PA­ROLES DE CA­PI­TAINE

« CAP­TAIN BO­BO » A LE SOU­RIRE. COMME TOU­JOURS. IL SE BO­NI­FIE AU FIL DES COM­PÉ­TI­TIONS ET PLUS IL MONTE VERS LES SOM­METS, PLUS IL EST PRÉ­SENT. TOUT LÀ-HAUT, SUR LE TOIT DE L’EU­ROPE, IL JETTE UN RE­GARD PO­SÉ SUR LA COM­PÉ­TI­TION DE SA CAR­RIÈRE. L’EU­RO EN FRANCE

Mondial Basket - - Édito -

MON­DIAL BAS­KET : Ca­pi­taine, dans quel état d’es­prit te trouves-tu à quelques se­maines de dis­pu­ter l’Eu­ro en France ?

Bo­ris DIAW : Pour la mo­ti­va­tion, y’a pas de pro­blème. Si là, on n’est pas mo­ti­vés, c’est qu’il y a un sou­ci ! Tout le monde est à bloc. Il y a énor­mé­ment de pres­sion. Ça, on le sait. On em­brasse la pres­sion, on est contents. C’est ce qu’on vou­lait : or­ga­ni­ser un cham­pion­nat d’Eu­rope en France. On l’a. C’est un peu la com­pé­ti­tion de notre car­rière car ce­la fait des an­nées qu’on rêve de jouer de­vant notre pu­blic. On est contents de su­bir cette pres­sion car ce sont ces mo­ments-là qui sont im­por­tants dans le bas­ket. Dé­sor­mais, il va fal­loir ré­pondre aux at­tentes. On est prêts. On sait que ce se­ra dif­fi­cile. On est cham­pions d’Eu­rope en titre, donc il fau­dra être à 200 %. On se pré­pare à ça en étant hy­per mo­ti­vés.

MB : La poule dans la­quelle vous tom­bez au 1er tour de­vrait tout de suite vous mettre en confiance. Qu’en penses-tu ?

B.D. : Ça peut être un 1er tour dan­ge­reux. Il ne faut pas se re­po­ser sur nos lau­riers et il ne faut prendre per­sonne à la lé­gère. Il faut at­ta­quer cet Eu­ro du mieux pos­sible. Dans ce genre de com­pé­ti­tion - il y a un titre à dé­fendre et on joue à la mai­son -, il faut être at­ten­tif tout le temps. En ce qui concerne nos ad­ver­saires, la Rus­sie se­ra l’un des plus dan­ge­reux (ndlr: in­ter­view réa­li­sée avant que sa par­ti­ci­pa­tion à l’Eu­ro

« Le mo­ment où l’équipe de France joue le mieux, c’est quand deux gé­né­ra­tions se croisent »

ne soit re­mise en cause). La Fin­lande joue très bien, on a per­du contre eux. C’est une équipe re­dou­table car elle pos­sède de gros shoo­teurs. Il y a aus­si des for­ma­tions qui ont un gros pas­sé bas­ket comme Is­raël, qui est tou­jours à fond, ou la Po­logne, qui peut être as­sez tech­nique et sur­pre­nante. Il faut faire gaffe !

MB : Dans les gros mor­ceaux qui vous at­tendent en 8es de fi­nale, qui re­doutes-tu ?

B.D. : Il fau­dra faire at­ten­tion à l’Es­pagne et à la Ser­bie. Ce sont les deux fa­vo­ris avec l’équipe de France. L’Es­pagne reste l’Es­pagne, même sans quelques pi­liers de la sé­lec­tion comme Marc Ga­sol… La Ser­bie nous a bat­tus en de­mi-fi­nales de la Coupe du monde l’an pas­sé et elle est vi­ce­cham­pionne du monde en titre. Qui se­ra 4e dans le groupe B ? Ça peut être l’Al­le­magne, qui joue­ra chez elle, tout comme l’Ita­lie qui dé­place ses meilleurs joueurs.

MB : Le fait qu’il y ait au­tant de joueurs NBA en équipe de France est-il un avan­tage ?

B.D. : Je ne fais pas de dif­fé­rence. Joueur NBA ou non, ce­la im­porte peu. Au vu de sa sai­son en Eu­ro­ligue, tu te doutes qu’un Nan­do De Co­lo va ar­ri­ver bien plus fort à l’Eu­ro que s’il était res­té en NBA. Pa­reil pour un joueur comme Tho­mas Heur­tel qui car­tonne en Tur­quie.

MB : La pro­gres­sion du sec­teur in­té­rieur et no­tam­ment des jeunes va-t-elle te per­mettre de t’écar­ter un peu plus ?

B.D. : Le but est d’avoir la meilleure équipe pos­sible et non d’en­trer en com­pé­ti­tion entre nous. On ne va pas se plaindre d’avoir des pi­vots qui pro­gressent… Que les jeunes prennent du ga­lon, c’est tout bé­nef’ pour l’équipe de France. C’est très bien. Cha­cun pro­gresse, donc le groupe pro­gresse, comme il le fait de­puis plu­sieurs an­nées. C’est de bon au­gure pour la suite. Après, il ne faut pas se re­po­ser là­des­sus. Ce se­ra un com­bat, quoi qu’il ar­rive. Même si in­di­vi­duel­le­ment, les joueurs sont de plus en plus forts, au bout d’un mo­ment, il faut al­ler au char­bon.

MB : Com­ment vois-tu de­puis des an­nées main­te­nant la mon­tée en puis­sance des jeunes gé­né­ra­tions en équipe de France ?

B.D. : C’est ce qu’il nous faut. Le mo­ment où l’équipe de France joue le mieux, c’est quand deux gé­né­ra­tions se croisent. On dis­pose à la fois de la sa­gesse, du re­cul et de l’ex­pé­rience des an­ciens et de la fougue, du peps et de la di­men­sion ath­lé­tique qu’ap­portent les plus jeunes. Un ex­cellent cock­tail !

MB : Quelle est ta concep­tion de ton rôle de ca­pi­taine ?

B.D. : La re­la­tion est saine avec les joueurs. On a un bon groupe, un groupe in­tel­li­gent qui com­prend les en­jeux. C’est aus­si pour ce­la qu’on a réus­si à faire des per­for­mances ces der­nières an­nées. Parce que tout le monde est sur la même lon­gueur d’ondes. Tout le monde connaît les sa­cri­fices qu’il faut faire pour ga­gner des matches et des titres. Avec le staff, c’est la même chose. Cet en­ca­dre­ment met tout en oeuvre pour que l’équipe soit dans les meilleures condi­tions pos­sibles.

MB : A par­tir de quel mo­ment as-tu res­sen­ti un dé­clic dans cette équipe de France ?

B.D. : Ça s’est fait pe­tit à pe­tit. Il y a peut-être eu quelques fausses notes mais j’ai l’im­pres­sion qu’on ne fait que pro­gres­ser de­puis que je suis en équipe de France. J’ai dé­bu­té en 2003, on fi­nit 4e de l’Eu­ro en Suède. On ne se qua­li­fie pas pour les J.O. d’Athènes mais c’est là qu’on com­mence à construire. Dès 2004. On a pour­sui­vi l’aven­ture avec tous les joueurs qui se sont vrai­ment mo­bi­li­sés et on est re­par­tis sur des qua­lifs. On est al­lés au com­bat, on a dé­cro­ché le bronze à l’Eu­ro 2005. C’était dé­jà énorme. L’Eu­ro 2007 fut dif­fi­cile et cruel. Nous nous fai­sons éli­mi­ner en quarts de fi­nale, d’un point, par la Rus­sie, fu­ture cham­pionne d’Eu­rope… Avec du re­cul, il y avait tout de même une pro­gres­sion du groupe France dans son en­semble. En­suite, on a conti­nué d’évo­luer.

MB : L’Eu­ro 2011 en Li­tua­nie et cette mé­daille d’ar­gent vous ont-ils dé­com­plexés ?

B.D. : On n’était pas en­core prêts à ga­gner. On était hy­per contents après la de­mi-fi­nale contre la Rus­sie, on était trop eu­pho­riques. C’est pour ça qu’on perd en fi­nale contre les Es­pa­gnols. Mais avec cette ex­pé­rience, on gagne en 2013 !

MB : Ve­nir en équipe de France tous les étés, n’est-ce pas, fi­na­le­ment, la meilleure pré­pa­ra­tion pour ta sai­son NBA ?

B.D. : Com­plè­te­ment et je le dis de­puis ma pre­mière an­née en NBA. Hon­nê­te­ment, je ne l’ima­gine même pas au­tre­ment. Je pro­gresse avec des matches, du jeu, du col­lec­tif. Après, toutes les per­sonnes sont dif­fé­rentes… Je com­prends que cer­tains veuillent se concen­trer sur leur sai­son et s’en­traî­ner seuls. Moi, je me sens mieux en jouant contre les meilleures équipes eu­ro­péennes tout l’été.

MB : To­ny Par­ker a dé­cla­ré qu’il ar­rê­te­rait après les J.O. de Rio en 2016. Vas-tu le suivre ?

B.D. : Je joue­rai jus­qu’à ce que l’on me vire, qu’ils éteignent la lu­mière ou qu’il n’y ait plus de gar­dien ! (Rires) Sé­rieu­se­ment, je ne vais pas m’avan­cer, je n’en sais rien. Pour l’ins­tant, ça va. De­main, on ver­ra !

MB : Ver­ra-t-on la meilleure équipe de France de tous les temps dans cet Eu­ro 2015 ?

B.D. : Ce n’est pas à moi de le dire. Il faut jouer. Ce qui ap­pa­raît sur le pa­pier, ce n’est rien. Un back-to-back se­rait fa­bu­leux ! C’est l’ob­jec­tif pre­mier.

« Je joue­rai jus­qu’à ce que l’on me vire, qu’ils éteignent la lu­mière ou qu’il n’y ait plus de gar­dien ! »

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