DRAY­MOND GREEN L’ENER­GI­ZER VOIT TRIPLE !

SOUS SES AIRS DE FOO­TEUX AMÉ­RI­CAIN SANS AR­MURE, « DRAYMAGIC » IN­CARNE LE JEU ET L’ES­PRIT DE CHAM­PIONS QUA­SI IN­VIN­CIBLES. DRAY­MOND GREEN N’EST PAS UN JOUEUR DE SYS­TÈME, IL EST LE SYS­TÈME. IL EST LE CAR­BU­RANT, LE COEUR ET LE LEA­DER VO­CAL DE GOL­DEN STATE. L’

Mondial Basket - - New Star -

Les ré­seaux so­ciaux fré­tillent. Entre « likes » et « fol­lo­wers », Dray­mond Green ex­plose tout. Et pas seule­ment sur le ter­rain. « Ma mère m’a ap­pe­lé pour me dire que je dé­chi­rais grave sur Fa­ce­book et Twit­ter. Je ne prends rien pour ac­quis mais c’est in­croyable… Je ne suis pas gour­mand mais voir les fans re­con­naître mon bou­lot, c’est très gra­ti­fiant. » La cote du po­wer des cham­pions en titre (26 ans en mars) n’en fi­nit plus de grim­per. Les votes pour le All-Star Game tra­duisent gé­né­ra­le­ment le choix du coeur. Ce­lui des su­per­stars, des top sco­reurs. On plé­bis­cite ra­re­ment un cou­teau suisse ca­pable d’ali­gner les tri­ple­doubles (« DrayMagic » a éga­lé le re­cord de la fran­chise, dé­te­nu par Tom Gola et vieux de 56 ans, avec 3 « TD » consé­cu­tifs) et de faire le sale bou­lot dans une équipe qui brille un peu plus que les autres sous la ba­guette de son MVP, chou­chou de l’Amé­rique, comme l’est Ste­phen Cur­ry. Green par­tait de loin. Ce beau bé­bé de tout juste deux mètres (2,01 avec les snea­kers pour être pré­cis), draf­té au 2e tour (35e) en 2012 à sa sor­tie de Mi­chi­gan State, avait seule­ment la ré­pu­ta­tion d’être un su­per dé­fen­seur. Au­jourd’hui, il sur­classe tous les ai­liers forts avec ses 7.4 passes, ses 9.5 re­bonds et ses 14.5 points, moyenne sé­dui­sante qui ali­mente de fan­tas­tiques triple-doubles, en­chaî­nés soir après soir. Le fait même de conver­ser sur une pre­mière sé­lec­tion All-Star ne pou­vait que l’inspirer (il a fi­ni 5e à l’Ouest dans la ca­té­go­rie « Front­court »). Le na­tif de Sa­gi­naw, dans le Mi­chi­gan, est aty­pique. Grande gueule, pe­tit, cos­taud mais tou­chant. « Dans cette Ligue, on m’a tou­jours dit que ce que tu fai­sais, ce n’était pas pour toi mais pour les gars qui te suc­cè­de­ront. C’est quelque chose que je prends à coeur. » Il est vrai que son sta­tut va ou­vrir de nou­velles portes et sû­re­ment fer­mer la bouche de ceux qui n’avaient ja­mais cru en lui. « Ça m’a sui­vi toute ma car­rière. On di­sait que j’étais trop pe­tit, pas as­sez fort, on se de­man­dait quel était vrai­ment mon poste… C’est dif­fi­cile d’ef­fa­cer tous ces pré­ju­gés.

Mais je suis quel­qu’un de très confiant et j’ai tou­jours été comme ça. J’ai foi en moi. Dire que je croyais à la NBA et au titre se­rait men­tir. C’est quelque chose dont j’avais tou­jours rê­vé mais je ne pou­vais pas ima­gi­ner réa­li­ser ce qui se pas­sait dans mes rêves les plus fous. J’avais dé­jà dit à mon re­pré­sen­tant Nike, Adrian Stel­ly, lors de ma deuxième sai­son pro, que je se­rais All-Star. On est très proches, on parle de tout. Je sa­vais que c’était une réelle pos­si­bi­li­té. J’ai bos­sé pour y ar­ri­ver », ra­conte-t-il au­jourd’hui. Luke Wal­ton, le coach in­té­ri­maire, aime rap­por­ter qu’à son ar­ri­vée chez les War­riors, il sa­vait que Green était un ex­cellent role player qui pou­vait de­ve­nir All-Star. Sans y croire né­ces­sai­re­ment. « Il mé­rite à 100% d’être All-Star, dit au­jourd’hui le rem­pla­çant de Steve Kerr. Il réa­lise tout ce que vous at­ten­dez d’un bas­ket­teur. Il joue dur tous les soirs. C’est un ou­vrier qua­li­fié : il passe, il dribble, il tire, il prend des re­bonds, il dé­fend, il se sa­cri­fie pour l’équipe… Il in­carne le tra­vail. » Après avoir dé­cro­ché 80 mil­lions de dol­lars sur 5 ans, Green s’était fixé plu­sieurs ob­jec­tifs. Des plus cru­ciaux. Il n’a pas seule­ment re­mis sa bague en jeu. A titre per­son­nel, son but était de de­ve­nir All-Star. Cette sai­son, il se sent de mieux en mieux, éten­dant sa po­ly­va­lence.

« DRAYMAGIC » EST LE MEILLEUR PAS­SEUR DES WAR­RIORS

C’est sur le Net que Dray­mond conti­nue de vivre son rêve. Par l’in­ter­mé­diaire de ce sur­nom, « DrayMagic », don­né pom­peu­se­ment par Isiah Tho­mas qui lui a, pour une fois, cloué le bec ! Ma­gic John­son a ef­fec­tué, comme lui, ses études à Mi­chi­gan State. Comme lui, le me­neur lé­gen­daire des La­kers était un pas­seur de fo­lie et le roi du triple-double. « J’ai vu une image où l’on com­pa­rait notre ma­nière de pas­ser et j’ai vou­lu la pos­ter sur Ins­ta­gram. Et puis fi­na­le­ment, je ne l’ai pas fait. Je l’ai gar­dée pour moi car elle me mo­tive », confie le n°23 des War­riors. Ouf ! Green est non seule­ment le meilleur pas­seur de l’équipe cham­pionne en titre mais aus­si le lea­der de la Ligue aux triple-doubles (8*), le lea­der d’une dé­fense qui est au­jourd’hui la cin­quième plus her­mé­tique de NBA et ac­ces­soi­re­ment le seul gars du cinq ca­li­for­nien à avoir dis­pu­té tous les matches. Quand Steph Cur­ry n’est pas là, comme ce fut le cas par deux fois, Dray­mond se dé­mul­ti­plie. Sur ces deux matches, il a cu­mu­lé 30 passes dé­ci­sives. On ap­pelle ça des « play­ma­king skills » ! Avec des stats pa­reilles, il pour­rait, en plus d’être

« Il réa­lise tout ce que vous at­ten­dez d’un bas­ket­teur. Il joue dur tous les soirs. C’est un ou­vrier qua­li­fié : il passe, il dribble, il tire, il prend des re­bonds, il dé­fend, il se sa­cri­fie pour l’équipe. Il in­carne le tra­vail »

Luke Wal­ton

All-Star, concou­rir pour tous les awards de la sai­son ré­gu­lière. Pour l’en­fant de Sa­gi­naw, il n’y a rien de plus flat­teur que d’être com­pa­ré à Ma­gic John­son. Les deux hommes se connaissent et s’ap­pré­cient mais Dray­mond reste mo­deste. A juste titre car la com­pa­rai­son est en­core dés­équi­li­brée (et un brin dé­pla­cée). Le jeu de Green a pris du vo­lume. Il s’est vu res­pon­sa­bi­li­ser beau­coup plus dans la créa­tion du jeu. Ses al­leyoops sont de­ve­nus des clas­siques, tout comme les li­ber­tés qu’il prend en contre-at­taque. « J’ai de plus en plus le bal­lon en mains, com­mente l’in­té­res­sé. J’ob­serve com­ment mes co­équi­piers se dé­placent et se dé­marquent et c’est là que je me trans­forme en play­ma­ker. Tout dé­pend aus­si de nos ad­ver­saires et de la fa­çon dont ils dé­fendent sur Steph (Cur­ry). Les coaches me laissent plus de li­ber­té pour créer. Ça se joue au fee­ling. Je sais quand je dois pous­ser la balle à pleine vi­tesse et quand je dois tem­po­ri­ser un peu plus, lais­ser les es­paces s’ou­vrir. Parce qu’il y au­ra tou­jours une ou­ver­ture. Il faut sim­ple­ment lais­ser le temps à la dé­fense de se faire pié­ger… Une contre-at­taque ne doit pas for­cé­ment être jouée à pleine vi­tesse, ça peut aus­si être bien de tem­po­ri­ser. » En 79 matches la sai­son der­nière, Green avait réa­li­sé 291 passes. En 42 matches cette an­née, il en était à 312. « Il joue comme un grand ar­rière, re­mar­quait le me­neur rem­pla­çant Shaun Li­ving­ston. Il existe quelques centres qui peuvent pas­ser le bal­lon mais ils ne peuvent pas se dé­pla­cer de la fa­çon dont lui se dé­place. » Qua­si­ment tout ce que Green réa­lise sur le ter­rain rend son équipe meilleure. Et il est clai­re­ment un dé­fen­seur hors pair. Dray­mond main­tient ses ad­ver­saires à 39% aux tirs et il peut dé­fendre sur n’im­porte qui. Les War­riors sont presque in­vin­cibles quand il oc­cupe le poste cinq.

« Dray­mond est en quelque sorte l’âme de l’équipe. Nous nous nour­ris­sons de son éner­gie » Ste­phen Cur­ry

LE MEILLEUR PO­SEUR D’ÉCRANS DE NBA

Ste­phen Cur­ry a ob­te­nu un énorme cré­dit pour les suc­cès his­to­riques des War­riors cette sai­son (39-4 au 22 jan­vier). A juste titre. Beau­coup ont ou­blié que Dray­mond Green était le deuxième joueur le plus utile de l’équipe. Ce n’est pas un joueur de sys­tème, il EST le sys­tème. Il est le car­bu­rant, le coeur et le lea­der vo­cal de la « Dub Na­tion ». Il y a une rai­son pour la­quelle Steve Kerr l’avait dé­si­gné ti­tu­laire la sai­son der­nière au dé­tri­ment du All-Star Da­vid Lee. Green avait chan­gé le jeu. Chaque équipe veut un poste 4 qui s’écarte mais rares sont ceux qui sont adroits et qui dé­fendent. Lui rem­plit cette tâche. C’est aus­si le se­cret de la constance des War­riors. Mais les « vraies » stats de Dray­mond sont celles qui ne fi­gurent pas sur les ta­blettes of­fi­cielles : son pla­ce­ment, ses écrans (d’une qua­li­té rare), ses shoots au buz­zer. Son abat­tage de role player est unique. Ce sale bou­lot n’est pas cen­sé don­ner une étoile de All-Star. Green le fait si bien que ce­la lui offre un sta­tut de ve­dette, avec un im­pact ma­jeur. Sous ses airs de foo­teux amé­ri­cain sans ar­mure, Dray­mond est le par­te­naire idéal pour les ar­rières. Un po­seur d’écrans sans équi­va- lence à l’heure ac­tuelle dans la Ligue. « Je pense être l’un des meilleurs, oui. Il s’agit d’abord de bien connaître ses co­équi­piers et leurs ha­bi­tudes. Et puis en­suite, il faut connaître les angles. Quel angle tu veux lais­ser au co­équi­pier pour qui tu poses l’écran. Avec Steph (Cur­ry), il faut for­cer le dé­fen­seur à prendre plus de temps. Et Steph a be­soin de quelques cen­ti­mètres pour dé­clen­cher son tir. » Steve Kerr, son coach, s’en­thou­sias­mait ré­cem­ment : « Dray­mond est une perle rare ! Il fait tout bien. Et il fait ce que les autres ne font pas. »

LE MO­TEUR ÉMO­TION­NEL DES WAR­RIORS

Green est le mo­teur émo­tion­nel des War­riors. Il per­met d’at­teindre l’équi­libre entre l’hu­mi­li­té d’un Ste­phen Cur­ry (qui au­rait de quoi se la ra­con­ter) et l’ap­proche hy­per réa­liste d’un An­drew Bo­gut. Andre Iguo­da­la se­rait plu­tôt le fi­let de pro­tec­tion, ce­lui qui garde la dé­fense sous contrôle quand elle com­mence à lâ­cher du mou. Green est ce­lui qui four­nit l’éner­gie émo­tion­nelle, qui ob­tient que tout le monde se donne à fond, qui hurle, qui ra­meute, qui mo­bi­lise. Dray­mond court, passe, dunke, pose des écrans, tire à 3 points, dé­fend. Et mal­gré son jeu phy-

sique et son trash-tal­king, il n’est ja­mais im­pli­qué dans des in­ci­dents en de­hors des par­quets. « Il est aus­si im­por­tant dans le jeu que n’im­porte quel autre gars de l’équipe, ex­plique Ste­phen Cur­ry. Il y a toutes ces choses qu’il sait faire. Mais c’est éga­le­ment la prin­ci­pale voix du ves­tiaire. J’es­saie de di­ri­ger le groupe moi aus­si mais Dray­mond est en quelque sorte l’es­prit et l’âme de Gol­den State et nous nous nour­ris­sons de son éner­gie. » La grande gueule du ves­tiaire ca­li­for­nien, c’est lui. « Si vous avez une dis­cus­sion à pro­pos de frites ou de sau­cisses, il s’ar­ran­ge­ra pour être cer­tain que vous connais­siez son opi­nion à ce su­jet », s’amu­sait Andre Iguo­da­la. Qui pour­rait rem­pla­cer Green chez les All-Stars au même poste, avec les mêmes com­pé­tences ? Blake Grif­fin ? Il n’est pas as­sez dé­fen­seur. Kaw­hi Leo­nard ? Il n’a pas son cha­risme. An­tho­ny Da­vis ? Il n’est pas pas­seur et pas aus­si ra­pide. Paul Mill­sap ? Pas aus­si bien ti­reur. LaMar­cus Al­dridge ? Pas aus­si po­ly­va­lent. Il y a du Bo­ris Diaw des grands jours dans le jeu du n°23. Le seul qui cu­mule tous les cri­tères est en réa­li­té LeB­ron James him­self. En­core que… Le « King » ne sup­por­te­rait pas de jouer sans bal­lon ou de se mettre en ré­serve comme le fait par­fois Green en s’ef­fa­çant. Les War­riors joue­raient-ils mieux si vous rem­pla­ciez Dray­mond par l’un de ces gars ? Ils se­raient certes plus forts in­di­vi­duel­le­ment mais l’équipe ne se­rait sû­re­ment pas aus­si équi­li­brée. In­vi­té au camp du Team USA l’été der­nier, Green a pu me­su­rer le fos­sé qui le sé­pa­rait en­core des mé­ga stars NBA. Ce­la lui a per­mis de ca­na­li­ser son éner­gie de chien fou, de ga­gner en confiance (si c’était né­ces­saire) et de com­prendre qu’il pou­vait pro­gres­ser, en­core et tou­jours. « J’ai beau­coup ap­pris. Quand tu es au con­tact de tous ces gars, tu vois com­ment ils tra­vaillent. Il y a des mecs qui sont à la salle dès 8h du ma­tin quand l’en­traî­ne­ment est à 10h. Et puis tu réa­lises si tu tra­vailles suf­fi­sam­ment ou si tu dois en faire plus. Quand on joue contre meilleur que soi, on pro­gresse tou­jours. C’était dé­jà vrai quand j’étais en­fant et que je jouais contre des adultes. » *La sai­son pas­sée, le me­neur d’ Ok­la­ho ma Ci­ty Rus­sell W est brook avait fin in °1 avec 11 triple-doubles. En 2007 et 2008, Jas on Kidd en avait si­gné 12 et 13. Puis on trouve les 15 de Mi­chael Jor­dan, les 16 de Fat Le­ver et les 17 de Ma­gic John­son. Loin der­rière les 31 de Wilt Cham ber­lain et les 41 d’ Os­car Ro­bert son…

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