Il a pris 5 cm en 2 mois et chausse dé­sor­mais du 35. Va fal­loir que je l’ac­cepte, mon fils gran­dit. Ce à quoi je ne m’at­ten­dais pas, c’est que ce­la im­pacte au­tant ses nuits.

Milk Magazine - - Style - Texte : Jé­rôme Bec­quet et Émile – Illus­tra­tion : Arthur Poi­te­vin

Nou­velle an­née ! À la mai­son, on change tout. En­fin, on re­fait sur­tout la chambre d’Émile. Ben oui, sans pré­ve­nir, le pe­tit a gran­di. Une nuit, il s’est en­dor­mi avec un dou­dou ca­lé dans les bras et des caisses rem­plies de Le­go, et le ma­tin, au ré­veil, c’est à peine s’il ne bu­vait pas du ca­fé en de­man­dant à son en­ceinte Google Home : « OK, Google, à quelle heure ouvre le Foot Lo­cker rue de Ri­vo­li, s’il te plaît ? » Oui, le pe­tit veut des bas­kets bien pré­cises, dé­sor­mais. Ça peut pa­raître ano­din, voire être qua­li­fié de non event, mais, moi, j’étais cho­qué. Le mec fai­sait car­ré­ment des vannes !

Une fois re­mis, j’ai dé­ci­dé de pas­ser à l’ac­tion et de pro­fi­ter des va­cances de Noël pour lui re­faire un antre qui sau­rait l’ac­com­pa­gner pour les cinq pro­chaines an­nées. Ter­mi­né les murs re­cou­verts de têtes d’ani­maux et les jouets en bois. Mon­sieur veut car­ré­ment un por­te­man­teau ré­tro pour po­ser son casque de mo­to (on va à l’école en scoo­ter) et un lit double ! « Comme à l’hô­tel, pa­pa, tu sais… » Ben voyons. On va res­ter sur du 140 cm tout de même… Ça ira, Émile ? Je sais que tu gran­dis, mais on va peut-être at­tendre, avant les or­gies, non ? Une fois la di­men­sion va­li­dée, il a fal­lu sta­tuer sur le ma­te­las. Et là… en cher­chant sur quelques sites, je me suis trou­vé confron­té au ma­te­las à mé­moire de forme. À lire les sites, si tu ne l’as pas, tu ne sais pas vrai­ment ce que c’est, dor­mir.

Le prin­cipe, c’est une mousse qui ré­agit à la cha­leur du corps, et s’as­sou­plit pour s’adap­ter à la mor­pho­lo­gie. Puis, dès que tu bouges, parce que ta meuf te fait com­prendre que tu ronfles à coups de coude, par exemple, la mousse se ré­adapte à ta nou­velle po­si­tion. Bam ! Le truc a car­ré­ment été in­ven­té par la Na­sa, dans les an­nées 1960, pour mi­ni­mi­ser les chocs per­çus par les as­tro­nautes. Lorsque j’en ai par­lé à Émile, j’ai bien vu qu’il se pas­sait quelque chose dans ses yeux. Il n’en a pas par­lé tout de suite, mais, au dî­ner, ça a dé­mar­ré. « Et pa­pa, tu crois qu’avec le ma­te­las, on peut flot­ter dans l’air comme dans une fu­sée ? — Non, ce n’est pas un ma­te­las en ape­san­teur, ché­ri, dé­so­lé. — Ha… en même temps on ne sait pas, peut-être que c’est juste pas mar­qué mais qu’on peut quand même lé­vi­ter, hein. » Mouais… va plu­tôt te cou­cher au lieu de com­men­cer à je­ter tes oreillers par­tout pour voir s’ils volent. Le len­de­main. « Nan, mais je ré­flé­chis­sais, peut-être qu’il me fau­dra une com­bi­nai­son d’as­tro­naute à la place de mon py­ja­ma pour dor­mir… » « Mon ché­ri, si tu veux, on l’ap­pel­le­ra Tho­mas Pes­quet, ton ma­te­las de la Na­sa, mais je crains que ce soit le seul réel lien entre lui, l’espace et toi… » On a re­gar­dé en­semble. On en a vu un bien, un Cas­per, comme le pe­tit fan­tôme. Il man­que­rait plus qu’il tra­verse les murs…

Pre­nez un pa­pa jour­na­liste chez Ca­nal + pour le cinéma et « Le Jour­nal du hard », un gar­çon de 10 ans fan de pia­no et de Su­per Ma­rio, ajou­tez un peu de trot­ti­nette, de films avec Louis de Fu­nès et quelques li­mo­nades au comp­toir pas (trop) tard le soir,...

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.