Stop au mi­rage!

Une chro­nique de Gilles Pe­tit

Mieux Vivre Votre Argent - - SOMMAIRE - UNE CHRO­NIQUE DE GILLES PE­TIT, RÉ­DAC­TEUR EN CHEF

Mo­rale, hon­nê­te­té, trans­pa­rence, tels des man­tras ces mots nous ont été ré­pé­tés sans re­lâche, et pen­dant des se­maines, par les hommes po­li­tiques et ont été re­layés par les mé­dias de tout poil. Au point de faire émer­ger, telle une nou­velle réa­li­té, un en­vi­ron­ne­ment où l’éta­lon se­rait la mo­rale plu­tôt que le droit. Comme si le re­gard de tout le monde avait dé­fi­ni­ti­ve­ment chan­gé, ou, pour être plus exact, avait été mo­di­fié, re­pro­gram­mé. En ef­fet, s’il est en­ten­du que, dé­sor­mais, la moindre in­car­tade sur le plan mo­ral en po­li­tique se­ra du­re­ment sanc­tion­née par l’opinion pu­blique, rien de tel ne de­vrait se pro­duire dans l’uni­vers de la ges­tion col­lec­tive. Rap­pe­lez-vous, j’évo­quais il y a quatre mois, dans cette page, le scan­dale des frais pré­le­vés par les fonds d’ac­tions « fei­gnants », ceux qui ne font pas mieux que leur in­dice de ré­fé­rence (voir Mieux Vivre Votre Ar­gent, n° 422, p. 26). Ré­vé­lée tout d’abord, par­tiel­le­ment, par l’Es­ma (l’Au­to­ri­té eu­ro­péenne des mar­chés fi­nan­ciers), l’af­faire a écla­té au grand jour avec la publication de l’étude de l’as­so­cia­tion Bet­ter Fi­nance, qui est al­lée jus­qu’à di­vul­guer le nom des sup­ports de pla­ce­ment in­cri­mi­nés. Sans vé­ri­table sur­prise y fi­gu­rait tout le gra­tin eu­ro­péen de la ges­tion col­lec­tive.

De­puis ces ré­vé­la­tions, rien n’a bou­gé dans notre pays. Mu­tiques sur le su­jet, les gé­rants fau­tifs bran­dissent le blanc-seing dé­li­vré par l’Au­to­ri­té des mar­chés fi­nan­ciers (AMF), qui s’était pen­chée sur l’étude pour rendre une conclu­sion mé­ri­tant de fi­gu­rer dans les an­nales de la langue de bois. Tout au­rait pu se pour­suivre pour le mieux dans le meilleur des mondes pos­sible, si la Fi­nan­cial Con­duct Au­tho­ri­ty (FCA) bri­tan­nique n’avait mis son grain de sel dans cette af­faire. Voi­ci deux ans, cette en­ti­té, dont les mis­sions prin­ci­pales consistent à pro­té­ger et dé­fendre les in­ves­tis­seurs, et à ren­for­cer les sanc­tions contre les en­tre­prises fi­nan­cières qui contre­vien­draient à la loi, a lan­cé une en­quête sur l’in­dus­trie bri­tan­nique de la ges­tion d’ac­tifs.

Les conclu­sions de cette en­quête ont été ren­dues pu­bliques au mois de juin: elles sont sans ap­pel. Si le ré­gu­la­teur concède que les fonds gé­rés ac­ti­ve­ment ven­dus au Royaume-Uni font, en moyenne, mieux que leur in­dice de ré­fé­rence, il sou­ligne que tel n’est plus le cas dès que l’on tient compte des frais pré­le­vés pour la ges­tion de ces pro­duits. Ceux-ci viennent obé­rer la per­for­mance dé­li­vrée aux in­ves­tis­seurs et rendre ca­duque la pro­messe de ré­sul­tat mise en avant par les so­cié­tés de ges­tion. Plus cu­rieux en­core, cette « contre­per­for­mance » pour les clients n’em­pêche pas les pro­mo­teurs de ces pro­duits de conti­nuer à af­fi­cher d’im­por­tants pro­fits. Le tol­lé a été consi­dé­rable ou­treManche. D’au­tant que, se­lon l’étude, près de 109 mil­liards de livres ster­ling (en­vi­ron 120,7 mil­liards d’eu­ros) d’épargne se­raient po­ten­tiel­le­ment in­ves­tis dans ces fonds fei­gnants. Au mo­ment d’écrire ces lignes, la FCA n’avait pas en­core pris de sanc­tions au su­jet de ce que cer­tains, là-bas, n’hé­sitent plus à qualifier de « fraude ».

Les gé­rants fau­tifs bran­dissent le blanc-seing de l’Au­to­ri­té des mar­chés fi­nan­ciers Re­gar­dez d’un oeil cri­tique les fonds qui com­posent vos PEA, contrat d’as­su­rance vie ou compte-titres

En France, per­sonne ne semble pres­sé de rou­vrir le dos­sier, ne se­raitce que pour lan­cer une nou­velle étude sur le su­jet. Dans ces condi­tions, je vous in­vite à re­dou­bler de vi­gi­lance dans vos pla­ce­ments et à re­gar­der d’un oeil cri­tique les fonds que vous pou­vez dé­te­nir sur votre PEA, votre contrat d’as­su­rance vie ou votre compte-titres. Par­mi eux se cache peut-être l’un de ces fonds fei­gnants, qui ne mé­rite ni votre at­ten­tion ni en­core moins votre ar­gent. N’hé­si­tez pas à vous en sé­pa­rer et à faire sa­voir au­tour de vous que vous l’avez fait. Le risque de voir sa ré­pu­ta­tion ter­nie reste de nos jours une arme de dis­sua­sion par­ti­cu­liè­re­ment forte et ef­fi­cace.

Re­trou­vez les conseils de la ré­dac­tion, chaque mois sur BFM Bu­si­ness

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