Piet Hein Eek × Ikea

Milk Decoration - - SOMMAIRE. - TEXTE : HORTENSE LELUC

Une col­la­bo­ra­tion qui prône l’ar­ti­sa­nat pour tous.

— Le de­si­gner hol­lan­dais Piet Hein Eek, spé­cia­liste du bois de ré­cup et maître de la pièce unique, signe la nou­velle col­lec­tion “In­dus­triell” d’Ikea, une col­la­bo­ra­tion qui prône l’ar­ti­sa­nat pour tous. —

On se tourne de plus en plus vers le fait-main. “De­puis la ré­vo­lu­tion in­dus­trielle, les pro­duits étaient par­faits, plus que par­faits, ra­conte Piet Hein Eek, sauf que les consom­ma­teurs s’en­nuient, ils veulent autre chose, ce qui ex­plique le grand re­tour de l’ar­ti­sa­nat… même chez Ikea !” Pour leur se­conde col­la­bo­ra­tion, le roi de l’up­cy­cling et le géant sué­dois rendent hom­mage au geste ar­ti­sa­nal à tra­vers une col­lec­tion va­lo­ri­sant l’im­per­fec­tion et l’optimisation des ma­té­riaux. Piet Hein Eek nous ra­conte.

Avez-vous long­temps hé­si­té à col­la­bo­rer avec Ikea dont l’uni­vers semble as­sez op­po­sé au vôtre?

Pas du tout, c’est tout sim­ple­ment l’his­toire de per­sonnes qui ont eu en­vie de tra­vailler en­semble. Le pro­jet était at­trayant : pro­duire des pro­duits ar­ti­sa­naux mais en grande sé­rie, à prix abor­dables, avec des contraintes tech­niques et bu­si­ness que je n’avais ja­mais connues. Je de­vais sor­tir de ma zone de confort… mais Ikea aus­si : ils ont dû bous­cu­ler leurs ha­bi­tudes et ac­cep­ter que leur pro­duit fi­nal conserve des im­per­fec­tions, sans tous les contrôles qua­li­té ha­bi­tuels, ce qui en fait un pro­duit unique.

Comment avez-vous réus­si à com­bi­ner ar­ti­sa­nat et pro­duc­tion in­dus­trielle ?

Je me suis ren­du compte qu’Ikea et moi fai­sions la même chose : des­si­ner des pro­duits pour en­suite les vendre. C’est juste l’échelle et la mé­thode qui sont dif­fé­rentes et c’est d’ailleurs ce­la qui nous a in­té­res­sés. J’ado­re­rais que mes créa­tions soient ac­ces­sibles à tous, mais c’est

dif­fi­cile en ar­ti­sa­nat. Or, ce pro­jet me don­nait l’op­por­tu­ni­té de pro­duire mes pe­tites sé­ries en grande sé­rie ! Je fai­sais un pre­mier tra­vail à la main (des­sins, moules…), et ce sont ces pro­to­types ar­ti­sa­naux qui ont en­suite été pro­duits avec les tech­niques in­dus­trielles.

Quel fut le vrai chal­lenge dans ce pro­jet ?

Il y en a eu plu­sieurs, et c’est ce que nous avons ai­mé ! Bi­zar­re­ment, nous étions heu­reux de ren­con­trer des contraintes : nous al­lions ap­prendre, com­prendre et ré­soudre des pro­blèmes aux­quels nous n’avions ja­mais été confron­tés. Le chal­lenge le plus im­por­tant concerne les im­per­fec­tions, les ir­ré­gu­la­ri­tés sur les pro­duits. Nous les re­cher­chions, mais il était dif­fi­cile de convaincre les fa­bri­cants d’Ikea que ce n’était pas des er­reurs, mais l’ADN de la col­lec­tion. Le client de­vra éga­le­ment com­prendre que son pro­duit ha­bi­tuel­le­ment par­fait n’a pas un dé­faut, mais que c’est une pièce unique.

Quelle est votre anec­dote pré­fé­rée dans cette col­la­bo­ra­tion ?

Ma plus grande ré­com­pense fut le jour où j’ai pré­sen­té les éta­gères de la col­lec­tion : les mo­dèles étaient réa­li­sés à par­tir des chutes de bois de la réa­li­sa­tion pré­cé­dente, ce qui per­met­tait de ne pas gas­piller. J’ap­pré­hen­dais la ré­ac­tion d’Ikea mais ils ont ado­ré l’idée car le dé­ve­lop­pe­ment du­rable est éga­le­ment très im­por­tant pour eux, dans leur fa­çon de tra­vailler au quo­ti­dien et avec leurs four­nis­seurs. J’étais très heu­reux qu’une telle en­tre­prise soit sen­sible à cette cause.

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