K. LEO­NARD EN PA­TRON

UN ALL-STAR QUI BRILLE À L’OMBRE

Mondial Basket - - Vu Sur Internet -

Lui, pour le faire par­ler, vous lui don­nez un bal­lon ! Plus que des mots, des ad­jec­tifs ou des verbes, Kaw­hi Leo­nard, vé­ri­table ca­ta­ly­seur des Spurs aux deux ex­tré­mi­tés du par­quet, cause avec ses in­ter­cep­tions, ses blocks, ses re­bonds, ses jumps et ses dunks. Le jeu of­fen­sif de « The Claw » (la Griffe) a pris une nou­velle di­men­sion cette sai­son avec le tir à 3 points. Son pour­cen­tage (49.5%) le pro­pul­sait en tête de la NBA. Il sem­ble­rait pour­tant que dans son at­ti­tude, rien n’ait chan­gé. Si­len­cieux est Kaw­hi (24 ans), si­len­cieux Kaw­hi res­te­ra ! « Avant chaque match, je lui rap­pelle que ce qui fait les grands joueurs, c’est la consis­tance, la du­re­té, la den­si­té, ex­plique son coach, Gregg Po­po­vich. La plu­part des joueurs ne savent même pas ce que si­gni­fie cette res­pon­sa­bi­li­té de tous les soirs. » « Pop » parle tout le temps. Leo­nard ré­pond gé­né­ra­le­ment d’un bref « Ouais » ou « J’ai com­pris ». « Quand je lui parle, il se­coue juste la tête. Il ne me ré­pond pas qu’il va faire ce­ci ou ce­la… », re­grette presque l’en­traî­neur texan. Leo­nard éco­no­mise sa sa­live. C’est comme ce­la qu’il a éle­vé son ni­veau : d’un joueur à fort po­ten­tiel, il est de­ve­nu un joueur d’élite tout en main­te­nant un pro­fil humble qui lui don­ne­rait presque des al­lures de nou­velle star non as­su­mée, alors qu’il a dé­cro­ché un sta­tut de All-Star (n°3 des votes dans le front­court à l’Ouest) et qu’il chal­lenge Ste­phen Cur­ry dans la course au titre de MVP. L’au­ra qui l’en­toure et les dé­bats sur une pos­sible cou­ronne de roi de la NBA en fin de sai­son ne le per­turbent pas. « Je n’y prête pas at­ten­tion, as­sure le cham­pion 2014. Je suis là pour ai­der mon équipe à ga­gner, c’est tout. Tant mieux si j’y ar­rive et que der­rière, les gens consi­dèrent que je mé­rite une ré­com­pense. »

UNE MEN­TA­LI­TÉ DE « WIN­NER »

Alors qu’il fai­sait par­tie, avec Mi­chael Jor­dan et Ha­keem Ola­ju­won, du club très res­treint des joueurs ayant cu­mu­lé titre de Dé­fen­seur de l’an­née et titre de MVP des Fi­nales, « Su­gar K » se dis­tingue donc, cette sai­son, par son pour­cen­tage der­rière l’arc. Du­rant toute sa car­rière, il avait bé­gayé der­rière la ligne (36.8%). Le all around player des Spurs car­bure à un rythme his­to­rique. Au­cun joueur, par exemple, n’a réus­si à tour­ner à 40% à 3 points sur une sai­son tout en réus­sis­sant 2 in­ter­cep­tions et 1 contre. Lui est en passe de le faire. Le dé­ve­lop­pe­ment de l’an­cien Az­tec de San Die­go State, choi­si en 15e po­si­tion de la draft 2011, est ré­gu­lier, sta­tis­ti­que­ment par­lant. Points, re­bonds, passes : tout est à la hausse pour sa cin­quième sai­son dans la grande Ligue. « Sa pro­gres­sion est éton­nam­ment co­hé­rente, s’en­thou­siasme Ma­nu Gi­no­bi­li. D’une constance in­croyable. Il est im­pres­sion­nant parce

que tout pa­raît fa­cile. T’es en plein match, tu re­gardes le ta­bleau et tu vois qu’il a dé­jà mar­qué 20 points et cap­té 8 re­bonds… » Leo­nard, lui, n’est pas sur­pris par son as­cen­sion. Parce qu’il a pris le temps de de­ve­nir meilleur. « J’ai tra­vaillé dur et pas seule­ment cet été. Je dis­pute ma cin­quième sai­son et c’est aus­si le fruit de quatre an­nées d’ex­pé­rience. Ça vient avec mon état d’es­prit. Il y a beau­coup de mecs qui font du rab à la salle et qui ne pro- gressent pas. Il faut être in­tel­li­gent, dé­ter­mi­ner vos fai­blesses et ne pas avoir peur de ten­ter des choses en match. » Kaw­hi dis­cute sou­vent de cette men­ta­li­té mais il ne donne pas plus de dé­tails. Il est clair qu’il a pris pos­ses­sion de ce rôle de sco­reur et de dé­fen­seur n°1 dans une constel­la­tion de stars à San An­to­nio. « Il veut être le meilleur pos­sible. Il sait qu’il doit être ro­buste tous les soirs. Quand il lui ar­rive de se plan­ter, il le sait. Je le lui dis, ça le dé­range. Ça, il ne le sup­porte pas… », com­mente « Pop ».

L’ÉTHIQUE DU TRA­VAILLEUR ACHAR­NÉ

Mike Bu­den­hol­zer, an­cien as­sis­tant de Po­po­vich au­jourd’hui coach des Hawks, a joué un rôle pré­pon­dé­rant. Il avait convain­cu l’en­traî­neur des Spurs de conclure le trade qui en­voya George Hill chez les Pa­cers afin de ré­cu­pé­rer Kaw­hi. Le tech­ni­cien d’At­lan­ta est bluf­fé par les pro­grès réa­li­sés par son « pou­lain ». « Tout est im­pres­sion­nant dans sa crois­sance de­puis trois ans. Dé­fen­si­ve­ment, il a tou­jours été spécial. Je suis épa­té de le voir prendre des res­pon­sa­bi­li­tés of­fen­sives, ten­ter des tirs dif­fi­ciles, créer du jeu… C’est une force ath­lé­tique phé­no­mé­nale pour un small for­ward. Il a vrai­ment gran­di. » L’ir­ré­sis­tible as­cen­sion de Leo­nard est le ré­sul­tat de l’as­so­cia­tion de plu­sieurs fac­teurs par­mi les­quels ses dons phy­siques im­menses et la tu­telle de Gregg Po­po­vich et de ses as­sis­tants, Chip En­gel­land et Chad For­cier. Mais elle est sur­tout le pro­duit de son tra­vail achar­né. Au ly­cée, Kaw­hi avait dé­ve­lop­pé une éthique lé­gen­daire. Il l’avait en­suite ex­por­tée à la fac, à San Die­go State. Il n’était pas rare de le voir dé­tour­ner les lampes de son dor­toir pour éclai­rer le ter­rain où, la nuit, il s’in­fli­geait des séances de shoots. To­ny Snell, le swing­man de Chi­ca­go, l’avait cô­toyé à l’époque du ba­hut, à la Martin Lu­ther King High School de Ri­ver­side, en Ca­li­for­nie. « Son éthique de tra­vail est ex­cep­tion­nelle parce qu’il a une men­ta­li­té à part. Il s’ap­plique sur les gestes qu’il doit bos­ser et s’amé­liore sur ceux qu’il ar­rive dé­jà à maî­tri­ser. » Gregg Po­po­vich ac­quiesce. Ab­né­ga­tion, in­ten­si­té et en­ga­ge­ment sont les ma­melles du jeu du n°2 texan. « Il est là 45 mi­nutes avant l’en­traî­ne­ment. Il fait des pe­tits tirs avec la planche, des tirs en sus­pen­sion, des shoots dans le cor­ner… C’est comme Larry Bird qui ve­nait ten­ter 200 shoots avant les matches. Et après l’en­traî­ne­ment, il bosse sa pro­duc­tion à 3 points. Il passe du temps sur le par­quet, il bosse vrai­ment dur… Par­fois, je m’énerve contre les as­sis­tants en leur di­sant qu’ils doivent l’ar­rê­ter. Sur­tout quand on a un match le soir-même. Il faut vrai­ment lui bot­ter le cul pour qu’il parte. Ça, c’est de l’éthique de tra­vail ! »

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