Ci­né­ma

Quand le réa­li­sa­teur des En­fants de Tim­pel­bach s’at­taque au che­na­pan en cos­tume de groom, ce­la donne un film es­piègle et émou­vant. Ren­contre avec Ni­co­las Ba­ry, ex­pert ès ga­mins mu­tins sur grand écran.

Milk Magazine - - Sommaire - pro­pos re­cueillis par an­gèle rin­che­val her­nu “le pe­tit spi­rou” de ni­co­las ba­ry, en salles le 27 sep­tembre 2017

Le pe­tit Spi­rou fait son ci­né­ma

Com­ment est née cette en­vie d’adap­ter Le Pe­tit Spi­rou au ci­né­ma ?

— À 24 ans, j’avais eu en­vie de faire un film à par­tir de So­da, une autre BD de Phi­lippe Tome, créa­teur, avec Jan­ry, du Pe­tit Spi­rou. Et fi­na­le­ment, ça ne s’était pas fait. Mais, des an­nées plus tard, les édi­tions Du­puis, après avoir vu mes deux pre­miers longs-mé­trages, m’ont pro­po­sé d’adap­ter Le Pe­tit Spi­rou. J’ado­rais la BD, que je li­sais plus jeune, et comme je connais­sais l’au­teur, j’ai dit “Let’s go” !

Com­ment passe-t-on du for­mat bande des­si­née au for­mat film ?

— La BD est struc­tu­rée en pe­tites his­toires d’une page, sans ma­tière évi­dente pour une in­trigue de long-mé­trage. Je ne vou­lais pas chan­ger l’âme de la BD, mais trou­ver un axe était né­ces­saire pour que le film ne soit pas qu’une suc­ces­sion de sketches. Avec Laurent Tur­ner, le scé­na­riste, on a re­lu tous les tomes, en re­te­nant les pages qui nous sem­blaient les plus ap­pro­priées, ain­si que des dé­tails, comme cette ca­bine d’as­cen­seur, qui ap­pa­raît de ma­nière anec­do­tique sur une planche, en ar­rière-plan ; l’idée d’un as­cen­seur ser­vant d’ac­ces­soire au grand-père lors­qu’il coache son pe­tit-fils a mû­ri à par­tir de là.

La thé­ma­tique du cos­tume est cen­trale dans le film…

— Ce thème n’est ja­mais vrai­ment abor­dé dans la BD, dans la­quelle l’ha­bit rouge est un ac­quis et n’en­gendre pas de ques­tion­ne­ment. Sur grand écran, en re­vanche, igno­rer le pour­quoi du cos­tume ris­quait de le faire per­ce­voir comme un dé­gui­se­ment, et c’est ce qui nous a ame­nés à en faire la clef de voûte du film. Un uni­vers 100 % réa­liste et lit­té­ral au­rait été trop dé­ca­lé, nous avons donc tra­vaillé sur une di­rec­tion ar­tis­tique sty­li­sée, mais pas trop in­sen­sée !

Sous cou­vert d’hu­mour et de lé­gè­re­té, le film aborde des thèmes pro­fonds : la trans­mis­sion, le dé­ter­mi­nisme, la li­ber­té…

— Dans tous les films de su­per-hé­ros, le cos­tume, jus­te­ment, a une forte por­tée sym­bo­lique. Dans la BD, la mère et le grand-père sont ha­billés en grooms, et nous avons eu cette idée du cos­tume comme al­lé­go­rie de la

trans­mis­sion, de l’hé­ri­tage fa­mi­lial. Dans sa construc­tion per­son­nelle, l’en­fant s’ap­pro­prie cet hé­ri­tage, ou, au contraire, dé­cide de s’en af­fran­chir, de s’en li­bé­rer pour ne pas se lais­ser étouf­fer.

Pour­quoi avoir pris le par­ti d’un Pe­tit Spi­rou bien moins po­lis­son sur la pel­li­cule que sur le pa­pier ?

— Mal­gré ses cô­tés très naïfs et en­fan­tins, il est vrai que, dans la BD, il est par­fois plon­gé dans des si­tua­tions très ado­les­centes. On ne vou­lait pas re­ti­rer com­plè­te­ment l’as­pect fri­pon, qui im­prègne quelques scènes mais qui ne pou­vait pas de­ve­nir l’en­jeu d’un film des­ti­né à un pu­blic d’en­fants. En re­vanche, nous avons mis l’ac­cent sur le trouble : son his­toire avec sa co­pine Su­zette, le fait qu’il soit un peu amou­reux de sa maî­tresse…

Pou­vez-vous nous par­ler du cas­ting ?

— Je vou­lais des co­mé­diens drôles et dé­ca­lés, avec une cer­taine ten­dresse. Fran­çois Da­miens était par­fait pour in­ter­pré­ter mon­sieur Mé­got et Pierre Ri­chard en GrandPa­py, à la fois fun et poé­tique, fut une de mes pre­mières idées au com­men­ce­ment de l’écri­ture du scé­na­rio. Pour Na­ta­cha Ré­gnier, c’était amu­sant : une nuit, j’ai rê­vé du tour­nage et c’était elle qui jouait la ma­man. Elle n’est pour­tant pas iden­ti­fiée à ce genre de ci­né­ma, mais elle a tout de suite ac­cep­té. Quant à Sa­cha Pi­nault, mon Pe­tit Spi­rou, il a été re­pé­ré dans un parc le der­nier jour du cas­ting. Il n’était pas du tout ac­teur mais il a tout de suite com­pris com­ment jouer. Et il n’a pas hé­si­té à se faire teindre les che­veux en roux pour se mettre dans la peau de son per­son­nage !

Com­ment avez-vous trans­po­sé l’at­mo­sphère de la bande des­si­née dans les dé­cors du film ?

— On s’est dit que la BD a tou­jours eu quelque chose de mo­derne ; elle n’a rien d’une image d’Épi­nal. On ne vou­lait donc pas faire un film d’époque, dans un dé­cor an­nées 1950 ; il nous sem­blait in­té­res­sant de ra­me­ner l’ar­chaïsme du groom dans le quo­ti­dien d’au­jourd’hui. On a tour­né dans toute l’Île-de-France. L’école désaf­fec­tée est au Rain­cy, la pour­suite a eu lieu au Vé­si­net, cer­taines scènes ont été tour­nées à Meu­don, la mai­son se trouve à Garches… Je vou­lais qu’il y ait un cô­té San Fran­cis­co, sur­tout pour la scène de la cas­cade, et les rues de Meu­don et du Rain­cy, mon­tantes et des­cen­dantes, s’y prê­taient bien.

Le Pe­tit Spi­rou, c’est un peu vous ?

— Oui, j’ai mis un peu de moi dans Le Pe­tit Spi­rou ! J’ai gran­di dans une fa­mille de mu­si­ciens, j’ai fait du vio­lon, de la cla­ri­nette… J’ai été éle­vé dans l’idée que je fe­rais de la mu­sique, Spi­rou dans celle qu’il était né pour être groom. Il a choi­si l’aven­ture, et moi le ci­né­ma !

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