LES BLEUS EN ONT RÊ­VÉ

Mondial Basket - - Édito -

C’EST LE RÊVE DE TOUTE UNE CAR­RIÈRE. LE BLUE DREAM. L’ÉQUIPE DE FRANCE S’AP­PRÊTE À DIS­PU­TER SON CHAM­PION­NAT D’EU­ROPE AVEC, POUR CHAL­LENGE UL­TIME, DE CONSER­VER SON TITRE ET DE SE QUA­LI­FIER POUR LES J.O. DE RIO EN 2016. MÉ­DAILLÉE EN 2005, 2011, 2013 ET 2014, CETTE ÉQUIPE N’A CES­SÉ DE MON­TER EN PUIS­SANCE AU FIL DES CAM­PAGNES. LA VOI­CI FIN PRÊTE POUR L’APO­THÉOSE. LE SCÉ­NA­RIO EST ÉCRIT. SI­LENCE… MO­TEUR, ON TOURNE !

« C’est gé­nial pour la France ! Tu n’as pas sou­vent l’op­por­tu­ni­té de faire un Eu­ro à do­mi­cile. Et dans ces condi­tions-là… Ça va être énorme ! Une salle de 27 000 places, c’est du ja­mais vu en Eu­rope. Ce se­ra le plus gros évé­ne­ment de l’an­née 2015. Je le vois comme l’op­por­tu­ni­té de ga­gner quelque chose de­vant notre pu­blic. Créer des sou­ve­nirs, vivre quelque chose d’in­ou­bliable... Main­te­nant, c’est à nous d’être à la hau­teur de l’évè­ne­ment. Il y au­ra for­cé­ment la pres­sion de jouer à do­mi­cile. Tu n’as pas en­vie de dé­ce­voir ton pu­blic. Pour Bo­ris (Diaw), Florent (Pietrus) et moi, ce sont les der- nières com­pé­ti­tions… On veut faire quelque chose de grand et ter­mi­ner en beau­té ! » Ain­si parle le boss. To­ny Par­ker sa­voure par an­ti­ci­pa­tion ce qui consti­tue sû­re­ment le plus grand dé­fi de l’équipe de France. Conser­ver le titre eu­ro­péen ac­quis il y a deux ans en Slo­vé­nie, se qua­li­fier pour les Jeux Olym­piques de Rio en 2016. Ou plu­tôt l’in­verse d’après Vincent Col­let, le coach, qui re­con­naît avoir sous ses ordres « la plus belle équipe qu’il (ait) ja­mais coa­chée ». Sur le choix des hommes, dic­té par une vo­lon­té de com­plé­men­ta­ri­té, il n’y a rien à ajou­ter. Les mé­daillés de bronze du der­nier Mon­dial en Es­pagne ré­cu­pèrent trois joueurs cham­pions d’Eu­rope en 2013 : To­ny Par­ker, Nan­do De Co­lo et Alexis Ajin­ça. Ex­cu­sez du peu ! Trois gé­né­ra­tions bleues se tirent la bourre de­puis deux ans. Date de­puis la­quelle les mé­dailles s’ac­cu­mulent. Celle de TP et des vieux gro­gnards que sont Bo­ris Diaw, Florent Pietrus et Mi­ckaël Ge­la­bale. Celle de Ni­co­las Ba­tum et de ses potes An­toine Diot, Alexis Ajin­ça, Nan­do De Co­lo et Tho­mas Heur­tel. Et la pe­tite nou­velle, in­car­née par Evan Four­nier, Jof­frey Lau­vergne et Ru­dy Gobert. La plus belle équipe de l’his­toire du bas­ket fran­çais ? Celle, au moins, qui au­ra rap­por­té le plus de mé­dailles ! Ce mixte crée l’ému­la­tion. Chaque joueur est ar­ri­vé hy­per pré­pa­ré, his­toire d’être au meilleur de sa forme pour l’évè­ne­ment de sa car­rière. Cer­tains, comme Ba­tum et Par­ker, ont même car­ré­ment chan­gé leur pro­gramme in­di­vi­duel.

Il est vrai que l’éli­mi­na­tion pré­ma­tu­rée des « Fren­chies » dans les playoffs NBA (1er tour pour TP, Diaw, Ba­tum et Ajin­ça) a contri­bué au re­pos et fa­vo­ri­sé cette pré­pa­ra­tion in­di­vi­duelle. Ex­cep­tion faite de Nan­do De Co­lo, qui ne joue plus outre-At­lan­tique mais qui a si­gné une re­mar­quable sai­son eu­ro­péenne à Mos­cou, bien plus longue que celle de ses par­te­naires. Ce gain de temps n’est pas ano­din et il va bien ai­der l’en­traî­neur des Bleus. D’abord parce que la pré­pa­ra­tion est rac­cour­cie par rap­port aux autres cam­pagnes. Et aus­si parce que les Fran­çais, nou­velles stars du sport tri­co­lore, vont être énor­mé­ment sol­li­ci­tés. Par les mé­dias, par leurs spon­sors et par­te­naires et par leurs fans (ils étaient 4 000 à Pau pour un simple en­traî­ne­ment…). « Si on a le même nombre de matches que les an­nées pré­cé­dentes, on a sou­hai­té mul­ti­plier les sites ac­cueillant les ren­contres, pré­cise Vincent Col­let. Il y a donc un peu moins d’en­traî­ne­ments que la sai­son der­nière. On est dé­jà ca­pables de jouer, comme on a pu le voir lors du pre­mier en­traî­ne­ment avec op­po­si­tion. Ce ne se­rait pas le cas si l’équipe était neuve et à construire. Comme on ne chan­ge­ra pas fon­da­men­ta­le­ment la trame du jeu, on va se ser­vir de cette base pour com­pen­ser un nombre d’en­traî­ne­ments moins im­por­tant. Concer­nant les sol­li­ci­ta­tions, on va gé­rer. Je veux que les joueurs aient aus­si les temps de re­pos né­ces­saires à la ré­cu­pé­ra­tion. »

Ils veulent chan­ger l’his­toire

Col­let veut pré­ser­ver son groupe et chan­ger lé­gè­re­ment la fa­çon d’abor­der l’évè­ne­ment. « On a ten­dance à par­tir dans l’émo­tion quand on joue à do­mi­cile. Ça fe­ra l’ob­jet de nom­breuses dis­cus­sions col­lec­tives et in­di­vi­duelles. » Au­cun pays hôte n’a été cham­pion d’Eu­rope de­puis l’Al­le­magne en 1993. Les Bleus en­tendent ré­écrire l’his­toire. Le dou­blé est une den­rée moins rare : l’Es­pagne l’avait réus­si en 2009 et 2011. L’éti­quette de fa­vo­ri qui colle au short des Tri­co­lores doit les main­te­nir en éveil. Per­sonne n’a ou­blié ce qui est ar­ri­vé aux Es­pa­gnols l’an pas­sé chez eux, en Coupe du monde. Une pe­tite « Dream Team ». De gros dé­gâts. La France a réus­si à chas­ser le pays hôte de chaque com­pé­ti­tion de­puis 2011. Elle sait qu’un re­tour de bâ­ton pour­rait cas­ser cet élan d’op­ti­misme. Tout le monde en est par­fai­te­ment conscient. Le pre­mier match pré­pa­ra­toire en Fin­lande, conclu par une dé­faite 76-67, a ser­vi d’avertissement. Sans frais. « C’est im­por­tant de se mettre en dan­ger, re­prend Vincent Col­let. Il faut qu’on connaisse la dif­fi­cul­té avant les échéances de l’Eu­ro. Il ne faut pas que le pre­mier match dif­fi­cile soit le 8e de fi­nale. Il faut qu’on connaisse des dif­fi­cul­tés avant. » En face, il y au­ra des rageux. A com­men­cer par les Es­pa­gnols et les Serbes, que la nou­velle for­mule de l’Eu­ro (8e de fi­nale en « Do or die ») pour­rait mettre sur la route des Bleus. In­utile de dire que la France qui se fe­rait sor­tir en 8es de fi­nale chez elle, ce se­rait une ca­tas­trophe nu­cléaire. Pas de J.O. à Rio, plus de To­ny Par­ker en sé­lec­tion… On n’ose y pen­ser. Car la qua­li­té et le ta­lent sont là. La co­lonne ver­té­brale de cette équipe reste ar­ti­cu­lée au­tour de TP, Ni­co­las Ba­tum et Bo­ris Diaw. Vien­dront s’y gref­fer des joueurs qui ont tous énor­mé­ment pro­gres­sé ces der­nières sai­sons. Nan­do De Co­lo, par exemple, s’est écla­té pour son re­tour en Eu­rope. « Du­rant mes an­nées en NBA, j’ai pro­gres­sé, même si je ne jouais pas beau­coup, ex­plique-t-il. Cette sai­son, j’ai évo­lué dans un en­vi­ron­ne­ment qui me cor­res­pon­dait mieux et j’ai pu m’ex­pri­mer avec un coach qui me fai­sait confiance. » Nan­do, Fac­teur X par ex­cel­lence, pour­rait tout à fait s’in­crus­ter dans le star­ting five qu’oc­cu­pait ces der­nières sai­sons le pré­cieux Mi­ckaël Ge­la­bale, moins tran­chant en club cette an­née, même s’il a fi­ni cham­pion de France avec Limoges. Et puis il y a cette ri­chesse chez les in­té­rieurs que l’équipe de France ne pos­sé­dait pas par le pas­sé. Ru­dy Gobert et Alexis Ajin­ça culminent si haut, dans un re­gistre op­po­sé, que ce­la en de­vient un ré­gal. La com­plé­men­ta­ri­té re­cher­chée est là. On se sou­vient qu’en 2013, To­ny Par­ker avait pris le grand Alexis sous son aile, pour le ré­sul­tat do­ré que l’on connaît. Ajin­ça s’est re­fait une pe­tite place en NBA, chez les Pe­li­cans, en sor­tie de banc. Il vient de pro­lon­ger pour 4 ans à La Nou­velle-Or­léans. Ru­dy, lui, n’a ces­sé de pro­gres­ser, au point de squat­ter les high­lights cette sai­son et les po­diums de ré­com­penses au prin­temps. Oui, cette équipe de France peut voya­ger très loin. Parce que les « vieux » sont tou­jours là et que les jeunes at­teignent l’âge de la ma­tu­ri­té. Ce groupe res­treint à 15 joueurs (ils se­ront 12 à la mi-août) per­met aus­si d’en­le­ver un peu de pres­sion à ceux qui ba­taillent pour un spot. Mais le plus dur - même si la Fé­dé­ra­tion a mis les moyens pour que tout se passe dans les meilleures condi­tions (mise à dis­po­si­tion d’un avion pri­vé, par exemple) - res­te­ra bien en­ten­du la com­pé­ti­tion. Là, il se­ra aus­si ques­tion de ges­tion du temps de jeu, avec une mise sur or­bite pro­gram­mée pour le 8e de fi­nale dé­ci­sif. On peut ima­gi­ner que To­ny Par­ker se­ra pré­ser­vé en dé­but d’Eu­ro et lan­cé plein pot pour les matches cou­pe­rets, ceux où il aime faire la dif­fé­rence. Les lea­ders - Bo­ris Diaw et Ni­co­las Ba­tum - avaient pris leurs res­pon­sa­bi­li­tés l’an der­nier, dans la phase fi­nale de la Coupe du monde, lorsque le be­soin s’en était fait sen­tir. Tous les joueurs qui au­ront la chance de faire par­tie de cette ma­gni­fique aven­ture peuvent ap­por­ter leur écot. On pense à un An­toine Diot, re­mar­quable sur les deux der­nières com­pé­ti­tions in­ter­na­tio­nales, à un Jof­frey Lau­vergne, gé­né­reux et ins­pi­ré, à un Tho­mas Heur­tel cu­lot­té et à un Florent Pietrus qui sait re­ca­drer un groupe et ap­por­ter éner­gie et du­re­té. Vous op­te­nez la par­ti­tion par­faite avec la­quelle Vincent Col­let de­vra pia­no­ter en toute har­mo­nie. Au bout, tout au bout, il y a le rêve d’une gé­né­ra­tion. Celle qui a chan­gé l’his­toire du bas­ket fran­çais et qui ai­me­rait gra­ver pour l’éter­ni­té son nom en or.

La force de ce groupe, c’est dé­sor­mais l’ex­pé­rience. Les « vieux » sont tou­jours là et les jeunes at­teignent l’âge de la ma­tu­ri­té

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