En en­tre­pre­nant un tour du monde en fa­mille, Court­ney Ada­mo était loin d’ima­gi­ner à quel point sa vi­sion de la vie al­lait chan­ger.

L’ex-Lon­do­nienne, mère de cinq en­fants, nous ra­conte com­ment cette aven­ture d’un an a re­mis toute sa vie en pers­pec­tive, mo­di­fiant son rap­port à l’ailleurs et au chez-soi, aux siens et à soi, à l’autre et au monde. Ren­contre.

Milk Magazine - - Expérience - Texte : Hé­lène La­halle – Pho­tos : Ame­lia Ful­lar­ton

Com­ment cette aven­ture a-t-elle com­men­cé ?

De­puis ma jeu­nesse, j’avais en­vie d’une an­née sab­ba­tique en fa­mille. J’ai tou­jours ai­mé l’idée de voya­ger avec nos en­fants pour leur faire dé­cou­vrir des gens, des en­droits et des cultures dif­fé­rents. Pa­ral­lè­le­ment, j’ai tou­jours été at­ti­rée par un style de vie simple et bo­hème. J’ai fait part de ces rêves à Mi­chael dès notre ren­contre et, chez nous, le su­jet re­ve­nait chaque semaine ou presque... Dé­but 2015, après douze ans de fré­né­sie lon­do­nienne, nous avons com­men­cé à en­vi­sa­ger de vivre ailleurs. Se­rions-nous plus heu­reux à la cam­pagne ? La vie se­rait-elle plus fa­cile si nous nous rap­pro­chions de la fa­mille ? Au lieu de prendre une dé­ci­sion dé­fi­ni­tive, nous avons sen­ti que c’était le bon mo­ment pour s’of­frir une an­née de congé.

Com­ment avez-vous dé­ci­dé de quit­ter Londres et vos jobs res­pec­tifs pour par­cou­rir le monde avec vos en­fants ?

Bien que cette an­née sab­ba­tique ait tou­jours été mon rêve, c’est fi­na­le­ment Mi­chael qui a lan­cé l’idée. Un soir, alors que nous nous de­man­dions pour la énième fois où nous ai­me­rions vivre, il a pro­po­sé de vendre la mai­son et de voya­ger un an. Je me suis le­vée d’un bond, je lui ai de­man­dé de ré­pé­ter pour être sûre que j’avais bien com­pris, et j’ai lais­sé écla­ter mon en­thou­siasme ! Le len­de­main, on ap­pe­lait une agence im­mo­bi­lière. Avec un aî­né de 10 ans et la plus jeune âgée de 3 ans, c’était le bon ti­ming. Eas­ton était en­core in­sou­ciant, heu­reux de vivre en fa­mille et de jouer avec ses frères et soeurs, et sa sco­la­ri­té n’était en­core pas trop exi­geante. Le mo­ment idéal pour quit­ter l’école et ses amis un an. À 3 ans, Mar­low avait aus­si le bon âge parce qu’elle n’était plus un bé­bé. Plus be­soin de pous­sette ni de lit pa­ra­pluie. C’était aus­si le bon mo­ment dans nos car­rières, et nous avons eu la chance de vendre la mai­son à un mo­ment où le mar­ché de l’im­mo­bi­lier se por­tait bien. Bref, les pla­nètes sem­blaient ali­gnées !

Aviez-vous une ap­pré­hen­sion avant de par­tir, ou bien l’ex­ci­ta­tion do­mi­nait ?

Nous étions plus ex­ci­tés qu’autre chose, sa­chant qu’une for­mi­dable aven­ture nous at­ten­dait. Mais, bien en­ten­du, il y a eu des dé­ci­sions pé­nibles à prendre. Nous vi­vions dans une mai­son que nous ve­nions de ré­no­ver. Nos trois plus grands en­fants fré­quen­taient une école que nous ado­rions. Mi­chael tra­vaillait à temps plein comme pro­duc­teur de films. Ce­la a été une lourde dé­ci­sion, pour Mi­chael en par­ti­cu­lier. Après vingt ans dans l’in­dus­trie ci­né­ma­to­gra­phique, ce n’était pas rien de re­non­cer à ce mi­lieu et de quit­ter une so­cié­té qu’il avait fon­dée. Nous étions aus­si in­quiets à l’idée de re­ti­rer nos en­fants de l’école, sou­cieux de ce que les en­sei­gnants al­laient dire, mais ils nous ont tel­le­ment en­cou­ra­gés et sou­te­nus que nos craintes se sont vite dis­si­pées.

Com­ment les en­fants ont-ils ré­agi quand vous leur avez par­lé du pro­jet ?

Ils étaient sur­ex­ci­tés ! Nous leur avons an­non­cé au ré­veillon du Nou­vel An, pen­sant que c’était le bon mo­ment pour leur ex­pli­quer que l’an­née à ve­nir al­lait être l’une des plus mé­mo­rables et des plus ex­tra­or­di­naires pour nous tous ! L’aî­né a de­man­dé qui ar­ro­se­rait le ci­tron­nier qu’il chou­chou­tait de­puis deux ans. De tous les su­jets de stress pos­sibles, c’est ce ci­tron­nier qui l’in­quié­tait le plus !

Aviez-vous pré­vu de choi­sir une des­ti­na­tion fi­nale pour vous y éta­blir ou est-ce une chose que vous avez dé­ci­dée après avoir par­cou­ru le monde ?

Ce voyage n’avait pas seu­le­ment pour but de pas­ser un an en fa­mille et de dé­cou­vrir de nou­veaux pays et cultures. Il de­vait aus­si nous ai­der à dé­fi­nir nos prio­ri­tés et à choi­sir le lieu où nous vi­vrions en­suite. Nous étions cu­rieux de sa­voir quels en­droits nous at­ti­re­raient. Nous n’avons ja­mais ex­clu de re­ve­nir à Londres, mais, après avoir voya­gé quelques mois, nous sa­vions

tous que nous ne pour­rions plus y vivre. Nous avions ado­ré cette ville, mais nous avions en­vie de nou­velles aven­tures, et, sur­tout, d’un rythme de vie plus calme. Nous n’en­vi­sa­gions pas de re­trou­ver l’agi­ta­tion lon­do­nienne ni les dé­penses et les exi­gences éle­vées qui al­laient de pair avec la vie dans cette mé­tro­pole. Au fil du voyage, nous avons réa­li­sé qu’en tant que fa­mille, c’est quand nous pou­vions pas­ser du temps dans la na­ture que nous étions le plus heu­reux. Nous avons éga­le­ment dé­cou­vert les joies du surf et c’est de­ve­nu un ob­jec­tif ma­jeur de nos dé­pla­ce­ments. Une fois ce vi­rus at­tra­pé, nous sa­vions que nous fi­ni­rions par nous ins­tal­ler au bord de l’océan. En­fin, nous avons dé­cou­vert l’im­por­tance de la communauté à nos yeux, ce qui nous a don­né en­vie d’un en­droit où nous pour­rions nouer des liens avec des fa­milles dans le même état d’es­prit.

Pour­quoi avoir choi­si By­ron Bay ?

Pen­dant notre voyage, nous avons pas­sé cinq se­maines à Ban­ga­low, une pe­tite ville si­tuée juste à cô­té. L’oc­ca­sion de nous faire plein de nou­veaux amis et de dé­cou­vrir le style de vie lo­cal. Après avoir ex­plo­ré pen­dant un mois la splen­dide baie de By­ron et l’ar­riè­re­pays, nous étions tous d’ac­cord pour dire que c’était peut-être l’en­droit que nous re­cher­chions. Nous n’avions eu au­cun mal à lier connais­sance et avions trou­vé un rythme in­croya­ble­ment adap­té aux be­soins de la fa­mille. Nous étions en réelle connexion avec la beau­té na­tu­relle du lieu et nous étions at­ti­rés par le bon­heur conta­gieux des ha­bi­tants. Et il y avait aus­si le surf, le so­leil, la bonne nour­ri­ture, une communauté créa­tive et ce style de vie bo­hème qui m’a tou­jours sé­duite. Nous étions tom­bés amou­reux ! Nous avons in­ter­ro­gé les en­fants pour sa­voir s’ils pour­raient vivre ici, et tous ont ré­pon­du oui spon­ta­né­ment ! À la fin de notre sé­jour, nous ne rê­vions que d’une chose : re­ve­nir. Ici, à By­ron, la communauté est par­ti­cu­liè­re­ment dy­na­mique. Quan­ti­té de marques et de créa­teurs pro­duisent des choses vrai­ment co­ol et tout le monde s’en­traide, ce qui est ap­pré­ciable.

Quand on voyage, on s’at­tend à dé­cou­vrir de nou­veaux lieux et styles de vie, mais n’est-ce pas fi­na­le­ment sur sa propre fa­mille qu’on en ap­prend le plus ?

Bien sûr. Nous avons tous ti­ré énor­mé­ment de cette ex­pé­rience. Nous por­tons un re­gard neuf sur le monde et ses dif­fé­rentes cultures. Nous nous sommes fait tel­le­ment d’amis par­tout que nous nous sen­tons connec­tés à tous les conti­nents. Et c’est libérateur de ne pas se sen­tir at­ta­ché à un lieu spé­ci­fique. Le style de vie no­made a quelque chose d’ad­dic­tif ! Mais, bien en­ten­du, en plus de dé­cou­vrir le monde, vous dé­cou­vrez ce qui est im­por­tant à vos yeux. Après avoir vé­cu un an avec le conte­nu d’une pe­tite valise, por­tant les mêmes vê­te­ments, dor­mant dans des lo­ca­tions avec juste quelques ef­fets per­son­nels, nous avons réa­li­sé que nous avions be­soin de très peu pour être heu­reux. Au­cun de nous n’a re­gret­té les ob­jets qu’il avait lais­sés der­rière lui. Les en­fants n’avaient pas de jouets si­non quelques ba­bioles dans leurs sacs à dos, mais ils ont réus­si à ima­gi­ner un tas de jeux créa­tifs et à res­ter ac­tifs et joyeux toute l’an­née. Au dé­part, ça n’a pas été fa­cile de sé­lec­tion­ner ce dont nous pen­sions avoir be­soin, mais, une fois le tri fait, nous nous sommes sen­tis bien plus libres. J’es­père gar­der tou­jours à l’es­prit ces jour­nées simples et heu­reuses. Je ne veux pas re­tom­ber dans la dé­pen­dance et le dé­sir vis-à-vis des ob­jets. Par ailleurs, comme nous avons pra­ti­qué l’école à do­mi­cile pour les en­fants pen­dant dix-huit mois, nous avons ap­pris à les connaître en tant qu’élèves, et dé­cou­vert com­ment cha­cun d’eux ap­pre­nait et se pas­sion­nait pour tel ou tel su­jet. L’école à do­mi­cile n’est pas tou­jours fa­cile, mais elle est ter­ri­ble­ment gra­ti­fiante. Voir ses en­fants sous cet angle vous en ap­prend beau­coup sur leurs forces et leurs fai­blesses. Nous se­rons plus à même de les ai­der dans leur par­cours au sein de l’en­sei­gne­ment tra­di­tion­nel. Et nous sommes tous d’ac­cord pour dire que cette an­née a fait de nous une fa­mille plus sou­dée et plus forte. Nous avons des sou­ve­nirs pour le res­tant de nos jours et un nou­veau re­gard sur la vie qui, nous l’es­pé­rons, nous ai­de­ra à trou­ver notre voie et à ché­rir les va­leurs aux­quelles nous te­nons le plus.

En quoi ce voyage vous a-t-il chan­gée ?

Mes prio­ri­tés se sont dé­fi­ni­ti­ve­ment dé­pla­cées. Quand nous vi­vions à Londres, Mi­chael et moi avions tout les deux des ho­raires char­gés. Nous sa­vions que, pour pou­voir conti­nuer à vivre dans cette ville et gar­der le train de vie au­quel nous étions ha­bi­tués, nous de­vions tra­vailler dur, ce qui si­gni­fiait aus­si pas­ser moins de temps avec les en­fants. Même quand nous étions avec eux, nous étions sou­vent stres­sés par les échéances et la pres­sion du bou­lot. Quand Eas­ton a fê­té ses 10 ans, j’ai eu un élec­tro­choc : une dé­cen­nie avait fi­lé sans que je m’en aper­çoive. J’ai eu en­vie de ra­len­tir et d’être plus pré­sente pour ma fa­mille. Je ne veux pas avoir de regrets plus tard en me rap­pe­lant de ce temps pré­cieux où les en­fants étaient jeunes. Je veux pro­fi­ter à fond de ces jour­nées avec eux, aus­si désor­ga­ni­sées et fa­ti­gantes soient-elles par­fois, car, comme me dit mon père :

« ce sont les plus beaux jours de ta vie ».

En quoi ce­la a-t-il chan­gé les en­fants ?

Ce­la a ou­vert leur champ des pos­sibles. Au­jourd’hui, ils se sentent da­van­tage ci­toyens du monde qu’an­glais ou amé­ri­cains. Ils ont élar­gi leur ho­ri­zon, non seu­le­ment en termes de géo­gra­phie mais aus­si à tra­vers une étroite connexion avec les lieux que nous avons

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