73 POUR LES WAR­RIORS

APRÈS LA CHASSE AU RE­CORD MY­THIQUE DES CHI­CA­GO BULLS DE 1995-96, BAT­TU AVEC 73 VIC­TOIRES EN SAI­SON RÉ­GU­LIÈRE, GOL­DEN STATE S’AT­TAQUE À UN AUTRE CHAL­LENGE EN PLAYOFFS. LE BACK-TO-BACK. PAS DE RÉ­PIT CHEZ DES WAR­RIORS ON FIRE !

Mondial Basket - - ÉDITO -

Il y a vingt ans, « Mon­dial Bas­ket » était comme Steve Kerr, alors shoo­ting guard back-up chez les Bulls de Mi­chael Jor­dan. L’ac­tuel coach des Gol­den State War­riors était plu­tôt per­plexe à l’idée de voir le nou­veau re­cord de Chi­ca­go (72 vic­toires pour 10 dé­faites) tom­ber un jour. Une marque éta­blie le 21 avril 1996 après une der­nière vic­toire à Wa­shing­ton. Ce Chi­ca­go-là était, pour nous comme pour beau­coup d’autres, la meilleure équipe de l’his­toire de la NBA. « His Air­ness » al­lait faire une

énième cou­ver­ture de « Mon­dial » avant de dé­cro­cher, quelques se­maines plus tard, son qua­trième titre NBA. Deux dé­cen­nies plus tard, notre opi­nion sur les Bulls de « MJ », Scot­tie Pip­pen, Den­nis Rod­man, Ron Har­per et toute la clique coa­chée par Phil Jack­son est (un peu) moins tran­chée… Une seule et bonne rai­son à ce­la. Gol­den State, cham­pion sor­tant sans com­plexes, a bat­tu - d’une pe­tite lon­gueur - ce re­cord qui sem­blait in­ac­ces­sible. Avec, iro­nie de l’his­toire, Steve Kerr, ce­lui-là même qui sor­tait du banc dans l’Il­li­nois, à sa tête. Coach Kerr, qui par­ta­ge­ra ce re­cord de 73-9 avec Luke Wal­ton - head coach ca­li­for­nien jus­qu’au 21 jan­vier 2016 - n’avait au­cun mal à se re­mé­mo­rer l’his­toire écrite sous le maillot rouge vingt ans plus tôt. « Je di­sais aux gars que je n’au­rais ja­mais pen­sé voir ce re­cord bat­tu. Je croyais que c’ était comme le re­cord de Joe DiMag­gio au ba­se­ball mais j’avais tort(ndlr: avec les Yan­kees, DiMag­gio avait frap­pé au moins un coup sûr du­rant 56 match es consé­cu­tifs, du 15 mai au 16

juillet1941). » Head coach de War­riors qui af­fichent un bi­lan de 140 vic­toires-24 dé­faites sous son ère (2 ans), Kerr se montre éton­nam­ment op­ti­miste au su­jet de la nou­velle marque ins­crite dans le marbre par le Gol­den State 2016 (73-9, donc). « Je vais dire la même chose qu’il y a vingt ans. Je ne pense pas que ce re­cord puisse être bat­tu. Quel­qu’un de­vra ga­gner 74 matches en une sai­son et je ne vois pas ce­la ar­ri­ver… » Au fond de lui-même, Mi­chael Jor­dan de­vait pen­ser la même chose que son an­cien co­équi­pier. Ce 72-10 pa­rais­sait in­ac­ces­sible, im­bat­table. Et pour­tant… Les War­riors 2.0 l’ont fait ! « MJ », qua­li­fié pour la post­sea­son avec ses Char­lotte Hor­nets, a en­voyé un mes­sage de fé­li­ci­ta­tions à l’équipe de Ste­phen Cur­ry… tout en di­sant : « Je suis im­pa­tient de voir la suite en playoffs. »

LE RE­CORD DANS LES LIVRES, LE TITRE DANS LES MÉ­MOIRES

Une suite qui s’écrit im­mé­dia­te­ment. Gol­den State a swee­pé Hous­ton en sai­son ré­gu­lière (30). Les Ro­ckets de­vaient leur ser­vir de cro­quettes au 1er tour, les Clip­pers ou Port­land de hors-d’oeuvre en de­mi-fi­nales de Confé­rence Ouest. Seuls San An­to­nio et Ok­la­ho­ma Ci­ty pa­rais­saient de taille à lut­ter. Ils se­ront op­po­sés au même stade si la lo­gique est res­pec­tée. Le cham­pion sor­tant doit dé­fier son chal­len­ger en fi­nale de Conf’. Il y avait trois jours de bat­te­ment entre la fin de la sai­son ré­gu­lière (le mer­cre­di 13 avril) et le dé­but des playoffs (le sa­me­di 16). Suf­fi­sam­ment de temps pour élar­gir le dé­bat, po­ser la ques­tion brû­lante : ces War­riors ter­ri­ble­ment ex­ci­tants et at­ta­chants sont-ils la meilleure équipe de tous les temps ? Une ques­tion qui pa­raît to­ta­le­ment sau­gre­nue tant que Gol­den State n’au­ra pas ga­gné le titre NBA 2016 et réus­si le back-to-back. Avant que les Ca­li­for­niens ne le fassent tom­ber, le re­cord des Bulls de 1995-96 fai­sait fi­gure de ré­fé­rence ab­so­lue. Les spé­cia­listes mettent cette équipe au-des­sus de toutes les autres. Et dans l’es­prit de tous (mé­dias, ob­ser­va­teurs, fans), ce sont évi­dem­ment les ban­nières de cham­pion qui font la va­leur d’une fran­chise et dé­ter­minent la va­leur des joueurs, en leur ac­cor­dant leur vé­ri­table place dans l’his­toire. Le cur­seur est tou­jours pla­cé en fonc­tion des tro­phées et des bagues, le reste ap­par­tient au livre des re­cords. La marque des Bulls, comme celle des War­riors au­jourd’hui, y est im­pri­mée, rat­ta­chée à une sai­son. Les titres NBA, eux, sont an­crés dans la mé­moire col­lec­tive, mar­quant les es­prits bien avant ce genre de prouesse (et bien plus aus­si). On ne sau­ra donc qu’à l’is­sue des Fi­nales 2016 si cette équipe peut pré­tendre au titre de GTOAT (Grea­test Team Of All Time) de la NBA, dis­tinc­tion que beau­coup ne sont pas près de lui ac­cor­der. Car un back-to-back ne fait pas une dy­nas­tie ni une équipe de lé­gende. Après son fa­bu­leux re­cord, le Chi­ca­go de Mi­chael Jor­dan avait bou­clé deux sé­ries de playoffs sur un sweep avant d’en ga­gner une autre en cinq manches. En Fi­nales, les Bulls me­naient 3-0 contre Seat­tle. Ils ont rem­por­té le titre en six matches. C’était la pre­mière pierre d’un « three­peat » qui fai­sait écho au pre­mier réus­si dans la dé­cen­nie 90. Le genre de perf qui flingue tout dé­bat… C’est à ce stade-là qu’on at­tend dé­sor­mais Gol­den State. La sai­son 201516 au­ra évi­dem­ment un goût amer, un goût d’ina­che­vé en cas d’échec fi­nal. Les War­riors sont ar­chi-fa­vo­ris. Tout autre ré­sul­tat que le titre su­prême en­lè­ve­ra de l’éclat à ce 73-9. Dray­mond Green, qui n’est pas un mo­dèle d’hu­mi­li­té mais le plus fort en gueule, s’em­bal­lait un peu en s’ex­cla­mant : « 73 vic­toires ! Ça veut dire que je fais par­tie de la meilleure équipe de tous les temps. Peu de gens peuvent en dire au­tant. On est quinze à pou­voir le dire. C’est fan­tas­tique ! » On se calme, Dray…

STE­PHEN CUR­RY TOU­JOURS PLUS HAUT

Le me­neur su­per­star des War­riors, Ste­phen Cur­ry, a pla­cé la barre tou­jours plus haut tout au long de la sai­son. C’est l’ar­rière ve­dette de la gé­né­ra­tion Y, le point guard du fu­tur, le nou­veau pro­to­type de bas­ket­teur NBA, loin du stan­dard Le­Bron James. Inar­rê­table à 3 points avec 402 tirs pri­més réus­sis cette an­née, soit 116 de plus que son pré­cé­dent re­cord ! « What the fuck ?! », comme on dit sur les ré­seaux so­ciaux… « Je shoote en confiance », rap­pe­lait le nou­veau chou­chou de la Ligue au sor­tir de son der­nier match de sai­son ré­gu­lière face à Mem­phis, dans le­quel il a sco­ré 46 points. « Le tir, c’est un bou­lot quo­ti­dien. Même hors sai­son, je shoote. Toute l’an­née, c’est ma rou­tine. » Ré­ga­lez-vous et pro­fi­tez-en, vous voyez sans doute à l’oeuvre le meilleur shoo­teur de l’his­toire. A l’adresse plus que dia­bo­lique. Le fils de Dell fi­nit pour la pre­mière fois meilleur mar­queur de la Ligue (30.1 pts). Il se­rait in­juste de faire abs­trac­tion du reste, d’ou­blier les mé­rites d’une équipe en­tière et de ne louer que les seuls ta­lents du gé­nial n°30. La réus­site de Gol­den State reste celle d’un groupe, d’un col­lec­tif, d’une équipe digne de ce nom. Dray­mond Green en est de­ve­nu le meilleur pas­seur (7.4). Il a réus­si 13 triple-doubles, le der­nier face

à Port­land le 3 avril. Son nom re­ve­nait en boucle pour le titre de meilleur dé­fen­seur, preuve de sa po­ly­va­lence ul­time. Il y avait match entre le War­rior et Kawhi Leo­nard cô­té Spurs. Face à une telle ma­chine, dif­fi­cile de suivre et en­core plus de sur­vivre ! Gol­den State n’a donc flan­ché que neuf fois cette sai­son. Plus fort : l’équipe ca­li­for­nienne a fait plier le Top 10 de la NBA (21-2). Les War­riors n’ont pas seule­ment ali­gné le meilleur li­neup (la fa­meuse « ef­fi­cien­cy » est im­pla­cable), ils pos­sé­daient aus­si la meilleure équipe en at­taque et en dé­fense dans les mo­ments « clutch ». La best « shoo­ting team » de l’his­toire, aus­si. Un vrai col­lec­tif avec 30 as­sists ou plus sur 43 matches ! Autre re­cord pour une for­ma­tion qui tour­nait à 28.9 passes. N°1 de la Ligue là en­core. Chez les « Dubs », tout roule. Tout le temps. Bran­don Rush a rem­pla­cé avan­ta­geu­se­ment Har­ri­son Barnes en dé­cembre et en jan­vier. Andre Iguo­da­la, ab­sent 17 matches, fi­gu­rait par­mi les no­mi­nés pour l’award de « Sixth man of the year ». Il se­rait vrai­ment ré­duc­teur d’ex­pli­quer la sai­son ex­cep­tion­nelle de Gol­den State par la pro­duc­tion du seul Ste­phen Cur­ry mais il est im­pen­sable d’ima­gi­ner que les War­riors au­raient été ca­pables d’éta­blir ce re­cord sans le meilleur sco­reur du cir­cuit, un titre de plus à ajou­ter sur sa carte de vi­site per­son­nelle. La force des Jaunes et Bleus ré­side là, dans cette al­chi­mie entre le lea­der et le reste du squad. Cur­ry a une équipe avec lui, au­tour de lui et non der­rière lui. San An­to­nio est der­rière Kawhi Leo­nard. Ok­la­ho­ma Ci­ty suit le duo Ke­vin Du­rant-Rus­sell West­brook. Une dif­fé­rence loin d’être ano­dine. Elle a énor­mé­ment contri­bué à la réus­site his­to­rique de Gol­den State.

UNE ÉQUIPE ET UN JEU SÉ­DUI­SANTS POUR TOUT LE MONDE

Dif­fi­cile de s’en­nuyer avec ces War­riors qui font dé­sor­mais fi­gure de ré­fé­rence ab­so­lue en NBA. Gregg Popovich s’in­cline de­vant la meilleure équipe du monde à ses yeux. S’il n’était qu’un simple spec­ta­teur, il paie­rait pour voir pra­ti­quer un bas­ket aus­si lé­ché et flam­boyant. Après le « show­time » des La­kers, après l’at­taque en tri­angle des Bulls et des La­kers, après la dé­fense étouf­fante des Spurs, place à un bas­ket to­tal, tout en adresse, en al­truisme et en éner­gie, qui ré­vo­lu­tionne la Ligue. Un jeu col­lec­tif, donc, avec de la tran­si­tion, du shoot et du « small ball » si né­ces­saire. Les War­riors uti­lisent une pa­lette large. C’est la conti­nui­té de ce que fai­saient les Phoe­nix Suns de Steve Nash avec plus de di­ver­si­té, de va­rié­té, une gamme éten­due. La par­ti­tion donne un ré­ci­tal, une mer­veille de bas­ket. Une mu­sique de chambre qui sonne aux oreilles du pré­sident Ba­rack Oba­ma, de­ve­nu fan, lui aus­si, de ces ir­ré­sis­tibles War­riors. Avec lui, ce sont les USA et le monde en­tier qui craquent. Gol­den State montre à tous comment ce sport d’adresse doit être pra­ti­qué. Après le re­cord, le lo­cker room ca­li­for­nien sen­tait bon la fies­ta. Le shoo­ting guard Klay Thomp­son était aux anges : « Il y avait de la joie. Tout le monde si­gnait ses équi­pe­ments et savourait la fin de la sai­son ré­gu­lière. C’était une fin d’an­née in­croyable ! C’est pas­sé très vite, en fait… C’était su­per d’en­tendre Steve (Kerr) dire qu’il était fier de nous. » Les War­riors sont dé­sor­mais tour­nés vers le back-to-back, comme Mia­mi en 2012 et 2013. La der­nière équipe à avoir rem­por­té le titre deux an­nées de suite. Gol­den State a dé­bou­lé plein pot en playoffs, avec des ondes po­si­tives. Psy­cho­lo­gi­que­ment, tout va bien. Phy­si­que­ment aus­si car toute l’équipe est en bonne san­té. Fes­tus Eze­li, le back-up au poste de pi­vot, est re­ve­nu le 3 avril après avoir man­qué 26 matches suite à une opé­ra­tion au ge­nou gauche. Steve Kerr tient la for­mule ga­gnante. Il nous la don­nait en ri­go­lant : « On perd un match, on de­vient fous et on en gagne dix en­suite. C’est ça, la for­mule… C’est la seule fa­çon de le faire. » Il par­lait du re­cord, bien sûr. Il n’y a pas de for­mule dif­fé­rente pour rem­por­ter le titre NBA.

« IL Y AVAIT DE LA JOIE DANS NOTRE VES­TIAIRE. TOUT LE MONDE SI­GNAIT SES ÉQUI­PE­MENTS ET SAVOURAIT LA FIN DE LA SAI­SON RÉ­GU­LIÈRE. C’ÉTAIT UNE FIN D’AN­NÉE IN­CROYABLE ! » Klay Thomp­son

Har­ri­son Barnes Andre Iguo­da­la

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