Guy Ba­reff

Milk Decoration - - SOMMAIRE. - TEXTE : LAURINE ABRIEU – PHO­TOS : KAREL BALAS

Ré­de­cou­verte des pièces ar­chi­tec­tu­rales de ce sculp­teur de terre.

C’est l’une des plus belles re­dé­cou­vertes de ces dernières an­nées. Si le sculp­teur avait dé­jà sé­duit son monde dans les an­nées 1970, avec ses créa­tions sculp­tu­rales en ar­gile, il fait au­jourd’hui de nou­veaux adeptes en ré­in­ter­pré­tant l’ex­pres­sion ar­tis­tique de son oeuvre d’alors. —

C’est une phase im­por­tante qui se ter­mine, et une autre qui com­mence. Guy Ba­reff quitte la ré­si­dence d’ar­tistes des Baux-de-Pro­vence où il était ins­tal­lé de­puis cinq ans pour un ate­lier plus grand, plus adap­té à son ac­ti­vi­té créa­tive pro­li­fique d’au­jourd’hui. L’his­toire est sin­gu­lière. L’homme pas­sion­nant. Si Guy Ba­reff a eu plu­sieurs vies, il avoue que c’est dans celle qu’il mène main­te­nant qu’il s’épa­nouit plei­ne­ment. Je te­nais, sym­bo­li­que­ment, à inau­gu­rer mon nou­vel ate­lier au mois de mai, confie-t- il, car le genre de créa­tions que je fais au­jourd’hui, ce tra­vail de pièces ar­chi­tec­tu­rales, je l’ai com­men­cé en mai 1968 avec une pre­mière ex­po­si­tion à Mar­seille. Ce­la fait cin­quante ans.” En­fant, Guy Ba­reff vou­lait être ar­chi­tecte, et des­si­nait des mai­sons en guise de passe-temps. Son père, cé­ra­miste, en dé­cide au­tre­ment, lui fai­sant quit­ter l’école pour qu’il le re­joigne dans son ac­ti­vi­té. Si le pro­jet ne l’em­balle pas vrai­ment, le jeune Guy va im­mé­dia­te­ment être sé­duit par le tour et le contact avec la ma­tière. Il y a un cô­té magique à fa­çon­ner une forme à par­tir d’une boule de terre, ça m’a beau­coup plu, et don­né un sens tac­tile qui me sert en­core au­jourd’hui. Et puis je conti­nuais d’es­quis­ser des choses, pour mon simple plai­sir, sans me rendre compte que je des­si­nais ce qui al­lait être ma vie d’après.”

L’ar­chi­tec­ture de la vie

Un jour, il fa­brique une pièce, pas en terre, mais en plâtre, d’après une photo de co­quillage. “J’ai­mais les co­quillages, confie-t-il, parce que c’est une sorte d’ar­chi­tec­ture, avec un ani­mal qui vit à l’in­té­rieur, comme une mai­son. J’ai vu la photo d’un co­quillage en mé­lisse avec des pointes. Prise par-des­sus, ça fai­sait comme un soleil, on au­rait dit qu’il y avait de la lu­mière qui sor­tait de ce co­quillage et ça ma don­né l’idée de fa­bri­quer une pièce. Je l’ai mise au mur et ce­la a été la ré­vé­la­tion.” Ad­mi­ra­tion, louanges, en­cou­ra­ge­ments. Pre­mières créa­tions, ex­po­si­tions, sa­lons. Et le suc­cès. Dans les an­nées 1970, Ba­reff ex­pose dans des ga­le­ries, réa­lise des com­mandes in­ter­na­tio­nales pour des hô­tels de luxe, mais éga­le­ment pour des vil­las pri­vées… Ses créa­tions ul­tras­culp­tu­rales en grès in­tègrent un éclai­rage sans que l’on en voie la source. L’ob­jet pro­duit une lu­mière dif­fuse, tout en étant lui-même éclai­ré. Mer­veille. “J’ai fait des sculp­tures avec de la lu­mière grâce à mon goût pour l’ar­chi­tec­ture. Pour moi, ces pièces de­vaient créer du mystère, une am­biance in­time, car ce qu’il y a à l’in­té­rieur d’une ar­chi­tec­ture, c’est l’in­ti­mi­té.” Et puis, la vie. Pen­dant des an­nées, le sculp­teur s’adonne à d’autres ac­ti­vi­tés – pein­ture, mu­sique, théâtre, écri­ture, yo­ga. Et, il y a une di­zaine, l’his­toire re­prend. Lorsque Hé­lène Bré­hé­ret et

Ses oeuvres sont de vé­ri­tables mi­croar­chi­tec­tures. Dans leur ins­pi­ra­tion, mais aus­si dans leur réa­li­sa­tion.

Ben­ja­min De­prez, ga­le­ristes spé­cia­li­sés dans les an­nées 1950-1960, achètent une lampe en terre cuite rouge dont ils ne connaissent pas l’ori­gine. Il leur fau­dra des mois pour re­mon­ter jus­qu’à Guy et quelques autres en­core pour que le sculp­teur se re­lance dans la créa­tion de ses pièces sculp­tu­rales en ar­gile. C’était il y a cinq ans.

Ar­chi­brut

“Tech­ni­que­ment, le bis­cuit, c’est quand on cuit de la terre, ex­plique Guy. J’ai tou­jours tra­vaillé comme ce­la, car j’aime la ma­tière brute. Le ren­du avec la lu­mière est doux, ma­gni­fique. On di­rait presque que mes pièces sont faites en pierre.” Ses oeuvres sont de vé­ri­tables mi­croar­chi­tec­tures. Dans leur ins­pi­ra­tion, mais aus­si dans leur réa­li­sa­tion. “Chaque pièce est des­si­née à l’échelle, ce tra­vail d’es­quisse me sert de ré­fé­rence per­ma­nente. D’abord parce que c’est comme ça que je fonc­tionne, et puis, pour la fa­bri­ca­tion elle-même, il faut que ce­la soit des­si­né gran­deur na­ture pour la mise en vo­lume. Je fais un des­sin comme un ar­chi­tecte, en plan et en élé­va­tion, et quelque fois je réa­lise même une maquette, en plâtre ou en terre, quand c’est un peu com­plexe, pour confir­mer.” Et puis, place au mo­de­lage. Guy étale ses plaques de terre, qu’il laisse raf­fer­mir pour pou­voir les ma­ni­pu­ler, à l’aide des ga­ba­rits qu’il a des­si­nés gran­deur na­ture. Il les taille, puis les as­semble entre elles, les mo­dèle, uti­lise des moules, fait les ar­ron­dis, les liens. Quand il tra­vaille ses pièces, c’est comme s’il mon­tait une mai­son. “La gran­deur na­ture m’a ai­dé à sa­voir où j’al­lais, à voir ce que je ne vou­lais pas et quelle était la dif­fé­rence avec mes réa­li­sa­tions des an­nées 1970-1980. Et, ce qui m’est ap­pa­ru, c’est que je vou­lais des formes beau­coup plus des­si­nées dans le dé­tail, et que, pour ce­la, je de­vais fi­nir les pièces au pa­pier de verre. Ce­la a re­pré­sen­té un grand chan­ge­ment. Comme l’em­ploi de la terre claire.” D’une grande sim­pli­ci­té en ap­pa­rence, ses oeuvres sont le fruit d’un tra­vail épous­tou­flant de maî­trise quand on connaît les aléas de la terre, de la cuis­son…

Pièces uniques, to­tems, oeuvres lu­mi­neuses… Ba­reff ima­gine au­jourd’hui ses oeuvres à tra­vers des pe­tites sé­ries nu­mé­ro­tées de 1 à 10 mo­dèles, ven­dues ex­clu­si­ve­ment à la ga­le­rie Des­prezB­ré­hé­ret.

—Guy Ba­reff dans son ate­lier des Baux-de-Pro­vence.

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