LAURELINE GALLIOT De­si­gner, peintre

À la fois de­si­gner et peintre nu­mé­rique, Laureline Galliot ré­in­vente sa pratique du de­si­gn in­dus­triel en ima­gi­nant des pro­ces­sus créa­tifs sen­sibles. Cette spé­cia­liste de la cou­leur a no­tam­ment créé une col­lec­tion d’ob­jets im­pri­més en 3D avec la­quelle elle

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Se­lon vous, qu’est-ce que la mo­der­ni­té dans le do­maine de la créa­tion ?

Mal­gré ce que le dic­tion­naire dit : “s’an­crer dans

son époque”, je crois que, par mo­derne, j’en­tends être atem­po­relle. D’ailleurs, quand une pro­duc­tion est mo­derne, elle le reste et ne prend pas une ride, non ? Quand je pense à des créa­teurs ré­so­lu­ment mo­dernes, ils sont is­sus d’époques très dif­fé­rentes et, pour­tant, leur tra­vail est tou­jours aus­si ac­tuel car il touche à une es­sence qui ne souffre pas du temps qui passe, leurs créa­tions s’im­posent comme des évi­dences. D’après ce que j’en com­prends, ce sont des gens ron­gés par la vo­lon­té de s’amé­lio­rer. C’est en ce­la qu’ils cherchent, re­mettent en ques­tion, contestent, doutent, re­dé­fi­nissent et re­nou­vellent, bien sûr. Ceci leur coûte bien sou­vent d’être peu ap­pré­ciés à leurs dé­buts… Flir­ter avec la mo­der­ni­té, c’est aus­si ac­cep­ter d’être un vi­lain pe­tit ca­nard !

Vous dé­fi­nis­sez-vous comme une mo­derne ?

Par rap­port à la dé­fi­ni­tion que je viens de don­ner, je suis ef­fec­ti­ve­ment ani­mée par la vo­lon­té d’amé­lio­rer, de per­fec­tion­ner les choses. Mais ce n’est pas parce que j’uti­lise un iPad pour des­si­ner et des im­pri­mantes 3D pour pro­duire une grande par­tie de mes ob­jets que je suis mo­derne pour au­tant. Ce sont plu­tôt les questions qu’on sou­lève, les idées qu’on cris­tal­lise dans nos créa­tions, ce qu’elles ra­content, les sa­voir-faire qu’on fait s’hy­bri­der, la na­ture des émo­tions qu’on fait naître, qui font que notre tra­vail est évident et tra­verse le temps…

Vos créa­tions évo­luent-elles au gré des avan­cées tech­niques et tech­no­lo­giques ?

Il me semble que les tech­niques émer­gentes, tout comme les tech­niques an­ces­trales font évo­luer mes créa­tions. C’est comme une pol­li­ni­sa­tion, je suis le fruit de tout ce que j’écoute, lis, mange, vois, re­garde, sens, com­prends, donc, si je croise une vieille tech­nique ou une nou­velle tech­no­lo­gie, plus je la trouve per­ti­nente, plus elle va co­lo­ni­ser mes idées et s’im­po­ser dans mon tra­vail. Ce­la a été le cas de l’iPad, avec le­quel j’ai pu ex­pé­ri­men­ter la sen­sa­tion de peindre di­rec­te­ment au doigt sur l’écran, sorte de re­nou­vel­le­ment d’une pul­sion ar­chaïque. Dans ce cas, ce n’est pas de la pein­ture mais de la lu­mière qu’il est pos­sible de tra­vailler, c’est une ac­tion qui re­gorge de sen­sua­li­té. Elle me per­met de re­trou­ver une spon­ta­néi­té et de re­nouer avec une pul­sion fon­da­men­tale. La tech­no­lo­gie s’ef­face pour por­ter un moyen d’ex­pres­sion uni­ver­sel re­nou­ve­lé.

Si vous de­viez in­ven­ter un ou­til du fu­tur, ce se­rait quoi ?

Un lo­gi­ciel de mo­dé­li­sa­tion 3D pour le de­si­gn d’objet, dif­fé­rent de ceux de concep­tion classique pous­sant à la ri­gueur et pen­sés pour ré­pondre aux contraintes in­dus­trielles. Au­jourd’hui, on as­siste à une re­mise en ques­tion de l’in­dus­trie, no­tam­ment avec l’im­pres­sion 3D qui re­met l’or­ne­ment au goût du jour et nous sort de nos chères formes géo­mé­triques mo­no­chromes asep­ti­sées. L’or­ne­ment per­met de ré­in­jec­ter un peu de di­ver­si­té, d’iden­ti­té, de culture, d’ima­gi­naire col­lec­tif, d’émo­tion…

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