La nou­velle donne pour vos li­qui­di­tés

Mieux Vivre Votre Argent - - Votre Argent -

Hausse de l’in­fla­tion, chan­ge­ment des règles fis­cales : c’est le mo­ment de faire le point sur l’en­semble de vos li­vrets et plans d’épargne.

Mettre de l’ar­gent de cô­té pour faire face à de fu­tures dé­penses : rien de plus lé­gi­time. Cette poche ser­vi­ra à ré­gler vos im­pôts, rem­pla­cer le lave-linge dé­fec­tueux, ré­pa­rer votre voi­ture ou, tout sim­ple­ment, par­tir en va­cances. Con­ser­ver des li­qui­di­tés est donc in­dis­pen­sable mais, mal­heu­reu­se­ment, peu ré­mu­né­ra­teur. Ain­si, 5 000 eu­ros pla­cés pen­dant un an vous rap­por­te­ront entre 35 eu­ros et une cen­taine d’eu­ros se­lon le pro­duit choi­si (voir in­fo­gra­phie page sui­vante).

Tou­te­fois, même si le gain est presque sym­bo­lique, mieux vaut iso­ler votre tré­so­re­rie dans une en­ve­loppe dé­diée, qui rap­porte un peu, plu­tôt que de la lais­ser dormir sur votre compte cou­rant, dans le­quel vous se­rez ten­té de pui­ser. Qu’il s’agisse des li­vrets ré­gle­men­tés ou fis­ca­li­sés, des comptes à terme ou du plan d’épargne lo­ge­ment (PEL), la large pa­lette de pla­ce­ments sans risques a été vic­time de la forte baisse des taux d’in­té­rêt à court terme ces der­nières an­nées. Qui plus est, plu­sieurs ré­centes ré­formes et dé­ci­sions prises par le Gou­ver­ne­ment sont ve­nues re­battre les cartes. Le mo­ment est donc op­por­tun pour faire le tri et ra­tio­na­li­ser votre épargne de pré­cau­tion.

L’in­fla­tion an­nule la ré­mu­né­ra­tion du li­vret A

Le pro­duit in­con­tour­nable reste le li­vret A. Ce pla­ce­ment dé­te­nu par 55,8 mil­lions de par­ti­cu­liers, se­lon l’Ob­ser­va­toire de l’épargne ré­gle­men­tée, est peu ré­mu­né­ra­teur : 0,75 % de­puis le 1er août 2015. Mais il est exo­né­ré à la fois d’im­pôt sur le re­ve­nu et de pré­lè­ve­ments so­ciaux, tout comme le li­vret de dé­ve­lop­pe­ment du­rable et so­li­daire (LDDS, ex-Co­de­vi). Pour l’heure, au­cun sus­pense : le Pre­mier mi­nistre, Edouard Phi­lippe, a as­su­ré que le taux du li­vret A se­rait main­te­nu à 0,75% jus­qu’en 2020 afin de sta­bi­li­ser les condi­tions de fi­nan­ce­ment des bailleurs so­ciaux (une par­tie des mon­tants pla­cés est mise au ser­vice de la construc­tion de lo­ge­ments so­ciaux). Un ni­veau in­fé­rieur à l’in­fla­tion (voir gra­phique ci-contre), at­ten­due à 1,20% cette an­née. Au­tre­ment dit, si le li­vret A de­meure le ré­cep­tacle na­tu­rel de votre épargne à très court terme, vous vous ap­pau­vris­sez en y dé­po­sant vos li­qui­di­tés puisque son taux ne couvre même pas la hausse des prix !

Pour mé­moire, le taux du li­vret A est fixé par Ber­cy sur pro­po­si­tion de la Banque de France. Il s’agit d’une dé­ci­sion po­li­tique qui, par le pas­sé, s’est sou­vent éloi­gnée de la simple ap­pli­ca­tion de la for­mule de cal­cul pour dé­ter­mi­ner la ré­mu­né­ra­tion du li­vret. Même si celle-ci est pour­tant fixée par l’Etat. Et le Gou­ver­ne­ment sou­haite de nou­veau la re­voir ! En 2020, une nou­velle mé­thode, ba­sée sur la moyenne de l’in­fla­tion et des taux d’in­té­rêt, de­vrait s’ap­pli­quer, as­sor­tie d’un ni­veau plan­cher à 0,50%, se­lon le mi­nistre de l’Eco­no­mie, Bru­no Le Maire. En soi, ce­la ne de­vrait pas bou­le­ver­ser la donne. Mais même à 0,75 %, le li­vret A (pla­fond de 22 950 eu­ros) et le LDDS (12 000 eu­ros) res­tent, cette an­née en­core, les mieux-di­sants. Car au­cun pla­ce­ment aus­si li­quide et ga­ran­ti ne rap­porte da­van­tage.

Seules ex­cep­tions, deux autres li­vrets ré­gle­men­tés dont la ré­mu­né­ra­tion est plus fa­vo­rable, à condi­tion de rem­plir les critères d’éli­gi­bi­li­té. C’est le cas du li­vret d’épargne po­pu­laire (LEP), qui rap­porte 1,25% non taxable. Il est ré­ser­vé aux mé­nages mo­destes : pour ou­vrir un LEP en 2018, il faut jus­ti­fier d’un re­ve­nu fis­cal de ré­fé­rence 2016 (fi­gu­rant sur l’avis d’im­po­si­tion 2017) in­fé­rieur à 19 468 eu­ros pour une per­sonne seule. Les dé­ten­teurs d’un LEP ont in­té­rêt à l’ali­men­ter en prio­ri­té pour bé­né­fi­cier de son taux avan­ta­geux et n’abon­der leur li­vret A qu’une fois le pla­fond de 7 700 eu­ros at­teint. Quant au li­vret Jeune (1 600 eu­ros au maxi­mum), ré­ser­vé aux 12-25 ans, son taux va­rie d’une banque à l’autre. Il rap­porte 2% chez BNP Pa­ri­bas, Mo­na­banq ou So­cié­té Gé­né­rale; 1,75% chez LCL… Là en­core, leurs ti­tu­laires ont in­té­rêt à rem­plir en prio­ri­té cette en­ve­loppe.

Vous dé­te­nez peut-être aus­si un li­vret ban­caire fis­ca­li­sé. Sou­ve­nez-vous : on les ap­pe­lait « su­per­li­vrets » dans les an­nées 2000. Ils n’ont au­jourd’hui plus rien de « su­per »… Eux aus­si ont fait les frais de la forte baisse des taux d’in­té­rêt. Tou­te­fois, l’en­trée en vi­gueur du pré­lè­ve­ment fis­cal unique (PFU, ou « flat tax », se­lon la dé­no­mi­na­tion an­glo-saxonne) de 30%, au 1er jan­vier 2018, leur a don­né un pe­tit coup de pouce : ce nou­veau ré­gime fis­cal est plus fa­vo­rable que l’an­cien. En ef­fet, jus­qu’à l’an der­nier, les in­té­rêts des li­vrets étaient sou­mis aux pré­lè­ve­ments so­ciaux et à l’im­pôt sur le

Le LEP, ré­ser­vé aux mé­nages mo­destes, rap­porte 1,25 % non taxable

re­ve­nu au ba­rème pro­gres­sif (jus­qu’à 62,2% de ponc­tion). A no­ter, si vous n’êtes pas im­po­sable, vous pou­vez tou­jours choi­sir le ba­rème plu­tôt que le PFU, ce qui vous per­met­tra de ré­gler uni­que­ment les pré­lè­ve­ments so­ciaux (17,2%).

Mais le nou­veau ré­gime fis­cal n’y change rien : sauf ex­cep­tion, les li­vrets ban­caires ne mé­ritent pas vos li­qui­di­tés. Seuls trois d’entre eux sortent du lot : Dis­tin­go de PSA Banque, Zes­to de RCI Bank et le Li­vret d’Orange Bank ré­mu­nèrent 1% brut, soit 0,70% net. Un taux in­fé­rieur, mais de peu, aux 0,75% du li­vret A. Ils peuvent s’en­vi­sa­ger en com­plé­ment de ce der­nier pour pla­cer une somme im­por­tante en at­tente d’in­ves­tis­se­ment. Les autres banques af­fichent des taux in­si­gni­fiants : le li­vret Epargne Orange d’ING Di­rect ne rap­porte qu’un maigre 0,10% brut hors pro­mo­tion, tout comme le Compte Epargne de BNP Pa­ri­bas et le Compte sur li­vret de Bour­so­ra­ma. De son cô­té, le Li­vret d’épargne de BforBank sert 0,20% brut, tan­dis que le Li­vret + de For­tu­neo est à 0,30%. Mieux vaut clô­tu­rer ces pla­ce­ments.

Les PEL ou­verts avant jan­vier 2018 res­tent at­trac­tifs

Au rang des stars dé­chues, on peut aus­si évo­quer les comptes à terme. L’offre est au­jourd’hui ré­duite et concen­trée sur les pro­duits d’une du­rée su­pé­rieure à douze mois. Con­crè­te­ment, le taux est fixé dé­fi­ni­ti­ve­ment lors de la sous­crip­tion : vous sa­vez donc pré­ci­sé­ment com­bien vous al­lez ga­gner, contrai­re­ment à un li­vret fis­ca­li­sé dont la ré­mu­né­ra­tion peut être mo­di­fiée par la banque à tout mo­ment. RCI Banque pro­pose un compte à terme pro­gres­sif sur trois ans, dont la ré­mu­né­ra­tion (taux ac­tua­riel) res­sort à 0,95% pour un client y res­tant douze mois. PSA Banque dis­pose d’une offre dont le taux ac­tua­riel est de 1,25% sur un an, un peu mieux que le li­vret à 1% de l’éta­blis­se­ment, mais moins souple puisque le compte à terme est blo­qué, sauf à ré­gler des pé­na­li­tés de sor­tie an­ti­ci­pée. Cô­té fis­ca­li­té, la règle est iden­tique à celle du li­vret : les in­té­rêts sont sou­mis au pré­lè­ve­ment fis­cal unique.

Vous dé­te­nez peut-être un compte d’épargne lo­ge­ment (CEL), ou­vert il y a quelques an­nées en même temps que votre plan d’épargne lo­ge­ment (PEL). Le mo­ment est ve­nu de faire le mé­nage: le CEL ne rap­porte que 0,50% brut. Son ré­gime fis­cal dé­pend de sa date d’ou­ver­ture. Les CEL ou­verts avant la fin de l’an­née 2017 sont sou­mis aux pré­lè­ve­ments so­ciaux de 17,2% en 2018, soit une ré­mu­né­ra­tion nette de 0,41%. Quant au CEL ou­verts de­puis le 1er jan­vier 2018, ils sont sou­mis au PFU de 30% et ne rap­portent donc que 0,35% net.

Il en va au­tre­ment pour le plan d’épargne lo­ge­ment (PEL). Ce pla­ce­ment reste une va­leur sûre pour votre épargne de pré­cau­tion. Il com­porte, certes, quelques contraintes, mais ses atouts en font le com­plé­ment idéal de votre li­vret A dans la ges­tion de votre épargne sans risque. Car le PEL est do­té d’une botte se­crète : son taux est fixé une fois pour toutes lors de son ou­ver­ture. Au­tre­ment dit, un PEL ou­vert il y a cinq ans bé­né­fi­cie tou­jours de sa ré­mu­né­ra­tion d’ori­gine (2,50%).

Il est vrai que la nou­velle gé­né­ra­tion, de­puis le 1er jan­vier 2018, est quelque peu sa­cri­fiée : non seule­ment la prime d’Etat, qui ve­nait amé­lio­rer la ré­mu­né­ra­tion du plan dans cer­tains cas de fi­gure, est sup­pri­mée (il en va de même pour le CEL). Mais, en plus, les in­té­rêts des PEL ou­verts de­puis

Si les pla­ce­ments sans risque res­tent in­dis­pen­sables pour gé­rer la tré­so­re­rie au quo­ti­dien, leur ré­mu­né­ra­tion est dé­sor­mais mo­ri­bonde. Il faut être très sé­lec­tif dans le choix des pro­duits

cette date sont sou­mis, dès la pre­mière an­née, au pré­lè­ve­ment fis­cal unique de 30 % ou, sur op­tion, au ba­rème de l’im­pôt sur le re­ve­nu et aux pré­lè­ve­ments so­ciaux. Con­crè­te­ment, ce­la si­gni­fie qu’un PEL ou­vert en 2018 rap­porte 1% brut, soit 0,70% net. Un taux in­fé­rieur à ce­lui du li­vret A.

Mais pour les an­ciennes gé­né­ra­tions, l’his­toire est toute autre. Car les in­té­rêts des PEL de moins de douze ans sous­crits jus­qu’au 31 dé­cembre 2017 sont taxés uni­que­ment aux pré­lè­ve­ments so­ciaux (17,2%). Et pour les plans de plus de douze ans, les in­té­rêts res­tent sou­mis à l’im­pôt mais ces en­ve­loppes mieux ré­mu­né­rées gagnent en­core en at­trait avec le pré­lè­ve­ment fis­cal unique au taux de 30% (voir ta­bleau). Les épar­gnants non im­po­sables peuvent tou­jours op­ter pour le ba­rème pro­gres­sif. Con­crè­te­ment, les PEL ou­verts entre le 1er août 2016 et le 31 dé­cembre 2017 rap­portent 1% brut, soit 0,83% net, ce qui est cette fois plus avan­ta­geux que le li­vret A. Quant à ceux ou­verts entre le 1er juillet 2000 et le 31 juillet 2003, leurs taux s’élèvent à 3,27% brut, soit 2,29% après ap­pli­ca­tion de la « flat tax » puis­qu’ils ont plus de douze ans. A con­ser­ver aus­si long­temps que pos­sible (la du­rée de vie des PEL sous­crits de­puis le 1er mars 2011 est li­mi­tée à quinze ans).

Certes, le PEL, pla­fon­né à 61 200 eu­ros, com­porte aus­si quelques contraintes. Tout d’abord, vous de­vez réa­li­ser des ver­se­ments ré­gu­liers d’au moins 540 eu­ros par an. De plus, le plan d’épargne lo­ge­ment n’est pas li­quide : tout re­trait en­traîne sa clô­ture, quel que soit son âge. Et en cas de re­trait avant le deuxième an­ni­ver­saire du plan, les in­té­rêts sont re­cal­cu­lés au taux du CEL en vi­gueur lors de l’opé­ra­tion. Le PEL ne convient donc que pour pla­cer un ca­pi­tal dont vous êtes cer­tain de ne pas avoir be­soin à court terme. A no­ter, vous pour­rez de­man­der un prêt épargne lo­ge­ment après une phase d’épargne de quatre ans, à un taux qui dé­pend de la gé­né­ra­tion. Ain­si, les PEL ou­verts de­puis le 1er août 2016 per­mettent d’em­prun­ter à 2,20%. Ce ni­veau n’est pas at­trac­tif au­jourd’ hui, mais il le se­ra peut-être dans quelques an­nées. Et quand bien même vous n’ ac­ti­vez pas l’ op­tion cré­dit, le PEL peut vous ser­vir à consti­tuer un ca­pi­tal pour un fu­tur achat im­mo­bi­lier. Une tré­so­re­rie uti­le­ment pla­cée. ●

PEL des an­ciennes gé­né­ra­tions : à con­ser­ver aus­si long­temps que pos­sible

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.