier, titres en di­rect, tra­ckers, non-co­té, la liste des pro­duits dis­po­nibles est longue. Mais cette plu­ra­li­té est à géo­mé­trie va­riable. Cer­tains contrats sont pauvres en so­cié­tés ci­viles de pla­ce­ment im­mo­bi­lier (SCPI) ou en ac­tions en di­rect, par exemple. Autre biais, si cer­taines en­ve­loppes font ap­pel à de grandes si­gna­tures de la ges­tion (Car­mi­gnac, Roth­schild & Cie, etc.), l’es­sen­tiel de la gamme pro­po­sée re­pose sou­vent sur des fonds « mai­son ». Bon à sa­voir : les cel­lules de ges­tion pri­vée donnent de plus en plus ac­cès à des contrats luxem­bour­geois, et pour de très gros mon­tants à des fonds « dé­diés » (per­son­na­li­sés). Qu’en est-il de « l’aide à la ges­tion du ca­pi­tal » ? Des op­tions au­to­ma­ti­sées en pa­gaille, et en point d’orgue, le man­dat de ges­tion (ou d’ar­bi­trage) se­lon votre pro­fil d’épar­gnant. Là en­core, alors que cer­tains as­su­reurs dé­coupent fi­ne­ment leur man­dat, d’autres res­tent plus gros­siers dans la pré­sen­ta­tion. Sur­tout, la sou­plesse se­ra-t-elle au ren­dez-vous ? Rares sont les pro­duits qui per­mettent, par exemple, de faire gé­rer sous man­dat seule­ment une par­tie du ca­pi­tal et de pi­lo­ter le reste li­bre­ment.

Bi­lan : net avan­tage aux contrats haut de gamme en re­gard de l’offre grand pu­blic, no­tam­ment celle des banques. Jeu égal en re­vanche avec les contrats des conseillers en ges­tion de pa­tri­moine in­dé­pen­dants ou des cour­tiers en ligne.

Notre avis : plus que la quan­ti­té de fonds, ce qui compte est leur di­ver­si­té et sur­tout, la ca­pa­ci­té du conseiller à vous gui­der une fois le contrat sous­crit. Pour les épar­gnants au­to­nomes, les offres en ligne sont plus in­té­res­santes.

Le con­seil

« Un contrat haut de gamme est avant tout une offre de ser­vices, ana­lyse Co­rinne Ca­len­di­ni, di­rec­trice de la ges­tion pri­vée chez Axa France. Nous sommes là pour ac­com­pa­gner la de­mande pa­tri­mo­niale du client et ré­pondre à ses pro­blé­ma­tiques, le con­seil est notre va­leur ajou­tée pre­mière. Le conte­nu du pro­duit, ses per­for­mances, son ou­ver­ture aux mar­chés fi­nan­ciers, qui sont évi­dem­ment des points

im­por­tants, viennent en­suite. » Dont acte : le con­seil avant tout, le contrat en­suite. Pour des pro­blé­ma­tiques par­fois com­pli­quées – com­ment bien vendre son en­tre­prise, gé­rer un dé­part à l’étran­ger, pré­pa­rer au mieux une grosse suc­ces­sion dans une fa­mille re­com­po­sée… – les cel­lules pa­tri­mo­niales des éta­blis­se­ments fi­nan­ciers vous ap­por­te­ront un en­ca­dre­ment com­pé­tent et ras­su­rant. Mais le con­seil ne se borne pas à ce­la. Au­rez-vous le choix en­suite entre plu­sieurs as­su­rances vie ? C’est loin d’être sys­té­ma­tique. Et une fois le contrat sous­crit, quelles mo­da­li­tés de ges­tion vous ga­ran­tit-on ? Re­tour au point pré­cé­dent et à la qua­li­té de l’offre fi­nan­cière (voir p. 43).

Bi­lan : le con­seil et l’en­ca­dre­ment ju­ri­di­co-fiscal en amont de la sous­crip­tion consti­tuent clai­re­ment l’atout fort de l’offre haut de gamme. Un point clé pour la clien­tèle pa­tri­mo­niale. Pour le con­seil fi­nan­cier, l’avan­tage est beau­coup moins évident.

Notre avis : c’est la voie royale pour des si­tua­tions com­plexes. Mais ce n’est pas la seule. Un conseiller en ges­tion de pa­tri­moine in­dé­pen­dant che­vron­né sau­ra aus­si me­ner votre barque à bon port avec, in fine, la sous­crip­tion d’une as­su­rance vie grand pu­blic de qua­li­té.

Les frais

Pour des épar­gnants ai­sés, la ques­tion des frais pour­rait pa­raître se­con­daire. Er­reur, le ca­pi­tal ver­sé et sa va­lo­ri­sa­tion peuvent être gre­vés par un ex­cès de charges. Celles pré­le­vées sur les ver­se­ments d’une part, avec des taux de ponc­tion contrac­tuels jus­qu’à 5 % (moins en réa­li­té). Et sur­tout celles qui af­fectent le ca­pi­tal gé­ré chaque an­née. Des contrats haut de gamme ponc­tionnent ain­si près de 1 % par an sur les uni­tés de compte. At­ten­tion, les frais de ges­tion ap­pli­qués au fonds en eu­ros sont, eux, à re­la­ti­vi­ser, tant l’at­tri­bu­tion des ren­de­ments sur ce sup­port est lar­ge­ment dé­con­nec­tée de ce seul cri­tère. Sur les man­dats de ges­tion, très ré­pan­dus sur le haut de gamme, gare à la fac­ture : les frais sont ma­jo­rés de 0,20 à 1,00 % par an se­lon le mon­tant concer­né !

Bi­lan : le po­si­tion­ne­ment ta­ri­faire des contrats haut de gamme n’est pas flat­teur : on paie as­sez cher sa « Fer­ra­ri ».

Notre avis : né­go­ciez les frais sur les ver­se­ments à moins de 2 %, si­non fuyez ! Pour le reste, com­pa­rez avec les contrats pro­po­sés sur In­ter­net pour voir si le sur­coût est ac­cep­table.

Le ser­vice après-vente

Rares sont les éta­blis­se­ments fi­nan­ciers qui mettent l’ac­cent sur leur ser­vice après-vente (SAV) au mo­ment de la sous­crip­tion d’une as­su­rance vie. A tort. Ques­tion­nez votre in­ter­lo­cu­teur sur les dé­lais d’exé­cu­tion d’un ar­bi­trage ou d’un re­trait, sur les fa­cul­tés de ges­tion sur In­ter­net ou smart­phone, sur les dates de va­leur re­te­nues pour vos ver­se­ments, etc. L’évo­lu­tion de votre pro­duit dans le temps est un autre as­pect im­por­tant du SAV. La na­ture ju­ri­dique du contrat – in­di­vi­duel ou col­lec­tif – est aus­si un cri­tère à prendre en consi­dé­ra­tion. « Le client res­sort mieux pro­té­gé avec une as­su­rance vie in­di­vi­duelle, celle-ci n’étant pas mo­di­fiable sans son ac­cord, juge Oli­vier Ni­gen di­rec­teur d’Ar­kéa Banque Pri­vée. De plus, le contrat in­di­vi­duel est d’une réelle sou­plesse : l’as­su­reur peut le faire évo­luer très ra­pi­de­ment, par exemple en ajou­tant un fonds d’in­ves­tis­se­ment à la de­mande du client. De quoi pro­po­ser des contrats

vrai­ment sur me­sure ! » Le ca­rac­tère « in­di­vi­duel » des contrats, in­di­qué dans la no­tice contrac­tuelle, concerne une pe­tite moi­tié de l’offre haut de gamme. A l’op­po­sé, la qua­si-to­ta­li­té des pro­duits des­ti­nés au grand pu­blic sont de na­ture « col­lec­tive », donc mo­di­fiables sans le consen­te­ment des as­su­rés.

Bi­lan : la qua­li­té du SAV s’ap­pré­cie au cas par cas, pru­dence donc. Un contrat in­di­vi­duel se­ra plus pro­tec­teur sur la du­rée, ce qui est par­ti­cu­liè­re­ment im­por­tant pour les gros in­ves­tis­se­ments.

Notre avis : la clé d’un bon ser­vice après-vente ré­side dans la mise en place d’ou­tils de ges­tion simples et ef­fi­cients. Vous de­vez tou­jours avoir ac­cès à votre contrat et pou­voir agir, no­tam­ment si votre conseiller se montre dé­faillant. Sur ce plan, cer­tains as­su­reurs (Spi­ri­ca, Swiss Life) ou mu­tuelles (Ma­cif) ont un train d’avance.

Les pro­duits dé­diés aux gros pa­tri­moines se veulent pla­cés sous le sceau de l’ex­cel­lence. Ce n’est pas tou­jours le cas.

Plus que la quan­ti­té, c’est la di­ver­si­té des sup­ports d’in­ves­tis­se­ment pro­po­sés qui doit être exa­mi­née.

As­su­rez-vous de pou­voir dis­po­ser d’ou­tils simples et ré­ac­tifs pour bien gé­rer votre contrat.

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