Vie pra­tique

Re­pre­nez la main sur vos don­nées nu­mé­riques

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Cour­riels, comptes Fa­ce­book, Twit­ter ou Pay­pal, mu­siques sur iTunes... pour que votre iden­ti­té nu­mé­rique ne vous échappe pas, vous de­vez la gé­rer ac­ti­ve­ment. D’au­tant qu’elle consti­tue­ra un jour un hé­ri­tage que vous pour­rez lé­guer. Mode d’em­ploi. En­quête : William Co­op-Phane

En France, plus de 57 mil­lions de per­sonnes ont ac­cès à In­ter­net (source Mé­dia­mé­trie). Se­lon les es­ti­ma­tions, 38 mil­lions d’entre elles sont ac­tives sur les ré­seaux so­ciaux. A lui seul, Fa­ce­book compte 1,5 mil­liard d’uti­li­sa­teurs quo­ti­diens dans le monde (22 mil­lions en France) qui, chaque jour, en­voient 10 mil­liards de mes­sage, ajoutent quelque 350 mil­lions de pho­tos et par­tagent 110 mil­lions de chan­sons ! Des chiffres en aug­men­ta­tion constante et qui sou­lèvent de nom­breuses ques­tions, no­tam­ment quant au res­pect de la vie pri­vée (voir Mieux Vivre Votre Ar­gent no 431, p. 98). Mais, sur­tout, se pose un pro­blème in­édit : qu’ad­vien­dra-t-il de toutes ces don­nées après notre dé­cès ? Le su­jet reste en­core peu abor­dé, même si le lé­gis­la­teur a com­men­cé à po­ser des règles en 2016 avec la loi pour une Ré­pu­blique nu­mé­rique, dite aus­si loi Le­maire (loi n° 2016-1321). Dé­sor­mais, toute per­sonne peut, de son vi­vant, or­ga­ni­ser les condi­tions de conser­va­tion, d’ef­fa­ce­ment et de com­mu­ni­ca­tion de ses don­nées à ca­rac­tère per­son­nel après sa mort (voir Pa­roles d’ex­pert, page sui­vante).

En outre, de­puis le 25 mai der­nier, le Rè­gle­ment gé­né­ral sur la pro­tec­tion des don­nées (RGPD) est en­tré en ap­pli­ca­tion dans l’Union eu­ro­péenne. Il conso­lide et étend les droits des in­ter­nautes. Les ou­tils existent donc pour gar­der le contrôle sur vos pu­bli­ca­tions. Voi­ci la marche à suivre.

Res­trei­gnez la dif­fu­sion de vos pu­bli­ca­tions

Avec le RGPD, les plates-formes ont dû vous pro­po­ser de va­li­der leurs nou­velles condi­tions gé­né­rales d’uti­li­sa­tion – ren­dues plus « li­sibles » – pour conti­nuer à bé­né­fi­cier de leurs ser­vices. As­trei­gnez-vous à les lire dans le dé­tail, en par­ti­cu­lier tout ce qui concerne la po­li­tique de confi­den­tia­li­té. Vous êtes libre de choi­sir votre au­dience pour cha­cune de vos pu­bli­ca­tions. Dès lors qu’il s’agit d’un compte d’ordre pri­vé (com­men­taires, pho­tos…), res­trei­gnez ses ac­cès pour ne les com­mu­ni­quer qu’au­près d’un cercle cir­cons­crit de contacts. Un pa­ra­mé­trage des op­tions de confi­den­tia­li­té suf­fit (pour la plu­part des sites, ren­dez-vous à la ru­brique « Pa­ra­mètres de confi­den­tia­li­té et de sé­cu­ri­té »). Soyez vi­gi­lant, par ailleurs, quant aux in­for­ma­tions qui vous sont de­man­dées. Pour­quoi Fa­ce­book et consorts ont-ils be­soin de votre nu­mé­ro de mo­bile ? de connaître votre date de nais­sance, votre si­tua­tion amou­reuse et fa­mi­liale ? Rien ne vous oblige à ren­sei­gner tous les champs re­quis. Moins vous don­ne­rez d’in­di­ca­tions, moins il se­ra ai­sé d’éta­blir votre pro­fil pré­cis pour l’ex­ploi­ter à des fins com­mer­ciales.

At­ten­tion aux don­nées plus sen­sibles comme votre nu­mé­ro de carte ban­caire : li­mi­tez au maxi­mum sa dif­fu­sion (par exemple, est-ce vrai­ment utile de le trans­mettre à Twit­ter ?). Dé­sac­ti­vez aus­si la géo­lo­ca­li­sa­tion, choi­sis­sez des mots de passe com­pli­qués et mo­di­fiez-les ré­gu­liè­re­ment.

Sim­pli­fiez-vous la vie en op­tant pour un ges­tion­naire dé­dié. Il s’agit d’un lo­gi­ciel chif­fré qui gé­nère un mot de passe « maître » don­nant ac­cès à vos di­vers iden­ti­fiants et lo­gins en toute sé­cu­ri­té. Prin­ci­pal avan­tage : il suf­fit alors de ne re­te­nir qu’un seul code (ou de le mettre à l’abri quelque part), en pen­sant à le par­ta­ger avec une per­sonne de confiance. Tous les autres mots de passe sto­ckés dans ce trous­seau d’ac­cès chif­fré sont au­to­ma­ti­que­ment et fré­quem­ment re­créés de ma­nière aléa­toire et com­plexe par le ges­tion­naire. Tout est syn­chro­ni­sé via l’ap­pli­ca­tion as­so­ciée (Da­sh­lane, KeePass ou Pass­word Safe) qui joue ain­si le rôle de por­te­feuille nu­mé­rique sé­cu­ri­sé.

Gar­der la main sup­pose éga­le­ment de vé­ri­fier et de net­toyer votre « his­to­rique » de pu­bli­ca­tions. Com­men­cez par ef­fec­tuer une re­cherche sur votre nom sur In­ter­net. Vous pou­vez l’as­so­cier avec le nom de votre en­tre­prise, un lieu ou un évé­ne­ment pas­sé. Car vous avez pu être « ta­gué » (men­tion­né) dans la pu­bli­ca­tion d’un tiers sur Fa­ce­book ou sur Ins­ta­gram sans qu’il ne vous de­mande votre avis. Ce pre­mier ca­li­brage de votre e-ré­pu­ta­tion vous per­met­tra d’iden­ti­fier les in­for­ma­tions. Libre à vous de les faire mo­di­fier ou ef­fa­cer dé­fi­ni­ti­ve­ment. Pour exer­cer votre droit de rec­ti­fi­ca­tion (ar­ticle 16 du RGPD) ou de sup­pres­sion de don­nées (ar­ticle 17), adres­sez votre de­mande par voie élec­tro­nique ou par cour­rier re­com­man­dé à la plate-forme concer­née (les co­or­don­nées sont dis­po­nibles dans les pages « Po­li­tique de confi­den­tia­li­té, Po­li­tique vie pri­vée, Men­tions lé­gales »…). Des mo­dèles de lettres sont pro­po­sés sur le site de la Cnil, le ga­rant des li­ber­tés in­di­vi­duelles en ma­tière nu­mé­rique (Cnil. fr/fr/mo­deles/cour­rier). Conser­vez une preuve de votre dé­marche (co­pie d’écran ou ac­cu­sé de ré­cep­tion) pour lui en­voyer une ré­cla­ma­tion si be­soin.

Des lo­gi­ciels sé­cu­risent et stockent tous vos mots de passe à votre place

Ré­cu­pé­rez vos ar­chives per­son­nelles sur tous les sites

Par ailleurs, vous pou­vez dé­sor­mais pro­fi­ter du droit à la por­ta­bi­li­té (ar­ticle 20 du RGPD). Il per­met de ré­cu­pé­rer une co­pie de vos conte­nus dif­fu­sés (pho­tos, his­to­riques d’achat, play­lists, adresse IP, mails…) et de les sto­cker, par exemple pour en faire une sau­ve­garde sur un disque dur ou votre or­di­na­teur. L’in­té­rêt ? La trans­mis­sion sim­pli­fiée à vos proches. En pra­tique, il faut, pour chaque site, se rendre à la page sti­pu­lant vos droits ou dans la ru­brique « Pa­ra­mètres de confi­den­tia­li­té » et cli­quer sur la page « Té­lé­char­ger une archive ». Pour ga­gner du temps, pas­sez par le site My Da­ta Re­quest. Il re­cense pour un grand nombre de plates-formes les liens di­rects pour ob­te­nir les ar­chives de vos don­nées per­son­nelles. A dé­faut, un mo­dèle de cour­rier (en an­glais) est mis à dis­po­si­tion quand le ser­vice ne pré­voit pas de for­mu­laire mais exige l’en­voi d’un mail avec la de­mande.

A no­ter : vous pou­vez do­ré­na­vant de­man­der à en­ga­ger (par le biais d’une as­so­cia­tion no­tam­ment) une ac­tion de groupe à l’en­contre d’une plate-forme en cas de man­que­ment vis-à-vis des règles sur la pro­tec­tion des don­nées per­son­nelles et ob­te­nir ré­pa­ra­tion du pré­ju­dice su­bi. Une pro­cé­dure en cours vise les Ga­fam (Google, Apple, Fa­ce­book, Ama­zon, Mi­cro­soft) pour non-res­pect du consen­te­ment « libre et éclai­ré » des in­ter­nautes.

Der­nier vo­let pour res­ter maître de vos don­nées : dé­ci­der de leur sort après votre dé­cès et vous as­su­rer que vos dif­fé­rents comptes en ligne se­ront gé­rés de ma­nière conforme à votre vo­lon­té. Un ré­seau so­cial pour­ra-t-il fer­mer votre compte ? Vos don­nées nu­mé­riques se­ront-elles ac­ces­sibles à vos proches ou hé­ri­tiers ? Ces der­niers pour­ront-ils ac­tua­li­ser votre compte ou le sup­pri­mer ? Au­tant d’in­ter­ro­ga­tions aux­quelles le lé­gis­la­teur a en­core du mal à ré­pondre car la loi Le­maire n’a ins­tau­ré qu’un cadre gé­né­ral, en ac­cor­dant la pos­si­bi­li­té pour un in­ter­naute de lais­ser de son vi­vant des

di­rec­tives afin d’or­ga­ni­ser les condi­tions de conser­va­tion et de com­mu­ni­ca­tion de ses don­nées. Son ap­pli­ca­tion est com­plexe du fait no­tam­ment de la dé­fi­ni­tion même de « pa­tri­moine nu­mé­rique » et de ses im­pli­ca­tions, qui ne sont pas prises en compte par la loi. Ain­si, cer­taines don­nées à ca­rac­tère pa­tri­mo­nial (mots de passe de por­te­feuilles vir­tuels ou clés pri­vées de dé­cryp­tage don­nant ac­cès à des cryp­to­mon­naies, tel que le bit­coin) sont consi­dé­rées comme per­son­nelles sans que leur va­leur soit re­te­nue : si le pro­prié­taire donne une di­rec­tive d’ef­fa­ce­ment, son por­te­feuille se­ra écra­sé et ne pour­ra être re­mis à ses hé­ri­tiers.

Glo­ba­le­ment, deux cas de fi­gure sont pré­vus par le lé­gis­la­teur (ar­ticle 40-1 de la loi in­for­ma­tique et li­ber­tés mo­di­fié par la loi Le­maire). Le pre­mier : le dé­funt n’a pas lais­sé d’ins­truc­tions. Ses proches ou ses hé­ri­tiers peuvent alors, dans le cadre de la suc­ces­sion, exer­cer un droit d’ac­cès à ses don­nées per­son­nelles et ré­cu­pé­rer ce qui s’ap­pa­rente à des sou­ve­nirs de fa­mille (al­bums pho­tos, par exemple). Ils peuvent éga­le­ment pro­cé­der à la clô­ture du compte. Une dé­marche fas­ti­dieuse car, à ce jour, la lé­gis­la­tion ne contraint pas les édi­teurs à le faire d’of­fice. Il faut dé­ni­cher et rem­plir le for­mu­laire pré­vu par chaque plate-forme et joindre des jus­ti­fi­ca­tifs at­tes­tant à la fois du dé­cès du ti­tu­laire et du lien de pa­ren­té du de­man­deur avec lui (voir Fo­cus). Deuxième cas : le dé­funt a lais­sé des dis­po­si­tions de son vi­vant. Théo­ri­que­ment, la loi Le­maire pré­voit qu’il est pos­sible de com­mu­ni­quer ses sou­haits à un tiers nu­mé­rique (site dé­dié) agréé, mais le dé­cret en fixant la liste n’est tou­jours pas pa­ru.

Au­cun texte lé­gal ne contraint les édi­teurs à fer­mer le pro­fil d’un dé­funt

Ré­di­gez un tes­ta­ment en bonne et due forme chez un no­taire

Pour l’heure, seuls Fa­ce­book et Google per­mettent d’an­ti­ci­per et de dé­si­gner des hé­ri­tiers nu­mé­riques. Pour les autres plates-formes, vous pou­vez re­cou­rir à des ser­vices tels que Ede­neo, Ever­plans, Grant­will… Ces start-up pro­posent de sto­cker l’en­semble de votre pa­tri­moine im­ma­té­riel : iden­ti­fiants de mes­sa­ge­ries, mots de passe et autres codes d’ac­cès aux ré­seaux so­ciaux, mais aus­si tweets, posts Fa­ce­book… Ces don­nées se­ront en­suite, confor­mé­ment à vos sou­haits, ef­fa­cées après votre dé­cès ou trans­mises aux per­sonnes dé­si­gnées. Pro­blème : ces pres­ta­tions n’ont au­cune va­leur ju­ri­dique.

Le plus sûr est donc de li­bel­ler vos ins­truc­tions à ce su­jet dans un tes­ta­ment ré­di­gé chez votre no­taire (ou de com­plé­ter ce­lui qui existe) et de dé­si­gner un exé­cu­teur tes­ta­men­taire. En veillant à ce que ce der­nier dis­pose de la liste à jour des iden­ti­fiants et mots de passe des sites sur les­quels vous êtes ins­crit. Sa­chez, en­fin, qu’il n’y a au­cune obli­ga­tion de dé­si­gner un de vos hé­ri­tiers. Vous pou­vez trans­mettre des don­nées à ca­rac­tère per­son­nel à qui vous sou­hai­tez.

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