Prendre une dose de risque adap­tée à ses pro­jets

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Pru­dence est mère de sû­re­té. Voi­là une ex­pres­sion qui colle bien aux pra­tiques des Fran­çais en ma­tière de ges­tion de leur ar­gent. En soi, la cir­cons­pec­tion n’est pas une mau­vaise at­ti­tude, bien au contraire. Toute la dif­fi­cul­té ré­side dans son juste do­sage : un bon épar­gnant se doit d’être pré­cau­tion­neux, mais il évi­te­ra d’être ti­mo­ré. Car rap­pe­lons qu’en ma­tière de pla­ce­ments, l’es­pé­rance de gain aug­mente avec le risque. Au­tre­ment dit, sans ac­cep­ter de prendre une dose de risque, on can­tonne son pa­tri­moine à un ren­de­ment très mo­deste.

Ain­si, le li­vret A rap­porte ac­tuel­le­ment 0,75%, les fonds en eu­ros 1,80% en moyenne et les Si­cav mo­né­taires un peu moins de zéro ! Le su­jet est d’au­tant plus d’ac­tua­li­té que l’in­fla­tion est dé­sor­mais en hausse, mo­dé­rée mais réelle, ce qui vient gri­gno­ter le ren­de­ment de vos pro­duits d’épargne.

Dé­taillons ce phé­no­mène avec un exemple. Vous épar­gnez 1 000 eu­ros en 2018 et les pla­cez sur votre li­vret A. Pour­quoi éco­no­mi­ser cet ar­gent au lieu de le dé­pen­ser ? Tout sim­ple­ment pour le faire fruc­ti­fier, avec l’es­poir de dé­te­nir d’ici un an ou plus une somme plus im­por­tante. Ce­la tombe bien car vous pro­je­tez d’ache­ter un jo­li ta­pis pour votre sa­lon, dont le prix s’élève à 1 200 eu­ros. En 2019, avec votre li­vret, vous ob­tien­drez 1 007 eu­ros au taux de ré­mu­né­ra­tion de 0,75% en vi­gueur. Ces 7 eu­ros sup­plé­men­taires ap­pa­raissent bien sur votre compte, presque son­nants et tré­bu­chants. Mais que s’est-il pas­sé en pa­ral­lèle ? Le jo­li ta­pis ne vaut plus 1 200 mais 1 218 eu­ros, hausse des prix (in­fla­tion) oblige ! Ré­su­mons : votre pac­tole a ga­gné 0,70%, mais les prix ont aug­men­té de 1,5% dans le même laps de temps. Las, vous com­pre­nez ai­sé­ment qu’à ce rythme, votre pou­voir d’achat di­mi­nue au lieu de pro­gres­ser en épar­gnant. La pers­pec­tive de l’achat du beau ta­pis s’éloigne… Un comble !

Bien sûr, cet exemple n’illustre qu’un des ob­jec­tifs de l’épargne. Car celle-ci a aus­si vo­ca­tion à vous pro­té­ger des coups durs. C’est ce que l’on ap­pelle l’épargne de pré­cau­tion. Reste à en fixer le mon­tant ap­pro­prié. Car les Fran­çais sont des cham­pions de l’épargne de pré­cau­tion, pour­tant mal­me­née par de ré­centes ré­formes (voir p. 38). Rien qu’en 2017, ils ont glis­sé 12,4 mil­liards d’eu­ros dans leurs li­vrets A et li­vrets de dé­ve­lop­pe­ment du­rable et so­li­daire (LDDS). Pis, ils laissent dormir plus de 500 mil­liards d’eu­ros sur leurs comptes en banque (voir in­fo­gra­phie), non ré­mu­né­rés sauf ex­cep­tion, au seul pré­texte de pou­voir en dis­po­ser à leur guise !

Est-ce bien jus­ti­fié ? On lit sou­vent que son épargne de pré­cau­tion doit re­pré­sen­ter quelques mois de sa­laires, pas da­van­tage. Cet in­di­ca­teur a le mé­rite de don­ner un ordre de gran­deur. Mais, en vé­ri­té, son mon­tant dé­pend avant tout de consi­dé­ra­tions psy­cho­lo­giques : avoir suf­fi­sam­ment pour se sen­tir à l’aise. Ce­la im­pose par­fois de se faire un peu vio­lence. N’est-il pas un peu ex­ces­sif de dé­te­nir plu­sieurs di­zaines de mil­liers d’eu­ros sur des li­vrets pour faire face aux im­pré­vus ?

Au-de­là de l’épargne de pré­cau­tion, la me­sure règne en­core en maître par­mi la plu­part des épar­gnants, très fri­leux dès qu’il s’agit d’in­ves­tir leurs éco­no­mies. Fonds en eu­ros, Si­cav mo­né­taires, etc., ont leurs fa­veurs. Par­fois de ma­nière qua­si ex­clu­sive sans que les pro­jets des in­ves­tis­seurs ne le jus­ti­fient. Il est grand temps de mettre une dose de ra­tio­na­li­té là-de­dans.

Di­ver­si­fier ses in­ves­tis­se­ments n’est pas si com­pli­qué

Plus fa­cile à dire qu’à faire, di­rez-vous. Avec un peu de mé­thode, la tâche n’est pour­tant pas si ar­due. Nul be­soin d’être un ca­dor des mar­chés fi­nan­ciers pour prendre une dose de risque maî­tri­sée.

Voi­ci quelques grands prin­cipes pour y ar­ri­ver. D’abord, ap­pré­hen­dez votre pa­tri­moine de ma­nière glo­bale. Ain­si, dé­te­nir une as­su­rance vie in­té­gra­le­ment pla­cée en uni­tés de compte ne re­pré­sen­te­ra pas le même ni­veau de risque pour une per­sonne pos­sé­dant par ailleurs un li­vret A bien gar­ni que pour un épar­gnant dont il s’agit du seul pé­cule. De même, ce n’est pas la même chose se­lon que l’en­cours du contrat pèse 10% ou 60% du pa­tri­moine to­tal.

En­suite, faites le tour de vos contraintes, be­soins et ob­jec­tifs : une somme dé­diée aux études de l’aî­née dans trois ans ne se­ra pas in­ves­tie comme celle mise de cô­té en pré­vi­sion de la re­traite dans plus de quinze ans. En­fin, éva­luez votre ca­pa­ci­té à sup­por­ter une perte, même tem­po­raire. Per­sonne n’aime voir la va­leur de son épargne bais­ser, mais cer­tains le to­lé­re­ront mieux que d’autres. Tous ces élé­ments vous per­met­tront de ré­par­tir au mieux votre épargne au sein de vos dif­fé­rentes en­ve­loppes et entre les di­vers sup­ports.

En­fin, met­tons un terme à l’idée se­lon la­quelle les pro­duits ris­qués sont très dif­fi­ciles à com­prendre ! Moyen­nant un ef­fort à la por­tée de tous, il est pos­sible de se bâ­tir une al­lo­ca­tion di­ver­si­fiée au sein de son plan d’épargne en­tre­prise (PEE) ou de son as­su­rance vie. Dans les pages sui­vantes, nous vous don­nons les clés pour fran­chir le cap en dou­ceur (voir p. 41 et p. 44). Les plus au­da­cieux se pen­che­ront sur les atouts com­pa­rés du plan d’épargne en ac­tions (PEA) et du compte-titres pour in­ves­tir en Bourse (voir p. 46). Et tous fe­ront leur cet adage bour­sier : « la seule ma­nière de ga­gner ra­pi­de­ment de l’ar­gent consiste à ne ja­mais être pres­sé ».Abo­nen­ten­deur! ●

Si l’épargne de pré­cau­tion est né­ces­saire, elle ne doit pas être ex­ces­sive

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