Res­to-squat­teur

— Un res­tau­rant d’un genre nou­veau a ré­cem­ment vu le jour dans un lo­cal aban­don­né si­tué aux portes de Pa­ris. Pi­lo­té par Alad­din Char­ni, le Free­gan Po­ny dit non au gas­pillage et oui au par­tage. Ex­pli­ca­tions. —

Milk Decoration - - Cahier Évasion - TEXTE : JU­LIE BOU­CHE­RAT – PHO­TOS : HER­VÉ LASSÏNCE

Alad­din Char­ni est ce que l’on pour­rait ap­pe­ler un squat­teur pro­fes­sion­nel. Dès son ar­ri­vée à Pa­ris il y a qua­torze ans, ce lyon­nais d’ori­gine in­tègre un col­lec­tif de squat­teurs mi­li­tant contre le mal-lo­ge­ment dans la ca­pi­tale. Ra­pi­de­ment, il ouvre son propre squat rue d’En­ghien, dans le 10e ar­ron­dis­se­ment, avec pour vo­ca­tion de me­ner une ac­tion à son ni­veau : “J’es­saie d’amé­lio­rer les choses à mon échelle, en par­tant du bas. Je ne squatte pas un lieu égoïs­te­ment, sim­ple­ment pour ne pas payer de loyer. Mon but est de faire vivre chaque lieu, de l’ou­vrir sur l’extérieur pour qu’il puisse pro­fi­ter aux habitants du quar­tier.” C’est ain­si qu’Alad­din imagine un pre­mier évé­ne­ment, un pas de géant dans le pe­tit monde de l’al­ter­na­tif. “C’était un mo­ment ma­gique. Dans un bâ­ti­ment de six étages, j’avais ima­gi­né six am­biances dif­fé­rentes, avec des DJs, des ex­po­si­tions, des dé­fi­lés de jeunes créa­teurs... Une grande pre­mière à l’époque. À 23 heures, il y avait dé­jà 2 500 per­sonnes ! La po­lice a fi­ni par ar­ri­ver et mettre tout le monde de­hors sans rai­son, mais cette pre­mière était mé­mo­rable, elle re­flé­tait une vé­ri­table en­vie chez les pa­ri­siens.” Tou­jours en quête de so­lu­tions nou­velles, Alad­din vient d’ima­gi­ner un res­tau­rant, le Free­gan Po­ny, ba­sé sur le mou­ve­ment free­gan – ins­pi­ré du tra­di­tion­nel gla­nage agri­cole – dont il est per­son­nel­le­ment adepte. Son fon­de­ment ? Se nour­rir ex­clu­si­ve­ment d’ali­ments voués à la des­truc­tion. Il nous ra­conte : “Les chiffres sont aber­rants. Entre le mo­ment où elles sont pro­duites et le mo­ment où elles ar­rivent sur les étals des su­per­mar­chés, 30 % des den­rées ali­men­taires sont je­tées, sim­ple­ment parce qu’elles ne sont pas bien ca­li­brées, parce qu’elles sont moches, ou à cause de la sur­pro­duc­tion.” Le Free­gan Po­ny ap­pa­raît donc comme une ré­ponse po­si­tive à ce gas­pillage. Dans un lo­cal squat­té ap­par­te­nant à la ville si­tué Porte de la Villette, Alad­din et son équipe pro­posent quatre soirs par se­maine un me­nu à prix libre, réa­li­sé par des chefs à par­tir d’in­ven­dus ré­cu­pé­rés au­près de ma­raî­chers de Run­gis et des su­per­mar­chés Bio c’ Bon ou Bien l’Épi­ce­rie. Confor­ta­ble­ment ins­tal­lé au­tour de grandes tables de bois convi­viales ou lo­vé dans un vieux fau­teuil club en cuir, lu­mières ta­mi­sées et mu­sique live, on y dé­guste une cui­sine saine et créa­tive. Un dî­ner comme à la mai­son, où Alad­din passe à chaque table, prend le temps de dis­cu­ter et d’ex­pli­quer son concept. Un lieu de par­tage, d’hu­ma­nisme et d’en­traide sa­lué par la Mai­rie de Pa­ris, qui s’ap­prê­te­rait à si­gner un bail d’oc­cu­pa­tion du lieu. Af­faire à suivre...

— Free­gan Po­ny, place Au­guste Ba­ron, 75019 Pa­ris, ou­vert du ven­dre­di soir au lun­di soir. Sur ré­ser­va­tion uni­que­ment, via la page Fa­ce­book.

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