Consom­ma­tion

Ob­so­les­cence pro­gram­mée : dé­mê­lez le vrai du faux

Mieux Vivre Votre Argent - - Contents -

Les in­dus­triels pla­ni­fient-ils la dé­faillance et/ou la mort pré­ma­tu­rée des ap­pa­reils qu’ils fa­briquent ? La fia­bi­li­té est-elle en baisse ? La ré­pa­ra­tion est-elle viable ? Nos ré­ponses. En­quête: Sil­via Si­mao

C’est l’une des ma­rottes du mo­ment : la lutte contre l’ob­so­les­cence pro­gram­mée. Der­rière ce terme quelque peu abs­cons se cachent toutes les tech­niques em­ployées par les fa­bri­cants pour ré­duire la du­rée de vie d’un pro­duit. De­puis la loi sur la tran­si­tion éner­gé­tique de 2015, de tels agis­se­ments sont consi­dé­rés comme un dé­lit. Le Gou­ver­ne­ment s’est em­pa­ré du su­jet et en a fait une de ses prio­ri­tés avec la feuille de route qu’il a pré­sen­tée au prin­temps der­nier. L’un des ob­jec­tifs af­fi­chés : in­ci­ter les consom­ma­teurs à re­cou­rir da­van­tage à la ré­pa­ra­tion plu­tôt que de ra­che­ter sys­té­ma­ti­que­ment un pro­duit neuf. Par­mi les me­sures an­non­cées, une éti­quette éva­luant le ni­veau de ré­pa­ra­bi­li­té de­vrait être ap­po­sée, à par­tir de 2020, sur tous les ap­pa­reils élec­tro­mé­na­gers et élec­tro­niques afin de va­lo­ri­ser les pro­duits les plus du­rables.

Pour au­tant, l’ob­so­les­cence pro­gram­mée reste dif­fi­cile à prou­ver car elle est in­hé­rente à notre mo­dèle de consom­ma­tion. Pour en sor­tir, il fau­drait, re­lève l’éco­no­miste Sa­muel Sau­vage, « faire un pas de cô­té en re­niant le re­nou­vel­le­ment per­ma­nent et le ré­gime de pos­ses­sion ».

Ce qui est vrai : les in­dus­triels rognent sur la qualité pour li­mi­ter les coûts

L’ob­so­les­cence pro­gram­mée ré­sulte d’une vo­lon­té dé­li­bé­rée des fa­bri­cants

VRAI FAUX

La no­tion d’ob­so­les­cence pro­gram­mée est com­pli­quée à ap­pré­hen­der et sus­cite la contro­verse. En France, deux af­faires sont en cours, dont l’is­sue per­met­tra de cla­ri­fier le dé­bat. En cause : le fa­bri­cant d’im­pri­mantes Ep­son et le géant de la high-tech Apple. Ils font l’ob­jet d’en­quêtes pré­li­mi­naires conduites par la Ré­pres­sion des fraudes à la suite de plaintes dé­po­sées par l’as­so­cia­tion HOP (Halte à l’ob­so­les­cence pro­gram­mée), fer de lance de la lutte contre ce phé­no­mène (voir in­ter­view). Ep­son est soup­çon­né, en blo­quant l’im­pres­sion, de for­cer le re­nou­vel­le­ment des car­touches d’encre avant qu’elles ne soient vides ; Apple, de bri­der ses an­ciens mo­dèles par le biais d’une mise à jour du sys­tème d’ex­ploi­ta­tion qui a lieu au mo­ment même de la sor­tie d’un nou­vel iP­hone. Dans les deux cas, ce qui est sous-en­ten­du, c’est l’in­ten­tion dé­li­bé­rée des marques de li­mi­ter la du­rée de vie de leurs pro­duits par des « stra­ta­gèmes » (tech­niques et lo­gi­ciels). Les fa­bri­cants d’im­pri­mantes Bro­ther, Ca­non et HP sont eux aus­si dans le col­li­ma­teur de HOP.

Or, jus­qu’ici, cette ac­tion vo­lon­taire des in­dus­triels n’a ja­mais pu être dé­mon­trée clai­re­ment. Y com­pris par les as­so­cia­tions de consom­ma­teurs. Ce que poin­tait l’UFC-Que Choi­sir dans une en­quête sur l’élec­tro­mé­na­ger, en 2015, : « Nos tests sur des cen­taines de pro­duits n’ont ja­mais mis en évi­dence une vo­lon­té dé­li­bé­rée de li­mi­ter la du­rée de vie d’un ap­pa­reil. Les fa­bri­cants rognent sur la qualité pour op­ti­mi­ser les coûts, en par­ti­cu­lier sur l’en­trée de gamme, mais les ap­pa­reils ac­tuels sont plus fiables que leurs an­cêtres. »

Pour Em­ma­nuelle Le Na­gard-As­sayag, pro­fes­seure de mar­ke­ting à l’Es­sec et di­rec­trice de re­cherche à l’uni­ver­si­té de Pa­ris-Dau­phine, « les cas d’ob­so­les­cence pro­gram­mée sont rares, car il s’agit d’une stra­té­gie dan­ge­reuse pour les marques. Cette pra­tique risque, en ef­fet, de dé­tour­ner leurs clients vers la concur­rence et de por­ter at­teinte à leur image : elle n’est plus ac­cep­table aux yeux des consom­ma­teurs. Ce qui existe, en re­vanche, et est contes­table, c’est no­tam­ment l’im­pos­si­bi­li­té de ré­pa­rer un pro­duit. » Sur ce point, les fa­bri­cants sont loin d’être exem­plaires, par­ti­cu­liè­re­ment dans la high-tech (voir ci-après).

Dans ce sec­teur, d’autres phé­no­mènes, comme les ef­fets de mode (de­si­gn), ex­pliquent que les ap­pa­reils soient rem­pla­cés alors même qu’ils fonc­tionnent. Se­lon le ba­ro­mètre du groupe Fnac Dar­ty, créé ré­cem­ment (sur La­bo.fnac.com), 42% des smart­phones re­nou­ve­lés sont concer­nés. Il se­rait plus juste, alors, sou­lignent cer­tains ex­perts, de par­ler plu­tôt d’ob­so­les­cence tout court, c’est-à-dire de dé­pré­cia­tion d’un pro­duit avant son usure ma­té­rielle. La ré­gle­men­ta­tion peut être elle aus­si une source d’ob­so­les­cence : la prise en compte des en­jeux en­vi­ron­ne­men­taux, no­tam­ment dans l’au­to­mo­bile avec le ma­lus éco­lo­gique, pousse à rem­pla­cer des biens

en­core uti­li­sables par d’autres, plus « verts ». Qui est alors res­pon­sable : le consom­ma­teur et son ap­pé­tence pour les nou­veau­tés ? Les fa­bri­cants et leur sup­po­sée « ma­ni­pu­la­tion mar­ke­ting » ? L’évo­lu­tion des pré­oc­cu­pa­tions dans la so­cié­té ?

La du­rée de vie des pro­duits a di­mi­nué par rap­port à ceux d’au­tre­fois

FAUX

Au­pa­ra­vant, les ap­pa­reils étaient-ils conçus pour fonc­tion­ner plus long­temps ? Oui, ré­pondent les consom­ma­teurs chaque fois qu’on les in­ter­roge. « Dé­jà en 1979, les mé­nages ques­tion­nés trou­vaient que les pro­duits de l’époque ne du­raient pas au­tant qu’avant », re­lève Ca­mille Beur­de­ley, dé­lé­guée gé­né­rale du Gi­fam, la fé­dé­ra­tion des fa­bri­cants d’élec­tro­mé­na­ger. Pour­tant, rien ne per­met d’af­fir­mer que, glo­ba­le­ment, les pro­duits d’au­jourd’hui sont moins ré­sis­tants. Dans un avis d’avril 2016, l’Agence de l’en­vi­ron­ne­ment et de la maî­trise de l’éner­gie (Ademe) no­tait, par exemple, que la du­rée de vie du gros élec­tro­mé­na­ger à cette date était qua­si­ment iden­tique à celle d’il y a trente ans, soit de dix à onze ans. Celle des té­lé­vi­seurs était de treize ans.

En fait, la prin­ci­pale ex­pli­ca­tion au sen­ti­ment de dé­gra­da­tion de la du­ra­bi­li­té des équi­pe­ments tient, se­lon l’Ademe, à l’« asy­mé­trie d’in­for­ma­tion entre l’ache­teur et le ven­deur » : le pre­mier ne peut faire la dif­fé­rence entre un pro­duit qui

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.