OK­LA­HO­MA C.

UN CHAL­LEN­GER CRÉ­DIBLE POUR LE TITRE ?

Mondial Basket - - Vu Sur Internet - PAR OS­CAR DE LA GARENNE

Au prin­temps der­nier, Ok­la­ho­ma Ci­ty avait lou­pé les playoffs, plom­bé par l’ab­sence longue du­rée de Ke­vin Du­rant, tou­ché au pied droit no­tam­ment (27 matches au to­tal). Ce couac avait pro­vo­qué le ren­voi de Scott Brooks, rem­pla­cé par Billy Do­no­van qui fai­sait le grand saut en NBA, fort d’une longue ex­pé­rience (19 ans) à la tête des Flo­ri­da Ga­tors, chez les uni­ver­si­taires. Dix mois plus tard, on re­trouve une équipe ca­lée à la 3e place de la Confé­rence Ouest (4015), der­rière le duo Gol­den State-San An­to­nio, avec un tan­dem « KD »-Rus­sell West­brook qui conti­nue de faire la pluie et le beau temps. Le pre­mier ali­mente la table de marque en shoo­tant à plus de 50% (27.8 pts), le se­cond aligne les triple-doubles (8, trois de moins que Dray­mond Green au 21 fé­vrier) et il vient de s’ad­ju­ger un deuxième titre de MVP du All-Star Game consé­cu­tif (voir pages 32-51). Le col­lec­tif a-t-il pro­gres­sé avec le chan­ge­ment de coach ? Les chiffres ne sau­raient évi­dem­ment tout ré­su­mer mais « OKC » pos­sède la 2e at­taque der­rière Gol­den State (109.9 pts, 5e l’an pas­sé) et la 16e dé­fense (24e en 2015). Le Thun­der se clas­sait 10e aux as­sists (25e l’an pas­sé) et shoo­tait à 47.6% (3e, 18e en 2015), en com­met­tant 15 tur­no­vers (24e NBA, 20e l’an pas­sé). Ok­la­ho­ma Ci­ty reste l’équipe des ju­meaux dia­bo­liques, l’un des duos les plus pro­li­fiques de la Ligue (51.9 pts, 15.4 rbds et 14.6 pds à eux deux). Les autres ra­massent les miettes se­lon les soirs. Mais si « KD » et Wes­brook conti­nuent de se ga­ver de shoots avec le feu vert de leur coach, il y a un très léger mieux en termes de col­lec­tif et sur­tout en dé­fense, un sec­teur où le tan­dem semble vou­loir s’in­ves­tir. Billy Do­no­van sa­luait les pro­grès de son groupe dans sa moi­tié de ter­rain entre les matches 20 et 30 avant de dé­plo­rer un re­lâ­che­ment, en termes de co­hé­sion et d’in­ten­si­té, entre les matches 30 et 40.

UN RUS­SELL WEST­BROOK MEILLEUR GES­TION­NAIRE

West­brook, tou­jours plus vif, ex­plo­sif, agres­sif et mor­dant - al­lez, on ajoute « puis­sant » -, a fait un ef­fort pour lâ­cher un peu la balle et im­pli­quer ses co­équi­piers en fonc­tion des mat­chups, comme en té­moignent ses 10.1 of­frandes par match (8.6 l’an pas­sé). Il gère mieux les sé­quences de jeu et s’ap­plique dans sa sé­lec­tion de shoots (de 42.6 à 46% mais tou­jours moins de 30% à 3 pts). Le mar­su­pi­la­mi du Thun­der a été une fois Joueur de la se­maine à l’Ouest, Ke­vin Du­rant quatre fois. Les deux com­pères ont été dé­si­gnés Joueurs du mois de dé­cembre. « KD » l’est res­té en jan­vier. Mais du­rant son ab­sence la sai­son der­nière, West­brook avait pris ses aises. « Russ » ne va pas s’ef­fa­cer main­te­nant. Chez les ar­rières, il se clas­sait 1er aux steals, 1er aux re­bonds, 2e aux passes et 7e au sco­ring. Il a pris du poids. Il le sait. Le n°0, ju­gé ta­len­tueux mais trop in­di­vi­dua­liste, nui­sible au col­lec­tif du Thun­der et au jeu de son lea­der, a fait taire pas mal de cri­tiques et ga­gné des fans en fai­sant preuve d’un peu plus de dis­cer­ne­ment et d’al­truisme. Mais fon­da­men­ta­le­ment, l’homme le plus dé­rou­tant, peut-être, de NBA - par son bas­ket et par son look - n’a pas chan­gé. Et sur­tout pas de men­ta­li­té. « La mienne m’a per­mis d’en ar­ri­ver là et je la gar­de­rai jus­qu’à la fin de ma car­rière », a-t-il pré­ve­nu. West­brook est tou­jours à fond. Il joue à l’ins­tinct. Il aime shoo­ter, pas­ser, pro­vo­quer (un peu), cro­quer (beau­coup), pa­rier (idem). Il a la com­pé­ti­tion et le show dans le sang, pour le meilleur et pour le pire. « Je pense être le même qu’à l’époque où tout le monde par­lait (de moi en mal), confiait-il à CBS.com. Je fais ce que j’ai tou­jours fait. Après, il est dif­fi­cile de jouer de la même ma­nière soir après soir. Je ne prends au­cun jour de re­pos. Je me donne tou­jours à 110%. » Le quin­tuple All-Star est en­core au-des­sus des 4 tur­no­vers par match (-0.2 par rap­port à l’an pas­sé) mais il es­saie de moins se pré­ci­pi­ter, de moins for­cer. On peut le ju­ger tou­jours trop fan­tasque, « Russ » ne met­tra pas d’eau dans son vin. Il n’est pas là pour plaire. Ce gar­çon qui dis­pute sa hui­tième sai­son chez les pros semble at­teindre un dé­but de plé­ni­tude à 27 ans. Peu­têtre faut-il com­men­cer à par­ler de « ma­tu­ri­té ». Mais un me­neur est aus­si ju­gé sur les ré­sul­tats col­lec­tifs. Et avec Rus­sell, on est en per­ma­nence dans le contraste. Il a réus­si son re­cord de passes en car­rière (18) le 20 fé­vrier dans… une dé­faite 98-101 face à In­dia­na à la Che­sa­peake Ener­gy Are­na, avec quatre pa­niers pri­més des Pa­cers en 150 se­condes. Le Thun­der était de­vant de 7 points…

Y’A DU K.-O. DANS L’AIR !

S’il faut trou­ver un chal­len­ger pour in­quié­ter le cham­pion sor­tant sur le ter­rain de l’ex­pres­sion col­lec­tive, San An­to­nio semble le meilleur can­di­dat. Mais si on cherche un chal­len­ger avec le meilleur po­ten­tiel ath­lé­tique, la meilleure carte à jouer se nomme « OKC ». Le Thun­der a af­fron­té San An­to­nio le 28 oc­tobre 2015 (vic­toire 112-106 à do­mi­cile) et Gol­den State le 6 fé­vrier en Ca­li­for­nie (dé­faite 108-116). La re­vanche face aux War­riors était pro­gram­mée le 27 fé­vrier, avec un troi­sième round le 3 mars, celle face aux Spurs in­ter­vien­dra le 12 du même mois (rounds 3 et 4 le 26 mars et le 12 avril). On sau­ra dans les toutes pro­chaines se­maines si les deux têtes de sé­rie de la Confé­rence ont vrai­ment du sou­ci à se faire. Ac­ces­soi­re­ment, le n°3 de­vra aus­si se dé­pla­cer à In­dia­na, To­ron­to, Hous­ton, Port­land… Le ca­len­drier lui ré­ser­vait 17 dé­pla­ce­ments sur les 27 der­niers matches. Au mo­ment d’écrire ces lignes, il fal­lait ju­ger sur le War­riors-Thun­der du 6 fé­vrier, dis­pu­té de­vant une ri­bam­belle de stars - Jay-Z, Beyon­cé, Ken­drick La­mar -, Su­per Bowl oblige (il avait lieu le len­de­main à San Fran­cis­co). « OKC » avait pris un très bon dé­part à l’Oracle Are­na. Une re­mon­tée cou­ra­geuse en fin de match n’a pas per­mis de com­bler le re­tard ac­cu­mu­lé en­tre­temps. Si Ste­phen Cur­ry s’est mon­tré mal­adroit (10/25), Gol­den State a fi­ni par im­po­ser son col­lec­tif plus abou­ti à un Thun­der trop dé­pen­dant de ses deux su­per­stars. Ça man­quait de mou­ve­ment, d’al­ter­nance dans le jeu mais as­su­ré­ment pas de peps et de muscles. D’ailleurs, le squad de Billy Do­no­van re­col­la en fin de ren­contre (104-104). Un ou deux mau­vais choix de Rus­sell West­brook plus tard (on ne se re­fait pas…), l’af­faire était pliée. Mais qu’on ne s’y trompe pas, Ok­la­ho­ma Ci­ty a eu du ré­pon­dant. Là où San An­to­nio (90-120

le 25 jan­vier) et Cleveland (98-132 le 18), les deux autres fa­vo­ris pour le titre, avaient vo­lé en éclats. Le Thun­der joue gros sur la der­nière par­tie de la sai­son avec un Ke­vin Du­rant free-agent en juillet - après Wa­shing­ton et les La­kers, les der­nières ru­meurs l’en­voyaient à Gol­den State - et un Rus­sell West­brook libre en 2017 (il rê­ve­rait de New York, équipe où il de­vien­drait le seul et unique pa­tron avec un « Me­lo » qui va sur ses 32 ans). Cou­rant fé­vrier, la fran­chise a ac­cueilli le Nug­get Ran­dy Foye et dit au re­voir à D.J. Au­gus­tin et Steve No­vak. Moves anec­do­tiques. L’émo­tion s’est em­pa­rée du lo­cker room avec la dis­pa­ri­tion dans un ac­ci­dent de la route d’In­grid, la femme de l’as­sis­tant coach Mon­ty Williams, an­cien boss des Pe­li­cans. Mau­rice Cheeks, autre as­sis­tant, a dû s’ab­sen­ter pour cause d’opé­ra­tion à la hanche. Mark Dai­gneault, coach de l’équipe de D-League af­fi­liée au Thun­der, a été ap­pe­lé en ren­fort.

KE­VIN DU­RANT SOUS PRES­SION

Ke­vin Du­rant, au centre de toutes les dis­cus­sions, af­firme ne pas pen­ser à la freea­gen­cy. Il as­sure aus­si qu’il veut ter­mi­ner ce qu’il a com­men­cé à « OKC » où il boucle, à 27 ans, sa neu­vième sai­son. « C’est dif­fi­cile de res­ter her­mé­tique aux ru­meurs, a-t-il dé­cla­ré dans une in­ter­view ac­cor­dée au quo­ti­dien na­tio­nal « USA To­day » en marge du Su­per Bowl au­quel il a as­sis­té comme… pho­to­graphe, au bord du ter­rain. Comme je n’y ai pas vrai­ment pen­sé, il y a beau­coup

d’in­cer­ti­tudes. Le mo­ment ve­nu, je pren­drai ma dé­ci­sion. Je me réuni­rai avec mes plus proches amis et ma fa­mille. Pour l’ins­tant, j’es­saie de jouer du mieux pos­sible. D’être à mon meilleur ni­veau à l’en­traî­ne­ment, aux shoo­ta-rounds, en match… C’est une tâche dé­jà as­sez com­pli­quée, je n’ai pas d’éner­gie pour me concen­trer sur autre chose. » Quelques jours plus tard, le MVP 2014 en­fon­çait le clou en dé­cla­rant à Ya­hoo Sports! : « Je ne pense pas à tout ça. Je ne veux pas bou­ger, je veux ter­mi­ner ce que j’ai à faire avec mon équipe. On a une bonne dy­na­mique, l’en­vi­ron­ne­ment est ex­cellent, on vit bien, on tra­vaille bien et donc, je n’y pense pas. On n’en dis­cute ja­mais, ni moi, ni Sam Pres­ti, ni Troy Wea­ver, l’as­sis­tant GM. Mais c’est bon de se sen­tir dé­si­ré… C’est ce qu’on veut tous. Que les gens vous res­pectent et ad­mirent la fa­çon dont vous jouez au bas­ket. » Eclip­sé par Ste­phen Cur­ry, bien sûr, mais aus­si par son me­neur, qui at­tire tou­jours plus la lu­mière et qui se ver­rait bien en num­ber one d’une fran­chise, le qua­druple meilleur sco­reur de la Ligue veut croire qu’il est ap­pe­lé à suc­cé­der, un jour ou l’autre, à LeB­ron James, lui dont on vou­lait faire le fu­tur roi de la NBA. « Je me dis tous les jours que je suis le meilleur bas­ket­teur du monde, a-t-il dé­cla­ré à l’agence As­so­cia­ted Press. C’est écrit sur mon mur et sur mon mi­roir dans ma salle de bain. C’est fa­cile à dire lorsque vous êtes au som­met, plus com­pli­qué quand tout le monde vous har­cèle. «Ilnes’en re­met­tra pas… Ça va l’ anéan­tir… Sac ar­rière est en­dan­ger…» J’ai uti­li­sé tout ce que j’ai en­ten­du la sai­son pas­sée (pour re­ve­nir au top). »

ET J’EN­TENDS PAS­SER LE TRAIN…

« KD » a aban­don­né sa pa­no­plie d’ar­ti­fi­cier n°1 en NBA pour se muer en créa­teur, faire da­van­tage jouer les autres au­tour de lui. Il n’a ja­mais été aus­si pas­seur (4.5 pds). Billy Do­no­van sa­luait ses ef­forts pour sor­tir d’un re­gistre uni­di­men­sion­nel et soi­gner son lea­der­ship, même si Rus­sell West­brook est en train de ti­rer la cou­ver­ture à lui. « De­puis son ar­ri­vée dans cette Ligue, Ke­vin a prou­vé qu’il était l’un des meilleurs sco­reurs et peut-être aus­si l’un des joueurs les plus ef­fi­caces de l’his­toire. Ce que j’ad­mire chez lui, c’est cette évo­lu­tion, cette vo­lon­té de pas­ser, de rendre les autres meilleurs, de créer. Il est bien plus qu’un sco­reur. » Un Du­rant qui s’était éner­vé, en jan­vier, de­vant les cri­tiques de la presse, cou­pable à ses yeux d’écar­ter le Thun­der de la course au titre. « Les jour­na­listes et les ex­perts cherchent tou­jours la pe­tite bête. Ils ne nous aiment pas. Ils n’aiment pas la fa­çon dont Rus­sell parle, ils n’aiment pas la fa­çon dont je parle. Donc, ils ne nous ac­cor­de­ront pas le bé­né­fice du doute. On est en­semble de­puis long­temps. On n’a ja­mais ga­gné et on a le même groupe, donc ils ne pensent pas qu’on puisse ga­gner. C’est comme ça mais on s’en fiche. Les cri­tiques ne veulent rien dire. C’est leur opi­nion, cha­cun a la sienne. On s’en moque ! On pense pou­voir te­nir tête à n’im­porte qui. On n’a pas be­soin de re­con­nais­sance. Nous ne sommes pas une équipe ré­cente et j’ima­gine qu’on est trop ré­gu­liers. Le monde aime tout ce qui est nou­veau et nous, on est là de­puis très long­temps… » Une star ja­louse des chou­chous du pu­blic que sont de­ve­nus Ste­phen Cur­ry et ses War­riors, alors qu’on pro­met­tait la même des­ti­née à son Thun­der il y a quelques an­nées ? Pas vrai­ment dans la na­ture de Ke­vin. Mais une star quelque peu dé­lais­sée par les mé­dias et une star sous pres­sion, oui. Le n°35 est à quelques se­maines d’une échéance (les playoffs) et d’un choix (la free-agen­cy) cru­ciaux pour la suite de sa car­rière. Il est à un tour­nant. Il sent peut-être le vent tour­ner. Il n’a pas en­vie de lais­ser pas­ser le train, comme un Car­me­lo An­tho­ny. Il faut re­prendre le pou­voir. Et vite. « Nous sommes moins mis en va­leur que les War­riors, les Cavs ou les Spurs, se plai­gnait-il. Ils le mé­ritent, je ne dis pas le contraire. Après, tout ce­la im­porte peu. On s’ac­croche au quo­ti­dien et on aime ce qu’on est. Je ne dis pas qu’on est à des an­nées-lu­mière d’eux. Ils jouent à un ni­veau de dingues, ils gagnent beau­coup de matches, plus de matches que nous. C’est ce qui fait la dif­fé­rence pour l’ins­tant. » La vic­toire 115-92 de Cleveland dans l’Ok­la­ho­ma le 21 fé­vrier est ve­nue rap­pe­ler que le squad de Billy Do­no­van vi­vait très dan­ge­reu­se­ment avec un duo abu­sant de l’iso­la­tion, un pi­vot (Enes Kan­ter) aux pâ­que­rettes (heu­reu­se­ment que Ste­ven Adams se dé­fonce), un Serge Iba­ka de moins en moins pré­sent et dis­sua­sif dans la ra­quette, un Dion Wai­ters en mode « écer­ve­lé » et un banc im­pro­duc­tif… Le Thun­der n’a pas beau­coup avan­cé de­puis les Fi­nales 2012 (1-4 contre Mia­mi). « OKC » est-il seule­ment une équipe de sai­son ré­gu­lière, comme Dal­las ou le Phoe­nix de Steve Nash à une époque ? James Har­den a fi­ni par ailleurs voir ailleurs. Il ne fau­drait pas que Ke­vin Du­rant ait en­vie de l’imi­ter.

« On pense pou­voir te­nir tête à n’im­porte qui. On n’a pas be­soin de re­con­nais­sance. J’ima­gine qu’on est trop ré­gu­liers. Le monde aime tout ce qui est nou­veau et nous, on est là de­puis très long­temps… » KE­VIN DU­RANT

Ke­vin Du­rant

Rus­sell West­brook

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