GOL­DEN STATE PEUT-IL BATTRE LE RE­CORD ?

Mondial Basket - - Vu Sur Internet - PAR OS­CAR DE LA GARENNE

LES CHI­CA­GO BULLS DE 1995-96 N’AVAIENT PER­DU QUE DIX MATCHES. AU DÉ­BUT DE L’AN­NÉE, LES GOL­DEN STATE WAR­RIORS ÉTAIENT TOU­JOURS DANS LES TEMPS POUR ÉGA­LER OU FAIRE TOM­BER CETTE MARQUE. CE SE­RA DUR ! LES CA­LI­FOR­NIENS FORMENT-ILS RÉEL­LE­MENT UNE ÉQUIPE SU­PÉ­RIEURE À CELLE DU TRIO MI­CHAEL JOR­DAN-SCOT­TIE PIP­PEN-DEN­NIS ROD­MAN ? DIF­FI­CILE À CROIRE… EX­PLI­CA­TIONS.

On vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Sai­son 1995-96. Les Chi­ca­go Bulls res­tent sur une éli­mi­na­tion 4-2 en de­mi-fi­nales de Confé­rence Est face au Ma­gic d’Or­lan­do pour le re­tour de Mi­chael Jor­dan aux af­faires. Jer­ry Krause, le GM des Bulls, veut com­bler le vide lais­sé au poste 4 par le dé­part d’Ho­race Grant en Flo­ride un été plus tôt. Faire ve­nir Den­nis Rod­man, qui avait mar­ty­ri­sé la fran­chise de l’Il­li­nois à l’époque des « Bad Boys » de De­troit, sous les ordres du re­gret­té Chuck Da­ly, semble une hé­ré­sie. Le bon­homme est in­gé­rable. Il a 34 ans. Il pète ré­gu­liè­re­ment les plombs et fait tour­ner tout le monde en bour­rique. Mais la paire « MJ »Scot­tie Pip­pen donne son feu vert au re­cru­te­ment du bas­ket­teur le plus tim­bré des an­nées 90 comme le ré­vèle « The Worm » lui-même dans son au­to­bio­gra­phie, « Bad as I wan­na be ». Nous vous ren­voyons à la lec­ture de « Mi- chael Jor­dan, The Life » (édi­tions Ta­lent Sport), pa­ru l’an­née der­nière, pour en sa­voir plus sur cet épi­sode qui chan­gea le cours de l’his­toire. Le 2 oc­tobre 1995, Rod­man quitte San An­to­nio, échan­gé contre Will Per­due et du cash. Jer­ry Krause joue la sé­cu­ri­té en fai­sant éga­le­ment ve­nir Jack Ha­ley, grand pote du cham­pion NBA 1989 et 90 (Ha­ley ne dis­pu­ta qu’un match, le der­nier de la sai­son ré­gu­lière, et ne par­ti­ci­pa pas aux playoffs…). Dans la « Win­dy Ci­ty », le n°10 a été re­ti­ré en l’hon­neur de Bob Love. Alors, Rod­man se ra­bat sur le 91 (9+1). Au 20e rang de la draft, Chi­ca­go a re­te­nu Ja­son Caf­fey, un po­wer sor­ti d’Ala­ba­ma. La trac­tion ar­rière réunit Ron Har­per, Ran­dy Brown, Steve Kerr (l’ac­tuel coach des War­riors, en conva­les­cence) et « Sa Ma­jes­té ». Sur l’aile évo­luent Scot­tie Pip­pen, To­ni Ku­koc et Jud Bue­chler. Le sec­teur in­té­rieur s’ap­puie sur Den­nis Rod­man, Luc Lon­gley, Bill Wen­ning­ton, Di­ckey Simp­kins et Ja­son Caf­fey. James Ed­wards, John Sal­ley et Jack Ha­ley ne dé­passent pas les 30 matches.

LES BULLS DE 1996 ÉTAIENT RES­TÉS IN­VAIN­CUS EN JAN­VIER

La sai­son des joueurs de Phil Jack­son dé­bute contre Char­lotte (vic­toire 105-91, 42 pts de Jor­dan). La pre­mière dé­faite in­ter­vient au sixième match, sur le par­quet d’Or­lan­do. Chi­ca­go reste in­vain­cu tout au long du mois de jan­vier 1996, ce qui lui per­met d’af­fi­cher un re­cord de 39-3. L’équipe de l’Il­li­nois es­suie son plus gros re­vers le 10 mars à New York, contre les Knicks (72104). Au terme de la sai­son, elle poste le meilleur bi­lan de l’his­toire de la Ligue : 72 vic­toires pour 10 dé­faites. Jor­dan, Pip­pen et Rod­man sont re­te­nus dans le pre­mier cinq dé­fen­sif. Du ja­mais-vu pour une seule et même for­ma­tion. Les ré­com­penses pleuvent : Jack­son coach de l’an­née ; Jor­dan MVP, titre de meilleur sco­reur, élec­tion dans le pre­mier cinq NBA ; Pip­pen re­te­nu dans les deux cinq ; Rod­man meilleur re­bon­deur ; Ku­koc meilleur 6e homme. Mia­mi est pas­sé à la mou­li­nette au 1er tour des playoffs (3-0), New York offre peu de ré­sis­tance en de­mi­fi­nales de Confé­rence Est (1-4) et Or­lan­do se prend un mé­chant re­tour de bâ­ton au stade sui­vant (0-4). En Fi­nales, Seat­tle pré­serve un sem­blant de sus­pense mais doit ad­mettre la su­pé­rio­ri­té des hommes du pro­prio Jer­ry Reins­dorf (2-4). On pen­sait cette marque in­at­tei­gnable… Et puis les Gol­den State War­riors, cham­pions sor­tants, ont pos­té un 24-0 pour dé­mar­rer l’exer­cice en cours, qui coïn­cide donc avec le 20e an­ni­ver­saire de la sai­son d’an­tho­lo­gie des Bulls. Au mo­ment où nous bou­clions ce nu­mé­ro, le cham­pion NBA 2015 était très lé­gè­re­ment en re­tard sur le Chi­ca­go de 1996 avec une dé­faite de plus. Cette marque my­thique peut-elle tom­ber ? C’est le dé­bat qui a agi­té les ré­dac­tions du­rant l’hi­ver, les jour­na­listes et les his­to­riens du sport ai­mant re­faire in­las­sa­ble­ment le match et com­pa­rer ce qui n’est vrai­sem­bla­ble­ment pas com­pa­rable.

STEVE KERR : « LIT­TÉ­RA­LE­MENT IM­POS­SIBLE DE COM­PA­RER »

En tant que joueur de la for­ma­tion sa­crée cham­pionne NBA il y a deux dé­cen­nies et coach de celle qui a bat­tu Cleveland en Fi­nales (4-2) au prin­temps der­nier, Steve Kerr semble l’ob­ser­va­teur le mieux pla­cé. Il tran­chait de fa­çon très nette cou­rant no­vembre sur ESPN, dé­cla­rant que les deux « win­ning teams » étaient « lit­té­ra­le­ment im­pos­sibles à com­pa­rer ». « L’autre jour, j’ai en­ten­du Jeff Van Gun­dy abor­der ce dé­bat. Je me suis dit : «Mince, ça de­vrait être moi en train

de ré­pondre à ça en confé­rence de presse …» Ça me manque ! C’est tel­le­ment drôle de par­ler de ces trucs-là. C’est évi­dem­ment plus fun d’en dis­cu­ter quand ton équipe est à 14-0 mais j’adore ça. De prime abord, je pense qu’il est lit­té­ra­le­ment im­pos­sible de com­pa­rer car ce sont deux époques dif­fé­rentes avec des règles dif­fé­rentes. On ren­for­ce­rait le cô­té fort sur Mi­chael Jor­dan alors que c’était illé­gal à l’époque. Ils met­traient leurs mains sur Ste­phen Cur­ry et au­jourd’hui, les arbitres sif­fle­raient faute. Ce dont je suis sûr, c’est que je n’au­rais eu au­cune chance face à Ste­phen. Je pense que Scot­tie Pip­pen et Ron Har­per se se­raient re­layés en dé­fense sur lui. Ça au­rait été un match de « small ball » parce que les grands des Bulls n’étaient pas as­sez of­fen­sifs pour res­ter sur le ter­rain. » « A mes yeux, le point com­mun le plus im­por­tant concerne la po­ly­va­lence en dé­fense, pour­suit le sex­tuple cham­pion NBA - cinq fois en tant que joueur -, opé­ré deux fois du dos au cours de l’été et rem­pla­cé par son as­sis­tant Luke Wal­ton (c’est à Kerr que la Ligue a dé­ci­dé d’ac­cor­der le cré­dit des vic­toires 2015-16). Scot­tie, Mi­chael, Den­nis (Rod­man) et Ron per­mu­taient tout le temps. C’était la pre­mière fois que j’étais dans une équipe où les gars des postes 1 à 4 en chan­geaient en dé­fense. Je peux même dire de 1 à 5 lorsque To­ni (Ku­koc) en­trait en jeu. D’une cer­taine ma­nière, c’était des pré­cur­seurs, un mo­dèle pour les War­riors. Vu les duels qu’of­fri­rait une telle op­po­si­tion, je pense qu’on au­rait dix joueurs chan­geant en per­ma­nence de po­si­tion. Ce qui rend les War­riors si uniques, c’est la po­ly­va­lence. Ça au­rait été un cau­che­mar de jouer contre eux, je n’au­rais pu dé­fendre sur per­sonne ! »

ROD­MAN-GREEN, DUEL DE DOUX DINGUES

« Je pense vrai­ment que le match se se­rait joué sur le « small ball » car les in­té­rieurs des Bulls ne pe­saient pas as­sez en at­taque, in­siste Kerr en guise de conclu­sion. Ils au­raient été obli­gés de sor­tir et on au­rait eu un duel épique entre Den­nis Rod­man et Dray­mond Green. Ça au­rait

« LES BULLS DE 1996 ÉTAIENT DES PRÉ­CUR­SEURS, UN MO­DÈLE POUR LES WAR­RIORS. VU LES DUELS QU’OF­FRI­RAIT UNE TELLE OP­PO­SI­TION, JE PENSE QU’ON AU­RAIT DIX JOUEURS CHAN­GEANT EN PER­MA­NENCE DE PO­SI­TION»

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LE CHI­CA­GO DE LA BELLE ÉPOQUE OF­FRAIT UN COC TAIL TECHNIQUEADRESSE-PUISSANCEEXPLOSIVITÉ-DURETÉEXPÉRIENCE QU’ON N’A PAS RE­VU DE­PUIS

été sym­pa à voir, non ? Dray­mond est plus doué balle en main, dans les dribbles, le tir et la créa­tion. Mais Den­nis est une source d’ins­pi­ra­tion pour Dray­mond au re­bond et en termes d’éner­gie. Per­sonne n’a ja­mais pris de re­bonds comme Den­nis. Dray­mond me rap­pelle beau­coup Den­nis quand il do­mine un match par sa gnac. J’ima­gine qu’il y au­rait eu quelques fautes tech­niques. Peut-être une ou deux ba­garres… Je re­fuse de don­ner le score d’un match qui n’au­ra ja­mais lieu. Bon, s’il de­vait se jouer sur Plu­ton, ça se joue­rait au buz­zer sur un step back à 3 points de Ste­phen Cur­ry de­vant Mi­chael Jor­dan… On ne sau­ra ja­mais s’il se­rait ren­tré ou pas. » Les mé­dias ont in­ter­ro­gé une pléiade de per­son­na­li­tés - joueurs, coaches, GM - au su­jet de cette fa­meuse op­po­si­tion. On ne trou­vait, sans sur­prise, per­sonne pour pré­tendre que le trio Ste­phen Cur­ry-Klay Thomp­son-Dray­mond Green au­rait sur­clas­sé le tri­dent « MJ »-Scot­tie Pip­pen-Den­nis Rod­man. Le reste du cas­ting ne change rien à l’af­faire. Il n’est pas ques­tion de nos­tal­gie. Ce n’était pas for­cé­ment mieux avant, comme le pré­tendent les vieux c…, mais les Bulls de la belle époque of­fraient un cock­tail tech­nique-adresse-puis­sance-ex­plo­si­vi­té-duretéexpérience qu’on n’a pas re­vu de­puis, ou alors seule­ment par bribes. Mi­chael, Scot­tie et Den­nis étaient au som­met de leur art. Ils avaient le vé­cu, le ta­lent et le vice.

CHI­CA­GO, LE RA­SOIR À TROIS LAMES

Le Gol­den State 2016 pro­pose une mer­veille de bas­ket col­lec­tif, avec tout ce qu’il faut en termes de flui­di­té et d’al­truisme. Cur­ry est bien par­ti pour ter­mi­ner meilleur shoo­teur de l’his­toire mais on peine à croire que Mi­chael n’au­rait pas fi­ni par le ma­ter, seul ou avec Scot­tie en deuxième lame. Un lieu­te­nant au vo­lume de jeu très su­pé­rieur à ce­lui que peut pro­po­ser Thomp­son, le deuxième meilleur sco­reur ca­li­for­nien, sans par­ler de sa dé­fense et de ses qua­li­tés ath­lé­tiques. C’est da­van­tage Green qu’il faut consi­dé­rer comme le joueur le plus im­por­tant, cô­té War­riors, après le MVP 2015. Dé­crit comme le vé­ri­table pou­mon du groupe - à la fois âme et coeur de l’équipe -, Dray­mond a pris feu en cu­mu­lant les triples-doubles (un contre Brook­lyn le 14 no­vembre, un à Phoe­nix le 27 no­vembre, un contre Sa­cra­men­to le 28 no­vembre, un contre Phoe­nix le 16 dé­cembre, un à Hous­ton le 31 dé­cembre, un su­blime à Den­ver le 2 jan­vier avec 29 pts, 17 rbds et 14 pds, un contre Char­lotte le 4 jan­vier et un hui­tième à Port­land le 8 jan­vier), avec une po­ly­va­lence, un abat­tage et un style élec­trique qui rap­pe­laient beau­coup le n°33 chi­ca­goan. Mais la pré­sence d’un éner­gu­mène comme Den­nis Rod­man fait dé­fi­ni­ti­ve­ment pen­cher la ba­lance. Steve Kerr es­ti­mait que ce re­cord de 72-10 était im­pos­sible à al­ler cher­cher sans un joueur de la trempe de « Sa Ma­jes­té », que Ste­phen Cur­ry n’est pas. « Ce dont je me sou­viens au su­jet de 1995-96, c’est qu’il y a au moins dix matches où Mi­chael avait dé­cré­té « Nous al­lons ga­gner ». N’im­porte quelle autre équipe sur Terre au­rait per­du ces dix matches. Nous, on les a gagnés. Il n’y au­ra ja­mais un autre Mi­chael Jor­dan. Per­sonne ne s’est ap­pro­ché de cette marque et je pense que per­sonne ne s’en ap­pro­che­ra. Il vou­lait battre le re­cord des La­kers de 69 vic­toires

(ndlr:en1971-72), il avait dé­ci­dé que nous le fe­rions, donc nous l’avons fait. Il n’y a qu’un seul « MJ ». » Même sen­ti­ment chez To­ny Par­ker, grand fan de ce der­nier dans ses jeunes

an­nées : « Au dé­but, je di­sais : «Al­ler­cher­cher le­re­cord, ça­vaê­tre­dur.» Ça va dé­pendre de leur san­té. Si Ste­phen Cur­ry et Klay Thomp­son ne se blessent pas… Une sai­son NBA, c’est très long. Cur­ry joue à un très haut ni­veau, il crée son truc mais le com­pa­rer à Mi­chael Jor­dan ? On ne peut pas. Ils ne jouent pas de la même fa­çon. Jor­dan, on n’y touche pas. Après, tu ne peux pas stop­per Cur­ry. Tu peux seule­ment es­sayer de le ra­len­tir et ça ne de­mande pas qu’un joueur. C’est toute ton équipe qui doit dé­fendre sur Ste­phen. En es­pé­rant li­mi­ter la casse. »

RON HAR­PER : « ON AU­RAIT BA­LAYÉ GOL­DEN STATE »

La per­for­mance des War­riors a lais­sé Den­nis Rod­man de marbre. Le « Ver » est per­sua­dé que son Chi­ca­go n’au­rait fait qu’une bou­chée de la « Dub na­tion ». « Les gens disent qu’ils vont fi­nir à 72-10. Ils peuvent fi­nir à 81-1, je m’en moque. On l’a fait en pre­mier et la NBA était meilleure à 110% à l’époque. » Ron Har­per par­lait d’un « sweep » avant de se ra­vi­ser : se­lon l’an­cien me­neur, les Tau­reaux au­raient rem­por­té 78 matches en sai­son ré­gu­lière dans la NBA ac­tuelle et ils au­raient bat­tu Gol­den State 4-2… « On l’a fait à une époque où la Ligue était vrai­ment, vrai­ment forte et nous avions le meilleur joueur de l’his­toire. Il y avait deux ou trois su­per­stars dans chaque équipe. Comme je l’ai dé­jà dit, le jeu pra­ti­qué au­jourd’hui est to­ta­le­ment dif­fé­rent. Les re­cords sont faits pour être bat­tus mais on au­rait ba­layé cette équipe. » Charles Bark­ley es­time que le « small ball » pra­ti­qué par Gol­den State, avec un Cur­ry, un Thomp­son, un Iguo­da­la, un Har­ri­son Barnes et un Green tous en des­sous de 2,04 m, au­rait con­dam­né les War­riors. Mais les stars ac­tuelles du bas­ket US sont - contrai­re­ment à une idée trop ré­pan­due - plus vé­loces, ath­lé­tiques et puis­santes que celles des an­nées 90. Sous le cercle, An­drew Bo­gut et Fes­tus Eze­lis au­raient mor­flé face à Den­nis Rod­man mais ils au­raient pris le meilleur sur Luc Lon­gley, sur­tout avec un Dray­mond Green ve­nant en aide. On ne connaî­tra ja­mais l’is­sue d’une telle op­po­si­tion, même si des simulations ont vu le jour sur NBA 2K16. Et c’est peut-être mieux ain­si ! Bat­tus deux fois en jan­vier, à Den­ver et De­troit, les Ca­li­for­niens se sont bien re­pris en ex­plo­sant Cleveland (132-98) et Chi­ca­go (125-94) chez eux. Le 72-10 se­ra dur à al­ler cher­cher. Mais ils ne de­vraient pas fi­nir loin, sauf écrou­le­ment.

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