TIM DUN­CAN, C’EST FI­NI

Un dé­part en toute dis­cré­tion

Mondial Basket - - Édito - | MB

L’an­nonce of­fi­cielle a été faite via un simple com­mu­ni­qué sur le site In­ter­net des Spurs. Res­pec­té de tous, Tim Dun­can a été un mo­dèle de cons­tance et d’ex­cel­lence au plus haut ni­veau pen­dant presque deux dé­cen­nies (sa car­rière pro s’est éta­lée sur 19 ans). Il s’est re­ti­ré sur la pointe des pieds, égal à lui-même. Fi­dèle à ce qu’il est : un gar­çon d’une grande hu­mi­li­té et d’une grande so­brié­té, qui a lais­sé son jeu par­ler pour lui. Dun­can s’est éclip­sé dis­crè­te­ment, avec beau­coup de classe, en lais­sant une lettre adres­sée à ses fans et re­layée par ESPN. Le n°21 a sim­ple­ment ex­pli­qué qu’il n’avait plus la flamme né­ces­saire pour pour­suivre l’aven­ture une an­née de plus. Il s’en va à 40 ans, at­teints le 25 avril der­nier.

« S’il y a dix-neuf ans, on m’avait de­man­dé d’écrire le film de ma car­rière, je n’au­rais ja­mais été en me­sure de rê­ver d’un tel par­cours. Face à la fin de cette route, je prends du re­cul et je re­viens avec ad­mi­ra­tion sur ce que j’ai pu tra­ver­ser. Les vic­toires et les dé­faites fe­ront par­tie de mes sou­ve­nirs mais ce dont je me sou­vien­drai le plus, ce sont les per­sonnes que j’ai ren­con­trées. Les fans dans et en de­hors de la salle, le staff et les en­traî­neurs qui m’ont pous­sé et sou­te­nu, les co­équi­piers (et même les ad­ver­saires) qui se­ront des amis pour la vie, qui ont par­ta­gé mes hauts et mes bas avec ma fa­mille et mes proches, et sur­tout les ins­tan­ta­nés de mes en­fants qui ont gran­di et ado­ré voir leur père au tra­vail. C’est ce que je por­te­rai le plus dans mon coeur. Mer­ci à la ville de San An­to­nio pour l’amour et le sou­tien tout au long de ces an­nées. Mer­ci aux fans par­tout dans le monde. »

S’il est une per­sonne qui a mar­qué l’homme et le joueur qu’est de­ve­nu Tim Dun­can, c’est son coach, Gregg Po­po­vich. « Pop » avait pris les Spurs en charge en 1996, un an avant la draft de Dun­can (1er choix à sa sor­tie de Wake Fo­rest). Les deux hommes ont tout par­ta­gé pen­dant 19 ans. La fin de car­rière de son double sur le ter­rain est un coup dur pour le coach texan. C’est seul, avec un T-shirt à l’ef­fi­gie du n°21 em­blé­ma­tique des « Sil­ver and Black », que ce­lui-ci s’est pré­sen­té de­vant les jour­na­listes : « Pas­ser du temps avec Tim Dun­can fut une ex­pé­rience vrai­ment ma­gni­fique. Les gens ne savent pas à quel point il est in­tel­li­gent. Je pense à des gens comme John Cleese (ndlr : ac­teur

des Mon­ty Py­thon) qui sont à la fois in­tel­li­gents, pers­pi­caces et sar­cas­tiques. Per­sonne ne sait ça sur Tim­my. Je pou­vais pas­ser un match sur son dos, lui de­man­der de­vant tout le monde pour­quoi il ne pre­nait pas cor­rec­te­ment les re­bonds. En re­ve­nant, il me ré­pon­dait : « Mer­ci pour la mo­ti­va­tion, Pop…

Mer­ci pour le sou­tien, Pop… » Puis il se tour­nait, en le­vant les yeux au ciel, et on se met­tait à rire tous les deux. Les gens ne voient pas ça mais ses co­équi­piers l’ont vu et c’est pour ça qu’ils l’ado­raient. Il a été le meilleur co­équi­pier qu’on puisse ima­gi­ner. »

« Il est ir­rem­pla­çable »

Po­po­vich a conti­nué de s’ou­vrir, preuve d’un res­pect ab­so­lu et d’un lien sans pré­cé­dent. « Pen­sez au nombre de joueurs qui ont évo­lué avec lui. Tout ce que Tim Dun­can avait à faire, c’était le­ver l’un de ses bras et le po­ser sur leurs épaules. Ils res­sen­taient la cha­leur et le confort qui leur per­met­taient de de­ve­nir les meilleurs bas­ket­teurs pos­sibles. »

Mal­gré les nom­breux ta­lents qui com­posent l’ef­fec­tif texan - un ros­ter qui ac­cueille Pau Gasol

(voir pages 20-21) -, le dé­part de Tim Dun­can va lais­ser des traces. « Il est ir­rem­pla­çable, confirme Gregg Po­po­vich. C’est quelque chose qu’on n’ar­ri­ve­ra pas à faire. Nous sommes tous uniques mais lui a été tel­le­ment im­por­tant pour tel­le­ment de gens que ça en est fou. C’est dif­fi­cile d’ima­gi­ner al­ler à l’en­traî­ne­ment, au match, dans le bus ou de prendre une part de gâ­teau aux ca­rottes en pen­sant à ça… »

Car Tim Dun­can était l’es­sence même de la culture dé­ve­lop­pée par les Spurs. « L’au­ra qu’il a créée, la fi­gure ico­nique qu’il a éta­blie toutes ces an­nées, la sé­cu­ri­té, tout ça ve­nait de ce qu’il était en tant que joueur. Lors­qu’il mar­quait moins, comme ces deux der­nières an­nées, les gens ne se ren­daient pas compte à quel point il était ef­fi­cace dé­fen­si­ve­ment. Re­gar­dez où il était clas­sé dé­fen­si­ve­ment sur le plan in­di­vi­duel et vous com­pren­drez vite, in­siste « Pop ». Of­fen­si­ve­ment, les gars sa­vaient ré­agir parce qu’il était là. Il sa­vait où al­ler. Même si sta­tis­ti­que­ment, sa pro­duc­tion n’était plus la même, nous avons en­core ga­gné 67 matches parce qu’il était le centre de tout ce que nous fai­sions des deux cô­tés du ter­rain. Même si d’autres mar­quaient plus. Ça va nous man­quer et il va fal­loir trou­ver des so­lu­tions. D’autres vont de­voir pas­ser un cap en termes de lea­der­ship. Il y a dif­fé­rents types de lea­der­ship. Il était un si­len­cieux, il n’agi­tait pas les ser­viettes, il ne fai­sait pas de grands dis­cours mais quand il par­lait, c’était avec un but. Avec lui, la ra­re­té ren­dait les choses pré­cieuses. Et quand il par­lait, ça vou­lait dire quelque chose pour tout le monde. »

Tou­ché, le na­tif des Iles Vierges a re­trou­vé le sou­rire. « Je com­mence un nou­veau cha­pitre de ma vie. Je com­men­çais à ne plus prendre de plai­sir en tant que bas­ket­teur NBA. » Après quatre an­nées d’uni­ver­si­té à Wake Fo­rest et 19 sai­sons sous le maillot des Spurs, pas­sées à sillon­ner le pays en quête de titres, Tim­my va pou­voir prendre du re­cul. Et ima­gi­ner la suite de sa vie. « C’est ça qui est beau. Il n’y a rien d’écrit. Pour la pre­mière fois de­puis plus de vingt ans, je n’ai pas de script. » Cha­peau et mer­ci, « e Big Fun­da­men­tal ».

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