La ré­voLte Des Ban­nis

CLE­VE­LAND AVAIT MON­TÉ UNE ÉQUIPE DE SHOO­TEURS, PER­DUS DE VUE DE­PUIS PLUS D’UNE SE­MAINE D’AF­FRON­TE­MENTS AVEC GOL­DEN STATE. DOS AU MUR, LA BANDE DE LEB­RON JAMES RE­TROUVE SES « BAN­NIS » AU MEILLEUR MO­MENT. ILS FLINGUENT LES WAR­RIORS POUR OF­FRIR UN NOU­VEAU SU

Mondial Basket - - PLAY BY PLAY - Par Ar­mel Le Bes­con, en­voyé spé­cial à Cle­ve­land

Chaque équipe a ses va­leurs sûres, sur les­quelles on s’ap­puie pour ca­pi­ta­li­ser et ten­ter de ga­gner des matches. En­suite, on trouve des role players qui ont une tâche spé­ci­fique à ac­com­plir pour ai­der les su­per­stars. A Gol­den State, on ob­serve dé­sor­mais une struc­ture dif­fé­rente avec deux mé­ga stars, Ke­vin Du­rant et Ste­phen Cur­ry, deux stars, Klay Thomp­son et Dray­mond Green, et le reste du ros­ter, com­po­sé de ta­lents dif­fé­rents. Et qui se ré­vèlent tous hy­per utiles, de Shaun Li­ving­ston à Za­za Pa­chu­lia en pas­sant par Andre Iguo­da­la, Da­vid West et JaVale McGee. Cle­ve­land a une co­lonne ver­té­brale plus simple avec son « Big Th­ree » Ky­rie Ir­ving-LeB­ron James-Ke­vin Love, que viennent com­plé­ter des p’tits sol­dats. Un jour ils sont bons, un autre très mau­vais. « LBJ » et Ky­rie gomment tout ce­la en fonc­tion des évé­ne­ments. Avant de dé­bu­ter la Fi­nale NBA 2017, Cle­ve­land avait le meilleur pour­cen­tage à 3 points en playoffs avec près de 40% de réus­site. Après trois matches face aux War­riors, ce pour­cen­tage était tom­bé à 29.8… Les pro­té­gés de Ty­ronn Lue étaient tout sim­ple­ment té­ta­ni­sés au mo­ment de ren­trer les tirs. Mais dos au mur,

Cle­ve­land n’avait plus le choix. Soit l’équipe de l’Ohio se re­bel­lait, en se fai­sant vio­lence, et s’of­frait un match bo­nus, soit elle som­brait et lais­sait Gol­den State ou­vrir le cham­pagne dans sa propre mai­son, la Q Are­na ! Hu­mi­lia­tion su­prême. Ir­ving fut sen­sible aux dé­cla­ra­tions de cet ef­fron­té de Dray­mond Green qui avait crié sur tous les toits qu’il pren­drait un plai­sir fou à fê­ter l’ob­ten­tion du titre de cham­pion 2017 chez les pé­que­nots de l’Ohio. « Je vais sur les ré­seaux so­ciaux, rap­pe­la le me­neur des Cavs. J’avais en­ten­du ce qu’ils di­saient en face. J’en ai par­lé aux gars de l’équipe. On a tous bien ré­agi par rap­port à ça. » Une ré­ac­tion en un acte. Mais quel acte ! Un pre­mier quart-temps de pure fo­lie où Gol­den State, sai­si à la gorge, ne vit pas le jour (3349). Re­cord de points dans un quart-temps pour une équipe en Fi­nales. Il fal­lait re­mon­ter au 3 juin 1984 et à l’af­fron­te­ment Bos­ton-L.A. La­kers pour trou­ver trace du pré­cé­dent : dans le Match 3, on avait eu droit à une or­gie of­fen­sive avec 47 pions des Ca­li­for­niens (troi­sième quart-temps). Ke­vin Love, qui n’avait pas mis un pied de­vant l’autre jus­qu’alors dans cette sé­rie, se se­coua en rap­por­tant 14 points, avec un 3/4 der­rière l’arc. J.R. Smith était au dia­pa­son à 2/4. Dé­chaî­nés, les Cavs shoo­tèrent à plus de 53% de loin ! Coach Lue avait trou­vé la bonne for­mule et les bons mots, ti­tillant l’or­gueil de ses troupes. « On a réus­si nos tirs, des shoots qu’on a ob­te­nus tout au long de cette Fi­nale sans tou­jours afficher la même adresse. Et puis dé­fen­si­ve­ment, on est par­ve­nus à les stop­per en dé­but

de match pour ob­te­nir des pa­niers fa­ciles en tran­si­tion. C’est un vé­ri­table ef­fort d’équipe qui a per­mis d’abou­tir à ce ré­sul­tat. » En face, Steve Kerr avait sur­tout vu une for­ma­tion mé­ta­mor­pho­sée. « On a af­fron­té un ad­ver­saire déses­pé­ré, qui de­vait tout don­ner sur son ter­rain. Mais ça res­tait une grande équipe avec de très bons élé­ments et ils nous en ont mis une bonne. » Pas­sé l’orage du pre­mier quart-temps, les chiffres n’ont rien d’un « blo­wout ». Sur les trois der­niers, les War­riors n’ont concé­dé que 5 points ! C’est d’ailleurs ce que no­ta Ke­vin Du­rant qui fut l’un des rares à ne pas som­brer à Gol­den State (35 pts, 4 rbds, 4 pds). « Cle­ve­land a fait le bou­lot en nous at­ta­quant d’en­trée de jeu, no­tait le meilleur sco­reur californien. Ça leur a of­fert des possibilités à 3 points. Ils ont réus­si leurs shoots, dont quelques-uns étaient dif­fi­ciles. En­suite, ils ont gar­dé le rythme. » Un rythme d’en­fer. La brèche était ou­verte. S’y sont en­gouf­frés Iman Shum­pert, De­ron Williams et Kyle Kor­ver alors que Tris­tan Thomp­son, très dé­crié jusque-là pour son in­exis­tence en at­taque (on al­la jus­qu’à mettre en cause l’in­fluence de sa com­pagne, Kh­loé Kar­da­shian…), réus­sit en­fin son meilleur match avec 10 re-

bonds, dont 4 of­fen­sifs, pour agré­men­ter ses 5 points et 5 as­sists. « Double T » a eu droit aux éloges de « KD ». « Quand tu vois sa ligne de stats, tu dois ad­mettre que c’était un très bon match pour lui. » En pre­mière mi-temps, les War­riors ont en­cais­sé la ba­ga­telle de 86 points. Ils se trou­vaient re­lé­gués à -18 car Ky­rie et LeB­ron avaient en­core ac­cé­lé­ré le mou­ve­ment. « On a ré­pon­du pré­sent phy­si­que­ment », sa­vou­ra Coach Lue. Les Ca­va­liers ont re­gar­dé leurs hôtes dans les yeux, même dans un troi­sième quart-temps « pour­ri » par l’ar­bi­trage. Les tech­niques tom­baient et le Re­play Cen­ter jus­ti­fiait son uti­li­té, à 6 000 km de là, dans le New Jer­sey. Dray­mond Green avait trou­vé son ter­rain de jeu fa­vo­ri, le cirque, mais il frô­la à nou­veau la cor­rec­tion­nelle, lui dont la sus­pen­sion consti­tua le tour­nant des Fi­nales 2016 (de 1-3 à 3-1 pour la fran­chise de l’Ohio). Sa sor­tie était pro­gram­mée sur le clas­sique de Ray Charles « Hit the road, Jack » avant que les ar­bitres ne re­viennent sur leur dé­ci­sion en consul­tant la table de marque. Coach Kerr n’a pas ai­mé ce troi­sième quart-temps car Cle­ve­land n’a rien concé­dé. « Il faut rendre hom­mage aux Cavs qui ont ren­tré des tirs ex­trê­me­ment dif­fi­ciles. Ils ont mis 24 shoots à 3 points, c’est un nou­veau re­cord. On sa­vait qu’on ne les li­mi­te­rait pas dans ce do­maine jus­qu’à la fin des

Fi­nales car ce­la avait consti­tué leur point fort pen­dant toute la sai­son puis les playoffs. En Fi­nales, ça al­lait for­cé­ment re­ve­nir. Après, cette pé­riode ha­chée par les coups de sif­flet et les fautes en tous genres a été as­sez pé­nible… » Ty­ronn Lue, qui s’était vu re­pro­cher, lors de l’épi­sode pré­cé­dent, la mau­vaise ges­tion des temps de jeu de Ky­rie Ir­ving et Leb­ron James n’eut pas les mêmes sou­cis ce 9 juin. Son me­neur, au­teur de 40 points à 15/27 et 7/12 à 3 points, n’al­lait pas ter­mi­ner sur les ro­tules. Le « King » non plus, mal­gré un deuxième triple-double dans cette sé­rie (31 pts-10 rbds-11 pds), le 9e de sa car­rière à ce stade de la com­pé­ti­tion. Il de­ve­nait ce soir-là le seul à évo­luer dans cette sphère puisque Ma­gic John­son s’était ar­rê­té à 8 triple-doubles en Fi­nales. Non, Ir­ving et James n’ont pas fi­ni les­si­vés puisque les role players of­frirent des so­lu­tions au coa­ching staff de Cle­ve­land, à l’image de Ri­chard Jef­fer­son (21 mn, 8 pts). Quand on rap­pe­la à LeB­ron que « ses gars » étaient cou­tu­miers du fait - se re­faire alors que la cause sem­blait per­due -, il s’ins­cri­vit en faux. « Je n’aime pas ce type de si­tua­tion. Ça crée in­évi­ta­ble­ment du stress. Mais on a des gars ré­si­lients, ca­pables de gé­rer ça. Les War­riors ont l’ADN d’un cham­pion, comme nous d’ailleurs. On se teste dans ce genre de ba­taille. Un « sweep », per­sonne ne veut connaître ça, sur­tout chez soi. Beau­coup de nos gars avaient ce­la à l’es­prit. Ils ont joué comme ils sa­vaient le faire pour évi­ter cet af­front. » LeB­ron James avait aus­si dé­pas­sé Mi­chael Jor­dan dans la liste des meilleurs sco­reurs en Fi­nales. « MJ » était 3e avec 1 176 points en 35 matches, le triple cham­pion NBA fai­sait mieux avec 1 206 points en 44 matches à ce mo­ment-là. De­vant l’ai­lier 13 fois All-Star, on trouve en­core Jer­ry West (1 679) et Ka­reem Ab­dul-Jab­bar (1 317). Des re­cords sur les­quels James ne s’est pas at­tar­dé. Il fal­lait ré­cu­pé­rer au plus vite pour al­ler jouer un Match 5 tout aus­si cru­cial à Oak­land. Il es­quis­sait mal­gré tout un large sou­rire en confé­rence de presse, mal­gré l’heure tar­dive (1h du ma­tin). Non, LeB­ron ne su­bi­rait pas l’hu­mi­lia­tion d’un sacre des « Gol­den boys » chez lui, a for­tio­ri sur un « sweep », et l’ex­pres­sion fran­çaise « Dé­jà vu » son­nait à nou­veau à ses oreilles. En 2016, un Cle­ve­land me­né 3-1 avait réus­si le coup par­fait en bat­tant la « Dub Na­tion » deux fois chez elle pour créer l’une des plus grosses sen­sa­tions de l’his­toire. Le n°23 des Cavs ne fan­fa­ron­nait pas pour au­tant. « Main­te­nant, on es­saie juste d’ob­te­nir le droit de jouer un match de plus. On l’a fait ce soir, es­pé­rons qu’on pour­ra le re­faire dans trois jours pour re­ve­nir jouer à Cle­ve­land. » Le « Big Th­ree » com­bi­na un to­tal de 94 points dans une vic­toire his­to­rique avec ces 137 points mar­qués. On n’avait pas vu un tel sco­ring sur un match des Fi­nales de­puis le 4 juin 1987 où les La­kers avaient bat­tu Bos­ton 141122 (Game 2). Des chiffres qui ne gé­né­rèrent pas de com­men­taires par­ti­cu­liers chez les joueurs. Ils vi­vaient l’ins­tant pré­sent, en quête d’un titre. Gol­den State était heu­reux de ren­trer à Oak­land, Cle­ve­land es­pé­rait re­ve­nir chez lui pour y dis­pu­ter un Match 6. Les ban­nis, eux, avaient dé­mon­tré qu’ils n’avaient pas usur­pé leur titre de cham­pions de la Confé­rence Est contre Bos­ton. Si c’est en équipe qu’on perd des matches, c’est aus­si en équipe qu’on les gagne. Même en sur­sis !

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