SMALL IS BEAU­TI­FUL

ON PRO­MET­TAIT L’EN­FER AUX PA­CERS APRÈS LES DÉ­PARTS DE DA­VID WEST, ROY HIB­BERT ET LUIS SCO­LA. CONTRE TOUTE AT­TENTE, IN­DIA­NA A SU SE RÉIN­VEN­TER EN PRI­VI­LÉ­GIANT LE « SMALL BALL » ET UN JEU UP-TEM­PO. AVEC UN PAUL GEORGE EN MODE MVP, L’ÉQUIPE DE FRANK VO­GEL PR

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Ce n’est pas à pro­pre­ment par­ler un scoop : en NBA, la roue tourne vite et l’his­toire re­passe ra­re­ment les plats. Il faut sa­voir sai­sir sa chance quand elle se pré­sente… en ayant bien conscience qu’il n’y en au­ra sans doute pas de deuxième, sauf mi­racle. Pas be­soin de feuille­ter les livres d’his­toire pour trou­ver une équipe d’In­dia­na au top. Il y a deux prin­temps, les Pa­cers échouaient pour la deuxième fois de suite en fi­nale de Confé­rence Est (3-4 contre Mia­mi en 2013, 2-4 contre le même ad­ver­saire en 2014) avec des lea­ders nom­més Paul George, Lance Ste­phen­son, Da­vid West et Roy Hib­bert. Il ne reste plus rien de cette for­ma­tion qui a som­bré dans les condi­tions que l’on sait. Le se­cond est en per­di­tion chez les Clip­pers après avoir fait un dé­tour par Char­lotte, le troi­sième a re­non­cé au pac­tole pour évo­luer dans une top team (San An­to­nio) et le qua­trième est aux pre­mières loges pour suivre la tour­née d’adieux de Kobe Bryant.

A l’au­tomne, le fran­chise player était bou­gon

Au coup d’en­voi de l’exer­cice 2015-16, on n’at­ten­dait pas grand-chose d’une for­ma­tion d’In­dia­na qui sor­tait d’une an­née à 38 vic­toires-44 dé­faites et qui ve­nait de lou­per les playoffs pour la pre­mière fois de­puis cinq ans. De l’ère évo­quée plus haut, on trouve quelques res­ca­pés : Paul George, bien sûr, le me­neur George Hill, le pi­vot fran­çais Ian Ma­hin­mi, bom­bar­dé dans le cinq de dé­part par le coach, Frank Vo­gel, et l’ai­lier So­lo­mon Hill. Un Paul George qui s’était pré­sen­té au trai­ning camp en fai­sant la gueule. West pas­sé chez les Spurs, on lui de­man­dait de se col­ti­ner le poste 4 « parce que les trois meilleurs re­bon­deurs (étaient) par­tis » et parce que son ga­ba­rit puis­sant de­vait lui per­mettre de mou­cher des ai­liers forts moins mo­biles et tech­niques. Le n°13 sor­tait d’une sai­son qui n’en était pas une. Rap­pe­lons que le MIP 2013, re­te­nu dans la AllDe­fen­sive First Team et la troi­sième meilleure équipe de la Ligue en 2014, avait été fau­ché en plein vol (frac­ture ti­bia-pé­ro­né à la jambe droite) lors d’un scrim­mage de l’équipe amé­ri­caine du­rant l’été 2014, avant la Coupe du monde en Es­pagne. Il était re­ve­nu en avril 2015 pour six pe­tits matches. Cet au­tomne, on re­trou­vait donc le double All-Star lea­der d’un cinq en mode « small ball » (1,98 m en moyenne) avec Ian Ma­hin­mi sous le cercle, C.J. Miles sur l’aile, George Hill à la mène et, en shoo­ting guard, un nou­veau sni­per nom­mé Mon­ta El­lis, que Dal­las n’au­rait pas cher­ché à re­te­nir (c’est ce que dé­clare l’an­cien War­rior qui se

plai­sait dans le Texas et dont la contri­bu­tion était ap­pré­ciée). Un cinq qui n’ins­pi­rait rien aux ob­ser­va­teurs. Fi­na­le­ment, les spec­ta­teurs ont ou­vert grand les yeux : non seule­ment In­dia­na fai­sait mieux que se dé­fendre dans sa Confé­rence (ce­la don­nait un 23-19 au 21 jan­vier) mais un Paul George dé­chaî­né met­tait le feu aux par­quets.

PAUL GEORGE VEUT TOU­JOURS ÊTRE MVP

A son cré­dit, 12 matches à 30 points ou plus de­puis le dé­but des hos­ti­li­tés. Dans le lot, on trouve un hit à 40 pions à Wa­shing­ton le 24 no­vembre et un match à 48 pions le 5 dé­cembre à Utah. Avec un temps de jeu sen­si­ble­ment égal (au­tour des 36 mn), George fai­sait en­core mieux qu’il y a deux ans (24.3 pts contre 21.7, 7.6 rbds contre 6.8, 3.9 pds contre 3.5, 39.5% der­rière l’arc contre 36.4). On ne peut pas dire que le gar­çon n’ait pas de la suite dans les idées. En sep­tembre der­nier, Paul (25 ans) ex­pli­quait qu’il as­pi­rait « tou­jours à être MVP », ajou­tant que « son heure (était) ve­nue » et qu’il « (était) prêt »… « Hon­nê­te­ment, j’ai le sen­ti­ment d’être meilleur que le Paul George que j’étais avant, confiait-il au quo­ti­dien na­tio­nal « USA To­day ». Je com­prends par­fai­te­ment que je re­viens en étant un nou­veau joueur, dans une nou­velle équipe, mais je n’ai pas l’in­ten­tion de me li­mi­ter. J’as­pire tou­jours à être MVP, à être l’un des meilleurs dé­fen­seurs et l’un des meilleurs sco­reurs de cette Ligue. Tout ça est tou­jours en moi. Je me sens tout sim­ple­ment ren­for­cé par cette an­née pas­sée loin du ter­rain. Cette bles­sure a chan­gé ma fa­çon de voir beau­coup de choses. Je suis bien plus heu­reux au­jourd’hui. » Paul n’a pas per­du son temps du­rant cette an­née vé­cue sur le banc. Il a bien re­gar­dé ses co­équi­piers et bien étu­dié le jeu. « Je me sens vrai­ment prêt à réa­li­ser la meilleure sai­son de ma car­rière, ajou­tait-il. Le meilleur joueur NBA ac­tuel, c’est moi ! L’heure est ve­nue de le prou­ver. Les gens au­ront tou­jours leur opi­nion, il y en au­ra tou­jours qui pen­se­ront au­tre­ment mais mon heure est ve­nue et je suis prêt. Prêt à le prou­ver au monde en­tier. »

JOUEUR DU MOIS DE NO­VEMBRE À L’EST

Il faut rap­pe­ler qu’il y a deux prin­temps, LeB­ron James him­self fai­sait de George son pos­sible suc­ces­seur sur le trône du bas­ket US. Paul George. Pas Ke­vin Du­rant. « Il va de­ve­nir un grand joueur, avait af­fir­mé le « King » à ESPN. Quand je l’ai ren­con­tré en 2009, j’ai tout de suite vu qu’il avait un ta­lent in­croyable. Il est al­lé dans une fac à la­quelle per­sonne ne prê­tait vrai­ment at­ten­tion (ndlr:Fres­noS­tate) mais je suis de ces gars qui res­tent éveillés tard le soir pour re­gar­der des matches. Donc, je le connais­sais. Sa ma­tu­ri­té et son jeu sont clai­re­ment mon­tés d’un cran en une pe­tite an­née. Ses co­équi­piers ont une grande confiance en lui. Et il a une grande confiance en lui. » Les trois pre­miers mois de la sai­son 2015-16 ont rap­pe­lé, si be­soin était, le ni­veau au­quel pou­vait s’éle­ver George, ac­tuel­le­ment dans sa sixième sai­son chez les pros. Le Pa­cer a été dé­si­gné joueur du mois de no­vembre à l’Est (29.5 pts, 8.2 rbds, 47.7% aux tirs, 49.5% der­rière l’arc, 2e place dans la Confé­rence der­rière Cleveland). Deuxième ré­com­pense de ce type pour le 10e choix de la draft 2010. En dé­cembre, les choses se sont un peu cor­sées, ses stats tom­bant à 21.4 points et 37.1% aux tirs. Les dé­fenses se sont adap­tées, ser­rant l’ani­mal de près. Après avoir long­temps traî­né la patte, le na­tif de Palm­dale (Ca­li­for­nie) n’avait pas for­cé­ment l’en­du­rance et la ré­sis­tance né­ces­saires, même s’il avait bos­sé pour ce­la du­rant l’été. La fa­tigue com­men­çait à se faire sen­tir chez un joueur au­quel on de­man­dait beau­coup, au­cun de ses co­équi­piers n’at­tei­gnant les 15 points de moyenne. Pas même Mon­ta El­lis. « J’ai été ab­sent un an. J’ai l’im­pres­sion qu’il s’agit sur­tout, pour moi, de me ré­ha­bi­tuer à une sai­son en­tière, com­men­tait George. La ma­jo­ri­té de mes shoots sont bons et j’ob­tiens de bonnes po­si­tions la plu­part du temps. C’est juste qu’ils sont courts. Ça vient des jambes. Je dois m’as­su­rer d’être en forme et frais. Quand se­rai-je de re­tour à 100% ? J’ai­me­rais avoir une ré­ponse à cette ques­tion… »

IAN MA­HIN­MI S’ÉCLATE EN PI­VOT STAR­TER

Ce­la ne change rien au fait que le re­tour au pre­mier plan de « PG », 8e meilleur sco­reur de la Ligue, a ra­me­né In­dia­na dans la lu­mière. Plu­sieurs de ses co­équi­piers en ont pro­fi­té, à com­men­cer par le Fran­çais Ian Ma­hin­mi qu’on n’at­ten­dait pas à pa­reille fête. Le cham­pion NBA 2011 a au­jourd’hui 29 ans. Il dis­pute sa qua­trième sai­son à In­dia­na­po­lis. Le Ha­vrais, écar­té de l’équipe de France pour l’Eu­ro qui se dis­pu­tait en par­tie dans l’Hexa­gone l’an pas­sé, a sai­si l’op­por­tu­ni­té of­ferte par le trans­fert de Roy Hib­bert sur la Côte Ouest en « up­gra­dant » toutes ses stats, sur un peu moins de 25 mi­nutes (8.4 pts, 7.3 rbds). Ti­tu­laire de fa­çon ré­gu­lière pour la pre­mière fois de sa car­rière, le n°28 fait son job, no­tam­ment en dé­fense. Le 8 jan­vier à New Or­leans, il a sor­ti un match à 17 points, 10 re­bonds et 4 contres (en seule­ment 25 mi­nutes et avec deux fautes ra­pides), contri­buant à une vic­toire 91-86. « Ian a été très bon, a com­men­té son coach. Il nous a of­fert une bonne pro­tec­tion près du pa­nier, a bien dé­fen­du sur le pick and roll ad­verse et a mar­qué des lancers francs im­por­tants en fin de match. C’était une perf très so­lide. » Les lancers res­tent un pro­blème : après s’être « de-andre-jor­da­ni­sé » la sai­son der­nière en s’af­fi­chant à 30.4% sur la ligne, l’an­cien Spur tente de re­dres­ser la barre (56.8% au 21 jan­vier).

LA SUR­PRISE C.J. MILES

Autre joueur à ti­rer son épingle du jeu dans cette équipe qui se clas­sait 11e meilleure at­taque de la Ligue (24e l’an pas­sé) et 6e dé­fense (4e en 2015), l’ai­lier C.J. Miles (28 ans), as­sez ir­ré­gu­lier mais ca­pable de prendre feu et d’ali­men­ter la table de marque (38.8% à 3 pts, 16 matches à 15 pts ou plus). Un Miles qui com­pen­sait son manque de cen­ti­mètres (1,98 m), dans la ra­quette, par sa mo­bi­li­té et son adresse. « Il est tou­jours dans l’agres­sion, com­men­tait Paul George. C’est ce dont a be­soin lors­qu’on joue small ball. » Le bi­nôme fonc­tion­nait par­fai­te­ment, en at­taque - cha­cun pro­fi­tant des brèches ou­vertes par l’autre - comme en dé­fense. « Je me vois plu­tôt comme un li­bé­ro quand je dois jouer 4, af­fir­mait Miles, pas­sé par Utah et Cleveland et ac­tuel­le­ment dans sa dixième sai­son NBA. Je vois les choses dif­fé­rem­ment. En at­taque, je pose des écrans. En dé­fense, je suis ce­lui qui pré­vient sur les écrans. Je peux an­non­cer s’il faut per­mu­ter. »

MON­TA EL­LIS AU SER­VICE DE L’ÉQUIPE

Le ta­bleau se­rait presque par­fait si Mon­ta El­lis n’avait pas per­du un peu de son mor­dant. Le Al­len Iver­son 2.0 a le même temps de jeu que l’an pas­sé à Dal­las (33 mn) mais il est tom­bé à 13.7 points de moyenne. Soit sa pro­duc­tion la plus faible de­puis son an­née roo­kie chez les War­riors il y a 10 ans ! Le shoo­teur ta­toué était en dé­li­ca­tesse aux tirs avec 43.1% dans le champ (contre 44.5 l’an pas­sé) et 27.1% der­rière l’arc. S’il semble être ren­tré dans le rang, le gar­çon a des cir­cons­tances at­té­nuantes : El­lis a su­bi une opé­ra­tion au ge­nou l’été der­nier et à la mi-dé­cembre, le staff mé­di­cal ex­pli­quait qu’il res­sen­tait en­core des dou­leurs (pro­blème lan­ci­nant aus­si à l’épaule). Avec son ga­ba­rit, Mon­ta reste une « cre­vette ». Il a at­teint la tren­taine. Il ne peut plus avoir la même condi­tion phy­sique qu’en Ca­li­for­nie. Et puis il doit s’adap­ter à la confi­gu­ra­tion de sa nou­velle équipe. Le bal­lon passe sou­vent par Paul George. Il en a pris note et tente de se mettre au ser­vice de sa for­ma­tion, conscient de ses li­mites ac­tuelles sur le plan phy­sique. Le bon­homme a as­su­ré­ment mû­ri. Il s’est as­sa­gi. Il ré­flé­chit à ce qui est le mieux, pour sa fran­chise et pour lui-même. « Mon­ta est ar­ri­vé à un point où il se fiche de mar­quer 25 points par match, ex­pli­quait Frank Vo­gel. Ce qui lui im­porte, c’est de ga­gner chaque match. J’adore quand il est en­tiè­re­ment concen­tré sur la gagne. » As­sis­tant coach des Pa­cers, l’an­cien en­traî­neur de Port­land Nate McMillan pous­sait l’ana­lyse plus loin : « A Dal­las, Dirk No­witz­ki avait be­soin de Mon­ta dans le pick and roll. Paul (George) est très dif­fé­rent. Il joue aus­si dans le pé­ri­mètre et touche beau­coup de bal­lons. Mon­ta doit donc te­nir un rôle com­plè­te­ment dif­fé­rent. Frank com­mence à com­prendre un peu mieux com­ment l’uti­li­ser à bon es­cient. On de­vrait s’orien­ter, à terme, vers un sys­tème où l’un et l’autre joue­ront en­semble mais aus­si l’un sans l’autre, de fa­çon à ce qu’ils aient suf­fi­sam­ment de bal­lons tous les deux. » Qu’at­tendre de cette équipe d’In­dia­na au prin­temps ? Les Pa­cers peuvent-ils réel­le­ment mettre en dif­fi­cul­té Cleveland, Chi­ca­go ou To­ron­to ? En l’état, l’en­semble pa­raît trop juste. Ça manque d’im­pact en at­taque et de so­lu­tions sur le banc, même si l’ar­rière Rod­ney Stu­ckey et le pi­vot Jor­dan Hill ont contri­bué à l’ef­fort col­lec­tif. George Hill ne nous semble tou­jours pas être le me­neur ca­pable d’em­me­ner une équipe NBA très loin en post­sea­son (12.8 pts, 3.1 pds). Mais Frank Vo­gel et le pré­sident Larry Bird aiment ce qu’ils voient à l’heure ac­tuelle. Des Pa­cers qui en veulent, qui bossent, qui s’ar­rachent pour faire men­tir tous ceux qui leur pro­met­taient l’en­fer après l’écla­te­ment d’un ros­ter au­quel on pré­di­sait un brillant ave­nir et qui au­ra ex­plo­sé en plein vol. Une place en playoffs se­rait dé­jà une très belle sa­tis­fac­tion.

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