ISAIAH THO­MAS

LIT­TLE BIG SU­PER­MAN

Mondial Basket - - Vu Sur Internet - PAR FRED LESMAYOUX

DANS UNE LIGUE DE GO­LIATH, ISAIAH THO­MAS DÉ­SIRE ÊTRE LE MEILLEUR DES DA­VID. LE PLUS PE­TIT JOUEUR NBA EN AC­TI­VI­TÉ (1,75 M) VIENT DE FÊ­TER SA PRE­MIÈRE ÉTOILE. SOUS SON IM­PUL­SION DIA­BO­LIQUE, C’EST TOUT BOS­TON QUI RE­VER­DIT.

On pour­rait presque lui de­man­der son bris­tol d’in­vi­ta­tion lors­qu’il se pré­sente à l’en­trée d’une are­na. Du haut de son 1,75 m, Isaiah Tho­mas ne cor­res­pond pas au pro­fil du bas­ket­teur NBA type qui culmine à plus de 2 m sous la crête et pèse ses 100 ki­los mi­ni­mum tout nu. Mé­fiez-vous des ap­pa­rences… Ce pe­tit homme est de­ve­nu All-Star à To­ron­to, dans sa cin­quième sai­son pro, quelques jours après avoir fê­té ses 27 ans. Un sa­cré par­cours, voire une sa­crée re­vanche pour ce­lui qui avait été draf­té en 60e po­si­tion en 2011, à sa sor­tie de Wa­shing­ton Uni­ver­si­ty. Un re­cord puisque ja­mais un joueur draf­té aus­si bas n’avait été sé­lec­tion­né pour le Match des Etoiles de­puis que les deux tours de draft ont été ins­tau­rés en 1989. En NBA, les tailles sont sou­vent me­su­rées avec les bas­kets aux pieds. Dif­fi­cile, dès lors, de connaître la di­men­sion réelle des joueurs, à qui il faut sou­vent sous­traire trois bons cen­ti­mètres. Tho­mas fait par­tie des neuf joueurs de 1,80 m ou moins qui ont été in­vi­tés au All-Star Game mais à 1,75 m, il entre dans les livres d’his­toire. L’ar­rière des Cel­tics re­joint le Hall of Fa­mer Cal­vin Mur­phy, seul autre bas­ket­teur « étoi­lé » me­su­ré cinq cen­ti­mètres sous la barre des 180. Isaiah a donc cinq sai­sons de NBA dans ses courtes pattes mais c’est au­jourd’hui seule­ment qu’il lance le dé­bat concer­nant les meilleurs pe­tits de la Ligue amé­ri­caine. Le n°4 de Bos­ton frappe à la porte du Top 10 des « nim­bus » au nombre de vic­toires (ils sont 125). Il a long­temps traî­né une mau­vaise ré­pu­ta­tion, ac­cu­sé de ne pas être un vrai me­neur ni un vrai joueur d’équipe. Ce­la date de l’époque Sa­cra­men­to (2011-14). Et Phoe­nix, qui tour­nait bien avec le duo Go­ran Dra­gic-Eric Bled­soe, avait hé­ri­té d’un beau cac­tus lorsque Tho­mas avait dé­mé­na­gé dans l’Ari­zo­na.

Tout ce­ci a le don d’éner­ver le seul « vrai » pe­tit in­tro­duit au Hall of Fame, Cal­vin Mur­phy. « Oui, ça m’énerve d’en­tendre les gens dire qu’il est bon à cause de sa taille. Il est bon parce qu’il est bon ! » Même ceux qui le pré­cèdent dans ce clas­se­ment un rien dis­cri­mi­na­toire re­con­naissent son ta­lent. « Je le suis de­puis qu’il est en NBA, re­prend l’an­cien Ro­cket. Ne le ju­gez pas à sa taille mais à ses qua­li­tés. » Cal­vin Mur­phy est im­pres­sion­né par ce qu’il voit mais son « killer ins­tinct » se ré­veille quand on l’in­ter­roge sur l’am­bi­tion du Cel­tic, qui a par­lé de de­ve­nir le meilleur joueur de moins de six pieds de l’his­toire. « J’ai eu la chance de lui par­ler et d’ap­prendre à le connaître. Il veut être le plus grand joueur de moins de 1,80 m de l’his­toire de la NBA, confirme Mur­phy qui a rap­por­té 17.9 points et 4.4 passes par match sur une car­rière longue de 13 ans au sein des Ro­ckets (à San Die­go et Hous­ton). Je tiens à ce titre, il peut

l’ou­blier ! C’est un jeune ta­lent, il est ado­rable. J’aime les joueurs qui res­pectent les pion­niers et lui le fait avec moi. Il a tous les ou­tils. Toutes les équipes ne sont pas faites pour tous les joueurs. Il a trou­vé celle qui cor­res­pon­dait le mieux à ce qu’il avait

à of­frir. Isaiah se­ra l’un des gars à ne pas né­gli­ger dans les an­nées à ve­nir. Mais le meilleur pe­tit de l’his­toire, ça res­te­ra moi ! »

EN­VIE DE PROU­VER CE DONT IL EST CA­PABLE

A l’image de Bos­ton, Tho­mas réa­lise une sai­son d’en­fer. Il car­tonne, com­pi­lant 21.6 points, 6.7 passes et 1.2 in­ter­cep­tion (sur 32.5 mn) par match. C’est l’un des cinq joueurs à tour­ner à 21 points ou plus, 6 as­sists ou plus et 1 steal ou plus cette sai­son. Les quatre autres ? Ste­phen Cur­ry, Rus­sell West­brook, LeB­ron James et James Har­den ! In­vi­té sur le banc de l’Eas­tern Confe­rence, Tho­mas a par­ta­gé sa ré­com­pense avec ses potes de « Bean­town », qu’il avait re­joints il y a un an tout juste (échan­gé le 19 fé­vrier 2015 dans un block­bus­ter deal im­pli­quant Phoe­nix, Bos­ton et De­troit). « J’ai bos­sé dur et je pense que je mé­rite cette sé­lec­tion. Je la sa­voure à titre in­di­vi­duel mais elle vient sur­tout ré­com­pen­ser l’équipe. Nous avons réa­li­sé une pre­mière par­tie de sai­son ex­cep­tion­nelle qui nous per­met de vi­ser un spot en playoffs. Les chiffres ne mentent ja­mais ! » Au 22 fé­vrier, les hommes de Brad Ste­vens étaient 3es à l’Est der­rière Cleveland et To­ron­to (33-24). Les joueurs de pe­tite taille sont sou­vent ani­més par l’en­vie de prou­ver qu’ils sont à leur place au royaume des géants. Cette pre­mière sé­lec­tion All-Star va­lide une réa­li­té : Tho­mas est dé­sor­mais au ni­veau de l’élite. « Réus­sir quand vous êtes pe­tit, ex­plique Da­na Bar­ros, ex-Cel­tic pas beau­coup plus grand (1,80 m), per­met de vous dé­lec­ter des com­men­taires né­ga­tifs que les autres font sur vous. Il faut en pro­fi­ter. Moi, je me di­sais : «Je ne sais pas pour­quoi ces gars pensent que je ne suis pas bon …» Ça me dé­ran­geait et ça me mo­ti­vait. J’avais hâte de leur prou­ver ce dont j’étais ca­pable sur le par­quet. » Da­na Bar­ros, Most Im­pro­ved Player et All-Star en 1995, s’émer­veille non seule­ment de­vant les sta­tis­tiques d’Isaiah Tho­mas mais aus­si de­vant la fa­çon dont il gé­nère ses points et le cou­rage dont il fait preuve. « Il score avec une pa­lette de moves in­croyable ! »

UN MEN­TOR NOM­MÉ MUGGSY BOGUES

La NCAA Pa­ci­fic Nor­th­west - Tho­mas a joué 3 ans à Wa­shing­ton Uni­ver­si­ty - l’a ai­dé à for­ger un lien avec Da­mon Stou­da­mire (1,77 m), l’an­cien point guard des Port­land Trail Bla­zers. Isaiah a même un ta­touage « Migh­ty Mouse » en son hon­neur. Mais lors­qu’on évoque les pe­tits en NBA, le nom de Muggsy Bogues re­vient fa­ta­le­ment. Et avec in­sis­tance. Lui culmi­nait à 1,60 m. C’était une boule de muscles qui for­çait l’ad­mi­ra­tion des pe­tits et des grands, des jeunes et des vieux. Lors­qu’il dé­bar­qua en NBA en 2011, Tho­mas cher­cha très vite à joindre Bogues. Ce der­nier al­lait de­ve­nir son men­tor. « C’est un All-Star, sans dis­cus­sion, com­mente Muggsy. Il tient Bos­ton sur ses épaules. Les Cel­tics tournent à 50% de vic­toires, vous ne pou­vez pas lui de­man­der plus. » L’ad­mi­ra­tion est ré­ci­proque. « Muggsy est une source d’ins­pi­ra­tion, quel­qu’un que je peux ap­pe­ler n’im­porte quand pour évo­quer n’im­porte quel su­jet. Je veux juste être comme lui », af­firme Tho­mas. Bogues, plus pe­tit joueur de l’his­toire de la NBA, avait dis­pu­té 14 sai­sons dans la grande Ligue, coin­cé entre les Mi­chael Jor­dan et les Ha­keem Ola­ju­won. Il sait mieux que qui­conque que les joueurs sous-di­men­sion­nés ont de nom­breux obs­tacles à sur­mon­ter. « La bar­rière la plus dif­fi­cile, c’est de bri­ser la men­ta­li­té des en­traî­neurs en leur fai­sant com­prendre que le bas­ket n’est pas une ques­tion de taille mais de com­pé­tences. » Isaiah Tho­mas a fi­ni par faire tom­ber cette bar­rière dans le Mas­sa­chu­setts.

BOS­TON, LA FRAN­CHISE IDÉALE POUR SES TA­LENTS

Cinq ans après son ar­ri­vée dans la Ligue à Sa­cra­men­to, il s’est en­fin trou­vé un port d’at- tache, une mai­son, une fran­chise, une équipe adaptée à ses ta­lents. Chez les Kings puis aux Suns, Tho­mas était un gad­get, un back-up qui pou­vait s’en­flam­mer mais à qui on ne fai­sait pas confiance sur la du­rée pour te­nir un rôle ma­jeur. A Bos­ton, Brad Ste­vens, lui per­met de jouer li­bre­ment dans des sys­tèmes of­fen­sifs qui mettent en va­leur son ar­se­nal. « Isaiah est un gars qui bosse très dur et qui pos­sède une éner­gie conta­gieuse, com­mente le head coach

des Cel­tics. Les gars aiment être avec lui et se battent pour lui. Il est pe­tit, il a été draf­té très bas, beau­coup ont dou­té de lui. Son his­toire re­jaillit aus­si dans son jeu. » Une ver­sion mo­derne de « Me against the world ». En vert et contre tous. Tho­mas a re­mer­cié ses co­équi­piers via Twit­ter dès qu’il a su qu’il dis­pu­te­rait le All-Star Game. Ja­mais il ne s’est van­té de ses per­for­mances per­son­nelles. Un bel aper­çu de son état d’es­prit. Pas d’au­to­sa­tis­fac­tion. Il sait très bien qu’on trou­ve­ra tou­jours des re­proches à lui faire. « Ils trou­ve­ront bien quelque chose, oui… Ils sont ca­pables de cri­ti­quer Kobe Bryant, ima­gi­nez pour moi qui suis très loin de ce ni­veau ! Ce se­ra fa­cile de m’en­fon­cer. Moi, je me concentre sur la pro­chaine étape, celle qui conduit aux playoffs. » Plan­qué dans la pé­nombre du banc des Cel­tics à la pré­sen­ta­tion des star­ters, le pe­tit homme vert se fau­file par­mi les géants à l’heure du der­nier cri de guerre, juste avant le ti­poff. L’in- fluence de Tho­mas est sur­tout vi­sible dans l’ef­fi­ca­ci­té of­fen­sive de Bos­ton. Les Cel­tics dé­crochent une note de 104 (pts) quand le feu fol­let est sur le ter­rain. Ils plongent de près de 10 points (94.3) quand Isaiah est sur le banc. « Sans lui, on manque de créa­ti­vi­té », sou­ligne Brad Ste­vens. Le lu­tin dia­bo­lique n’a peur de rien. En cher­chant bien dans ses stats, on dé­couvre qu’il ta­quine le Top 10 des mar­queurs de points dans la pein­ture. S’il veut prou­ver qu’il est le meilleur « lit­tle big man » de NBA, il doit al­ler se frot­ter aux plus grands des grands. Tho­mas ne de­mande rien de plus que de prou­ver qu’il est à sa place. Constam­ment ou­blié, sous-éva­lué en rai­son de sa taille, il n’a pas vo­lé celle qu’il oc­cupe au­jourd’hui. Ni la re­con­nais­sance qu’il a ob­te­nue avec cette convo­ca­tion au Ca­na­da (19 mn de jeu au All-Star Game, 9 pts, 3 rbds, 1 pd). L’an­cien sixième homme de luxe est le vrai lea­der d’at­taque des Cel­tics. Mais pas seule­ment. Alors qu’il s’es­ti­mait mal no­té dans NBA 2K16, le na­tif de Ta­co­ma (Wa­shing­ton) a eu la sur­prise d’ap­prendre qu’il n’était que 88e dans le Top 100 des joueurs de l’heb­do­ma­daire US « Sports Illus­tra­ted ». « C’est un avis ex­té­rieur… Je vais prou­ver aux gens qu’ils se sont trom­pés, mar­tèle ce­lui qui se pré­nomme Isaiah à cause d’un pa­ri fait par son père* et qui était sys­té­ma­ti­que­ment sif­flé au Ma­di­son Square Gar­den de New York, les fans lo­caux n’ayant pas ou­blié le tra­vail de dé­mo­li­tion de son ho­mo­nyme (à une lettre près). Je veux vrai­ment de­ve­nir le meilleur pe­tit de l’his­toire de la NBA. Je res­pecte beau­coup Al­len Iver­son, Isiah Tho­mas ou Nate Ar­chi­bald mais je veux de­ve­nir le meilleur joueur de l’his­toire en des­sous des six pieds (1,80 m). » Der­rière son ban­deau, le néo-AllS­tar ne plai­sante pas. Dans une Ligue de Go­liath, Tho­mas dé­sire être le meilleur des Da­vid.

« ISAIAH EST UN GARS QUI BOSSE TRÈS DUR ET QUI POS­SÈDE UNE ÉNER­GIE CONTA­GIEUSE. LES GARS AIMENT ÊTRE AVEC LUI ET SE BATTENT POUR LUI. SON HIS­TOIRE RE­JAILLIT DANS SON JEU » BRAD STE­VENS, SON COACH

Avec De­Mar­cus Cou­sins, son an­cien co­équi­pier à Sa­cra­men­to

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