ALL-STAR GAME

POUR­QUOI LE MATCH DES ÉTOILES EST PÉRIMÉ

Mondial Basket - - Edito - Par Fred Lesmayoux

Le match des stars est de­ve­nu, ces der­nières an­nées, une ca­ri­ca­ture de bas­ket. La NBA a eu beau chan­ger son sys­tème de sé­lec­tion, rien n’y fait. Faut-il re­mon­ter à 2003 et au All-Star Game d’At­lan­ta, avec ce buz­zer bea­ter en fa­de­way de Mi­chael Jordan sur la tête de Shawn Ma­rion, en pro­lon­ga­tion, pour se re­mé­mo­rer un Match des Etoiles dis­pu­té, avec un brin de com­ba­ti­vi­té, un zest de vrai bas­ket ? La 66e édi­tion du ren­dez-vous des Etoiles, re­ti­rée à Char­lotte et confiée à La Nouvelle-Or­léans, nous a of­fert le pire. Le All-Star Game 2017 était le re­flet dé­tes­table de la tour­nure prise par l’évé­ne­ment de­puis plus de dix ans. On a beau avan­cer des chiffres de plus en plus fous, ils ne veulent ab­so­lu­ment plus rien dire. Un to­tal de 374 points pour les deux équipes (cinq de plus que l’an pas­sé) ? Dom­mage, ils au­raient pu en mar­quer 200 cha­cun, fran­che­ment ! Ri­di­cule… La ba­ga­telle de 75 dunks, soit 18 de plus que l’an der­nier ? In­di­geste. A To­ron­to en 2016, on avait as­sis­té à une ava­lanche de tirs à 3 points (139 ten­tés !), la nouvelle arme à la mode dans la Ligue. An­tho­ny Da­vis, le ré­gio­nal de l’étape et MVP au­to-dé­si­gné, pou­vait pa­ra­der avec sa marque re­cord de 52 pions, qui ef­fa­çait des ta­blettes - de dix lon­gueurs - Wilt Cham­ber­lain. En 1962, ça jouait la gagne pen­dant toute la ren­contre, Mon­sieur. Sur les 26 tirs réus­sis par le Pe­li­can, qui vient de voir le Père Noël lui of­frir DeMar­cus Cou­sins comme com­pa­gnon de ra­quette, 25 ont été dé­clen­chés à moins d’un mètre du cercle et il y a 18 dunks ! « Fa­cile » quand on plante sans op­po­si­tion avec toute une équipe qui a dé­ci­dé de vous of­frir le tro­phée de MVP

et une équipe en face qui laisse faire. Si la tra­di­tion veut que l’hôte soit pri­vi­lé­gié, ce titre de MVP du All-Star Game doit se mé­ri­ter. An­tho­ny Da­vis ne se po­sait pas la ques­tion. Sans re­mords et très fier, il ex­pli­quait : « On avait dis­cu­té avant le match avec Steve Kerr (ndlr: coach de la sé­lec­tion Ouest) del’ im­por­tance que je sois MVP pour la ville de New Orle ans .» In­croyable aveu de« Uni­brow », fait sans fron­cer les sour­cils. « Tous les joueurs de la Confé­rence Ouest se sont mis au dia­pa­son. Ils vou­laient que j’ar­rive à 50 ! Chaque fois, il y avait un gars pour m’en­cou­ra­ger. Kaw­hi Leo­nard me di­sait qu’il me fal­lait encore 6 points. James Har­den me di­sait qu’il al­lait me faire une passe. Dray­mond Green a été ce­lui qui a dé­com­po­sé les choses. Il m’a dit que je de­vais ar­ri­ver à 24 au moins à la pause. Et puis à 30 au moins à la fin du troi­sième quart. Et puis tout le monde s’y est mis pour me fi­ler la balle. Les gars ont été su­per avec moi, je les re­mer­cie vrai­ment. » Il n’y a pas de quoi ! Et tant pis pour le pu­blic… On ne re­vien­dra pas sur le choix, dic­té par la po­li­tique, de confier l’or­ga­ni­sa­tion de ce All-Star Game, pour la troi­sième fois en 10 ans, à New Or le ans( voir« Mon­dial Bas­ket»n °241), en plein Mar­di Gras. On re­mar­que­ra que les spec­ta­teurs n’ont même pas at­ten­du la fin du match pour al­ler faire la fête du cô­té de Bourbon Street, plu­tôt que de cé­lé­brer la re­mise du tro­phée à la Wes­tern Con­fe­rence et à son lea­der. Oui, même les fans les plus as­si­dus, en­tas­sés à plus de 15 000 dans le Smoo­thie King Cen­ter, bou­daient. Ils avaient beau ba­lan­cer des tri­bunes, en dé­but de qua­trième quart­temps -alors que l’écart était de seule­ment 5 points à l’en­tame des 12 der­nières mi­nutes -, des « D-fence, D-fence ! », ils ne furent, une fois de plus, pas écou­tés. L’ab­sence d’in­té­rêt d’un tel spec­tacle est fla­grant. Le show est de­ve­nu as­som­mant, l’op­po­si­tion Est-Ouest grotesque. La NBA au­rait tout in­té­rêt à se pen­cher sur le pro­blème, sous peine de mettre le « mid-win­ter classic », cen­sé faire of­fice de vi­trine du bas­ket US, en pé­ril, en dé­pit d’un nombre éle­vé de té­lé­spec­ta­teurs. L’au­dience culmi­nait à 7,8 mil­lions (pic à 8,5), soit le All-Star Game le plus re­gar­dé de­puis l’édi­tion 2013 à Hous­ton. Des chiffres qu’Adam Sil­ver, le com­mis­sio­ner, se fe­ra un ma­lin plai­sir de mettre en avant dès qu’on es­saie­ra de contrer ses stra­té­gies, axées sur le business-mar­ke­ting.

ILS SONT TOUS POTES

Les rai­sons du ma­laise sont mul­tiples et on cerne encore mal les re­mèdes pos­sibles. Ce qui est sûr, c’est que le All-Star Game est en dan­ger ! Les joueurs sont en cause, leur vo­lon­té aus­si. Ça com­mence par cette fraternité af­fli­geante qui ra­mol­lit la Ligue de­puis quelques an­nées. Le cercle fer­mé des mul­ti­mil­lion­naires qu’ils sont de­ve­nus par la grâce de droits té­lé ju­teux, de contrats mi­ri­fiques et d’offres de spon­so­ring hy­per gé­né­reuses ne donne plus nais­sance à de grandes ri­va­li­tés, comme par le pas­sé. Ma­gic John­son et Lar­ry Bird se ti­raient la bourre dans le res­pect, y com­pris aux All-Star Games. L’Est vou­lait battre l’Ouest et in­ver­se­ment. Les lea­ders en­traî­naient tout le monde dans leur sillage. Mi­chael Jordan n’a ja­mais fait de ca­deau au jeune Kobe Bryant dans leurs op­po­si­tions. Au­jourd’hui, même LeB­ron James se sent obli­gé, face à des mé­dias com­plices, de dé­cla­rer qu’il n’éprouve pas d’ani­mo­si­té en­vers Ste­phen Cur­ry, dont il vient de croi­ser la route deux fois sur le che­min du titre. Les deux hommes avaient semble-t-il quelques comptes à régler lors des deux der­nières Fi­nales, non ? Les vieux de la vieille n’en fi­nissent plus de dé­plo­rer ce type de com­por­te­ments faus­se­ment ami­caux. Et quand Charles Bark­ley ose, avec sa grande bouche, s’at­ta­quer au « King », il se prend une vo­lée de cri­tiques lui rap­pe­lant que dans les an­nées 90, lui-même en­tre­te­nait une cer­taine com­pli­ci­té avec « MJ ». Tout juste les ca­mé­ras ont-elles dai­gné suivre, pen­dant 48 heures, le couple dé­chi­ré Ke­vin Du­rant-Rus­sell West­brook, sé­pa­ré scien­ti­fi­que­ment, sa­vam­ment et ex­pli­ci­te­ment, avec l’aval des di­ri­geants de la Ligue, pen­dant tout le wee­kend, y com­pris dans les ves­tiaires ou sur les pa­niers d’en­traî­ne­ment. On s’ex­ta­sia de­vant une passe du pre­mier pour le se­cond, pour un beau al­ley-oop qui scel­lait la réuni­fi­ca­tion et la ré­con­ci­lia­tion fic­tives des deux tourte- reaux ! La belle his­toire… Qui y a cru sé­rieu­se­ment une seule se­conde ?

L’ÉVO­LU­TION DU JEU N’AR­RANGE RIEN

L’évo­lu­tion du jeu, avec « l’open floor » que prônent les lea­ders du bas­ket ac­tuel, in­car­né par les Gol­den State War­riors (quatre re­pré­sen­tants au All-Star Game plus le coach) et les Cle­ve­land Ca­va­liers (le tandem LeB­ron James-Ky­rie Ir­ving plus Ke­vin Love, sé­lec­tion­né, bles­sé et rem­pla­cé par Car­me­lo An­tho­ny), tend vers des op­po­si­tions beau­coup moins physiques. C’est certes spec­ta­cu­laire mais moins mus­clé. Ain­si, cette année à New Orleans, l’équipe de l’Est évo­luait sans pi­vot. On a même vu trois me­neurs jouer en­semble. For­cé­ment, ça ne pousse pas à pro­té­ger le cercle et on at­tend en vain de sa­vou­rer quelques belles bâches, au moins dans le qua­trième quart-temps, quand il est en­fin temps (nor­ma­le­ment) de pro­po­ser autre chose que du cinq contre zé­ro, ponc­tué d’al­ley-oops sans op­po­si­tion ou de tirs ou­verts lais­sant large-

An­tho­ny Da­vis éta­blit le re­cord de points (52) sur un All-Star Game. Voi­ci l’un de ses 18 dunks !

Rus­sell West­brook (en haut) et Gian­nis An­te­to­kounm­po, eux, ont joué le jeu.

Ke­vin Du­rant et LeB­ron James. Où est la rivalité ?

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