LA RE­VANCHE DE JAVALE MCGEE

LE CULTIS­SIME JAVALE MCGEE A SOU­VENT éTé LA RI­SéE DE LA NBA. LA FAUTE à SES IN­NOM­BRABLES GAFFES, DIF­FU­SéES EN BOUCLE DANS LE « SHA­Q­TIN’ A FOOL ». LE PI­VOT DE 29 ANS TIENT AU­JOURD’HUI SA RE­VANCHE APRèS S’êTRE IM­PO­Sé DANS LA RA­QUETTE DES WAR­RIORS EN SOR­TIE

Mondial Basket - - Édito -

On n’ose ima­gi­ner les pi­tre­ries qu’il of­fri­ra à ses par­te­naires, aux fans et aux mé­dias, dans quelques se­maines, dans un ves­tiaire cham­pa­gni­sé, en fê­tant (peut-être) son pre­mier titre. JaVale McGee re­vient de loin. De très loin, même. Il y a sept mois, il se de­man­dait s’il conti­nue­rait sa car­rière NBA. Sans cesse mo­qué par Sha­quille O’Neal, bles­sé, l’an­cien es­poir de Wa­shing­ton et Den­ver (18e choix de la draft 2008) n’en fi­nis­sait plus de s’en­li­ser. Gol­den State lui of­frait une der­nière chance in­es­pé­rée, après un pas­sage par Phi­la­del­phie et Dallas. Il l’a sai­sie, à 29 ans. Et com­ment… Après avoir joué 62 matches en trois sai­sons, JaVale McGee s’est en­ga­gé dans un style de vie plus sain. Le voi­ci, au­jourd’hui, devenu une vraie force dans la re­con­quête du titre par les War­riors. Dans la série du 1er tour contre les Trail Bla­zers (4-0), am­pu­tés de leur front­court (Ju­suf Nur­kic bles­sé), le pi­vot de la « Dub Na­tion » est pas­sé du sta­tut de role player à ce­lui de centre puis­sant. Mieux : in­ar­rê­table. Entre dunks et contres, ses 49 mi­nutes se sont trans­for­mées en or, avec 39 points (18/23 aux tirs), 17 rebonds et 9 blocks. Lui aus­si a pas­sé le ba­lai pour « swee­per » Port­land. « A son cré­dit, il est très ath­lé­tique et il com­plète par­fai­te­ment le ros­ter des War­riors », re­con­nais­sait le coach vain­cu des Trail Bla­zers, Ter­ry Stotts. Ces der­niers mois, le na­tif de Flint (Mi­chi­gan) for­mé à Ne­va­da avait dé­jà per­cé, émer­geant comme un boos­ter d’éner­gie en sor­tie de banc. Dans une équipe de shoo­teurs, les ca­pa­ci­tés de McGee - cou­rir vite, at­tra­per les bal­lons lo­bés, uti­li­ser ses 213 cm - sont un atout in­con­tes­table. Quand ils étaient en­semble sur le ter­rain, McGee, Dray­mond Green, Ke­vin Du­rant, Klay Thomp­son et Ste­phen Cur­ry ont écla­té leurs op­po­sants ( 96 points cette an­née). « Vous pou­vez toujours comp­ter sur lui pour jouer dur. Il peut chan­ger le mo­men­tum du match des deux cô­tés du ter­rain », as­sure Steph Cur­ry. McGee avait même ter­mi­né la sai­son ré­gu­lière avec le meilleur ra­tio de la NBA par mi­nute mais le staff jaune et bleu pré­fère l’uti­li­ser sur des sé­quences courtes. Le Géor­gien Za­za Pa­chu­lia ab­sent, c’est lui qui a pris le re­lais, avec ai­sance et sé­rieux. Là où il est le plus ef­fi­cace, c’est sur jeu de tran­si­tion, grâce à sa ra­pi­di­té. Don­nez-lui plus de temps de jeu et vous ris­quez de le fa­ti­guer. C’est pour­quoi JaVale a été uti­li­sé seule­ment 12.2 mi­nutes en moyenne au 1er tour. « Il dé­pense beau­coup d’éner­gie », dé­cla­rait Mike Brown, l’en­traî­neur ad­joint des War­riors, qui coa­chait le fi­na­liste 2016 en at­ten­dant le re­tour de Steve Kerr. « Nous pen­sons qu’il est plus utile sur 5 à 6 mi­nutes à fond. En­suite, vous l’as­seyez. »

il s’est en­tRaέnÉ seul

JaVale McGee ap­pré­cie sur­tout de sa­voir qu’il dis­pu­te­ra chaque match. A l’au­tomne 2013, un an après avoir si­gné un contrat de 4 ans et 44 mil­lions de dol­lars avec Den­ver, il avait com­men­cé à res­sen­tir une dou­leur dans la jambe gauche. A cause de mé­de­cins in­ca­pables de four­nir un diag­nos­tic fiable, McGee se mit à por­ter une ge­nouillère et à es­sayer dif­fé­rentes chaus­sures. Rien ne fonc­tion­nait. Ce n’est qu’en fé­vrier 2014 qu’il su­bit une in­ter­ven­tion chi­rur­gi­cale pour une frac­ture de stress du ti­bia. Les Nug­gets l’échan­gèrent un an plus tard à Phi­la­del­phie, qui re­non­cèrent à ses droits après six pe­tits

il iMite une HÔ­tesse de l’aiR, CHante foRt sous la douCHe, poste des pHo­tos de dRaY­Mond GReen en­doR­Mi… C’esT Un Gros DÉCon­neUr !

matches. La dou­leur dans sa jambe gauche per­sis­tait. La sai­son der­nière, hors de forme et en manque de confiance, McGee s’en­terre à Dallas (en­ga­gé en août 2015, cou­pé en juillet 2016). Alors qu’il crou­pit sur le banc, JaVale en­vi­sage car­ré­ment de quit­ter le bas­ket. « Je m’in­ter­ro­geais tous les jours », dit-il. Pour li­mi­ter les tour­ments liés à sa condi­tion phy­sique, il en­tame un ré­gime vé­gé­ta­lien, tra­vaille tous les jours, seul, et perd 8 ki­los. « J’ai fait du ren­for­ce­ment phy­sique tous les jours, comme ja­mais. J’étais seul, avec mon en­traî­neur, contrai­re­ment aux autres qui avaient tout un staff der­rière eux. »

es­sayé par dé­faut à GOL­DEN STATE

En sep­tembre, alors qu’il n’a re­çu au­cune offre de contrat ga­ran­ti, il re­joint les War­riors, in­vi­té à leur camp. Les Ca­li­for­niens, qui dé­plorent la perte d’An­drew Bo­gut (néo-Ma­ve­rick) dans leur ra­quette, ne savent pas exac­te­ment à quoi s’at­tendre en l’es­sayant à l’au­tomne. D’abord parce qu’il n’a pas beau­coup joué au cours des trois sai­sons pré­cé­dentes (62 ren­contres, donc). Mais ils pen­saient que McGee pou­vait ai­der à com­bler les trous lais­sés par le dé­part de l’Aus­tra­lien à Dallas et ce­lui du Ni­gé­rian Fes­tus Eze­li à Port­land. Grâce à un pe­tit coup de pouce d’Andre Iguo­da­la, son an­cien co­équi­pier à Den­ver, JaVale voit les cham­pions 2015 lui don­ner une chance. Et puis la coû­teuse ar­ri­vée de Ke­vin Du­rant ne leur laisse au­cune al­ter­na­tive. Ils ont be­soin de ren­fort « in the paint » et il y a peu de so­lu­tions à bas prix. Mike Brown in­siste sur le fait que la re­la­tion est de­ve­nue bé­né­fique pour les deux par­ties. Les War­riors ont be­soin de McGee main­te­nant au­tant que lui avait be­soin d’une équipe comme Gol­den State avant la sai­son qui s’achève ac­tuel­le­ment. Sa taille et son ex­plo­si­vi­té sont des atouts que la « Dub Na­tion » a su ex­ploi­ter à mer­veille. Le n°1 dé­fend le cercle et peut vite re­par­tir en contre-at­taque. Les War­riors ont choi­si de faire jouer McGee dans des tron­çons de cinq à six mi­nutes parce que, contrai­re­ment à la plu­part des 7 pieds, il est ac­tif, jus­te­ment, sur toute la lon­gueur du ter­rain. Et se fa­tigue peut-être plus vite. Mieux vaut uti­li­ser son to­nus, son peps et sa vi­tesse sur de courtes sé­quences. Avec la ga­ran­tie d’un ré­sul­tat. Dans les si­tua­tions de pick and roll, le staff or­donne à JaVale de mon­ter et dès que la sé­quence of­fen­sive est ter­mi­née, le banc lui crie de re­des­cendre. Coach Brown af­firme qu’il a une pointe de vi­tesse de guard et que ses mains sont soft et ra­pides. « C’est in­croyable de le voir sai­sir des bal­lons que personne ne pour­rait at­tra­per. » McGee, lui, se voit plu­tôt comme un bou­ton d’al­lu­mage. Le gars qui peut sor­tir du banc quand il y a be­soin d’une im­pul­sion d’éner­gie. A Gol­den State, l’an­cien Wolf Pack a trou­vé des co­équi­piers qui ap­pré­cient, en plus de son re­gistre bas­ket et de son en­ver­gure (2,30 m, la plus grande de la Ligue avant l’ar­ri­vée de Ru­dy Go­bert et de ses 2,35 m), son cô­té à la fois co­ol, af­fable et ex­cen­trique. Cette ap­proche tran­quille du jeu.

c’est le far­ceur de l’équipe

McGee n’est pas seule­ment une « me­nace » sur les par­quets, c’est le far­ceur at­ti­tré des War­riors. Il com­met des gaffes et des bourdes sur le ter­rain mais il est très bon aus­si pour faire des plai­san­te­ries en de­hors ! Après une dé­via­tion de l’avion de Gol­den State, sur le re­tour d’un match à In­dia­na, il a ré­qui­si­tion­né le sys­tème d’in­ter­phone du cock­pit et feint une voix fé­mi­nine, de­man­dant à ses co­équi­piers de sor­tir en cas d’ur­gence. Trois mois plus tard, pour rendre la mon­naie de sa pièce à Dray­mond Green qui pu­bliait constam­ment des pho­tos de joueurs en­dor­mis sur les mé­dias so­ciaux, McGee a of­fert à toute l’équipe des cou­ver­tures avec une énorme image du visage en­dor­mi de l’ai­lier fort, bouche grande ou­verte. La ré­plique n’a pas tar­dé : du pa­pier toi­lette or­né de la bouille de l’in­té­rieur… « C’est vrai­ment le bon com­pro­mis pour lui, entre sa per­son­na­li­té et ce groupe, dé­clare Za­za Pa­chu­lia qui jouait avec McGee chez les Ma­ve­ricks la sai­son der­nière. Ce ves­tiaire est par­fait pour lui. C’est gé­nial de le voir aus­si heu­reux après ce qu’il a tra­ver­sé. » Mike Brown dis­cu­tait avec Ke­vin Du­rant de­vant une vidéo. Tout d’un coup, des chants ré­son­nèrent bruyam­ment, en pro­ve­nance de la douche. L’as­sis­tant de Steve Kerr de­man­da à « KD » si c’était toujours comme ça. L’an­cien ai­lier du Thun­der rit et ré­pon­dit : « Ce mec est dingue ! » Le fils de l’an­cienne star des Los An­geles Sparks et Sa­cra­men­to Mo­narchs Pa­me­la McGee ne se prend pas au sé­rieux, en té­moigne sa queue de rat plan­tée en plein mi­lieu de sa nuque… « Ça fait par­ler de moi ! », ri­gole-t-il.

L’« ENERGIZER » IDéAL

Mais dès qu’il s’agit de jeu, il s’ap­plique. Il ne fait pas preuve d’exu­bé­rance quand il plante un dunk mons­trueux. Il s’éclate mais n’en ra­joute pas. L’an­cien par­ti­ci­pant du Slam Dunk Con­test trouve de nom­breuses fa­çons de pros­pé­rer avec Gol­den State. Ça va d’ex­ploits fa­mi­liers, comme ses dunks sur al­ley-oop, aux ta­lents dé­ve­lop­pés plus ré­cem­ment, comme jouer une dé­fense per­tur­ba­trice sur pick and roll. McGee es­time que les War­riors l’uti­lisent comme il est cen­sé jouer, de la ma­nière dont il était sol­li­ci­té à Den­ver. « C’est un ex­cellent sys­tème pour lui. Ce­la cor­res­pond à son sa­voir-faire, dé­clare le vé­té­ran Da­vid West. Nous de­man­dons sim­ple­ment qu’il soit so­lide dé­fen­si­ve­ment. Les autres se chargent de l’at­taque. Je pense que cet en­vi­ron­ne­ment est bon pour JaVale. Les types qu’il a au­tour de lui le gardent confiant et sous contrôle. Il peut en pro­fi­ter. » S’il est toujours uti­li­sé à pe­tites doses, le pi­vot fou-fou ap­porte une di­men­sion par­ti­cu­lière qui dé­sta­bi­lise sou­vent les op­po­sants de Gol­den State. Avec sa taille, sa dé­tente et sa mo­bi­li­té, il est dif­fi­cile à contrô­ler, sur­tout si la dé­fense se met en tête d’être par­ti­cu­liè­re­ment agres­sive sur les ex­té­rieurs ca­li­for­niens et no-

tam­ment sur Ste­phen Cur­ry. Le pick and roll très haut entre McGee et Cur­ry, par exemple, im­plique que le centre fonce le plus vite pos­sible vers le cercle après l’écran et at­tende que Dray­mond Green, qui sert de re­lais poste bas, le serve en al­ti­tude. Une fa­çon de pié­ger une dé­fense qui se montre trop agres­sive à l’ex­té­rieur, notamment sur Cur­ry quand les écrans sont po­sés. Ré­sul­tat : les ad­ver­saires ne peuvent pas trop sor­tir, au risque d’être pié­gés dans leur dos. Ce­la li­bère plus fa­ci­le­ment le double MVP de la Ligue sur l’ac­tion sui­vante. Ou ses amis sni­pers (Klay Thomp­son, « KD »).

éner­vé par le shaq

Mais JaVale McGee n’a pas toujours été vu de cette fa­çon. Dans son cé­lèbre « Sha­q­tin’ A Fool », Sha­quille O’Neal en a fait sa tête de Turc. Drôle, au dé­but, car McGee fai­sait de sa­crées bou­lettes (air balls, balles per­dues, pa­niers contre son camp, mau­vais pla­ce­ments, etc.). Les mo­que­ries, in­ces­santes de­puis 2012, ont fi­ni par de­ve­nir né­fastes, voire nau­séa­bondes, comme en té­moignent les échanges vifs et amers entre les deux hommes. Le War­rior dé­non­çant une forme d’achar­ne­ment et de har­cè­le­ment, sous cou­vert de rire. Tour à tour, ses co­équi­piers sont ve­nus le dé­fendre. A com­men­cer par Ke­vin Du­rant : « Je peux vous ga­ran­tir que JaVale tra­vaille très dur. Il est ve­nu ici pour ça et il fait très bien son bou­lot. Il veut juste qu’on le res­pecte, comme n’im­porte qui. Je sais que Shaq tra­vaille pour un groupe qui veut lui faire faire ce type de trucs, où il doit se mo­quer des joueurs. C’est mar­rant mais quand on le fait en­core et en- core, en vi­sant toujours la même personne et que le gars en ques­tion n’est plus d’ac­cord ? Et qu’on le me­nace ? Ça de­vient très pué­ril. Et c’est mal­sain. » On évi­te­ra les di­verses passes d’armes entre tous les pro­ta­go­nistes pour re­te­nir la sa­gesse de Steve Kerr : « JaVale a été fan­tas­tique pour nous en tant que joueur et co­équi­pier. Il est drôle, il est sym­pa à avoir dans l’équipe et il fait son job. C’est un vrai pro. Je ne le blâme pas d’être frus­tré. Shaq s’en prend à lui de­puis des an­nées, JaVale en prend lo­gi­que­ment ombrage. D’ac­cord pour se mo­quer gen­ti­ment mais pas sys­té­ma­ti­que­ment. Shaq peut par­fois dé­pas­ser les bornes. Pen­sez à la car­rière de JaVale avec quel­qu’un qui, soir après soir, sur la té­lé na­tio­nale, se moque de lui. Ce n’est pas gé­nial pour sa ré­pu­ta­tion et sa tran­quilli­té d’es­prit au quo­ti­dien. Je peux vous dire que j’avais des idées re­çues sur JaVale avant qu’il n’ar­rive et qu’elles se sont avé­rées fausses. Une grande par­tie de tout ça ve­nait du « Sha­q­tin’ A Fool ». C’est dom­mage. » Au­jourd’hui, O’Neal ne pro­nonce plus son nom mais il parle du « n°1 » à l’an­tenne. A cha­cun d’ap­pré­cier… Sept mois après avoir connu les pires doutes, McGee se tient prêt à ob­te­nir un nou­veau contrat cet été. Gol­den State, qui compte huit autres agents libres en at­tente d’un bail (Cur­ry, Andre Iguo­da­la, Shaun Li­ving­ston, Za­za Pa­chu­lia, Da­vid West, Ian Clark, James Mi­chael McA­doo, Matt Barnes), pour­rait ne pas avoir as­sez d’ar­gent à lui pro­po­ser après avoir ser­vi Steph Cur­ry et Ke­vin Du­rant (qui peut faire jouer une clause pour re­non­cer à une der­nière an­née à 27,7 M$). Au cours de sa car­rière - cinq équipes en neuf sai­sons -, JaVale a ap­pris à se mé­fier. « C’est la NBA, donc tout peut ar­ri­ver. Je vis le mo­ment pré­sent. De quoi vais-je me plaindre ? C’est une bé­né­dic­tion d’être à Gol­den State ! Je n’ai ja­mais pris au­tant de plai­sir à jouer au bas­ket que cette sai­son », as­sène-t-il avant d’ajou­ter : « Et je n’ai ja­mais été aus­si concen­tré. »

McGee Joue dans des tron­çons de cinq à six Mi­nutes parce que, contrai­re­ment à la plu­part des 7 pieds, il est ac­tif sur toute la lon­gueur du ter­rain

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