Louise Bourgeois.

— Le mu­sée Loui­sia­na au Da­ne­mark consacre une ex­po­si­tion aux Cel­lules de Louise Bourgeois. Ces chambres ma­giques, lieux de mé­moire, nous font en­trer d’em­blée dans l’uni­vers com­plexe de cette ar­tiste cha­ris­ma­tique. Vi­sites dans le monde du sou­ve­nir et de l

Milk Decoration - - Inspiration | Arts & Craft - TEXTE : CA­ROLE DA­PREY

Après une car­rière fé­conde, c’est à l’âge de 71 ans que Louise Bourgeois ac­cède à la no­to­rié­té grâce à la ré­tros­pec­tive qui lui est consa­crée au MoMA en 1962. Celle-ci ré­vèle une fi­gure sin­gu­lière et in­clas­sable, dont l’oeuvre est prin­ci­pa­le­ment ba­sée sur la mé­moire de ses an­nées de jeu­nesse. Entre le trau­ma­tisme d’un père adul­tère et l’ado­ra­tion d’une mère pro­tec­trice qu’elle perd alors qu’elle est ado­les­cente, Louise Bourgeois n’au­ra de cesse d’exor­ci­ser dans son art ses bles­sures d’en­fance.

Exi­lée à l’âge de 26 ans à New York où elle s’ins­talle en 1938 après son ma­riage avec l’his­to­rien d’art Ro­bert Gold­wa­ter, Louise Bourgeois com­mence sa car­rière peu après. Elle s’in­té­resse à de nom­breux mé­diums, tels que le des­sin, la gra­vure, la pein­ture, l’écri­ture, ou encore la sculp­ture, son sup­port de pré­di­lec­tion. Bien que fré­quen­tant les mi­lieux ar­tis­tiques de l’époque, elle reste en de­hors de toute mou­vance. La di­men­sion thé­ra­peu­tique de son art s’im­pose très vite, fai­sant écho aux trente an­nées d’ana­lyse qu’elle en­tame après la mort de son père en 1951. Ex­crois­sances, bulbes, arai­gnées, pou­pées gro­tesques… in­ter­rogent et se lisent au tra­vers de l’his­toire fa­mi­liale de l’ar­tiste, ain­si que des ma­ni­fes­ta­tions de son in­cons­cient.

Ses Cel­lules sont l’une des ex­pres­sions les plus dé­rou­tantes de la charge émo­tion­nelle de son oeuvre. Créées à par­tir des an­nées 1990 et du­rant deux dé­cen­nies, ces ins­tal­la­tions ont pour point com­mun de mettre en scène dans un es­pace clos des ob­jets hé­té­ro­clites, re­liques de son pas­sé mê­lées à des élé­ments de ré­cu­pé­ra­tion. Chaque cel­lule ex­prime le vé­cu de Louise, ses émo­tions, ses an­goisses que le spec­ta­teur tente de per­ce­voir de­puis l’ex­té­rieur, s’adon­nant au “plai­sir du voyeur”, se­lon l’ar­tiste. Op­pres­santes et éton­nantes, certaines coif­fées de la fa­meuse arai­gnée, la mère pro­tec­trice et ré­pa­ra­trice, elles ouvrent de mul­tiples pistes d’in­ter­pré­ta­tion, entre cau­che­mar et dé­li­vrance, piège et re­fuge.

Dans toute son oeuvre et jus­qu’à sa mort en 2010, Louise Bourgeois construit ain­si son ar­chéo­lo­gie du sou­ve­nir, sus­ci­tant une fas­ci­na­tion im­mor­telle.

— Au mu­sée Loui­sia­na, l’ico­nique salle ou­verte sur la na­ture dans la­quelle sont ex­po­sées les gi­gan­tesques sculp­tures d’Al­ber­to Gia­co­met­ti.

← Louise Bourgeois, Cell (The Last Climb), 2008.

Louise Bourgeois dans Ar­ti­cu­la­ted Lair (coll. MoMA, NYC), 1986.

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