Ky­rie ir­vinG

KY­RIE IR­VING EST L’ÉTOILE BRILLANTE QUI SE CACHE DER­RIÈRE LE ROI SO­LEIL À CLE­VE­LAND. UN ME­NEUR SCO­REUR, SANS DOUTE LE « BEST FINISHER » DE LA LIGUE AU­JOURD’HUI. ANA­LYSE DE LA PA­NO­PLIE D’UN AU­THEN­TIQUE JOUEUR DE UN CONTRE UN, L’UN DES MEILLEURS AU MONDE.

Mondial Basket - - DU BASKET ET DES STARS -

Cle­ve­land était l’équipe de Ky­rie Ir­ving entre 2011 et 2014. Elle est re­de­ve­nue celle de LeB­ron James à son re­tour de Mia­mi il y a trois étés mais le « King » sa­vait où il met­tait les pieds. Avec un tel me­neur, qui se plai­gnait de­puis de longs mois de ne pas avoir de sou­tien, il fau­drait lâ­cher un peu plus sou­vent le bal­lon. « C’est un joueur très spé­cial, sur­tout quand le match est ser­ré. Il est né pour ces mo­ments-là. Je l’ai dit et ré­pé­té très sou­vent, Ky­rie est fait pour ces ren­contres qui se jouent à rien. Ce sont de grands mo­ments et il l’a en­core mon­tré lors du Match 4 des Fi­nales à Cle­ve­land. » Une manche qu’il a ter­mi­née à 40 points, plus de 55% de réus­site aux tirs et plus de 58% der­rière la ligne à 3 points, vic­toire à la clé (137116), alors que deux jours plus tôt, il n’avait pas ren­tré un tir der­rière l’arc mal­gré une perf de ti­tan (38 pts à 16/29, 0/7 de loin). Ce soir­là, Ir­ving per­mit aux Ca­va­liers d’évi­ter l’af­front d’un « sweep » à la Q Are­na. Et il pro­lon­gea par la même oc­ca­sion le plai­sir d’une Fi­nale à grand spec­tacle, avec de gros games (ce fut no­tam­ment le cas dans l’Ohio). « C’était une sé­rie très dure avec de l’im­pact phy­sique. Je n’avais pas ai­mé les bruits de cou­loir af­fir­mant que cer­tains War­riors vou­laient fê­ter le titre NBA chez nous. On le leur a fait payer », ex­pli­quait le n°2 des Cavs. L’ai­lier vé­té­ran Ri­chard Jef­fer­son n’était pas sur­pris par le sco­ring af­fo­lant de son co­équi­pier du ba­ck­court. L’an der­nier dé­jà, ce der­nier avait été pro­li­fique face à Gol­den State alors que son équipe était au bord du gouffre (41 pts le 13 juin dans le Match 5 à l’Oracle Are­na, alors que les War­riors me­naient 3-1). « On n’est plus sur­pris par les sor­ties à 40 pions de Ky­rie. Quand il com­mence à ren­trer ses tirs en dé­but de match, la soi­rée peut être longue pour le mec face à lui… » On­zième sco­reur de la Ligue cette sai­son (25.2 pts), Ir­ving shoo­tait à 47.3% dans le champ et plus de 40% à 3 points, stats aux­quelles s’ajou­taient 3.2 re­bonds, 5.8 as­sists et 1.2 steal sur 35 mi­nutes de temps de jeu. Une sai­son pleine. La meilleure, en fait, de la car­rière du n°1 de la draft 2011. « J’aime le jeu. Plus c’est in­tense, mieux je suis, nous di­sait le na­tif de Mel­bourne (25 ans) au coeur de la Fi­nale de cette an­née. Quand je sais que l’équipe est en per­di­tion, je joue sur un fil et je de­viens peut-être en­core meilleur. J’ai peut-être une étoile au-des­sus de ma tête qui fait qu’on gagne sou­vent dans ces mo­ments là. » Il n’a mal­heu­reu­se­ment - pour Cle­ve­land - rien pu faire dans le Game 5 qui a per­mis à la « Dub Na­tion » de ré­cu­pé­rer la cou­ronne aban­don­née au prin­temps 2016. On a ap­pris que le point guard des Ca­va­liers était di­mi­nué, d’où son 0/6 dans le moneytime. Il s’af­fi­chait à 16 points à la pause mais un pé­pin phy­sique a pour­ri la fin de sa soi­rée. « Mon ge­nou a co­gné le sol puis le bas de mon dos a com­men­cé à me lan­cer. Quand le qua­trième quart-temps a dé­bu­té, beau­coup de tirs que je met­tais d’ha­bi­tude ne sont pas ren­trés. Ça m’a plom­bé. » Ky­rie, qui a dû re­ce­voir des soins du­rant ses courts pas­sages sur le banc et qui a boi­té pen­dant une par­tie de la ren­contre, ne se cher­chait pas d’ex­cuses pour au­tant. « Il y a d’autres choses qui ont pro­vo­qué cet écart à la table de marque. Tu ne cherches pas d’ex­cuses quand tu es bat­tu à la loyale. Je n’ai ja­mais été ce genre de per­sonne. Gol­den State aligne une su­per équipe. En Fi­nales, tout le monde est un peu bles­sé et fa­ti­gué. Il faut éle­ver son men­tal et son jeu. Vous don­nez tout ce qui vous reste. » On se sou­vient de son tir à 3 points qui avait cru­ci­fié les Ca­li­for­niens l’an pas­sé dans la Bay Area, dans le Game 7. Ky­rie avait éga­le­ment pris feu dans les matches où Cle­ve­land jouait sa survie. Ce­la don­na cette boxs­core à 41 points, sui­vis de 23 et 26 pions dans le fa­meux match du sacre. Cette an­née, il a li­vré une Fi­nale du même aca­bit mais avec des sta­tis­tiques en­core su­pé­rieures (29.4 pts-4 rbds-4.4 pds sur 5 matches contre 27.1 pts-3.9 rbds3.9 pds l’an der­nier). Plus tôt dans les playoffs 2017, il avait été tout aus­si tran­chant pour conclure les sé­ries face à In­dia­na (28 pts lors du der­nier match du 1er tour), To­ron­to (27 dans le Game 4 qui va­li­dait le « sweep » en de­mi-fi­nales de Confé­rence Est) et Bos­ton (24 dans le der­nier duel de la fi­nale de Confé­rence).

L’an­cien Blue De­vil est une vraie peste pour les dé­fen­seurs. Un poi­son mor­tel avec ses dribbles cha­lou­pés et un centre de gra­vi­té hy­per bas, ex­trê­me­ment re­dou­table pour le dé­ve­lop­pe­ment de ses ac­tions. LeB­ron James concentre toute la lu­mière dans l’Ohio ? Ir­ving se contente des miettes mé­dia­tiques, sans mon­trer le moindre signe d’aga­ce­ment. Il avait be­soin d’une su­per­star comme le « King » à ses cô­tés pour sor­tir d’un océan de mé­dio­cri­té. A une époque, il avait même son­gé à de­man­der un trans­fert. Au­jourd’hui, il as­sure cor­rec­te­ment en in­ter­view, pre­nant le soin d’ajus­ter sa cra­vate ou sa veste, avec un vrai sou­ci du dé­tail, car il sait qu’il est ob­ser­vé de plus près, scru­té un peu plus at­ten­ti­ve­ment dans ces mo­ments-là, no­tam­ment en playoffs. Il s’ex­cu­sait même en confé­rence de presse après le Match 3 à Cle­ve­land : « Dé­so­lé, les gars ! J’ai pris un coup de froid et je re­nifle un peu. » Ef­fec­ti­ve­ment, il trem­blait mais il as­su­ra ses 15 mi­nutes avant d’al­ler dor­mir, alors que son équipe se re­trou­vait dos au mur, me­née 3-0. « Ky­rie a un ta­lent na­tu­rel, af­firme J.R. Smith, shoo­teur-stop­peur des Cavs qui se montre très la­bo­rieux en com­pa­rai­son, mais il tra­vaille sé­rieu­se­ment pour se main­te­nir à ce ni­veau. Et même s’amé­lio­rer, car il n’est ja­mais to­ta­le­ment sa­tis­fait. Ça fait un pa­quet de sai­sons main­te­nant qu’il tourne à 20 points de moyenne. » De­puis 2012-13, il est même dans une moyenne haute, ex­cep­tion faite de l’exer­cice 2015-16 où il avait été li­mi­té à 19.6 points. Il n’avait joué que 53 matches après une mé­chante frac­ture de la ro­tule su­bie lors de sa pre­mière Fi­nale contre Gol­den State. Son re­cord de points cette sai­son, Ir­ving l’a éta­bli face à La Nou­velle-Or­léans le 23 jan­vier, sco­rant la ba­ga­telle de 49 points sur des Hor­nets qui ont vo­lé en éclats. Mais son re­cord en car­rière reste un p’tit chef-d’oeuvre ac­com­pli face à To­ny Par­ker, dans un match qui était al­lé en pro­lon­ga­tion. In­te­nable dans ses drives et pé­né­tra­tions, il avait ins­crit 57 points le 12 mars 2015 sur le Ri­ver­walk, face à des Spurs pour­tant pas bons à prendre ce soir-là. Ky­rie se sou­vient de cette soi­rée où tout lui avait sou­ri. « J’aime les gros matches contre les grandes équipes. J’aime af­fron­ter les meilleurs joueurs. C’est un dé­fi sti­mu­lant de les battre. C’était le cas face à TP. Il fal­lait être agres­sif. On était à un mois des playoffs, je mon­tais en ré­gime, comme tout le monde dans l’équipe. Mars est le mois de la vé­ri­té. Soit tu es prêt, soit tu ne l’es pas. Et ce soir-là, j’étais en to­tale confiance. » Ir­ving l’est sou­vent, au point qu’on ou­blie fa­ci­le­ment son jeune âge. « On ne sait plus quel âge il a tel­le­ment on a l’im­pres­sion de le voir en NBA de­puis long­temps », com­men­tait Klay Thomp­son qui joua les chiens de garde pour ten­ter de mordre le me­neur des Ca­va­liers aux mol­lets. « Ky­rie est Ky­rie…, ré­su­ma Dray­mond Green, le big boss de la dé­fense des War­riors. Il peut sco­rer beau­coup en ayant le meilleur joueur de la Ligue dans son équipe (LeB­ron James). C’est fou, ce qu’il ar­rive à faire ! C’est pro­ba­ble­ment le meilleur finisseur de NBA à l’heure ac­tuelle. » De­puis le dé­but de son as­so­cia­tion avec le « King » à l’été 2014, le chef d’or­chestre de Cle­ve­land a fait évo­luer son jeu. Il s’est ap­pli­qué à le trou­ver en pick and roll. L’une des clés de son sco­ring en hausse. Ir­ving était ar­ri­vé sur les par­quets pros à 19 ans, mal­gré une sai­son sé­rieu­se­ment ra­bo­tée à Duke (11 matches) à cause d’une grave bles­sure à un pied. Il s’y était ra­pi­de­ment im­po­sé. Au­jourd’hui, à 25 ans, le cham­pion du monde et cham­pion olym­pique de Rio joue sans doute son meilleur bas­ket, avec de l’agres­si­vi­té en at­taque comme en dé­fense. Ce me­neur de 1,91 m aty­pique a trou­vé sa niche et son style, s’im­po­sant par­mi les meilleurs ar­rières avec un re­gistre qui lui est tout à fait propre. Dribble, tir en flot­teur, main gauche, main droite, pre­mier pas, ac­cé­lé­ra­tion sur son spin move, shoot à 3 points : la pa­no­plie du bon­homme est un ré­gal pour les yeux. C’est l’un des meilleurs guards au monde en un contre un. « Il peut d’ores et

« je peux re­gar­der mes co­équi­piers dans les yeux »

dé­jà être in­té­gré à l’équipe amé­ri­caine de 3x3 qui ira aux Jeux de To­kyo !, ri­gole Ri­chard Jef­fer­son en fai­sant ré­fé­rence à l’ar­ri­vée de cette dis­ci­pline aux J.O. Il n’y a pas plus fort que Ky­rie dans ce type de bas­ket. C’est un tueur. Le plus fort de NBA en un contre un. » Jef­fer­son ou­blie peut-être que Ir­ving est pen­sion­naire du Team USA de­puis la Coupe du monde 2014. Ou alors veut-il sou­li­gner que le 3x3 met­trait en­core un peu plus en va­leur ses qua­li­tés. Ste­phen Cur­ry est am­bi­dextre pour ses drives vers le panier. Il est ca­pable « d’adap­ter » sa main gauche pour prendre des tirs plus courts. Le jeu de Ky­rie Ir­ving uti­lise un autre for­mat. Ken­ny Smith ana­ly­sait sa tech­nique d’at­taque sur TNT pen­dant les playoffs : « C’est un droi­tier mais il est plu­tôt gau­cher quand il at­taque le cercle. On ou­blie par­fois ça chez lui. » Une ob­ser­va­tion in­té­res­sante qui per­met de com­prendre pour­quoi ses dé­fen­seurs sont aus­si sou­vent en­rhu­més. A ce ba­gage tech­nique qui en fait l’un des meilleurs me­neurs NBA, Ky­rie ajoute de la vi­tesse. Voir son « play of the game » lors du Match 3 à Cle­ve­land, au buz­zer de la mi-temps. Il en­rou­la, de­puis le mi­lieu du ter­rain, Klay Thomp­son et Shaun Li­ving­ston dans la plus pure tra­di­tion du drag­ster, ca­pable d’as­so­cier cé­lé­ri­té et puis­sance sur cha­cun de ses moves. Cou­vert d’or avec l’équipe amé­ri­caine en 2014 en Es­pagne (il fut dé­si­gné MVP, lais­sant James Har­den der­rière lui), Ky­rie était aus­si de l’ex­pé­di­tion au Bré­sil en août der­nier pour conqué­rir sa pre­mière mé­daille d’or olym­pique avec son coach uni­ver­si­taire, Mike Kr­zy­zews­ki, et Ke­vin Du­rant. « Une grande an­née pour moi entre le titre NBA et les J.O. » On sait main­te­nant que 2017 n’au­ra pas le même par­fum pour le qua­druple All-Star qui re­cherche des titres col­lec­tifs avant les per­for­mances et les dis­tinc­tions in­di­vi­duelles. « Ce fut une longue an­née… Pro­ba­ble­ment la plus longue que j’aie ja­mais connue avec une cen­taine de matches pour Cle­ve­land. J’ai ter­mi­né cette Fi­nale bles­sé au ge­nou. Dans le der­nier quart-temps, je ne pou­vais plus ren­trer mes tirs. Les lay-ups que je réus­sis­sais ha­bi­tuel­le­ment ne ren­traient plus. C’est dur de fi­nir ain­si. » On lui de­man­da si le Match 3, joué dans l’Ohio et per­du dans le moneytime, n’avait pas été le tour­nant de cette sé­rie. Ir­ving n’avait au­cune cer­ti­tude sur la ques­tion. « Je ne sais pas ! A 2-1, ça au­rait peut-être été dif­fé­rent mais on s’est bat­tus jus­qu’au bout pour réa­li­ser à nou­veau l’ex­ploit. Ça n’a pas été le cas, pour dif­fé­rentes rai­sons. Je peux re­gar­der mes co­équi­piers dans les yeux et leur dire que je suis fier d’eux, parce qu’on a réa­li­sé une sai­son in­croyable. On est sim­ple­ment tom­bés sur plus fort que nous en Fi­nales. »

« C’EST FOU, CE QUE KY­RIE AR­RIVE À FAIRE EN AYANT LEB­RON JAMES À SES CÔ­TÉS. C’EST PRO­BA­BLE­MENT LE MEILLEUR FINISSEUR DE LA LIGUE À L’HEURE AC­TUELLE » DRAY­MOND GREEN

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