Des formes nouvelles et au­da­cieuses, par­fois im­pro­bables, sug­gé­rant une grande élé­gance.

Milk Decoration - - ÉVASION ARCHI -

Il existe peu d’in­for­ma­tions sur la vie de Mar­tin Eis­ler. Il est pour­tant consi­dé­ré comme l’un des concep­teurs de mo­bi­lier les plus mar­quants du xxe siècle en Amé­rique du Sud. La cote de ce gé­nial de­si­gner, dont la car­rière s’étend des an­nées 1940 à 1970, est au plus haut au­près des col­lec­tion­neurs d’au­jourd’hui et ses pièces sont pré­sentes dans les plus im­por­tantes ga­le­ries d’Eu­rope et des ÉtatsUnis ( Ni­lu­far Ga­le­rie, Side Gal­le­ry Bar­ce­lo­na, Alexandre Guille­main). Né à Vienne, en Au­triche, dans une fa­mille bour­geoise, Mar­tin Eis­ler, jeune di­plô­mé en ar­chi­tec­ture, avait la si­tua­tion idéale pour se cou­ler gen­ti­ment dans le moule de la belle vie de l’époque. Et ce­la au­rait pu être le cas, s’il n’avait été obli­gé de quit­ter son pays dès le dé­but de la Se­conde Guerre mon­diale. ll s’exile alors en Ar­gen­tine, terre d’ac­cueil par ex­cel­lence à cette pé­riode. Dès son ar­ri­vée, il se fait na­tu­ra­li­ser et com­mence à tra­vailler comme ar­chi­tecte, scé­no­graphe et de­si­gner. Il s’im­pose ra­pi­de­ment comme un des maîtres du de­si­gn. Après avoir ren­con­tré Car­lo Heu­ner et Er­nes­to Wolf au Brésil, il s’y rend fré­quem­ment pour col­la­bo­rer en tant que de­si­gner, et les trois hommes s’as­so­cient au sein de la so­cié­té For­ma pour vendre leurs propres créa­tions, ain­si que des pièces édi­tées par Knoll International. C’est le mo­ment de la construc­tion de Bra­si­lia, donc une pé­riode à forte crois­sance dans le pays, qui fa­vo­rise le suc­cès de la marque. Avec ses par­te­naires Ar­nold Ha­kel et Su­si Ac­zel, Eis­ler fonde alors, au dé­but des an­nées 1960, à Bue­nos Aires, In­te­rieur For­ma, un ca­bi­net d’ar­chi­tec­ture, de dé­co­ra­tion d’in­té­rieur et de de­si­gn in­dus­triel.

Les pièces de mo­bi­lier de Mar­tin Eis­ler consti­tuent les étapes es­sen­tielles d’une re­cherche tour­née vers la mo­bi­li­té, l’er­go­no­mie, adap­tée aux temps nou­veaux, avec, pour ré­fé­rence, l’école du Bau­haus de sa formation. Les pro­jets se mul­ti­plient, du mo­bi­lier en pas­sant par le tex­tile, mais il signe aus­si deux pro­jets d’ar­chi­tec­ture,

sa propre mai­son dans le quar­tier de Bel­gra­no à Bue­nos Aires, et cette mai­son de va­cances à Mi­ra­mar, une lo­ca­li­té sur la côte At­lan­tique qu’il a réa­li­sée sur com­mande en 1959 pour un couple d’amis ori­gi­naires, eux aus­si, de Prague. Un bi­jou res­té dans son jus, avec le mo­bi­lier et le tex­tile d’ori­gine. Ici, Eis­ler a tra­vaillé sans conces­sion et s’est ex­pri­mé sans re­te­nue.

Il a ap­por­té dans le do­maine de l’ar­chi­tec­ture le même sou­ci de fonc­tion­na­lisme et d’es­thé­tique que dans la concep­tion de mo­bi­lier. Dans un contraste vou­lu, il ma­rie ma­tières et cou­leurs de fa­çon tou­jours sur­pre­nante. Ses formes nouvelles et au­da­cieuses, par­fois im­pro­bables, sug­gèrent une im­pres­sion de grande élé­gance, dont le cre­do pour­rait être fi­na­le­ment cet in­ces­sant par­ti pris de mo­der­ni­té. Au pre­mier abord, nous sommes sur­pris par la so­lu­tion d’ar­chi­tec­ture de la mai­son de Mi­ra­mar. Sa fa­çade tout en lon­gueur concentre tout l’in­té­rêt sur le li­ving-room. Avec une double orien­ta­tion, son aménagement a été com­plé­té par des portes cou­lis­santes de verre qui vont du toit au sol et qui donnent une im­pres­sion de trans­pa­rence. L’ar­rière de la mai­son re­groupe toutes les autres pièces, dont trois chambres avec leurs salles de bains res­pec­tives, d’une mo­der­ni­té sur­pre­nante et pour­vues de tout l’équi­pe­ment né­ces­saire, dont une bai­gnoire au ni­veau du sol. Les meubles de la mai­son font écho aux vo­lumes de l’ar­chi­tec­ture. Les ma­tières vont du bois à l’acier en pas­sant par le ro­tin et le tis­su. Ce qui re­tient sur­tout, et sé­duit, c’est le choix des cou­leurs vives, gaies, for­te­ment contras­tées. C’est l’image d’une vie ou­verte, nou­velle.

Bref, les créa­tions de Mar­tin Eis­ler sont une com­bi­nai­son de formes élé­gantes et ac­ces­sibles. En ce­la, elles re­pré­sentent par­fai­te­ment le nou­vel idéal nais­sant en Amé­rique du Sud. Mar­tin Eis­ler est mort au Brésil en 1977 et c’est fi­na­le­ment dans ce pays qu’il a ap­por­té sa plus grande contri­bu­tion en tant que de­si­gner.

— Douple page pré­cé­dente et ci-contre, la mai­son est sur­mon­tée d’un ré­ser­voir d’eau re­cou­vert de mo­saïques bleu ciel.

← Fau­teuil “Re­versí­vel” (1955), chaise et table basse en ro­seau des­si­nés par Mar­tin Eis­ler avec Car­lo Heu­ner pour For­ma. → Dans la salle à man­ger, table et pro­to­types de chaises en ja­ca­randá. Po­tence des an­nées 1950.

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