L’AUTRE GOL­DEN STATE

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GOL­DEN STATE DO­MINE LA LIGUE AVEC UN BAS­KET TO­TAL. SI LES GARS DE LA BAY AREA PRENNENT AU­TANT DE PLAI­SIR À JOUER EN­SEMBLE, C’EST PARCE QU’ILS ALIGNENT TROIS ALL-STARS D’EX­CEP­TION AVEC STE­PHEN CUR­RY, KLAY THOMP­SON ET DRAY­MOND GREEN. CES TROIS-LÀ AIMENT GA­GNER ET S’ÉCLA­TER. AI­MER JOUER ET GA­GNER, L’AUTRE MODE DE VIE DES WAR­RIORS. RE­POR­TAGE.

Il fal­lait re­mon­ter à l’âge de glace pour trou­ver trois joueurs de Gol­den State dans un même All-Star Game ! Lors de la sai­son 1975-76, les War­riors avaient en­voyé Rick Bar­ry, Phil Smith et Ja­maal Wilkes faire les pitres à Phi­la­del­phie. Il a fal­lu at­tendre qua­rante ans pour re­voir trois gars de la Bay Area, Ste­phen Cur­ry, Klay Thomp­son et Dray­mond Green, au Match des Etoiles. Le « Big Three » ca­li­for­nien était au Ca­na­da pour re­pré­sen­ter le cham­pion en titre. Une équipe en route, peut-être, pour un re­cord his­to­rique si elle réus­sit à battre les Chi­ca­go Bulls de 1995-96 en dé­cro­chant plus de 72 vic­toires (elle en était à 5 dé­faites au 23 fé­vrier). Ce ne sont pas les War­riors qui mo­no­po­li­saient l’at­ten­tion au pays à la feuille d’érable. En 2015, Ste­phen Cur­ry avait fait un ta­bac à New York. Cette fois, c’est Kobe Bryant qui a eu droit à tous les hon­neurs. Nor­mal, ce All-Star Game était une étape sup­plé­men­taire dans sa tour­née d’adieux. Au­cun War­rior ne s’of­fus­qua de la fo­lie gé­né­rée par la pro­chaine re­traite du Laker. Nous étions en in­ter­view avec Klay Thomp­son lorsque la su­per­star des An­ge­li­nos pas­sa de­vant nous, en­traî­nant avec elle une meute de jour­na­listes (une bonne cen­taine). Ils étaient tout au­tant, pos­tés de­vant le pu­pitre où le « Black Mam­ba » de­vait s’ex­pri­mer. Thomp­son, qui fê­tait sa deuxième étoile, nous dit ce­ci : « C’est là que tu vois ce que re­pré­sente Kobe. C’est de la fo­lie ! C’est une icône et ça va sans doute bien au-de­là du bas­ket. » Klay n’a pas at­ti­ré plus de 10% des mé­dias. Il n’y en avait que pour Kobe Bryant et Dray­mond Green n’était pas

mieux lo­ti, même s’il vi­vait son pre­mier All-Star week-end. Ste­phen Cur­ry, lui, fit lo­gi­que­ment le plein de mi­cros et de ca­mé­ras. Il reste le boss de la meilleure équipe de la Ligue. Il était en lice pour le concours de tirs à 3 points, qu’il avait rem­por­té en 2015, et ac­ces­soi­re­ment, le voyage au-de­là de la fron­tière avait une ré­so­nance par­ti­cu­lière pour lui. « Entre 10 et 13 ans, j’ai vé­cu à To­ron­to car mon père y avait ter­mi­né sa car­rière, rap­pe­lait-il. Je n’ai pas fait une di­zaine de All-Star Games non plus. Aus­si, c’est très spécial pour moi de sé­jour­ner quelques jours ici, dans un tel contexte. » En­fant, Ste­phen pas­sait du temps au bord du ter­rain. Il connaît les moindres re­coins de l’Air Ca­na­da Centre. Il y ac­com­pa­gnait son père, Dell, qui avait bou­clé sa car­rière lors de la sai­son 2001-02. « J’ai re­con­nu des vi­sages tout au long de ces quatre jours et j’ai re­vu un pa­quet de per­sonnes qui ne m’avaient pas ou­blié, ra­con­tait Cur­ry Fils. Quand je suis al­lé chez Un­der Ar­mour, dans la ban­lieue de To­ron­to, j’ai re­vu des en­droits qui m’étaient fa­mi­liers. Ça fait drôle de se re­trou­ver là des an­nées plus tard… » Un vrai voyage dans le temps pour l’icône des War­riors. Un trip à part, au­quel ont donc pris part ses deux potes ca­li­for­niens Klay Thomp­son et Dray­mond Green. Ce der­nier était heu­reux d’être gui­dé par Steph pour son tout pre­mier Match des Etoiles. « Il connaît le truc, Klay aus­si. C’était bien d’être avec eux. On s’est bien mar­rés, on a dé­com­pres­sé tout en res­tant dans notre mi­lieu. On a vu des potes qui jouent dans d’autres fran­chises et avec les­quels on n’a pas le temps de dis­cu­ter pen­dant la sai­son ré­gu­lière. Le All-Star Game, c’est des va­cances amé­lio­rées avec la fa­mille du bas­ket. C’est ça qui était le plus fun. » Cur­ry par­lait nos­tal­gie en évo­quant ses sou­ve­nirs d’ado­les­cent. Green était à fond dans le trip fa­mi­lial. Thomp­son, lui, avait in­vi­té ses pa­rents pour son deuxième ren­dez-vous chez les grands. « Mon père (ndlr:My­chal) a évo­lué

dans cette Ligue. Il était heu­reux de re­trou­ver d’an­ciens col­lègues qu’il n’avait pas vus de­puis long­temps. Je sens que ça lui a fait plai­sir de re­trou­ver de vieux amis », nous a confié le vain­queur du Three-Point Con­test 2016 qui n’a pas les mêmes sou­ve­nirs d’en­fance que Cur­ry, même si les deux pa­pas ont joué, on l’a dit, en NBA. Ste­phen avait at­tra­pé le vi­rus du bas­ket en ac­com­pa­gnant Dell dans des All-Star Games, no­tam­ment. « J’ai de vagues sou­ve­nirs de AllS­tar week-ends, ajou­tait le n°30 de la « Dub Na­tion ». Je vois des joueurs avec leurs en­fants - De­Mar DeRo­zan, Ch­ris Paul, Kobe Bryant, Kyle Lo­wry -, ce sont de bons mo­ments à vivre en fa­mille. Tout le monde est dé­con­trac­té, les kids voient ce que font leur père et ils prennent aus­si conscience de cer­taines choses. Je pense qu’on peut vivre un All-Star Game aus­si in­ten­sé­ment en fa­mille que seul. Et puis les gens tout au­tour peuvent suivre le bas­ket d’une autre ma­nière, ap­pré­cier les joueurs dif­fé­rem­ment. Quand on est avec les siens, on est vrai­ment plus re­lax. Quand les sup­por­ters nous abordent, on est plus dé­ten­dus. »

ILS AVAIENT BE­SOIN DE DÉ­COM­PRES­SER

Les trois War­riors avaient re­çu le même mes­sage de Steve Kerr, leur coach, avant de s’en­vo­ler pour le Ca­na­da où ils étaient ac­com­pa­gnés par Ray­mond Rider, le PR (Pu­blic Re­la­tions) de l’équipe, et son pre­mier as­sis­tant. « Il nous avait dit de bien dé­com­pres­ser car on nous at­ten­dait de pied ferme pour la der­nière par­tie de la sai­son », rap­por­tait Klay Thomp­son. Les trois gus n’ont pas fait le dé­pla­ce­ment pour rien. Tous trois étaient en­ga­gés dans des contests dès le sa­me­di avant de dis­pu­ter le Match des Etoiles le di­manche (26 pts pour Cur­ry, 9 pour Thomp­son, 4 pour Green). « On n’a pas eu le temps de s’en­nuyer », pré­ci­sait Dray­mond qui a même as­su­ré un pe­tit spec­tacle avec l’ac­teur Ke­vin Hart, vu dans « Sca­ry Mo­vie » 3 et 4. « Ouais, c’était drôle mais j’ai dû im­pro­vi­ser. Et j’avais un vrai co­mé­dien face à moi… C’était mar­rant de jouer un sketch et d’être face à lui dans une pe­tite com­pé­ti­tion à 3 points. J’ai eu chaud ! », avoua « Dray » qui a for­mé le duo le plus im­pro­bable du week-end avec cet hu­mo­riste de 36 ans, grand fan de NBA. En­ga­gés dans le Skills Chal­lenge avec toute une classe de « big men », les « Splash Bro­thers » ont re­mis le cou­vert le sa­me­di sur leur ter­rain de pré­di­lec­tion, via le Three-Point Con­test. Que ce soit Klay ou Ste­phen, cha­cun joua le jeu de­vant les mé­dias. Le jeu ? Faire mon­ter la sauce et en­tre­te­nir le sus­pense sur leur ri­va­li­té sup­po­sée. Ce fut d’au­tant plus fun que Ste­phen et Klay se re­trou­vèrent en fi­nale de ce concours du­rant une Sa­tur­day Night Par­ty ex­plo­sive. Le se­cond fi­nit par l’em­por­ter aux dé­pens du cham­pion sor­tant. Après coup, on de­man­da à Thomp­son quelle était la va­leur réelle de cette vic­toire. « Etre à nou­veau en fi­nale face à Steph n’est pas ano­din. Il y avait un air de dé­jà-vu par rap­port à l’an der­nier mais le plus ex­ci­tant, c’était de rap­por­ter la cou­ronne à Oak­land. Un back-to-back pour les « Splash Bro­thers », c’est vrai­ment co­ol ! » Le temps d’un week-end, dans une sai­son très spé­ciale pour Gol­den State, Cur­ry, Thomp­son et Green ont mon­tré à tous qu’ils sa­vaient faire la part des choses. Il y a la com­pé­ti­tion d’un cô­té, le plai­sir qu’ils veulent pro­cu­rer aux fans de l’autre. Ce­lui qui se dé­gage du jeu des War­riors au quo­ti­dien. Ces trois-là aiment jouer et

« FAIRE TOM­BER LE RE­CORD DES BULLS N’AU­RA AU­CUNE VA­LEUR SI ON N’A PAS LA BAGUE AU BOUT. À L’IN­VERSE, SI ON OB­TIENT LES DEUX, LE RE­CORD ET LE TITRE NBA, CE SE­RA L’UN DES PLUS GRANDS EX­PLOITS DE L’HIS­TOIRE DU SPORT » Klay Thomp­son

ga­gner en­semble. Ce­la se sent, ce­la se voit. Ils veulent par­ta­ger ce plai­sir et ré­ga­ler le pu­blic. Le All-Star week-end est aus­si fait pour ce­la. L’amé­na­ge­ment du ca­len­drier n’est pas étran­ger à la réus­site in­so­lente des trois gar­çons de la Côte Ouest. Ils ont eu droit à un vrai break d’une se­maine au cours de la sai­son ré­gu­lière, épui­sante pour une équipe comme Gol­den State qui res­tait in­vain­cue chez elle (24-0) et qui est at­ten­due par­tout où elle se dé­place (on veut se faire le cham­pion mais aus­si la for­ma­tion in­vin­cible du mo­ment). Ste­phen, Klay et Dray­mond s’aiment vrai­ment beau­coup. Ce­la dé­teint sur leur jeu. Ce­la im­pacte leur fa­çon de conce­voir leur mé­tier. Ils sont à la fois gé­né­reux sur le par­quet, fa­ciles à vivre au lo­cker room et di­serts avec les mé­dias.

« DRAY » ET KLAY SONT FIERS DE JOUER AVEC STE­PHEN

Ste­phen Cur­ry est l’aî­né des frères de la Baie (27 ans). Klay et Dray­mond sont nés en 1990 mais tous les trois sont de cette même gé­né­ra­tion qui croque la vie à pleines dents. Steph était en fa­mille avec Aye­sha, sa femme, et leurs deux filles, Ri­ley et Ryan. Klay a pas­sé des heures à se pro­me­ner avec son chien, sur le bord de mer es­car­pé de la Côte pa­ci­fique. « Dray », 2e tour de draft en 2012, n’a pas en­core la no­to­rié­té des deux autres mais il com­mence à de­ve­nir in­con­tour­nable. On le sait grande gueule mais il n’a ja­mais dé­pas­sé la ligne jaune. Quand on lui de­man­da de dé­ga­ger un trait de la per­son­na­li­té du MVP de la Ligue, qui l’a ai­dé à de­ve­nir le joueur qu’il est, il ré­pon­dit : « Son al­truisme. Son al­truisme et sa confiance. Il a une confiance en lui qui pa­raît in­ébran­lable, quelle que soit la per­sonne qui se trouve face à lui. » Klay Thomp­son a sco­ré 45 points le 27 jan­vier contre Dal­las (re­cord de sai­son). Il af­firme qu’il n’évo­lue­rait sans doute pas à ce ni­veau s’il ne mar­chait pas dans les snea­kers de Ste­phen Cur­ry au quo­ti­dien. « Dans toutes les équipes où je suis pas­sé, il n’y avait ja­mais un shoo­teur meilleur que moi. Au­jourd’hui, c’est le cas et c’est un pri­vi­lège de tra­vailler avec lui chaque jour. Steph me rend bien meilleur. » Emu­la­tion to­tale entre ces trois joueurs qui ont trou­vé le moyen de gra­vir une marche en­semble, en res­tant com­plé­men­taires. Dray­mond Green, meilleur pas­seur des War­riors cette an­née (7.3 pds), en est le meilleur exemple. « C’est le jeu qui com­mande. Steph est un re­dou­table sco­reur. Il vaut mieux que je lui passe la balle plu­tôt que l’in­verse… », s’amuse « Dray » qui avait réus­si 10 triple-doubles avant de re­prendre la par­tie le 19 fé­vrier à Port­land (il en est dé­sor­mais à 11).

LE RE­CORD DE 72 VIC­TOIRES FAIT DÉ­BAT CHEZ LES WAR­RIORS

Ste­phen Cur­ry, en route pour un deuxième titre de MVP consé­cu­tif, est tout aus­si fier de ces deux bon­hommes qui font de Gol­den State une im­pla­cable ma­chine. Pro­gram­mée pour al­ler cher­cher un nou­veau titre dès le prin­temps. « Je suis fier que Klay et Dray soient All-Stars. Le bas­ket est avant tout un sport d’équipe et eux re­pré­sentent par­fai­te­ment ce que nous sommes de­ve­nus en tant qu’équipe. Ce qu’ils ont fait, réus­si, ac­com­pli, c’est très fort. C’est pour ce­la que nous sommes les lea­ders de la Confé­rence Ouest », ajou­tait le meilleur sni­per de la Ligue (29.8 pts). Les mo­ments de ré­pit sont rares chez des War­riors dé­sor­mais en­ga­gés dans un double chal­lenge après avoir éta­bli un bi­lan de 48 vic­toires4 dé­faites au mo­ment du « mid-win­ter break ». Il s’agit d’al­ler cher­cher le fa­meux re­cord des Chi­ca­go Bulls (72 vic­toires en 1995-96) mais aus­si de réus­sir ce back-to-back qu’au­cune fran­chise n’a réus­si de­puis les La­kers de 200001-02. Coach Kerr met­tait en avant le tra­vail, évi­dem­ment, mais aus­si et sur­tout l’état d’es­prit qui ca­rac­té­ri­sait les trois All-Stars pré­sents à To­ron­to et son équipe en gé­né­ral (Andre Iguo­da­la a lui aus­si été All-Star). « Cin­quante-deux matches et seule­ment 4 dé­faites, c’est re­mar­quable. On peut par­ler de ta­lent mais aus­si de co­hé­sion entre les joueurs. On a un bon ros­ter avec des gars qui aiment jouer en­semble. Ils aiment ga­gner et ils savent se don­ner les moyens d’y ar­ri­ver. » L’en­chaî­ne­ment des matches et la pres­sion mé­dia­tique ont in­con­tes­ta­ble­ment fa­ti­gué les joueurs. Aus­si, le break du Match des Etoiles était le bien­ve­nu. « On avait be­soin de ça pour se vi­der la tête », confir­mait Dray­mond Green qui avait dis­pu­té 51 ren­contres sur 52 avant d’al­ler au Ca­na­da, avec un temps de jeu lé­gè­re­ment su­pé­rieur à ce­lui de Ste­phen Cur­ry. Il avait be­soin de pen­ser à autre chose, de par­ler d’autre chose que de balle orange et sur­tout de sor­tir, de voir du monde, des an­ciens, des nou­veaux, comme les roo­kies De­vin Boo­ker (Phoe­nix) et Karl-An­tho­ny Towns (Min­ne­so­ta) que Cur­ry voyait à Por­to Ri­co, en équipe na­tio­nale ! Il s’ex­cu­sa au­près du re­por­ter. « Ré­pu­blique do­mi­ni­caine ? Oh, je suis dé­so­lé… Eh bien, la Ré­pu­blique do­mi­ni­caine a ob­te­nu un su­per ren­fort avec « KAT » sa­chant qu’Al Hor­ford est dé­jà chez eux. » Ste­phen se ver­rait bien à Rio, pour les Jeux olym­piques, avec une nou­velle bague et le re­cord de vic­toires sur une sai­son NBA. Ce re­cord, il y pense, bien sûr, sans y ac­cor­der trop d’at­ten­tion. « Le re­cord est une chose, le titre en est une autre. Ce sont les titres NBA qui comptent dans une car­rière », coupe le triple All-Star qui va battre, à titre per­son­nel, son re­cord de tirs à 3 points in­crits sur une sai­son ré­gu­lière. Au mo­ment des « va­cances » au Ca­na­da, il en était à 245. Il res­tait une tren­taine de matches. Lar­ge­ment suf­fi­sant pour faire tom­ber la marque des 286 « treys » éta­blie l’an­née der­nière (c’était 14 de mieux qu’en 2013, le précédent re­cord). « Tous ces re­cords sont in­utiles si tu ne gagnes pas le titre su­prême… » Une ma­nière comme une autre de dire qu’un titre col­lec­tif a plus de va­leur qu’une per­for­mance in­di­vi­duelle. Cur­ry est sur la même lon­gueur d’ondes que son coach. Vé­ri­ta­ble­ment dé­dié à ses War­riors. « Dray » le re­joi­gnait au su­jet de l’ex­ploit des Bulls en 1995-96. « Je ne suis pas ob­nu­bi­lé par ça. On avance dans la sai­son avec une seule idée en tête, être en po­si­tion de ga­gner le titre. Ça passe par des vic­toires. Les dé­faites te per­mettent de cor­ri­ger le tir. » Le shoo­ting guard des War­riors est plus lo­quace. Joueur dans l’âme, Klay est in­ter­pel­lé par ce re­cord, même s’il ne l’a

« LE COACH M’A SOUF­FLÉ : “TU AS EN­TEN­DU CE QUE DRAKE A DIT ? IL A DIT QUE CE MATCH RAS­SEM­BLAIT LES 24 MEILLEURS JOUEURS DU MONDE. TU ES L’UN D’ENTRE EUX. RÉA­LISE-LE BIEN PARCE QUE TU N’Y AU­RAIS JA­MAIS CRU QUAND TU ÉTAIS À MI­CHI­GAN STATE” » Dray­mond Green

pas vé­cu en live (il avait 6 ans). En tant que fils de bas­ket­teur NBA, les ex­ploits de l’équipe my­thique de Mi­chael Jor­dan sont vite en­trés dans sa culture. « J’ai gran­di en étant fan de sports. Les re­cords, c’est l’une des choses qui vous parlent ra­pi­de­ment. La preuve ! Il en est beau­coup ques­tion ici, à la « me­dia ses­sion ». On s’in­té­resse aux plus grands ex­ploits parce que c’est la na­ture hu­maine. Pour notre or­ga­ni­sa­tion, c’est im­por­tant, même si l’ob­jec­tif n°1 n’est pas le re­cord de vic­toires en sai­son ré­gu­lière. » Comme Steph et Dray, Klay reste pru­dent. Mais dans le fond, on sent que ce 72-10 est un chal­lenge qui le sti­mule. « Après, il est clair que ce type de re­cord n’a au­cune si­gni­fi­ca­tion si tu ne gagnes pas la bague au bout, di­sait-il, peu­têtre en pen­sant aux Ca­ro­li­na Pan­thers qui n’ont per­du que deux matches cette sai­son en NFL, un en sai­son ré­gu­lière, le deuxième au Su­per Bowl face aux Den­ver Bron­cos (10-24), le 7 fé­vrier à San Fran­cis­co. A l’in­verse, si on ob­tient les deux, le re­cord et le titre NBA, ce se­ra l’un des plus grands ex­ploits de l’his­toire du sport. » Klay s’y voit presque. « Ce se­rait un hon­neur et une fier­té de réus­sir une telle per­for­mance. »

LES TROIS CA­LI­FOR­NIENS FONT L’UNA­NI­MI­TÉ DANS LA LIGUE

Ste­phen Cur­ry, Klay Thomp­son, Dray­mond Green et leurs aco­lytes sa­vaient ce qu’il leur res­tait à faire avec 30 matches au comp­teur. Ils n’avaient pas le droit à plus de cinq échecs. Un 25-5 était in­dis­pen­sable pour ef­fa­cer les Bulls des ta­blettes. Mi­chael Jor­dan, pré­sent pen­dant trois jours à To­ron­to, les en­cou­ra­geait à mar­quer l’his­toire. Il au­rait pas­sé le mot à Klay Thomp­son si l’on en croit Ro­sa­lyn Gold-On­wude, notre consoeur de ESPN. « Al­lez-y ! Bat­tez le re­cord ! », au­rait dit « Sa Ma­jes­té », qui a eu 53 ans le 17 fé­vrier, au War­rior. Tout ce­la trotte dé­sor­mais dans la tête de Klay. Dray et Steph ont été pré­ser­vés de « l’illu­mi- na­tion ». Reste à sa­voir jus­qu’à quand. Il y a bien eu dé­bat, en tout cas, chez les Ca­li­for­niens au su­jet de cette marque my­thique. Tant qu’il y au­ra des joueurs comme Ste­phen Cur­ry et Klay Thomp­son, la NBA vi­vra en paix. Même une grande gueule comme « Dray » Green - parce qu’il est un War­rior dans l’âme, sans doute - ar­rive à faire taire les cri­tiques. On a connu suf­fi­sam­ment de All-Star Games où les clans, les cha­pelles et les egos trans­for­maient l’évè­ne­ment en rè­gle­ment de comptes. Terre hos­tile pour cer­tains joueurs. Ra­sheed Wal­lace étaient de ceux qui pré­fé­raient res­ter à la mai­son plu­tôt que de se re­trou­ver avec des en­ne­mis de la Wes­tern ou de l’Eas­tern, quand il jouait à Port­land (époque « Jail Bla­zers ») puis à De­troit (ver­sion II des « Bad boys » avec Ben Wal­lace). Au­jourd’hui, rien de tout ça. Dray­mond Green l’as­su­rait. « J’ai été le pre­mier joueur de la Wes­tern pré­sen­té. J’étais à cô­té de Gregg Po­po­vich. Il m’a souf­flé : « Tu as en­ten­du ce que Drake vient de dire ? Il a dit que ce match ras­sem­blait les 24 meilleurs joueurs du monde. Tu es l’un d’entre eux. Réa­lise bien ça. Tu n’y au­rais ja­mais cru quand tu étais à Mi­chi­gan State. Moi-même, je n’y au­rais ja­mais pen­sé quand je coa­chais en Division II. Mais nous sommes là. » Toute la fa­mille du bas­ket NBA était là. Il n’y avait pas de ri­va­li­tés, pas d’ani­mo­si­té (cer­tains s’en plai­gnaient de­vant l’ava­lanche de points dans le Match des Etoiles, qua­li­fié de « pa­ro­die de bas­ket » ou de « concours de tirs à 3 points dé­gui­sé » qui dé­na­tu­rait chaque an­née un peu plus le ren­dez-vous…). La re­marque de Coach Po­po­vich suf­fi­sait au bon­heur de Dray­mond Green qui était loin de s’ima­gi­ner en All-Star. Il fit le show avec les meilleurs joueurs du monde et as­su­ra donc le spec­tacle avec un sal­tim­banque, Ke­vin Hart, entre deux concours. « J’étais heu­reux d’être avec tous ces gars. C’est un mo­ment vrai­ment spécial. Il faut le vivre pour le croire ! Coach Po­po­vich a rai­son, je n’au­rais ja­mais ima­gi­né faire par­tie d’un groupe de All-Stars. On était tous heu­reux de don­ner du plai­sir aux sup­por­ters. C’est ce que tout le monde at­tend. » Les War­riors ont in­ven­té un autre bas­ket. Les La­kers avaient in­ven­té le show­time. Les Bulls de Mi­chael Jor­dan avaient im­po­sé la tri­angle of­fense. Les équipes s’y étaient cas­sé les dents pen­dant les ni­ne­ties. Le Gol­den State 2016 dé­ve­loppe un jeu d’une flui­di­té rare, tout en al­truisme et en adresse. Po­po­vich, qui a rem­por­té cinq bagues de cham­pion avec San An­to­nio sans réus­sir le moindre back-to-back, est admiratif de cette for­ma­tion. « J’ai pas­sé plus de temps à ré­flé­chir sur Gol­den State que sur n’im­porte quelle autre équipe dans ma car­rière, as­su­rai­til. Tout sim­ple­ment parce qu’ils sont funs. Si j’étais simple spec­ta­teur, j’achè­te­rais un ti­cket pour al­ler les voir jouer. Quand je vois la ma­nière dont le bal­lon cir­cule de Ste­phen à Dray en pas­sant par Klay, avec Har­ri­son Barnes, Andre Iguo­da­la ou An­drew Bo­gut en re­lais, je suis en­vieux, je l’avoue… » Coach « Pop » aime le beau bas­ket, joué en équipe. Il se ré­gale en re­gar­dant ces War­riors, comme tout le monde. « Quand je vois la fa­çon dont ils se dé­brouillent pour ti­rer de par­tout et comme per­sonne ne le fait dans cette Ligue, ça m’ins­pire. C’est du très grand bas­ket. Je prends du plai­sir à re­gar­der ce spec­tacle-là. » Les trois War­riors sont conscients de leur ta­lent. Il n’y a au­cune ar­ro­gance. Ni dans leurs pro­pos, ni dans leur jeu. Les autres bas­ket­teurs NBA sont una­nimes pour re­con­naître cette forme de classe à l’état pur. Pour tous, le MVP 2016 est dé­jà connu. « Je ne vois pas très bien qui d’autre que Steph Cur­ry peut l’être », sou­li­gnait le Pe­li­can An­tho­ny Da­vis. Même constat pour Andre Drum­mond, le pi­vot des Pis­tons. « On les a bat­tus une fois chez nous mais ça n’a pas em­pê­ché Ste­phen de mar­quer 38 points. C’est le meilleur joueur de la Ligue cette sai­son en­core. » Heu­reux War­riors qui font ré­gner leur loi sur les par­quets US. Ces quatre jours à To­ron­to leur ont per­mis de me­su­rer à quel point ils étaient res­pec­tés par leurs ad­ver­saires et ai­més par les fans. Un mo­ment rare dans une sai­son me­née au pas de charge. Les « Splash Bro­thers » et Dray­mond Green ont vé­cu une ex­pé­rience inou­bliable au Ca­na­da. Suf­fi­sam­ment longue pour faire le vide, comme le sou­hai­tait Dray ? Coach Kerr doit l’es­pé­rer. La course aux re­cords en dé­pend. Et plus en­core le titre NBA en juin pro­chain.

« J’ACHÈ­TE­RAIS UN TI­CKET POUR AL­LER VOIR JOUER LES WAR­RIORS. QUAND JE VOIS LA MA­NIÈRE DONT LE BAL­LON CIR­CULE, JE SUIS EN­VIEUX. C’EST DU GRAND BAS­KET. JE PRENDS DU PLAI­SIR À RE­GAR­DER ÇA »

Gregg Po­po­vich (coach San An­to­nio)

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