Ka­naal -

Avec Ka­naal, le pro­li­fique Axel Vervoordt signe le pro­jet d’une vie. Des oeuvres d’art dans des si­los en bé­ton que sur­plombent des ap­par­te­ments contem­po­rains. Bien­ve­nue en son vil­lage ! —

Milk Decoration - - SOMMAIRE - TEXTE : LAURINE ABRIEU – PHO­TOS : FRE­DE­RIK VER­CRUYSSE

Bien­ve­nue au vil­lage d’Axel Vervoordt.

Col­lec­tion­neur. Mar­chand d’art. Ga­le­riste. An­ti­quaire. Com­mis­saire d’ex­po­si­tion. Pro­mo­teur im­mo­bi­lier. Ar­chi­tecte d’in­té­rieur. Et en­sem­blier peut- être plus en­core que dé­co­ra­teur. Axel Vervoordt est un homme pas­sion­nant. Mul­tiple, donc, mais sur­tout ins­pi­ré et ins­pi­rant.

Père spi­ri­tuel du wa­bi-sa­bi, il a éla­bo­ré de nom­breux concepts – dont cer­tains ont fait école –, no­tam­ment pour les ex­po­si­tions mon­tées au Pa­laz­zo For­tu­ny ces dix der­nières an­nées dans le cadre de la Bien­nale d’art de Ve­nise.

En près de cinq dé­cen­nies, l’homme a bâ­ti un em­pire – dire de styles se­rait vul­gaire – de goûts et d’es­prit plutôt, les bons d’ailleurs, dont toutes les es­sences

semblent avoir été ras­sem­blées au sein d’un seul et même pro­jet, le der­nier en date : Ka­naal.

A ci­ty in the coun­try

À un quart d’heure en voi­ture d’An­vers, sur les berges du ca­nal Al­bert, le pro­jet prend place dans un grand en­semble in­dus­triel construit en 1857, site d’un an­cien com­plexe bras­si­cole, et mal­te­rie à ses heures, fait de briques rouges, de mor­tier et de si­los en bé­ton.L’his­toire de Ka­naal com­mence ici, en 1998, lorsque l’en­tre­prise fa­mi­liale belge dé­bute l’ac­qui­si­tion du site. Au départ, l’idée est d’in­ves­tir les lieux pour sto­cker meubles et oeuvres d’art. Mais, de­vant le po­ten­tiel de l’en­droit et ré­pon­dant à la vo­lon­té de la so­cié­té de se dé­ve­lop­per da­van­tage, le pro­jet prend un tour­nant en 2009-2010. Une di­men­sion nou­velle proche de l’ac­com­plis­se­ment : créer un en­vi­ron­ne­ment à la fois ar­tis­tique, cultu­rel, ré­si­den­tiel et com­mer­cial dans une na­ture abon­dante… “A ci­ty in the coun­try.”

Après une res­tau­ra­tion de plus de dix ans, le pa­ri Ka­naal ac­com­pli prend la forme d’un vil­lage ar­tis­tique et cultu­rel de 55 000 m2, com­pre­nant 98 ap­par­te­ments, 30 es­paces de bu­reaux, quelques com­merces de proxi­mi­té, un res­tau­rant ( bien­tôt !) et un au­di­to­rium. Le lieu intègre éga­le­ment les lo­caux de la Axel Vervoordt Com­pa­ny, leurs ate­liers de res­tau­ra­tion de meubles en bois, plu­sieurs es­paces de sho­wroom, d’autres consa­crés aux ex­po­si­tions, ain­si que des ins­tal­la­tions per­ma­nentes d’ar­tistes de re­nom. Dont une oeuvre mo­nu­men­tale d’Anish Ka­poor au coeur du site et une ins­tal­la­tion de James Tur­rell ni­chée sur la pro­prié­té dans une cha­pelle du XIXe siècle res­tau­rée. Trois agences belges d’ar­chi­tec­ture (Sté­phane Beel, Cous­sée & Go­ris et Bod­gan & Van Broeck) et un pay­sa­giste fran­çais (Mi­chel Des­vigne) ont été mis­sion­nés pour l’oc­ca­sion. Le tout cha­peau­té par Axel Vervoordt et son com­parse l’ar­chi­tecte Tat­su­ro Mi­ki. “Au fond, il n’y avait

Créer un en­vi­ron­ne­ment à la fois ar­tis­tique, cultu­rel, ré­si­den­tiel et com­mer­cial dans une na­ture abon­dante… ”

pas de vé­ri­table ligne di­rec­trice dans ce que nous avons fait, ex­plique ce der­nier. Tout était dé­jà là, nous avons sim­ple­ment es­sayé d’en sou­li­gner la va­leur. Si­non, ça ne vaut pas la peine d’in­ves­tir un lieu an­cien ou aban­don­né car tout l’in­té­rêt est là, pré­ser­ver l’an­cien et le re­mettre en va­leur.” Et à Axel Vervoordt de com­plé­ter : “Nous avons un pro­fond res­pect pour ce qui existe, et pour ce que le temps a fait. Nous avons d’ailleurs ap­pe­lé ça Ar­tem­po ( l’art du temps). Les murs pa­ti­nés, par exemple, nous les res­pec­tons beau­coup, non pré­fé­rons les lais­ser comme des fresques faites par « Mon­sieur le Temps ». Il n’y a que lui qui peut fa­çon­ner ce­la, à tra­vers l’usage, les hommes, l’éner­gie des gens, la vie. Nous pri­vi­lé­gions ce qui est au­then­tique, ce qui contri­bue à la force d’un ob­jet, d’une at­mo­sphère. On ne met pas d’élé­ments dé­co­ra­tifs, tout est très pur. Par­fois, ça semble pauvre mais on l’a choi­si parce que le concept est in­té­res­sant, dans la pro­fon­deur, dans la spi­ri­tua­li­té, ja­mais seu­le­ment dans l’ap­pa­rence. Chez nous, ce sont les va­leurs ca­chées qui priment. Nous abor­dons tous nos pro­jets avec cette at­ti­tude : un pro­fond res­pect pour la na­ture, la beau­té, les pro­por­tions, la vieille connais­sance ; on pense que c’est ce­la, l’ave­nir. Nous avons vé­cu de­puis des an­nées dans une so­cié­té d’ego où l’homme se pense plus fort que tout, croyant pou­voir gé­rer la na­ture, la mon­tagne, l’ar­chi­tec­ture. Nous, c’est le contraire, on veut faire un avec le tout. Et tout ce qu’on a fait ici est le fruit de cette at­ti­tude.”

Le duo signe d’ailleurs les es­paces d’ex­po­si­tion sup­plé­men­taires. 4 000 m2 consa­crés aux évé­ne­ments de la Axel & May Vervoordt Fon­da­tion et de la Axel Vervoordt Gal­le­ry. “Avec Tat­su­ro, nous ai­mons beau­coup faire des choses à la fois contem­po­raines et in­tem­po­relles, ex­plique Axel Vervoordt, avec un as­pect très spi­ri­tuel et sa­cré, alors tous les vo­lumes sont pen­sés se­lon des pro­por­tions sa­crées. Je trouve qu’avec cette ar­chi­tec­ture, on res­sent en­core plus que ce qu’on voit.”

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.