The Lost Laut­ner

Quand la créa­trice de mode ca­li­for­nienne Tri­na Turk dé­couvre ce bun­ga­low mo­der­niste per­ché sur les hau­teurs d’Echo Park, à Los An­geles, la mai­son est qua­si mé­con­nais­sable sous des strates de vie do­mes­tique. Après deux ans de tra­vaux, la de­meure per­due sig

Milk Decoration - - SOMMAIRE. - TEXTE : JE­RE­MY CALLAGHAN – ADAP­TA­TION : ELISE PARR - PHO­TOS : GAËLLE LE BOULICAUT

Sur les hau­teurs de Los An­geles, le bun­ga­low mo­der­niste de la créa­trice Tri­na Turk, si­gné par l’ar­chi­tecte amé­ri­cain John Laut­ner.

“John Laut­ner in­carne l’es­prit an­ti­con­for­miste de la Ca­li­for­nie, où les gens sont ou­verts d’es­prit. C’était un vi­sion­naire.”

Tri­na Turk et son ma­ri Jo­na­than Skow aiment le chal­lenge. Le couple, à l’ori­gine passionné de la culture ro­cka­billy des an­nées 1980, pas­sait son temps à écu­mer les mar­chés aux puces de Los An­geles à la re­cherche de trou­vailles hors du com­mun. Ha­bi­tués à fouiller, dé­ni­cher, puis négocier, une pe­tite ba­taille im­mo­bi­lière ne leur fai­sait pas peur. Sur­tout que le bu­tin était de taille : un bun­ga­low mo­der­niste si­gné de l’ar­chi­tecte John Laut­ner, le même qui a des­si­né la my­thique ré­si­dence Sheats-Gold­stein. Com­plè­te­ment ou­blié et qua­si mé­con­nais­sable, noyé sous des an­nées de vie do­mes­tique, le bun­ga­low at­tire tout de

même l’at­ten­tion de la jet-set ca­li­for­nienne (Flea, le bas­siste des Red Hot Chi­li Pep­pers, au­rait même fait une offre), mais c’est fi­na­le­ment Tri­na et Jo­na­than qui ac­quièrent le bien.

“La Ca­li­for­nie a tou­jours été un en­droit très pro­gres­siste”, ex­plique Tri­na quand on lui de­mande ce qui, se­lon elle, fait

la spé­ci­fi­ci­té de l’ar­chi­tecte. “John Laut­ner in­carne l’es­prit an­ti­con­for­miste de la Ca­li­for­nie. Il a construit beau­coup de bâ­ti­ments sur la côte Ouest, je pense que c’est sur­tout parce que les gens sont ou­verts d’es­prit, ici, et qu’il est tom­bé sur des clients qui le lais­saient faire ce qu’il vou­lait. C’était un vi­sion­naire.” Construite en 1947, la mai­son avait ac­cueilli trois gé­né­ra­tions de la même fa­mille, chaque oc­cu­pant ajou­tant sa touche per­son­nelle et re­cou­vrant peu à peu les lignes ori­gi­nales de la construc­tion. Soixante ans de dé­gâts des eaux, de fon­da­tions prêtes à cé­der et un mur por­teur bran­lant me­na­çait de faire tom­ber la bâ­tisse dans le ca­nyon qu’elle sur­plombe. Tout ça n’a pas em­pê­ché le couple de tom­ber amou­reux dès la pre­mière vi­site de “The Lost Laut­ner”, comme la dé­cri­vait l’agent im­mo­bi­lier, dé­cou­verte du­rant la cé­lèbre gol­den

hour de Los An­geles.

La ré­no­va­tion a pris deux ans. Le couple a en­ga­gé l’ar­chi­tecte et dé­co­ra­trice ca­li­for­nienne Bar­ba­ra Bes­tor,

fi­gure connue à Los An­geles qui a si­gné la bou­tique Nas­ty Gal et le cof­fee shop In­tel­li­gent­sia, afin de res­tau­rer ce qui était avant tout un pe­tit bun­ga­low aban­don­né, per­ché sur une col­line avec vue sur la val­lée. Bar­ba­ra est pro­fon­dé­ment at­ta­chée à la conser­va­tion des vieux bâ­ti­ments : “Une de ses règles, quand elle tra­vaille sur une restauration, c’est qu’elle veut qu’il y ait une dé­mar­ca­tion claire entre ce qui est

neuf et ce qui est an­cien”, ra­conte Tri­na. Bar­ba­ra a ima­gi­né un mur por­teur en bé­ton re­cou­vert de bois et a créé un jar­din sur la ter­rasse à l’ar­rière de la mai­son. La plom­be­rie a été en­tiè­re­ment re­faite, la mai­son a été do­tée d’air condi­tion­né et de pan­neaux so­laires. Une fois leur de­meure re­con­di­tion­née, le couple a en­fin pu y dis­po­ser toutes ses trou­vailles vin­tage amas­sées de­puis des an­nées dans un en­tre­pôt : une table basse Ri­chard Neu­tra, des ta­pis rap­por­tés de Tan­ger, une table de salle à man­ger chi­née à Paris vingt- cinq ans au­pa­ra­vant. Le tout donne un joyeux mé­lange bo­hème et co­sy. “Cet en­droit in­carne vé­ri­ta­ble­ment l’es­prit ca­li­for­nien”, es­timent ses

heu­reux pro­prié­taires.

↖ La cui­si­nière d’ori­gine a été to­ta­le­ment res­tau­rée.Le mo­bi­lier de la salle à man­ger, chi­né à Paris, a trou­vé sa place dans le bun­ga­low. Ta­pis ache­té à Tan­ger.← Au mur du sa­lon, im­pres­sion sur soie de Jack Le­nor Lar­sen. À droite, sculp­ture en mé­tal de Paul Evans.

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