LA GRANDE IN­TER­VIEW TO­NY PAR­KER

TO­NY PAR­KER EST DE RE­TOUR EN BLEU, PLUS MO­TI­VÉ QUE JA­MAIS. POUR AL­LER AUX JEUX OLYM­PIQUES DE RIO, POUR CE QUI CONSTI­TUE­RA SA DER­NIÈRE COM­PÉ­TI­TION IN­TER­NA­TIO­NALE, LE LEA­DER DE L’ÉQUIPE DE FRANCE NE VEUT PAS EM­PRUN­TER UNE AUTRE ROUTE QUE CELLE ME­NANT À L’OR

Mondial Basket - - La Une -

RE­POR­TAGES AU COEUR DES BLEUS

MON­DIAL BAS­KET : Les Spurs éli­mi­nés pré­ma­tu­ré­ment en playoffs, n’est-ce pas tout bé­nef’ pour l’équipe de France ?

To­ny PAR­KER : C’est un mal pour un bien par rap­port à l’équipe de France. Après, on avait clai­re­ment en­vie de dé­fendre notre titre NBA… On avait une su­per bonne équipe et on au­rait pu faire quelque chose. Mal­heu­reu­se­ment, ça n’a pas été dans notre sens. J’ai connu beau­coup de pé­pins phy­siques du­rant l’an­née mais bon, glo­ba­le­ment, quand je re­garde ma car­rière, je m’en sors très bien. C’est comme ça. Ce sont des choses qui ar­rivent. Il faut sa­voir ac­cep­ter les hauts et les bas d’une car­rière. Je me suis bien re­po­sé, bien pré­pa­ré pour cet Eu­ro. J’ai tra­vaillé in­di­vi­duel­le­ment avec le pré­pa­ra­teur phy­sique des Spurs. Les pé­pins phy­siques de la fin de sai­son sont ou­bliés. Fran­che­ment, je me sens bien !

MB : Quatre mille per­sonnes pour un en­traî­ne­ment à Pau, des sol­li­ci­ta­tions quo­ti­diennes… Com­ment per­çois-tu cette pré­pa­ra­tion qui s’an­nonce riche, avec pas mal de voyages ?

T.P. : C’est gé­nial ! Il y a une belle onde po­si­tive au­tour du bas­ket en ce mo­ment. On s’en rend compte. Moi, par­tout où je vais, on ne me parle que de ça. Les gens at­tendent l’Eu­ro avec im­pa­tience. Ça va être une grosse com­pé­ti­tion. Le staff a fait un gros bou­lot, il n’y a rien à dire. La pré­pa­ra­tion de l’équipe de France n’a plus rien à voir avec ce qu’on fai­sait quand j’ai com­men­cé, en 2000. J’es­père que le pu­blic va nous sou­te­nir tout au long de cette aven­ture.

MB : Jouer un Eu­ro en France est-il l’apo­théose de ta car­rière en Bleu ?

T.P. : C’est énorme. Ça va être in­croyable et les émo­tions se­ront fortes… L’at­tente au­tour de nous est for­cé­ment grande mais on est prêts. C’est un bo­nus pour moi de dis­pu­ter cet Eu­ro 2015 en France. De­puis qu’on a rem­por­té le cham­pion­nat d’Eu­rope ju­niors 2000 en Croa­tie, mon rêve, mon ob­jec­tif, était de me­ner l’équipe de France au pre­mier titre de son his­toire. On a tous beau­coup don­né pour cette équipe de France à tra­vers les an­nées. Jouer à do­mi­cile, c’est ex­tra ! Per­son­nel­le­ment, ga­gner l’Eu­ro et al­ler aux J.O. de Rio se­rait la fin par­faite. Quand on a rem­por­té le cham­pion­nat d’Eu­rope 2013 en Slo­vé­nie, j’ai eu l’im­pres­sion que la pres­sion s’en al­lait. Si je pre­nais ma re­traite de­main, je pour­rais me dire que j’ai tout ga­gné dans ma car­rière. Là, ce n’est que du bo­nus. Donc, je ne res­sens pas de pres­sion. Je suis content de jouer à la mai­son. Ce se­ra in­croyable ! Il y a une énorme at­tente mais c’est à nous de gé­rer cette pres­sion et de l’ex­ploi­ter, d’en ti­rer quelque chose de po­si­tif. Pour moi, ce se­rait for­cé­ment la fin par­faite de ga­gner l’Eu­ro puis d’al­ler aux Jeux Olym­piques.

« Tu ne joues pas de la même fa­çon quand tu es out­si­der. Là, ce sont les autres équipes qui vont vou­loir nous battre »

« Mon rôle de lea­der va être en­core plus im­por­tant cette an­née » « Quand je pren­drai ma re­traite, je veux qu’on dise que quand je jouais, on ga­gnait des titres »

MB : Penses-tu être al­lé au bout de tes rêves de bas­ket­teur ?

T.P. : Oui, bien sûr. Le jour où on a ga­gné le titre eu­ro­péen, en 2013, je me suis dit : « J’ai tout ga­gné dans ma vie. Tout ce que j’avais en­vie de réa­li­ser dans ma car­rière avec les Spurs et l’équipe de France, je l’ai fait. » C’est même plus que tout ce dont j’ai pu rê­ver dans mon en­fance. Ma car­rière est plus belle que ce que j’ima­gi­nais, même dans mes rêves les plus fous ! Je peux prendre ma re­traite de­main, je me sen­ti­rai com­blé. Ça n’em­pêche pas que je reste hy­per mo­ti­vé et que je compte fi­nir ma car­rière en beau­té.

MB : Les plus jeunes du groupe France le vivent-ils comme toi ?

T.P. : Oui, tout le monde est ex­ci­té. Je sens de l’ex­ci­ta­tion dans l’équipe. On voit sur tous les vi­sages que tout le monde est prêt à en dé­coudre. Il fau­dra res­ter concen­tré. Ça va être très, très dur… J’es­père que tous mes co­équi­piers s’en rendent bien compte. A San An­to­nio, j’ai ga­gné beau­coup de titres et je sais com­bien il est dif­fi­cile de les dé­fendre. J’es­père qu’ils vont prendre conscience du tra­vail qu’il faut abattre pour al­ler jus­qu’au bout. Chaque dé­tail est im­por­tant. Il fau­dra uti­li­ser la fer­veur po­pu­laire, se ser­vir de

« L’équipe de France m’a don­né des va­leurs »

l’en­goue­ment comme source de mo­ti­va­tion et ne pas lais­ser la pres­sion prendre le des­sus. C’est très im­por­tant de contrô­ler ça.

MB : Ton lea­der­ship est-il dé­cu­plé dans ce cas ?

T.P. : Mon rôle de lea­der va être en­core plus im­por­tant cette an­née que les an­nées pré­cé­dentes. Il y a l’ex­pé­rience que j’ai ac­cu­mu­lée en ga­gnant des titres NBA et en les dé­fen­dant der­rière. Toutes les équipes jouent pour te battre. C’est ce qui va se pas­ser cette an­née. C’est la pre­mière fois qu’on va être les fa­vo­ris, entre guille­mets. Parce qu’on dé­fend notre titre. Tu ne joues pas de la même fa­çon quand tu es out­si­der. Là, ce sont les autres équipes qui vont vou­loir nous battre. L’Es­pagne, no­tam­ment, se­ra re­van­charde.

MB : Vous êtes très at­ten­dus par vos fans et vos ad­ver­saires et tu as sur les épaules la lourde res­pon­sa­bi­li­té de me­ner à bien cette mis­sion…

T.P. : Il y avait plus de pres­sion sur mes épaules à l’Eu­ro 2013. J’avais le sen­ti­ment que si on ne ga­gnait pas un titre avec l’équipe de France, j’au­rais ce manque pour tou­jours. Cette an­née, comme je le di­sais, c’est du bo­nus. Dé­fendre son titre, c’est vrai­ment un beau chal­lenge.

MB : Cette équipe mixant plu­sieurs gé­né­ra­tions a rem­por­té le bronze mon­dial l’an pas­sé en Es­pagne. Ce­la veut-il dire que la re­lève est prête ?

T.P. : C’est sûr, ils ont bien fait le bou­lot l’an der­nier avec leur mé­daille de bronze. Main­te­nant, c’est à nous, tous en­semble, de confir­mer et d’al­ler cher­cher la vraie mé­daille.

MB : Une qua­li­fi­ca­tion pour les Jeux Olym­piques de Rio est l’ob­jec­tif af­fi­ché par le coach et la Fé­dé­ra­tion. Toi, tu vises di­rect l’or…

T.P. : Oui, bien sûr, l’ob­jec­tif fixé est une qua­li­fi­ca­tion pour les J.O. mais moi, je pense d’abord à la mé­daille d’or de l’Eu­ro. Rio, ça va avec. Le titre est tout ce qui m’in­té­resse. Ma seule mo­ti­va­tion, c’est de ga­gner une mé­daille d’or. Tout ce qui m’in­té­resse, c’est de ga­gner des titres. Parce qu’en fin de compte, on ne se rap­pelle que de ça. On ne se sou­vient pas des re­cords in­di­vi­duels. Etre MVP du cham­pion­nat d’Eu­rope, c’est bien, je ne crache pas des­sus mais ce dont on va se rap­pe­ler, c’est que j’ai été quatre fois cham­pion NBA. Et j’es­père deux fois cham­pion d’Eu­rope. C’est ça que j’ai en­vie de lais­ser comme trace. Quand je pren­drai ma re­traite, je veux qu’on dise que quand je jouais, on ga­gnait des titres. Que j’étais un « win­ner » !

MB : Quelle se­ra la plus grande force de cette équipe de France ?

T.P. : Notre ex­pé­rience. On est à un point, avec cette équipe, où on ar­rive à en­chaî­ner les bonnes per­for­mances. Il faut confir­mer ce­la. L’Es­pagne a do­mi­né les dé­bats pen­dant 5-6 ans. A nous de faire pa­reil main­te­nant. Pour chaque grande équipe, on est obli­gé de pas­ser par ces étapes. On n’avait au­cune his­toire avec l’équipe de France. Il y avait bien eu quelques mé­dailles mais rien de ré­gu­lier. Nous, on a ob­te­nu trois mé­dailles (ndlr: quatre en comp­tant le bronze à l’Eu­ro 2005) . Au­cune gé­né­ra­tion n’avait réus­si à faire ça. On a ga­gné la com­pé­ti­tion la plus re­le­vée, le cham­pion­nat d’Eu­rope. J’adore notre par­cours ! Ce qui le rend en­core plus beau, c’est qu’on a dû pas­ser par toutes ces étapes et qu’il a fal­lu at­tendre 10 ans pour at­teindre le Graal.

MB : Vous sen­tez-vous, avec toute votre ex­pé­rience, plus forts quand vous en­trez sur le ter­rain ?

T.P. : Ce se­rait une grosse er­reur… Il faut res­pec­ter tout le monde, trai­ter tout le monde sé­rieu­se­ment. Etre out­si­der et ne rien avoir à perdre, comme ce­la a pu être notre cas en 2011 et en 2013, c’est dif­fé­rent de notre si­tua­tion ac­tuelle.

Là, on at­taque l’Eu­ro avec le cos­tume du fa­vo­ri. Tout le monde va vou­loir nous battre et ça joue­ra dif­fé­rem­ment contre nous. Je l’ai vé­cu avec les Spurs, quand tout le monde vou­lait nous prendre après notre titre en 2014. Là, ce se­ra pa­reil pour les Bleus.

MB : Con­si­dères-tu cette équipe comme la meilleure de l’his­toire de la sé­lec­tion tri­co­lore ?

T.P. : Ce n’est que mon opi­nion mais oui, je trouve que c’est l’équipe la plus forte de toute l’his­toire du bas­ket fran­çais. Dé­jà, on n’a ja­mais eu des

grands comme ça. Je pense à Ru­dy (Gobert) et Alexis (Ajin­ça) qui font 2,35 m… (Rires) C’est in­croyable, l’en­ver­gure qu’ils ont… Quand j’ai com­men­cé en Bleu, avec tout le res­pect que j’ai pour eux, parce que j’adore tout le monde et que les an­ciens se bat­taient comme des fous, on n’avait pas de grands comme ça. En plus, ils sont hy­per mo­ti­vés, ils ont vrai­ment en­vie de jouer pour l’équipe de France.

MB : Qu’est-ce qui fait que ce maillot bleu est si im­por­tant pour toi ?

T.P. : La France m’a beau­coup ap­por­té. Je suis is­su d’une fa­mille mo­deste. Voya­ger, vivre de telles ex­pé­riences, ça m’a per­mis d’ap­prendre beau­coup. L’équipe de France m’a don­né des va­leurs. En ca­dets, en ju­niors, j’ai vé­cu des mo­ments in­ou­bliables, gra­vés dans mon coeur. Ça vient aus­si de ma double culture. Il y a ce mé­lange avec la culture amé­ri­caine : être fier de jouer pour ton pays, être re­con­nais­sant de ce que les gens ont fait pour toi, ne pas ou­blier d’où tu viens…

MB : Quelles sont les équipes dan­ge­reuses pour vous dans cet Eu­ro ?

T.P. : Toutes les équipes se­ront dif­fi­ciles à prendre. L’er­reur se­rait de se dire qu’il n’y a que l’Es­pagne qui se­ra dan­ge­reuse. A chaque fois, je chambre mon co­équi­pier aus­tra­lien Pat Mills en lui di­sant que lui, il n’a que La Nou­velle-Zé­lande à battre pour al­ler aux J.O. Nous, c’est autre chose. Tu as dix équipes qui sont com­pé­ti­tives et qui peuvent ga­gner le cham­pion­nat d’Eu­rope. En plus, quand l’Eu­ro pré­cède les Jeux, tous les joueurs NBA viennent pour re­mon­ter le ni­veau. Dirk No­witz­ki signe son re­tour avec l’Al­le­magne, par exemple. Ça va être un gros cham­pion­nat d’Eu­rope ! On s’est par­lé, je lui ai en­voyé un pe­tit tex­to pour le fé­li­ci­ter. Il me di­sait qu’il était éton­né que je joue en­core pour la France mais je lui ai ré­pon­du que je n’avais pas le choix. Je me fe­rais tuer si je ne ve­nais pas ! Et je pense que c’est la même chose pour lui. Ce se­ra sym­pa de le voir jouer. C’est l’un des meilleurs bas­ket­teurs eu­ro­péens de l’his­toire et ce se­ra cer­tai­ne­ment la der­nière fois qu’on le ver­ra avec le maillot de l’Al­le­magne.

MB : Tu le si­tues où dans ta hié­rar­chie des meilleurs joueurs eu­ro­péens ?

T.P. : C’est le meilleur poste 4 pour moi. Après, j’hé­site entre Ar­vy­das Sa­bo­nis et Pau Ga­sol au poste de pi­vot. Pour le poste 3, je met­trais To­ni Ku­koc car il a ga­gné trois titres NBA. Sur le poste 2, je re­tiens Dra­zen Pe­tro­vic.

MB : Et sur le poste de meneur ?

T.P. : Sans com­men­taires ! (Rires)

MB : Un « back-to-back » à l’Eu­ro se­rait-il la plus grosse per­for­mance du bas­ket fran­çais ?

T.P. : Oui. Mais ce se­ra le plus dur !

MB : Un mot sur les Spurs, très ac­tifs sur le mar­ché es­ti­val (ar­ri­vées de LaMar­cus Al­dridge et Da­vid West, pro­lon­ga­tions de Tim Dun­can, Kaw­hi Leo­nard et Ma­nu Gi­no­bi­li) ?

T.P. : Les Spurs ont fait un gros re­cru­te­ment. (Sou­rire) C’est le moins qu’on puisse dire ! Là aus­si, on joue­ra le titre. On a une grosse équipe. J’es­père qu’on va bien com­men­cer avec les Bleus, bou­cler l’été sur une bonne note. Comme ça, j’ar­ri­ve­rai avec une éner­gie po­si­tive pour la re­prise à San An­to­nio.

MB : Ton lea­der­ship aux Spurs a trans­pi­ré au sein des Bleus. Com­ment ta culture de la gagne aux USA s’est-elle trans­mise chez les Bleus ?

T.P. : Ma pas­sion, ma rage et ma dé­ter­mi­na­tion à ga­gner des titres ont dé­teint sur tout le monde. Avec les San An­to­nio Spurs, on en­tre­tient la culture de la gagne. J’ai es­sayé de la trans­mettre à l’équipe de France. Ç’a pris du temps mais pe­tit à pe­tit, on a pro­gres­sé. Main­te­nant, on est ré­gu­liers dans nos ré­sul­tats : bronze, ar­gent, or, Mon­dial, J.O. C’est là où il faut être ré­gu­lier. Dans les ré­sul­tats. C’est comme ça que naît une grande équipe.

« C’est l’équipe la plus forte de toute l’his­toire du bas­ket fran­çais »

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