LE BA­RO­MÈTRE DES DE­TROIT PIS­TONS

LE BA­RO­MÈTRE DES PIS­TONS

Mondial Basket - - Vu Sur Internet -

À 23 ANS, ANDRE DRUM­MOND S’IM­POSE COMME L’UN DES MEILLEURS PI­VOTS DE LA NBA, AU POINT D’INS­CRIRE SON NOM AUX CÔ­TÉS DES PLUS GRANDES LÉ­GENDES COMME KA­REEM AB­DUL-JAB­BAR ET WILT CHAMBERLAIN. MEILLEUR RE­BON­DEUR DE LA LIGUE, ROI DU DOUBLE-DOUBLE, IL AS­PIRE LES BAL­LONS COMME LE GÉ­NIAL DEN­NIS ROD­MAN. MAIS LUI A DÉ­VE­LOP­PÉ SON JEU EN AT­TAQUE. DE QUOI SOR­TIR LES DE­TROIT PIS­TONS DE LA MI­SÈRE DANS LA­QUELLE ILS SONT EN­FON­CÉS DE­PUIS CINQ ANS. DES DEUX CÔ­TÉS DU TER­RAIN, TOUT COM­MENCE ET FI­NIT AVEC « DRE »…

De 1982 à 2009, les De­troit Pis­tons ont tou­jours en­voyé un re­pré­sen­tant au All-Star Game. Si le der­nier est Al­len Iver­son ( 2009, donc), vous n’avez pas ou­blié les Isiah Tho­mas, Joe Du­mars, Den­nis Rod­man, dignes re­pré­sen­tants des cé­lèbres « Bad Boys », puis Grant Hill et Jer­ry Stack­house. La gé­né­ra­tion sui­vante avait pris le pou­voir avec des gar­çons qui s’ap­pe­laient Ben Wal­lace, Chaun­cey Billups, Ri­chard Ha­mil­ton et Ra­sheed Wal­lace. De­puis, l’équipe a su­bi ce que l’on pour­rait qua­li­fier de sé­che­resse. Un homme est en train de mettre fin à ce cal­vaire qui dure de­puis cinq ans : Andre Drum­mond. Les fans ne s’y sont pas trom­pés mais les pi­vots ne sont plus les bien­ve­nus au All-Star Game. Alors, « Dre » se conten­te­ra des dis­tinc­tions ou des in­vi­ta­tions qu’on vou­dra bien lui of­frir pour le grand show de la mi-sai­son. Avec 33 double-doubles, le jeune pi­vot des Pis­tons re­lé­guait tout le monde à dix lon­gueurs. Lea­der de la NBA aux re­bonds, il est aus­si ce­lui qui en prend le plus en dé­fense (10.2) et en at­taque (5.5). Il était par ailleurs le sep­tième joueur le plus adroit aux tirs (52.3%) et le 14e aux blocks. Des chiffres qui de­vaient lui of­frir, dans sa qua­trième an­née pro, une place ir­ré­fu­table au Match des Etoiles. Il faut dire que Andre avait com­men­cé sa sai­son très fort avec 11 double-doubles consé­cu­tifs, par­mi les faits les plus mar­quants. A 23 ans, le na­tif d’Ok­dale (Con­nec­ti­cut) s’est im­po­sé comme l’un des meilleurs pi­vots de la Ligue. Avec ses stan­dards ac­tuels, son nom est ins­tal­lé aux cô­tés des plus grandes lé­gendes, comme Ka­reem Ab­dul-Jab­bar et Wilt Chamberlain. On ci­te­ra en ré­fé­rence son match contre Port­land (29 pts et 27 rbds le 8 no­vembre) ou ce­lui contre Chi­ca­go le 18 dé­cembre : 54 mi­nutes de jeu pour 33 points et 21 re­bonds qui scel­laient un 23e double-double en 27 ren­contres ! En réa­li­té, Drum­mond ne se sou­cie guère de ses sta­tis­tiques per­son­nelles. Il dé­clare pré­fé­rer la vic­toire col­lec­tive.

IL VEUT B­TIR SUR LE LONG TERME À DE­TROIT

La scène se passe dans les ves­tiaires de Los An­geles le 14 no­vembre. Les Clip­pers ont bat­tu les Pis­tons 101-96. Drum­mond au­rait de quoi ne pas ti­rer une tronche grande comme son « bo­dy » avec ses 18 points et 19 re­bonds mais le ga­min boude, peu pres­sé de quit­ter les lieux. Il re­çoit une ac­co­lade de son pro­prio, Tom Gores, lève les yeux au ciel en s’adres­sant au seul jour­na­liste plan­té là. Pas sa­tis­fait ! « Tu peux faire 20 et 20 mais si tu ne gagnes pas… Je suis comme ça », dit-il. Drum­mond au­ra quand même vé­cu un dé­but de sai­son his­to­rique avec une moyenne de 18.5 points et 19 re­bonds. Il est le pre­mier joueur de­puis Ka­reem Ab­dul- Jab­bar en 1975-76 à en­re­gis­trer au moins 185 points et 190 re­bonds sur les dix pre­miers matches de la sai­son. Il est éga­le­ment le pre­mier joueur de­puis Wilt Chamberlain en 197071 à tour­ner à au moins 20 points et 20 re­bonds sur les six pre­miers matches de la sai­son. Et même s’il vient de fê­ter ses 23 prin­temps et ne dis­pute que sa qua­trième an­née en NBA, il parle avec le même mé­tier qu’un vé­té­ran en fin de car­rière qui court tou­jours, af­fa­mé, après le titre. Après trois sai­sons de « lose », Andre est dé­sor­mais in­té­res­sé par la construc­tion d’une « win­ning team ». Il l’avait prou­vé l’été der­nier quand il s’était abs­te­nu de si­gner la pro­po­si­tion d’ex­ten­sion de son contrat roo­kie. Ce­la per­met­tra aux Pis­tons de dis­po­ser d’une en­ve­loppe de 13 mil­lions de dol­lars sup­plé­men­taires pour chas­ser du free-agent l’été pro­chain. Avant de faire na­tu­rel­le­ment de lui le joueur le mieux payé de la fran­chise. « C’était une dé­ci­sion fa­cile car je vou­lais ai­der cette équipe à ga­gner », com­mente-t-il. Ce­la prouve aus­si que Drum­mond est la poutre prin­ci­pale de l’édi­fice que le pré­sident des opé­ra­tions bas­ket et coach Stan Van Gun­dy veut bâ­tir. En rai­son­nant sur le long terme. « Il a tout sim­ple­ment dé­mon­tré son en­ga­ge­ment », sou­ligne Van Gun­dy, le qua­trième coach de la jeune car­rière d’Andre après Mau­rice Cheeks, John Loyer et La­wrence Frank.

« Le re­bond est une ques­tion de vo­lon­té. La vo­lon­té d’al­ler cher­cher des bal­lons là où d’autres ne vont pas »

Andre Drum­mond

IL FAIT DU DEN­NIS ROD­MAN AUX RE­BONDS

Il était clair, pour les Pis­tons, que leur jeune plante al­lait éclore. Ils se sont don­né les moyens de la voir fleu­rir en la fai­sant pous­ser toute l’in­ter­sai­son sous l’oeil vi­gi­lant de leurs « jar­di­niers ». « Dre a énor­mé­ment tra­vaillé mais c’est lui qui a in­suf­flé tout ce­la, ex­plique « SVG ». Nous avons fait en sorte de mettre nos coaches à sa dis­po­si­tion tout le temps car il vou­lait bos­ser. L’en­traî­neur ad­joint Ma­lik Al­len et notre pré­pa­ra­teur phy­sique, Jor­dan Sa­bou­rin, étaient avec lui en per­ma­nence, pra­ti­que­ment. Il a tra­vaillé sur des choses très élé­men­taires : le jeu de jambes au poste bas et bien en­ten­du sa condi­tion et son phy­sique. Enor­mé­ment. » Pour un gars qui ai­mait jusque-là pas­ser son temps de­vant son or­di­na­teur et man­ger des piz­zas, ce ne fut pas fa­cile… Mais Drum­mond as­pire dé­sor­mais à ne plus perdre. Aus­si, le n°9 de la draft 2012, for­mé chez les Hus­kies de UConn, s’est ap­pli­qué pour réus­sir. « Je vou­lais avant tout être en su­per forme dès le dé­but de sai­son, ex­plique-t-il. Je vou­lais aus­si amé­lio­rer mon jeu dos au pa­nier et mes lancers francs. Je vou­lais être prêt phy­si­que­ment et men­ta­le­ment pour une an­née longue et éprou­vante. Ça com­men­çait par un tra­vail sur moi-même. » Ça n’a pas pris beau­coup de temps aux autres équipes pour com­prendre que « Dre » avait chan­gé. « Il est en­tré dans une nou­velle stra­to­sphère », sou­li­gnait Kobe Bryant de­vant les 17 re­bonds que Drum­mond avait com­pi­lés face à ses La­kers. « C’est un truc de fou d’al­ler cueillir plus de 15 re­bonds… Je lui avait dit avant le match de conti­nuer. Il est in­croyable ! » Pour By­ron Scott, le coach des La­kers, Andre a le pro­fil ath­lé­tique d’un Moses Malone tan­dis que son ho­mo­logue des Clip­pers Doc Ri­vers le ver­rait plus dans les stan­dards de grands pi­vots comme Alon­zo Mour­ning, Sha­quille O’Neal et Dwight Ho­ward. Tous pas­sés entre les mains de Stan Van Gun­dy. « Je l’ob­serve et je me dis que Stan a fait du bon bou­lot avec lui, af­firme Ri­vers. Il sait main­te­nant pla­cer son corps. Il a tou­jours été grand et cos­taud mais main­te­nant, il sait bou­ger. » La tech­nique de Drum­mond aux re­bonds n’est pas sans rap­pe­ler celle d’un des meilleurs spé­cia­listes. « Il fait du Den­nis Rod­man, po­si­tion­nant son corps sous le cercle et fai­sant bar­rage. Je ne sais pas qui lui a en­sei­gné ce­la mais il a bien ap­pris ! » « C’est juste de la vo­lon­té, ré­pond Andre. La vo­lon­té d’al­ler cher­cher des bal­lons là où d’autres ne vont pas. Je me place dans la meilleure si­tua­tion pos­sible pour per­mettre à l’équipe d’al­ler mar­quer ou de se don­ner une chance de par­tir en contre-at­taque. » Ses mains sont comme des ven­touses. Son ins­tinct, qui se nour­rit d’an­ti­ci­pa­tions, le pousse vers le bal­lon. En per­dant du poids et en ga­gnant du muscle, Drum­mond est de­ve­nu in­tou­chable dans ce sec­teur. Sa vo­lon­té fait le reste.

« Il ne peut pas conti­nuer de ti­rer ses lancers francs sous les 50%. Il doit se concen­trer. Au­tre­ment, il y au­ra de nom­breuses si­tua­tions où nous de­vrons le sor­tir du match » Stan Van Gun­dy, son coach

CET ÉTÉ, IL A BOS­SÉ AVEC LES « FIGH­TERS » DE L’UFC

Bien qu’il soit très jeune, Drum­mond est le plus an­cien Pis­ton de­puis que Stan Van Gun­dy a re­pris l’équipe en mai 2014. Son rôle de lea­der lui tient à coeur. « Mon heure est ve­nue. Après trois an­nées, je dois prendre en main l’équipe, ex­plique le n°0 de « Mo­tor Ci­ty » qui avait pas­sé une sai­son à Con­nec­ti­cut avant d’être draf­té dans le Top 10. Ça fait long­temps que je suis là, je suis de­ve­nu apte à voir les te­nants et les abou­tis­sants dans cette équipe dont je suis dé­sor­mais le chef de file. L’an pas­sé, c’était en­core une étape. Main­te­nant, je suis vrai­ment un lea­der vo­cal. » Pen­dant l’in­ter­sai­son, Drum­mond s’est es­sayé aux en­traî­ne­ments des « figh­ters » de l’UFC

à Las Ve­gas, avec ses par­te­naires Ken­ta­vious Cald­well-Pope et Reg­gie Jack­son et des com­bat­tants comme For­rest Grif­fin, Joan­na Je­dr­ze­jc­zyk et Ste­fan Struve. « On avait choi­si d’orien­ter notre tra­vail fon­cier en équipe. On est al­lés à Ve­gas et on a ef­fec­tué des wor­kouts avec l’UFC. Ça nous a per­mis de mieux nous connaître. C’est im­por­tant pour bien jouer en­semble. » Aus­si pro­duc­tif que soit ce type d’ex­pé­rience, c’est dans la dif­fi­cul­té que res­sort la so­li­da­ri­té des Pis­tons pen­dant la sai­son. « On a dé­bu­té avec sept nou­veaux joueurs, donc il y a un pro­ces­sus de construc­tion, rap­pe­lait « Dre ». Ce qu’on a fait à Las Ve­gas nous a ai­dés à nous mo­ti­ver les uns, les autres sur le ter­rain, à nous pous­ser, à nous en­trai­der. On sait qu’on est à De­troit pour un bon mo­ment. Avec de grandes am­bi­tions. On se bous­cule pour que cha­cun donne le meilleur de lui-même », pré­ci­sait le me­neur Reg­gie Jack­son, lui aus­si au­teur d’une de­mi-sai­son ca­non.

LES LANCERS RES­TENT SON GROS POINT FAIBLE

Reste de grosses la­cunes à tra­vailler pour dis­tan­cer dé­fi­ni­ti­ve­ment les pi­vots de l’Est qu’Andre Drum­mond do­mine sta­tis­ti­que­ment. A com­men­cer par ses lancers francs, ca­tas­tro­phiques puis­qu’il tourne à 35.6%, son plus faible taux en quatre sai­sons (il n’a ja­mais dé­pas­sé les 42%…). For­cé­ment, les ad­ver­saires s’es­sayent au « Ha­cka-Andre ». Stan Van Gun­dy est donc obli­gé de le sor­tir. « S’il veut res­ter dans le match, il doit shoo­ter mieux, ex­pli­quait l’en­traî­neur de « Mo­town ». Il ne peut pas conti­nuer de ti­rer sous les 50%. Il est ca­pable de mieux shoo­ter. Il doit se concen­trer. Au­tre­ment, il y au­ra de nom­breuses si­tua­tions où nous de­vrons le sor­tir du match. » Avec 7.5 lancers francs ti­rés par ren­contre, Drum­mond est le sep­tième plus gros shoo­teur de la Ligue. Stan Van Gun­dy lui re­proche aus­si ses la­cunes dé­fen­sives. Les sta­tis­tiques ne sont pas ré­vé­la­trices mais le coach a re­mar­qué que Andre re­pre­nait ses bonnes vieilles (et mau­vaises) ha­bi­tudes. Des pro­blèmes de concen­tra­tion peuvent le mettre en « foul trouble ». Drum­mond s’est en­tre­te­nu avec son en­traî­neur lors d’un tê­teà-tête ré­pa­ra­teur. Le pi­vot du fu­tur a com­pris le mes­sage. Et rap­pe­lé un léger dé­tail. « Per­sonne ne voit le tra­vail que je pro­duis car per­sonne n’est avec moi 24h sur 24. Les gens voient juste ce qui se passe sur le ter­rain. Je vais conti­nuer de faire ce que je fais, tra­vailler mon tir chaque jour à l’en­traî­ne­ment, ve­nir à la salle la nuit pour prendre des shoots… A terme, ce­la fi­ni­ra par tom­ber de­dans. » Si Andre veut être le pre­mier Pis­ton à dis­pu­ter un All-Star Game de­puis Al­len Iver­son, il doit donc mixer vo­lon­té et concen­tra­tion. S’il se fout des dis­tinc­tions in­di­vi­duelles, comme il le ré­pète, les Pis­tons dé­pendent bien de ses per­for­mances. La pres­sion ne se me­sure-t-elle pas avec un ba­ro­mètre ?

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