MATHIEU LE­HAN­NEUR De­si­gner

À la fron­tière du de­si­gn, des sciences, de l’art et de la tech­no­lo­gie, le de­si­gner Mathieu Le­han­neur in­nove avec des ob­jets et des ar­chi­tec­tures créés pour le mieux-être de ses uti­li­sa­teurs. Ses créa­tions ont rem­por­té de nom­breux prix et fi­gurent no­tam­men

Milk Decoration - - Inspiration | Itw 3.0 - — ma­thieu­le­han­neur.fr

Êtes-vous un de­si­gner qui met un point d’hon­neur à créer pour son temps ?

Oui, je veux avant tout tra­vailler pour le monde d’au­jourd’hui. Je suis tou­jours trou­blé de voir à quel point on consomme de la nos­tal­gie, encore plus dans mon mé­tier de de­si­gner. C’est comme si on avait vou­lu fi­ger une sorte d’âge d’or, qu’on pour­rait si­tuer au mo­ment des Trente glo­rieuses. Pour moi, ce mé­tier n’a de sens que pour l’au­jourd’hui. La com­plexi­té, c’est d’agir ici et main­te­nant avec les le­viers, les ou­tils que l’on a à dis­po­si­tion.

Com­ment uti­li­sez-vous les nou­velles tech­no­lo­gies ?

Je ré­flé­chis à ce que je veux pro­duire et, en­suite, je vais uti­li­ser les tech­niques pour ser­vir cet objet. C’est se­lon moi la meilleure fa­çon de ne ja­mais perdre de vue ce que je re­cherche. Je suis au ser­vice de mes contem­po­rains, ici et main­te­nant, pas au ser­vice d’une tech­no­lo­gie.

L’éco­lo­gie, le dé­ve­lop­pe­ment du­rable sont-ils des su­jets qui vous in­té­ressent ?

J’ai com­men­cé à m’y in­té­res­ser non pas dans une lo­gique de dé­ve­lop­pe­ment du­rable mais plu­tôt en me po­sant la ques­tion des êtres hu­mains. Com­ment op­ti­mi­ser les ob­jets et ou­tils à dis­po­si­tion pour amé­lio­rer ma re­la­tion à l’en­vi­ron­ne­ment ? Pour moi, ça passe par le corps. Avec mon pro­jet “An­drea”, par exemple, l’idée était de pu­ri­fier l’air avec des plantes, non pas pour sau­ver la pla­nète qui se sau­ve­ra toute seule, mais plu­tôt pour sau­ver nos or­ga­nismes fra­giles, me­na­cés par la pol­lu­tion in­té­rieure. Je m’in­té­resse à l’hu­main, à son en­vi­ron­ne­ment im­mé­diat. La ré­ponse va être di­rec­te­ment liée à une pro­blé­ma­tique de dé­ve­lop­pe­ment du­rable mais ce n’est fi­na­le­ment pas le point de dé­part. Pour mon autre pro­jet, “Clo­ver”, l’idée était de ré­flé­chir à des éclai­rages ur­bains avec une pro­blé­ma­tique d’économie d’éner­gie. Des pan­neaux pho­to­vol­taïques ali­mentent en éner­gie so­laire les can­dé­labres, mais, au-de­là de ça, on a tra­vaillé sur un sys­tème de bois sculp­té per­met­tant d’uti­li­ser les fi­lières bois des dif­fé­rentes com­munes, à des coûts dé­fiant toute concur­rence. En gar­dant un as­pect ar­ti­sa­nal – en réa­li­té complètement in­dus­triel –, on maî­trise le ren­du fi­nal tout en per­dant le contrôle sur les es­sences de bois lo­cales uti­li­sées. C’est une fa­çon de construire un éco­sys­tème res­pec­tueux et à la fois de pro­po­ser un objet qui rende ser­vice à l’uti­li­sa­teur. Ce lam­pa­daire offre des as­sises, des prises pour re­char­ger son té­lé­phone, on peut y connec­ter des haut-par­leurs… C’est un sys­tème mo­du­lable et flexible sur me­sure pour chaque ré­gion, chaque rue, en fonc­tion de ses be­soins.

Si vous aviez un su­per pou­voir, ce se­rait quoi ?

Hon­nê­te­ment, je crois qu’on a dé­jà un su­per pou­voir dans ce mé­tier. Je ne rêve pas d’un autre ! Être dans son bu­reau et re­ce­voir des gens qui vous disent : “Bon­jour, vous pour­riez me dire ce que je dois faire pour que mon fu­tur soit plus beau…” Si ce n’est pas un su­per pou­voir, ça ! (rires)

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