KOBE BRYANT

LES ADIEUX D’UN GÉANT, PAR­TIE II

Mondial Basket - - Vu Sur Internet - PAR AR­MEL LE BES­CON

KOBE BRYANT A REM­POR­TÉ TROIS TITRES NBA AVEC SHA­QUILLE O’NEAL. LE CLUTCH PLAYER DES LA­KERS AT­TEINT LE SOM­MET EN 2008 AVEC LE TITRE DE MVP DE LA LIGUE. IL AJOU­TE­RA DEUX NOU­VELLES BAGUES DE CHAM­PION EN 2009 ET 2010. CE DER­NIER TITRE RESTE LE PLUS ABOU­TI D’UNE CAR­RIÈRE QU’IL VA TER­MI­NER TROI­SIÈME MEILLEUR SCO­REUR « ALL-TIME » EN NBA. RE­TOUR SUR DIX ANS DE DO­MI­NA­TION AB­SO­LUE AVEC UN JOUEUR À LA FOIS STAR, DI­VA ET PA­RIA. AVANT DE DE­VE­NIR LE « BLACK MAM­BA ». UN SER­PENT AU VE­NIN MORTEL.

Jer­ry West, an­cienne su­per­star des La­kers de­ve­nue conseiller pour Gol­den State, a tou­jours ai­mé Kobe Bryant. Il l’avait re­pé­ré au ly­cée, au dé­but des an­nées 90, lorsque ce der­nier fré­quen­tait Lo­wer Ma­rion, dans la ban­lieue ouest de Phi­la­del­phie. Le fils de Joe et Pa­me­la ne pou­vait être qu’un Laker à l’été 1996, lors­qu’il fut draf­té par les Char­lotte Hor­nets (13e). West était in­ter­ve­nu pour le ré­cu­pé­rer en échange de Vlade Di­vac. La sa­ga Bryant com­mence dans l’une des plus pres­ti­gieuses fran­chises NBA. Elle du­re­ra vingt ans, avec tout ce que ce­la im­plique : show, psy­cho­drames et autres fa­cé­ties, per­son­na­li­sées par Kobe qui passe du n°8 au n°24 quelques se­maines avant le coup d‘en­voi de la sai­son 2006-07 afin de re­trou­ver l’es­sence de son ma­tri­cule de ly­cée. Au­jourd’hui, le dé­bat s’en­lise. Sté­rile. On cherche à sa­voir si Bryant a été « the best » avec le n°8 ou avec ce­lui de son ba­hut. Le pro­dige réus­sit le « three­peat » à 24 ans avec Sha­quille O’Neal avant de dis­pu­ter à nou­veau trois Fi­nales NBA consé­cu­tives, entre 2008 et 2010, pour deux nou­velles consé­cra­tions (les deux der­nières an­nées). C’est en se dé­mar­quant du Shaq que Kobe est de­ve­nu un « killer », sur­nom­mé le « Black Mam­ba ». Vingt-quatre fois, Bryant a sco­ré 50 points ou plus dans un match NBA. A 19 re­prises, ce­la concerne la pé­riode post-2004. O’Neal avait quit­té La­ker­land… Si la sai­son 2003-04 marque un tour­nant dans la car­rière de Kobe avec une rup­ture fra­cas­sante au sor­tir de la Fi­nale per­due contre De­troit (1-4), la pré­cé­dente en fut un pré­lude avec la prise de pou­voir, au sco­ring, de la jeune star ca­li­for­nienne de­vant le Shaq. Il réus­sit no­tam­ment neuf matches consé­cu­tifs à 40 points ou plus et per­mit aux La­kers d’ac­cro­cher une 5e place à l’Ouest en dé­pit d’une pre­mière par­tie de sai­son ca­tas­tro­phique. In­suf­fi­sant pour sur­vivre dans la jungle des playoffs. Mais Kobe est clai­re­ment le nou­veau boss. Le « Big Four » O’Neal-Karl Malone-Bryant-Ga­ry Pay­ton doit per­mettre aux La­kers de re­con­qué­rir le titre en 2004 mais cette sai­son s’achève dans le chaos. Guerre d’egos, conflits de stars, in­suf­fi­sance dans le jeu, avec un Kobe en pro­cès à Eagle, au Co­lo­ra­do (ac­cu­sa­tion de viol à l’été 2003). Les joueurs de Phil Jack­son tombent sur un col­lec­tif plus abou­ti. Plus gros temps de jeu des La­kers, Bryant, fa­ti­gué par des al­lers-re­tours dans les Mon­tagnes Ro-

cheuses, en pleins playoffs, pour ses au­di­tions, ter­mine la Fi­nale NBA avec son sco­ring le plus faible. Une moyenne de 22.6 points alors qu’il jouait plus de 46 mi­nutes par match. Sur les cinq ren­contres dis­pu­tées au Staples Cen­ter et au Pa­lace d’Au­burn Hills, il shoote à 38.1% et un pa­thé­tique 17.4% der­rière l’arc ! Un fias­co né de dis­sen­sions entre O’Neal et Bryant qui veut, à 26 ans, s’éman­ci­per d’un Shaq tout­puis­sant.

Le 23 dé­cembre 2007 au Ma­di­son Square Gar­den, face aux Knicks, Kobe plante 39 points pour at­teindre la barre des 20 000 en car­rière

KOBE PRO­VOQUE LE DI­VORCE AVEC SHAQ

La faille San An­dreas s’est en­core élar­gie à L.A. Elle pro­voque le dé­part du Shaq à Mia­mi. Phil Jack­son, fa­ti­gué des en­fan­tillages entre les deux All-Stars, pré­fère se re­ti­rer dans son Mon­ta­na na­tal. L’éva­sion ap­pelle la ré­flexion, qui ac­couche d’un livre choc où Kobe Bryant est trai­té de « di­va » et de joueur « in­gé­rable ». L’in­té­res­sé, au-des­sus des lois et de toute au­to­ri­té, s’en moque. Il règne en­fin seul sur le Hol­ly­wood du bas­ket. Ru­dy Tom­ja­no­vich hé­rite des rênes de l’équipe. Jer­ry Buss, le pro­prio, re­signe sa su­per­star pour 136 mil­lions de dol­lars. Pour la pre­mière fois de sa car­rière, Kobe Bryant en­caisse les quo­li­bets et les sif­flets quand les La­kers s’éloignent du Staples Cen­ter. Pas un seul match à 50 points pour lui. Pire, les Ca­li­for­niens ne se qua­li­fient pas pour les playoffs. Une pre­mière de­puis 1994 ! L’ar­rière pourpre et or, deuxième top sco­reur de la Ligue, ré­gresse, tom­bant dans la All-NBA Third team, comme en 1999, lors­qu’il n’avait que trois ans de car­rière. Il n’y a que les im­bé­ciles qui ne changent pas d’avis. Phil Jack­son connaît le po­ten­tiel de l’ani­mal. Douze mois après avoir quit­té Los An­geles, il re­vient pour dri­ver ce­lui que l’on va sur­nom­mer le « Black Mam­ba ». Ce ser­pent-là n’a qu’une tête mais ses mor­sures sont mor­telles. En­tou­ré de role players comme La­mar Odom, Smush Par­ker, Ch­ris Mihm et Kwame Brown, Kobe par­vient à ins­tal­ler les La­kers sur le spot n°8 de la Wes­tern avec une moyenne de 35.4 points. Meilleur sco­reur NBA de­vant Al­len Iver­son et LeB­ron James (dé­jà), le so­liste gé­nial sa­tis­fait sa bou­li­mie avec des show­cases mé­mo­rables, comme ceux in­fli­gés aux Dal­las Ma­ve­ricks (62 pts) et aux To­ron­to Rap­tors (81 pts) en l’es­pace d’un mois. Brian Shaw était l’as­sis­tant de Phil Jack­son. Il se sou­vient d’un tueur sans états d’âme. « C’était ter­ri­fiant ! Et pas seule­ment lors des matches. Il était le même aux prac­tices. J’avais joué avec lui jus­qu’en 2003, alors on était res­tés proches. Il me di­sait que plus il sco­rait, plus il avait en­vie d’en ra­jou­ter. Pour lui, la barre des 50 points était juste nor­male. Il pié­ti­nait les gars qui osaient se pré­sen­ter face à lui. » Ces 50 points res­tent une barre my­thique en NBA. « Quand tu at­teins les 50 pions dans cette Ligue, c’est très spécial. Tu sais que tu as réus­si un truc ex­cep­tion­nel », nous di­sait To­ny Par­ker après avoir sco­ré 55 points face à Min­ne­so­ta en 2008. Par six fois, Kobe réa­li­sa cet ex­ploit en 2005-06. Port­land, Mia­mi, Phoe­nix, Utah, Dal­las et To­ron­to lui ser­virent de souffre-dou­leur. Il de­vint le plus jeune bas­ket­teur à pas­ser les 15 000 points en car­rière, en jan­vier 2006. La ma­chine à re­cords est alors lan­cée. Il faut lais­ser pas­ser une an­née de tran­si­tion pour le voir si­gner son re­tour en Fi­nales NBA. Presque triom­phal.

SCO­REUR TOUT-PUIS­SANT

Il y a eu ce fa­meux coup de gueule à l’été 2007, quand San An­to­nio a swee­pé Cleveland en Fi­nales NBA. Kobe Bryant re­mue ciel et terre au coeur de la Fi­nale, alors que les mé­dias sont dans l’Ohio. Il veut des ren­forts et me­nace de quit­ter les La­kers si Jer­ry Buss ne ré­pond pas à ses at­tentes. L’ar­rière dé­boule à Bar­ce­lone, où le ma­gnat de l’im­mo­bi­lier est en va­cances, pour lui de­man­der des ren­forts. Il est ren­voyé aux Etats-Unis. Jer­ry Buss n’ap­pré­cie pas les ca­prices et l’ul­ti­ma­tum de son joueur ve­dette. « La porte est ou­verte s’il veut par­tir », dit-il.

Chi­ca­go se met sur les rangs pour at­ti­rer le triple cham­pion. En pure perte. Bryant reste à Los An­geles. Avec la pro­messe de re­ce­voir du ren­fort au cours de l’exer­cice qui sui­vra. Le 23 dé­cembre 2007, au Ma­di­son Square Gar­den, face aux Knicks, « KB » plante 39 points pour at­teindre la barre des 20 000 en car­rière. Le dé­but d’une pous­sée de fièvre. Tour à tour, Phoe­nix, Seat­tle et To­ron­to vont man­ger chaud. Dans le dé­tail, ce­la donne 38 points face aux Suns, 48 contre les Su­per­so­nics et 46 face aux Rap­tors. Pau Ga­sol dé­barque le 5 fé­vrier 2008 alors que les La­kers sont en voyage sur la Côte Est, dans le New Jer­sey. Ob­te­nu contre une bou­chée de pain. Phil Jack­son s’es­claffe. Le « Maître Zen » com­pa­re­ra ce­la à l’achat de l’Etat de Loui­siane. Une ar­naque avec un grand A. « Mon­dial Bas­ket » est à Or­lan­do pour re­trou­ver Kobe et son nou­veau lieu­te­nant es­pa­gnol. De­puis deux ans, le pre­mier traîne une frac­ture du doigt, qu’il est dé­sor­mais obli­gé de soi­gner dès qu’il quitte le ter­rain. Le « Black Mam­ba » est en mode MVP et ne s’at­tarde pas sur l’ar­ri­vée de l’ex-Grizzly. Le 28 mars, il score 53 points dans une dé­faite contre Mem­phis. Le 11 avril, il en­voie un ul­time mes­sage à ceux qui hé­sitent en­core à lui don­ner le titre de meilleur joueur de la Ligue : 29 pions, 10 re­bonds, 8 as­sists face aux Hor­nets. Avec 69.5% de vic­toires, les La­kers ac­crochent la 1ère place de la Wes­tern Confe­rence. Kobe, lui, rem­porte pour la pre­mière fois de sa car­rière le tro­phée Mau­rice Po­do­loff. Un nou­veau Laker est sa­cré après Ka­reem Ab­dul-Jab­bar, Ma­gic John­son et Sha­quille O’Neal. Les Ca­li­for­niens re­vivent après quatre ans d’er­rance mais Bryant n’est pas en­core ar­ri­vé au bout du che­min. « Plus que tout, je vou­lais être cham­pion NBA, dit-il au­jourd’hui. Quand tu ne gagnes pas le titre, c’est une an­née dif­fi­cile. Je hais l’échec. »

LE TITRE DE MVP 2008 N’EST QU’UNE ÉTAPE

Quand il ne rem­porte pas de nou­veau titre NBA, lan­cé qu’il est dans une course-pour­suite avec le Shaq (4) et sur­tout Mi- chael Jor­dan (6), le « Ko­bes­ter » ne peut se sa­tis­faire d’awards in­di­vi­duels, aus­si pres­ti­gieux soient-ils. Bryant veut une qua­trième bague de cham­pion. En 2008, il est trop court (2-4) face aux Bos­ton Cel­tics qui ornent leur dy­nas­tie d’une dix-sep­tième ban­nière avec le « Big Three » Paul Pierce-Ke­vin Gar­nett-Ray Al­len. Cette fi­nale pas­sionne l’Amé­rique et bien au-de­là car c’est un re­vi­val des eigh­ties, lorsque Ma­gic John­son et Larry Bird s’af­fron­taient pour la su­pré­ma­tie dans la Ligue. Kobe vit les mêmes émo­tions du­rant la dé­cen­nie sui­vante. Il échoue dans le Mas­sa­chu­setts, sur un Game 6, alors qu’il s’af­fi­chait à 25.7 points, 4.7 re­bonds, 5 passes et 2.7 in­ter­cep­tions. Il a tout don­né mais la puis­sance des C’s était in­con­trô­lable. Il ter­mine la sé­rie à 40.5% aux tirs et 32.1% der­rière l’arc. Il a pris date. Les deux Fi­nales sui­vantes lui offrent un « hap­py end ». Apo­théose d’une car­rière : en 2010, Kobe prend sa re­vanche sur les Cel­tics dans un Game Se­ven au Staples Cen­ter. Ga­ry Vit­ti, son pré­pa­ra­teur phy­sique per­son­nel, pense que lors de la sai­son 2011-12, « Bryant était af­fû­té comme il ne l’avait ja­mais été » mais cette der­nière Fi­nale et cette cin­quième bague (puis­qu’il a do­mi­né Or­lan­do 4-1 en 2009) sont frap­pées du sceau de Kobe. Et du sceau de l’ex­cel­lence. Le tro­phée dans les mains, il ju­bile et ré­pète à l’en­vi : « Un de plus que Shaq ! Vous pou­vez mettre ça au coffre. Vous sa­vez bien com­ment je suis. Je n’ou­blie ja­mais rien. » Une phrase qui solde les comptes avec O’Neal. « Su­per­man » a rem­por­té quatre titres, son en­ne­mi ju­ré a mis la main sur un cin­quième tro­phée ce 17 juin 2010. Le match à dis­tance est ter­mi­né. Kobe évoque ses ré­com­penses une à une mais au­cune n’a l’im­por­tance de ce titre ac­quis au for­ceps, sur un Match 7 face aux Cel­tics. « C’est le plus im­por­tant, dit-il, le plus fort éga­le­ment à titre per­son­nel. Nous avions trois fu­turs Hall of Fa­mers face à nous, Gar­nett, Pierce et Al­len. C’était la re­vanche de 2008. Il y avait une ri­va­li­té his­to­rique. J’avais un doigt cas­sé et nous étions me­nés 3-2… Tout ça rend ce cin­quième titre NBA très spécial. »

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