F. PIETRUS

LE DOYEN DE L’ÉQUIPE DE FRANCE N’EST JA­MAIS RAS­SA­SIÉ. FLO PIETRUS EN VEUT TOU­JOURS PLUS ET IL EST PRÊT AU SA­CRI­FICE. À L’AP­PROCHE DE SA 200E SÉ­LEC­TION, LE CA­PI­TAINE DE LA DÉ­FENSE BLEUE PASSE À L’AT­TAQUE !

Mondial Basket - - Édito -

« CHEZ LES BLEUS, ON LAISSE LES EGOS DE CÔ­TÉ »

MON­DIAL BAS­KET : Flo, tu vas at­teindre la barre des 200 sé­lec­tions en équipe de France. Que re­pré­sente pour toi ce chiffre ex­tra­or­di­naire ?

Florent PIETRUS : C’est une barre my­thique que peu de joueurs ont at­teinte. Ça prouve ma lon­gé­vi­té mais aus­si l’amour que j’ai pour ce maillot bleu. Je pense que je se­rai très ému le jour où j’ho­no­re­rai cette 200e sé­lec­tion…

MB : Com­ment juges-tu l’évo­lu­tion de l’équipe de France de­puis une quin­zaine d’an­nées et ton ar­ri­vée ?

F.P. : J’ai vu l’équipe de France évo­luer. On est par­tis de très bas et main­te­nant, on est en train de ré­col­ter le fruit de notre tra­vail. Il y a eu des mo­ments com­pli­qués mais on a su ap­prendre de nos dé­faites, on s’est re­le­vé et on a avan­cé. Quand tu as ga­lé­ré pour ob­te­nir un truc et que tu fi­nis par ga­gner, tu sa­voures en­core plus !

MB : A quel mo­ment l’état d’es­prit de cette équipe a-t-il chan­gé ? Quand avez-vous com- pris ou sen­ti que vous pou­viez ga­gner ?

F.P. : On a sou­vent été bar­ré par l’Es­pagne mais chaque an­née, on voyait qu’on ré­dui­sait la marge qui nous sé­pa­rait. On n’était pas loin de cette équipe qui do­mi­nait l’Eu­rope, voire le monde. Chaque an­née, on les jouait et chaque an­née, on sa­vait qu’on n’était plus vrai­ment loin. Ces ex­pé­riences ont fait qu’on a pris confiance, jus­qu’à les battre.

MB : On te dé­crit comme le ca­pi­taine de la dé­fense bleue. Ex­plique-nous com­ment tu la di­riges…

F.P. : La dé­fense, c’est une ques­tion de vo­lon­té. C’est un état d’es­prit et en équipe de France, nous avons cet état d’es­prit. Tout le monde peut dé­fendre mais s’il faut quel­qu’un pour ti­rer les autres, en­traî­ner le groupe der­rière lui, don­ner le ton, je suis là. J’aime bien ce sur­nom « Cap­tain Dé­fense ». Ça aide l’équipe à avan­cer.

MB : L’évo­lu­tion du bas­ket fait qu’il y a de plus en plus de joueurs grands et po­ly­va­lents, no­tam­ment à ton poste. Tu as une taille plu­tôt moyenne pour ce rôle (2,01 m). Com­ment fais­tu pour com­pen­ser ?

F.P. : Je com­pense par l’éner­gie et la ra­pi­di­té. Il faut aus­si être ma­lin ! J’es­saie dé­jà d’em­pê­cher mon ad­ver­saire de re­ce­voir la balle et s’il la re­çoit, mon rôle est de le mettre dans une si­tua­tion in­con­for­table. Le truc ma­lin, c’est aus­si de l’em­pê­cher de res­pi­rer.

MB : Tu es le joueur le plus âgé de cette équipe de France (34 ans), com­ment te com­portes-tu avec les « ga­mins » ?

F.P. : J’ai un rôle de lea­der et de grand frère. Les jeunes nous fa­ci­litent énor­mé­ment le tra­vail car ils ar­rivent avec beau­coup d’hu­mi­li­té. Ils savent que l’équipe de France, c’est une fa­mille et un groupe de co­pains. En équipe de France, on laisse

les egos de cô­té ! On vient pour ga­gner quelque chose. Quand les matches im­por­tants ar­rivent, il faut leur par­ler. Ils sont par­fois un peu in­cons­cients, il suf­fit de les re­gar­der. Ils sont de­man­deurs, donc c’est fa­cile pour moi d’al­ler vers eux. On est vrai­ment ou­vert. L’équipe de France, c’est une fa­mille, des potes, on ne voit pas les dif­fé­rences d’âge.

MB : Sur cet Eu­ro, vos deux prin­ci­paux concur­rents se­ront l’Es­pagne et la Ser­bie. Com­ment pou­vez-vous les battre ?

F.P. : Il ne faut né­gli­ger au­cun ad­ver­saire. Il y a l’Es­pagne et la Ser­bie mais aus­si beau­coup d’autres équipes dan­ge­reuses. Elles joue­ront une qua­li­fi­ca­tion pour les Jeux Olym­piques de Rio. La France a été plu­sieurs fois dans la po­si­tion

consis­tant à chas­ser le fa­vo­ri. Là, on se­ra les chas­sés. A nous de ne pas faire ce que les autres équipes ont fait chez elles ou quand elles étaient dans la po­si­tion du fa­vo­ri. Le plus im­por­tant est de prendre tous les matches comme si c’étaient les der­niers. Ça veut dire les jouer à 200% et gar­der l’ap­pé­tit en dé­fense.

MB : Ta gé­né­ra­tion, celle que l’on ap­pelle « la gé­né­ra­tion Par­ker », pas­se­ra le re­lais après les J.O. de Rio en 2016. Com­ment res­sens-tu

cette pas­sa­tion de pou­voirs ?

F.P. : On s’est ef­fec­ti­ve­ment fixé Rio comme ob­jec­tif fi­nal mais pour l’ins­tant, il y a cet Eu­ro de­vant nous. C’est notre pre­mier ob­jec­tif. Le seul qui oc­cupe notre es­prit pour l’ins­tant. La gé­né­ra­tion Par­ker par­ti­ra, quoi qu’il ar­rive, la tête haute parce que der­rière, il y a une autre gé­né­ra­tion qui est prête à prendre la re­lève. Ça au­ra été une aven­ture for­mi­dable. Je res­te­rai tou­jours proche de l’équipe de France.

MB : Le fait d’avoir dis­pu­té le cham­pion­nat de France avec Nan­cy t’a-t-il mis dans la tête toute la sai­son que tu al­lais jouer « l’Eu­ro de ta vie » à do­mi­cile ?

F.P. : Oui. Tout le temps, tout le monde - la presse, les fans, les ad­ver­saires - m’en par­lait. On se di­sait : « Ren­dez-vous en sep­tembre ! » Je suis conscient de tout ce­la et je suis im­pa­tient d’y être.

« Le plus im­por­tant est de prendre tous les matches comme si c’étaient les der­niers. Ça veut dire les jouer à 200% et gar­der l’ap­pé­tit en dé­fense »

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