Vos pla­ce­ments

L’éco­no­mie mon­diale af­fiche un bul­le­tin de san­té im­pres­sion­nant en termes de crois­sance…

Mieux Vivre Votre Argent - - Vos Placements - Par Georges Du­roy

Chères lec­trices, chers lec­teurs, comme chaque mois, j’ai beau­coup de bon­heur à vous re­trou­ver. Cette chro­nique que la di­rec­tion de Mieux Vivre Votre Ar­gent m’a gen­ti­ment confiée me per­met de confron­ter mes ré­flexions sur la conjonc­ture fi­nan­cière et les grandes ten­dances éco­no­miques avec vos pré­oc­cu­pa­tions pa­tri­mo­niales, aus­si bien à court terme qu’à plus longue échéance. L’écri­vain An­dré Gide, dont l’oncle Charles fut pour­tant un grand éco­no­miste du XIXe siècle, ai­mait à dire :

« Quand un éco­no­miste vous ré­pond, on ne com­prend plus ce qu’on lui avait de­man­dé ». C’est pour­quoi, je m’ef­force d’être aus­si clair que pos­sible dans ces co­lonnes, quitte à faire preuve d’un cer­tain par­ti pris.

Un ciel bleu pour les pré­vi­sion­nistes éco­no­miques

A prio­ri, tout va bien dans le meilleur des mondes. Les me­sures fis­cales dé­ci­dées en dé­cembre der­nier par Do­nald Trump dopent la crois­sance amé­ri­caine. Outre-At­lan­tique, les grands groupes n’ont ja­mais dis­po­sé d’au­tant de li­qui­di­tés. Si bien que les opé­ra­tions de fu­sions et d’ac­qui­si­tions battent tous les re­cords. Par ailleurs, le chô­mage est au plus bas, sans que les ten­sions sa­la­riales soient en­core ex­ces­sives. En Eu­rope la crois­sance marque quelques signes de ra­len­tis­se­ment, mais elle de­vrait at­teindre voire dé­pas­ser les 2% cette an­née. Et là en­core, en de­hors de la France, le chô­mage est au plus bas his­to­rique dans de nom­breux pays. C’est le cas en Grande-Bre­tagne, en dé­pit des craintes que le Brexit fait naître. C’est le cas en Al­le­magne, où l’on dé­nombre un mil­lion d’offres d’em­ploi non pour­vues. C’est le cas dans cer­tains pays d’Eu­rope du Sud, comme l’Es­pagne ou le Por­tu­gal qui pro­fitent des plans de res­tau­ra­tion de la com­pé­ti­ti­vi­té mis en place après la grande crise de 2008. Bref, le ciel a ra­re­ment été aus­si bleu pour les pré­vi­sion­nistes éco­no­miques.

Bien sûr il y a tout de même quelques nuages.

Et il ne fau­drait pas que les cha­leurs du prin­temps nous fassent ou­blier de les re­gar­der avec lu­ci­di­té. Le pre­mier ré­side dans les dif­fi­cul­tés que ren­contrent les pays émer­gents. Qu’il s’agisse du Bré­sil, de la Rus­sie, de cer­tains pays afri­cains et même de la Chine, qui ne de­vrait af­fi­cher cette an­née qu’une crois­sance de 6% (à com­pa­rer aux 10% d’il y a cinq ans). La grande pré­oc­cu­pa­tion de cette der­nière ré­side dans la guerre com­mer­ciale dé­cla­rée par Do­nald Trump, qui pour­rait af­fec­ter sen­si­ble­ment ses ex­por­ta­tions dès cette an­née, et donc sa crois­sance.

Mais l’en­semble des dettes ac­cu­mu­lées at­teint 192000 mil­liards d’eu­ros

Le se­cond nuage im­por­tant – nous en avons dé­jà par­lé dans ces co­lonnes – est lié à cette bulle d’en­det­te­ment qui conti­nue de gon­fler au ni­veau pla­né­taire. Se­lon une étude de l’Ins­ti­tute of In­ter­na­tio­nal Fi­nance, l’en­semble des dettes ac­cu­mu­lées à tra­vers la pla­nète at­teint

237 000 mil­liards de dol­lars (soit 192 000 mil­liards d’eu­ros). Entre le troi­sième et le qua­trième tri­mestre 2017, le mon­tant glo­bal de la dette a aug­men­té de 11 000 mil­liards de dol­lars, soit l’équi­valent de la ri­chesse pro­duite par la Chine en une seule an­née. Le ni­veau très bas des taux d’in­té­rêt sur l’en­semble du globe ex­plique que les mé­nages, les en­tre­prises et les Etats conti­nuent de s’en­det­ter. Mais qu’on le veuille ou non, cette masse gi­gan­tesque de créances re­pré­sente une bombe à re­tar­de­ment pour l’éco­no­mie mon­diale. D’au­tant plus que les taux d’in­té­rêt ont en­ta­mé leur re­mon­tée.

Des ten­dances à long terme qu’il ne faut pas né­gli­ger

Voi­là pour la pho­to ins­tan­ta­née de la pla­nète éco­no­mique. Mais entre ce qui se passe en temps réel et ce que les in­ves­tis­seurs an­ti­cipent, il y a tou­jours une dif­fé­rence im­por­tante. Car la fi­nance est de­ve­nue,

no­lens vo­lens, une forme de science de la pré­dic­tion, dans la me­sure où s’en sortent ceux qui ont su le mieux pos­sible de­vi­ner ce qui al­lait se pas­ser dans les se­maines, dans les mois ou dans les an­nées à ve­nir. Loin de nous l’idée de nous prendre pour ma­dame Ir­ma ou pour No­stra­da­mus. Mais il existe un cer­tain nombre de ten­dances à long terme qui ne sau­raient être oc­cul­tées par des in­ves­tis­seurs sou­cieux de gé­rer leur pa­tri­moine en bons pères de fa­mille.

Une du­rée de crois­sance ex­cep­tion­nelle outre-At­lan­tique…

Lors de ma vie pro­fes­sion­nelle, j’ai re­mar­qué que les fi­nan­ciers avaient la fâ­cheuse ha­bi­tude d’être tou­jours trop op­ti­mistes. Sou­vent au point d’ou­blier que ja­mais un arbre ne monte jus­qu’au ciel. Du temps des Ro­mains il exis­tait un pro­verbe simple, voire trop simple : « Ce qui monte doit bais­ser ». Ce­la ne sau­rait suf­fire à être une règle d’or pour gé­rer son pa­tri­moine. Mais chaque in­ves­tis­seur ne sau­rait ou­blier ce pré­cepte en ma­tière d’im­mo­bi­lier, d’ac­tions, d’obli­ga­tions ou même d’or. Je m’étonne, chaque jour, en li­sant les notes de conjonc­ture que je re­çois, de consta­ter que pas un ex­pert ne sou­ligne que l’éco­no­mie amé­ri­caine vient de connaître son 107e mois d’ex­pan­sion éco­no­mique. De­puis que les sta­tis­tiques existent, ce­la re­pré­sente la plus longue pé­riode de crois­sance outre-At­lan­tique. En ef­fet, de­puis 1879, il y a eu 28 ré­ces­sions aux Etats-Unis et 29 épi­sodes de re­prises. La du­rée moyenne des pé­riodes de crois­sance s’éta­blit à qua­rante et un mois.

…Et qui pour­rait être in­ter­rom­pue sou­dai­ne­ment

C’est dire si au­jourd’hui les Etats-Unis, dont dé­pend le monde en­tier, sont en­trés dans un mo­ment im­pré­vi­sible. Cer­tains cherchent à l’ex­pli­quer par la ré­vo­lu­tion di­gi­tale, l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle ou la ro­bo­ti­sa­tion. Mais si l’on se place dans une pers­pec­tive à trois ans, il existe à notre avis un risque sous-es­ti­mé pour que le monde re­plonge dans la ré­ces­sion, avec l’écla­te­ment de cette im­mense bulle de dettes. De la même ma­nière après trente-huit an­nées de baisse des taux longs, le cycle a com­men­cé à s’in­ver­ser et le re­tour de l’in­fla­tion mi­lite pour une hausse mar­quée des taux au cours des mois à ve­nir. Tel­le­ment forte qu’elle pour­rait prendre de court les banques cen­trales. Voi­là pour­quoi, face à ces risques, je vous re­com­mande tou­jours de dé­lais­ser pro­gres­si­ve­ment la Bourse pour l’or et l’as­su­rance vie.

Pri­vi­lé­giez l’or et l’as­su­rance vie

L’or parce que c’est le meilleur rem­part contre une hausse des prix, contre un environnement géo­po­li­tique très tur­bu­lent et contre un re­tour­ne­ment bru­tal des mar­chés d’ac­tions (lire p. 62). Et l’as­su­rance vie qui va gar­der ses lettres de no­blesse avec la loi Pacte, pré­sen­tée pro­chai­ne­ment en Con­seil des mi­nistres. Sur­tout, c’est le sup­port qui de­vrait le mieux pro­fi­ter de la hausse des taux. Je sais bien que je vous l’an­nonce de­puis trois mois et que celle-ci reste en­core très mo­dé­rée. Mais outre-At­lan­tique les ren­de­ments à dix ans ont fran­chi la barre des 3%. Et ce mou­ve­ment de­vrait s’am­pli­fier et s’in­ter­na­tio­na­li­ser, à la fa­veur d’une pé­riode es­ti­vale qui ré­serve tou­jours beau­coup de sur­prises.

J’ima­gine que, comme moi, ar­ri­vé à un cer­tain âge, où l’ar­gent de­vient au­tant une pré­oc­cu­pa­tion lé­gi­time que la cou­leur des che­veux, vous sou­hai­tez pas­ser un été sans tra­cas, sans avoir à joindre votre ges­tion­naire de por­te­feuille, sans avoir à sur­veiller le Dow Jones ou le CAC 40. Alors sur­tout, comme a dit l’au­teur Oli­ver Wen­dell Holmes : « Ne met­tez pas votre confiance dans l’ar­gent, mais met­tez votre ar­gent en confiance».

Et n’hé­si­tez sur­tout pas à m’écrire par cour­riel à l’adresse sui­vante : du­roy@mieuxvivre.fr. Bien fi­dè­le­ment à vous.

Chaque mois, re­trou­vez le re­gard aver­ti de notre chro­ni­queur, ex­pert en ges­tion de pa­tri­moine et fin ob­ser­va­teur de l’ac­tua­li­té des pla­ce­ments.

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